14-05-2007

35) Louis Aragon – Les mains d’Elsa

Donne-moi tes mains pour l’inquiétude
Donne-moi tes mains dont j’ai tant rêvé
Dont j’ai tant rêvé dans ma solitude
Donne-moi te mains que je sois sauvé

Lorsque je les prends à mon pauvre piège
De paume et de peur de hâte et d’émoi
Lorsque je les prends comme une eau de neige
Qui fond de partout dans mes main à moi

Sauras-tu jamais ce qui me traverse
Ce qui me bouleverse et qui m’envahit
Sauras-tu jamais ce qui me transperce
Ce que j’ai trahi quand j’ai tresailli

Ce que dit ainsi le profond langage
Ce parler muet de sens animaux
Sans bouche et sans yeux miroir sans image
Ce frémir d’aimer qui n’a pas de mots

Sauras-tu jamais ce que les doigts pensent
D’une proie entre eux un instant tenue
Sauras-tu jamais ce que leur silence
Un éclair aura connu d’inconnu

Donne-moi tes mains que mon cœur s’y forme
S’y taise le monde au moins un moment
Donne-moi tes mains que mon âme y dorme
Que mon âme y dorme éternellement.

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14-05-2007

Elsa Triolet (1896-1970)

58162triolet.jpgJ’ai l’habitude d’être seule, je ne suis pas plus seule sous la terre que je ne l’ai été sur la terre. J’ai connu toutes les variétés de la solitude : la solitude choisie, et la solitude forcée, celle d’entre les quatre murs, et celle dans la foule, celle de l’abandon et celle de la fuite. Et ce n’est pas tout : solitude de la pensée, de la foi, par cécité et par surdité des autres, ou de moi-même. La solitude de la clairvoyance, de l’exception, la solitude de l’amour… » (dont l’écho revient en 1965, dans une lettre à Aragon, d’une sévérité amère qui va déclencher l’écriture de « Blanche ou l’oubli » comme une immense réponse désespérée… « La solitude n’est pas le grand thème de mes livres, elle l’est, de ma vie »)

(Le Cheval Roux)

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14-05-2007

Philippe Seguy / Sylvie Devilette : Solitude

S’y faire certes, puisque le choix n’existe pratiquement pas !!

A l’heure lucide et dangereuse des constats, des interrogations et des doutes, à l’heure où la lumière crue se tamise progressivement, où l’ombre s’épaissit comme un brouillard, on prend doucement conscience qu’un fantôme est entré dans la pièce, il a monté l’escalier, caressé le lit froissé, frôlé le cendrier plein, fixé longuement le téléphone muet et pris finalement possession du miroir.

Il ne nous offre pas grand chose, si ce n’est une certitude, la certitude que l’on est seule et pour longtemps.

Peut-être pour toujours, délire vague, sentiments poisseux, où l’on va jusqu’à faire l’exacte mesure de l’écho de ses propres pas. On reconnait alors tous ces sons secrets-apprivoisés par la très longue pratique qu’ils supposent, que la petite musique de la solitude nous procure, dont l’oreille est assez fine pour les recueillir avec déférence. C’est avant tout de cela que nous nourrissons notre esprit, que nous bâtissons peu à peu une œuvre qui prend des allures de sanctuaire.

070927sol01.jpgNous la traitons (la solitude) en compagne fidèle, en amie exigeante, un peu sévère. Comme le petit serpent dont les anneaux noueux serrent la gorge et blessent le ventre, comme le brin d’herbe, qui se tord sous la force du ruisseau, un sentiment doux amer emplit la bouche. Il glisse le long des veines, s’insinue dans les tempes et procure le frisson, prémices à la fièvre qui fait que l’on recherche le plaid ou la couverture de l’enfance, celle à grands carreaux qui tenait si chaud…

Le refuge enfin où pelotonnée en chat, la pointe des genoux au menton, on attend l’aube, le regard grand ouvert, l’esprit en éveil, sensible au moindre bruit, au moindre frémissement de la nature complice.

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14-05-2007

Philippe Seguy / Sylvie Devilette : Solitude

La solitude sait aussi être une alliée. Elle procure le nécessaire recul, la force pour analyser sa vie avec clairvoyance. On fait grâce à sa mesure, l’exacte part des choses.
Même si l’on regarde s’éloigner parfois le visage des gens aimés dont les traits et la voix s’estompent peu à peu dans le souvenir pour ne plus être que le battement murmuré d’un cœur.
Si la solitude est divine, c’est parce que son exigence est terrible ; son culte suppose une force que lui dicte le plus pur des silences loin du tumulte et des bruits. Certains portent la solitude comme d’autres portent malheur.
Car bien connaitre la solitude est un privilège…la solitude s’installe à demeure, fait sienne l’odeur de son parfum, revendique le droit de ne l’avoir qu’à elle.
La solitude raffermit la main qui écrit, force en un combat sans merci, souvent violent, l’esprit à coucher sur le papier les mots qui délivrent, et l’écriture devient alors pour nous l’héritage de ce que la solitude nous dicte.
(Solitude, Ed. J.P Tallandier)
Ecrire c’est s’avouer des choses. »

 

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13-05-2007

Bienvenue, calligraphie d’Yves Harrand

Je ne suis ni dieu ni démon,
Et tu m’as nommé par mon nom
Quand tu m’as appelé ton frère;
Où tu vas, j’y serai toujours,
Jusques au dernier de tes jours,
Où j’irai m’asseoir sur ta pierre.
Le ciel m’a confié ton cœur.
Quand tu seras dans la douleur,
Viens à moi sans inquiétude.
Je te suivrai sur le chemin;
Mais je ne puis toucher ta main,
Ami, je suis la Solitude.

Alfred de Musset – La Nuit de décembre

070513bienvenue.jpg

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13-05-2007

Solitude, de Benoit.

Personne autour de moi. Ancien refrain tant seriné. Mais cette après midi, c’est particulièrement vrai.
Personne dans le bureau, le silence d’un été doux, une légère brise, la pénombre des murs, dehors le chant des oiseaux, étouffé.
La solitude construit de douces variations, ce week-end, perdu au milieu de médecins que je ne connais pas, sur une île excentrée, je rêvasserai à plus tard en serrant des mains anonymes.
Cette solitude est celle de l’insouciance, comme si rien n’arrivait à parvenir à moi, elle baigne dans l’oubli.
Il est des moments extrêmement légers, où rien ne vient heurter la conversation de soi à soi-même. Les blocs et aspérités de la vie sont toujours présents, mais inoffensifs, lointains, amollis par la douceur de l’air.
Personne dans la ville. Il n’y a à Hambourg personne à qui je tienne vraiment ou sois attaché, j’ai toujours l’impression de me déplacer dans un désert, parfois pesant, parfois incroyablement libre. Libre d’aller n’importe où, de parler à n’importe qui, d’être juste là, pour un instant, en attendant la suite, que je ne connais pas.
La solitude agréable, car purifiante, reposante aussi, rend les gens différents, empêche les importuns, chasse les angoisses, et distend le sens jusqu’à lui retirer toute signification.
Nulle part des ordres ou des contraintes, nulle part non plus de douceur et d’agrément. Juste un grand vide en face de moi, sans aucune qualité.
L’occasion, sans doute, d’appliquer la règle de St Benoît, ora et labora, la prière et le travail. Et de penser à ceux qui sont partis, peut être pour faire la même chose, même sans le savoir, à l’autre bout du monde (ou pas).
Blog : litanies

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13-05-2007

Liu Zongyuong

Des milliers de sommets, mais point de vol d’oiseau,
Sentiers à l’infini, mais pas âme qui vive,
Une barque isolée, un vieux sous son chapeau
Pêche seul, dans le froid ; la neige sur la rive

718-539

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12-05-2007

12 mai

Ma maitrise du blog augmente chaque jour. Aujourd’hui j’ai modifié les titres dans la marge et j’ai ajouté le nombre d’articles par catégorie.

J’ai ajouté une nouvelle page réservée aux blogs (ou sites) qui comptent pour moi.

Le dictionnaire de citations se reconstitue lentement.

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12-05-2007

34) Isolement – Petrus Borel – (1809-1859)

Sous le soleil torride au beau pays créole,
Où l’Africain se courbe au bambou de l’Anglais,
Encontre l’ouragan, le palmier qui s’étiole
Aux bras d’une liane unit son bois épais.

En nos antiques bois, le gui, saint parasite,
Au giron d’une yeuse et s’assied et s’endort ;
Mêlant sa fragile herbe, et subissant le sort
Du tronc religieux qui des autans l’abrite.

Gui ! liane ! palmier ! mon âme vous envie !
Mon cœur voudrait un lierre et s’enlacer à lui.
Pour passer mollement le gué de cette vie,
Je demande une femme, une amie, un appui !

- Un ange d’ici-bas ?… une fleur, une femme ?…
Barde, viens, et choisis dans ce folâtre essaim
Tournoyant au rondeau d’un preste clavecin. -
Non; mon cœur veut un cœur qui comprenne son âme.

Ce n’est point au théâtre, aux fêtes, qu’est la fille
Qui pourrait sur ma vie épancher le bonheur :
C’est aux champs, vers le soir, groupée en sa mantille,
Un Verther à la main sous le saule pleureur.

Ce n’est point une brune aux cils noirs, l’air moresque ;
C’est un cygne indolent; une Ondine aux yeux bleus
Aussi grands qu’une amande, et mourans, soucieux ;
Ainsi qu’en réfléchit le rivage tudesque.

Quand viendra cette fée ? – En vain ma voix l’appelle !
Apporter ses printemps à mon cœur isolé.
Pourtant jusqu’aux cyprès je lui serais fidèle !
Sur la plage toujours resterai-je esseulé ?

Sur mon toit le moineau dort avec sa compagne ;
Ma cavale au coursier a donné ses amours.
Seul, moi, dans cet esquif, que nul être accompagne,
Sur le torrent fougueux je vois passer mes jours

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11-05-2007

7) S. Balasko – D. Faure : Pour ne pas vivre seule – 1972

youngwomanbytheseaatdusk.jpgPour ne pas vivre seul
On vit avec un chien
On vie avec des roses
ou avec une croix
Pour ne pas vivre seul
On’s fait du cinéma
On aime un souvenir
une ombre, n’importe quoi
Pour ne pas vivre seul
On vit pour le printemps
et quand le printemps meurt
pour le prochain printemps
Pour ne pas vivre seule
Je t’aime et je t’attends
pour avoir l’illusion
de ne pas vivre seule
de ne pas vivre seule
Pour ne pas vivre seul
des filles aiment des filles
et l’on voit des garçons
épouser des garçons
Pour ne pas vivre seul
D’autres font des enfants
des enfants qui sont seuls
comme tous les enfants
Pour ne pas vivre seul
On fait des cathédrales
où tous ceux qui sont seuls
s’accrochent à une étoile
Pour ne pas vivre seul
Je t’aime et je t’attends
pour avoir l’illusion
de ne pas vivre seul
Pour ne pas vivre seul
On se fait des amis
et on les réunit
quand vient les soirs d’ennui
On vit pour son argent
ses rêves, ses palaces
mais on a jamais fait
un cercueil à deux places
Pour ne pas vivre seul
Moi je vis avec toi
je suis seule avec toi
tu es seul avec moi
Pour ne pas vivre seul
On vit comme ceux qui veulent
se donner l’illusion
de ne pas vivre seul

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11-05-2007

Les enfants sauvages

Justin Arnault

En cette première moitié de XIXe siècle, les enfants sauvages constituent un thème fort prisé, non seulement des écrivains romantiques mais aussi du grand public. Les histoires d’enfants abandonnés à eux-mêmes, à leur naissance, ou élevés par des animaux, soulevaient des questions d’ordre philosophique sur la nature humaine, la différence qui existe entre l’animal et l’homme. Les savants, eux, se sont mis à les prendre comme des objets d’études, non seulement médicales mais aussi sociales, morales, linguistiques, suscitant des polémiques sur l’acquisition du langage, de la connaissance, des valeurs sociales ou morales.

En fait, dès l’antiquité déjà, on se posait ce genre de question. Au IIIe siècle de l’ère chrétienne, Arnobe, né en Numidie, a développé l’idée selon laquelle, l’être humain n’est pas aussi différent qu’on ne le croie de l’animal : c’est seulement l’apprentissage, à la fois lent et pénible, qui en fait un homme. Un enfant isolé, à la naissance, des autres hommes, continuerait donc à vivre comme un animal, sans langage ni sens moral. Les idées d’Arnobe seront reprises, dans une perspective matérialiste, au XVIIIe siècle par un auteur comme La Mettrie, pour montrer que l’âme dépend du corps: l’esprit ne vient pas à ceux qui ne connaissant pas le développement physique, qui sont maintenus dans un état sauvage. La Mettrie cite des cas connus à son époque : les enfants-ours, découverts en 1669 et en 1694 en Lituanie, qui grognaient et n’avaient aucun sens religieux ou moral. Mais parallèlement à ces idées, le thème de l’enfant sauvage a été également pris comme argument pour prouver le caractère inné de la foi et du sens moral : même isolé de ses congénères, même élevé sans langage ni aucun apprentissage, l’homme acquiert de lui-même, par le libre exercice de ses sens, le sentiment spirituel. Ces idées développées par Ibn toyal, dans son fameux roman philosophique, Hayy Ibn Yaqdhan, ont été reprises par les auteurs européens, dont l’anglais Daniel Defoe et l’Espagnol Baltasar Gracian. L’ouvrage de ce dernier, El Criticon ou l’homme détrompé, raconte l’histoire d’un naufragé, Critile, philosophe, donc homme de raison, sauvé par un jeune homme vivant à l’état de nature sur une île déserte. Les deux hommes vont vivre ensemble et engager de longs débats, confrontant, le jeune sauvage, son expérience matérialiste, le philosophe, sa critique de la raison pratique.
A la fin du XVIIIe siècle, quelques romans mettant en scène des enfants sauvages, ont été publiés. C’est le cas de Victor ou l’enfant de la forêt, de Ducray-Duminil, publié avant la découverte de Victor de l’Aveyron ou encore Victorine, publié en 1789, et s’inspirant de la découverte de la jeune fille sauvage de Champagne. Il s’agit d’enfants abandonnés à la naissance, vivant dans un isolement total et récupérés, au cours de chasses ou de battues : c’est alors, pour ces enfants, un long apprentissage, avec ses réussites et ses échecs, pour les intégrer dans la société des hommes.
Au moment de la découverte de Kaspar, on connaissait plusieurs cas d’enfants sauvages, certains remontant au Moyen-Age. Beaucoup d’histoires semblent inventées ou en tout cas enjolivées, de manière à servir d’enseignement. C’est le cas de l’histoire la plus ancienne, l’enfant sauvage de Hesse. Cette région du centre de l’Allemagne est célèbre par ses forêts touffues, jadis, pleines de loups. C’est là que les frères Grimm ont recueilli une partie de leurs contes, dont le fameux Blanche-Neige.
Selon la chronique dite de Hesse, les évènements se seraient produits en 1304. Des chasseurs s’étaient rendus dans la forêt pour chasser les loups qui faisaient des ravages dans les troupeaux. C’est alors qu’ils découvrent, courant parmi les bêtes, une étrange créature : elle court comme les loups, avec la même rapidité, mais son corps n’est pas velu et son visage ressemble à celui des hommes. On découvre que c’est un être humain ! On parvient à le capturer et à le ramener parmi les hommes.
C’est un jeune garçon dont on ne parvient pas à déterminer l’âge exact. Mais on sait qu’il a été enlevé par une meute de loups alors qu’il avait trois ans et on avait cru, à l’époque, que les bêtes l’avaient dévoré. On avait organisé des battues pour le retrouver mais il avait disparu, sans laisser de traces. Il faut dire que les enlèvements d’enfants par les loups, notamment en période hivernale où les bêtes, chassées par le froid, faisaient des incursions dans les villages, étaient courants à l’époque.
La chronique nous apprend que non seulement l’enfant n’avait pas été dévoré par la meute mais que les loups l’avaient pris en charge, comme s’il s’agissait d’un de leurs petits. Ils l’avaient emmené dans une tanière, bien protégée des vents et du froid, l’avaient recouvert d’herbes et de feuilles et s’étaient blottis contre lui pour le réchauffer. Une louve qui avait mis bas l’avait allaité, plus tard, quand il a été en mesure de manger, les loups l’avaient nourri, en lui réservant les meilleurs morceaux de leur chasse. Ils avaient fait son éducation, en lui apprenant à courir, à sauter et à chasser comme eux. Il avait perdu la marche bipède et, comme les loups, courait à quatre pattes. Son corps s’était progressivement adapté à cette nouvelle façon de se déplacer : il faisait exactement tout comme les loups, courant, chassant et hurlant comme eux ! Ces loups, très «humains», contredisent, bien sûr, l’image que l’on se faisait alors du loup, en Europe : un animal cruel et sanguinaire, dévoreur d’hommes, image que les contes et la littérature populaire allaient répandre, pratiquement jusqu’au XXe siècle !
Il fallait refaire l’éducation de l’enfant sauvage de Hesse. On a mis beaucoup de temps pour l’habituer à manger de la viande et d’autres aliments cuits, on l’a forcé à marcher sur ses pieds, en lui faisant porter des attelles, on lui a fait porter des vêtements alors qu’auparavant, il allait tout nu… il a également appris à parler, on lui a enseigné les bases de la morale et de la religion et on n’a pas cessé de lui dire : «Tu n’es pas un loup mais un homme, tu dois te comporter désormais en homme !»
Mais un jour, alors qu’on lui répétait ces propos, l’enfant s’est écrié : «Comme je voudrais retourner parmi les loups ! Leur compagnie est bien meilleure que celle des hommes !» Une sentence inattendue dans cette Europe chrétienne du Moyen Age…
En 1341, soit près de quarante ans après la découverte de l’enfant sauvage d’Hesse, un autre enfant-loup était découvert. Comme le premier, il courait au milieu d’une meute de loups, à quatre pattes et tout nu, sautant et hurlant comme eux. On est parvenu, au prix de mille difficultés, à le capturer. Contrairement à l’enfant de Hesse, il a montré une forte résistance aux hommes, et, trompant la vigilance de ses gardiens, il s’est échappé, et s’est réfugié sous un banc. En dépit de tous les efforts, on n’a pas réussi à le faire sortir de son abri. Il a refusé également de prendre la nourriture qu’on a placé devant lui et, il est mort de faim. Comme dans le cas précédent, la socialisation tentée est un échec. Ces cas anciens, ont été l’occasion, pour les philosophes, de poser le problème de la relation de l’homme à la culture et à la nature, et souvent, ils vont servir d’argument pour une critique de la société, une récusation de la supériorité de l’homme sur l’animal.
Un cas célèbre, parce qu’il a suscité en Angleterre des polémiques est celui de Peter. Il a été découvert dans la campagne de Hamelin, en Hanovre, en 1724. lui aussi avait vécu parmi les loups et il se comportait comme eux. Comme le Hanovre dépendait alors de l’Angleterre, on l’avait offert à son roi, George 1er, un homme qui aimait les curiosités. Peter est exhibé à la cour et on venait le voir comme un animal. Les célébrités de l’époque, comme Swift, Pope et Defoe l’avaient rencontré et parlé de lui dans leurs œuvres.
Après avoir amusé un temps le roi et sa cour, Peter est confié à un médecin, un certain docteur Arbuthnot, pour faire son éducation. Le docteur, qui n’est pas un homme délicat, a des méthodes plutôt sévères. Il jugeait, en effet, que Peter n’était qu’un sauvage et qu’il fallait user, avec lui, de force pour lui inculquer les principes de la morale et de la vie en société. Ainsi, quand le jeune homme manifestait de la résistance et refusait de faire ce qu’on lui disait, il le frappait, aux jambes, avec une lanière de cuir. Comme on le ferait avec un animal pour le dresser.
Contrairement aux autres enfants sauvages, Peter n’a pas appris à parler. Selon le document anonyme qui traite de son cas, le Enquiry How the Wild Youth, il souffrait d’une anomalie, un filet latéral fixant sa langue au palais. Un médecin l’avait examiné et avait envisagé de couper le filet mais il avait renoncé, à la dernière minute, à pratiquer l’opération. Peter semblait avoir posé des problèmes au docteur Arbutnot qui, au bout d’une année, a fini par le retourner au roi. Le roi Georges et sa belle-fille Caroline vont se disputer à son propos. Finalement, on l’envoie dans une ferme où il va passer toute sa vie : une vie longue et heureuse, selon la chronique.
Peter est l’occasion pour des écrivains, comme Swift ou Defoe, pour faire une critique de la société, de se railler des hommes et de leur prétention à être supérieurs à la bête. On oppose la liberté et l’innocence de l’état naturel à l’hypocrisie de la société. On s’interroge aussi sur les capacités de l’être humain à s’adapter à son milieu et à se suffire à soi-même : Peter, comme les autres enfants sauvages, a pu survivre, avec ses faibles capacités physiques, dans un environnement très défavorable.
Au cours du mois de septembre 1731, une fillette, âgée de neuf ou dix ans, fait son apparition dans le village de Songy ou, selon d’autres sources, de Soigny : la confusion vient du fait que ces deux localités, qui se trouvent dans le département de la Marne, en France, sont voisines.
La fillette était vêtue de loques, elle avait les cheveux ébouriffés, le dos légèrement courbé, et ses mains puissantes avaient les pouces anormalement longs.
Elle a brusquement surgi de la forêt, tenant un gros bâton à la main. Un chien s’est précipité vers elle, elle lui assène aussitôt un coup et l’animal tombe, tué sur le coup. Puis, elle brandit son arme, en direction des hommes que cette vision effraye.
— Le Diable ! Le Diable !
On la poursuit mais elle court si vite qu’on ne parvient pas à la rattraper. Ses jambes semblent, malgré son âge, plus solides que celles d’un coureur expérimenté. On doit donc user de ruse pour la capturer.
On a alors découvert qu’il ne s’agit pas d’un démon mais d’un être humain et on a formulé l’hypothèse qu’il s’agit d’un enfant abandonné par sa famille dans la forêt. On n’a pas parlé, comme pour les autres cas, de loups ou d’un tout autre animal qui l’aurait élevée. Qu’elle ait survécu, seule dans la nature, sans aucune aide, relève du miracle. Il est difficile, en effet, d’imaginer un bébé subvenant lui-même à ses propres besoins, se protégeant des intempéries… Il y a aussi l’hypothèse que la fillette ait été abandonnée à un âge un peu plus avancé – trois ou quatre ans : mais là aussi, on ne peut concevoir qu’elle ait vécu seule, dans la nature.
On ignore d’où lui venaient les haillons qu’elle portait et on a supposé qu’ils lui avaient été donnés. On a parlé de vêtements de cuir, voire d’une fourrure : la fillette n’était pas vêtue mais avait le corps recouvert de poils !
Elle ne parlait pas, elle mangeait ses aliments crus. Peu à peu, la petite sauvage —qu’on a prénommée Marie-Angélique — s’est adaptée à la société des hommes. Elle a appris à parler, et elle est entrée en religion, finissant ses jours dans un couvent. Elle a gardé, toute sa vie, une souplesse physique extraordinaire, courant plus vite qu’aucun homme et nageant comme un poisson !
Selon certains auteurs modernes, Marie-Angélique appartient à une race humaine disparue, le Néanderthalien. On a trouvé dans le portrait que les témoignages de l’époque ont fait d’elle, des traits de cette espèce : face allongée, stature légèrement recourbée et surtout pouce anormalement allongé. Elle avait également une solide carrure, des bras puissants et une mâchoire très forte. On a aussi discuté de ces fameux haillons, vestiges d’un vêtement qu’une femme lui aurait donné, et on a conclu qu’il ne s’agissait pas de vêtement mais d’une fourrure naturelle : le corps de la fillette aurait été recouvert de poils ! Mais ce fait n’est pas établi et Angélique a été présentée, par la suite, comme une fillette tout à fait normale. En tout cas, elle est devenue une religieuse !
Celui qu’on a appelé «le garçon de Kronstadt» a été capturé, à la fin du 18e siècle, en Valachie, région de Roumanie, connue pour ses épaisses forêts… et ses vampires. Mais contrairement aux vampires, ce garçon ne fait pas partie des mythes mais a bel et bien existé. Boris Porchnev et Bernard Heuvelmans le citent dans leur ouvrage, L’homme de Néandertal est toujours vivant comme exemple d’homme primitif, appartenant à l’espèce dite du Néandertal et que l’on croyait disparue, remplacée par l’espèce actuelle, l’homo Sapiens. D’après les portraits qui ont été faits de lui, il avait le corps recouvert de poils, le front fuyant, les orbites enfoncées, le cou noueux, comme s’il était gonflé, les membres assez développés, les muscles saillants… Selon les deux auteurs cités, il ne s’agissait pas seulement de caractères néandertaliens, mais encore d’un néandertalien d’un type très archaïque.
Si ce portrait est conforme à la réalité, on se demande comment un tel homme ait pu servir alors que son espèce s’est éteinte depuis des milliers d’années. On a supposé que le garçon de Kronstadt appartenant à un groupe d’hominidés que l’isolement dans les forêts et les montagnes a réussi à sauvegarder. Cependant aucun autre membre de ce groupe n’a été retrouvé, en Valachie.
Autre trait du garçon de Kronstadt : il ne s’est jamais adapté à la vie des hommes. Selon Boris Porchnev et Bernard Heuvelmans, il souffrait d’autisme : «Il n’exprimait jamais le moindre sentiment. Quand on éclatait de rire ou simulait la colère, il ne semblait pas saisir ce qui se passait… Il regardait avec stupéfaction tout ce qu’on lui montrait, mais il détournait bientôt le regard, avec la même absence de concentration, sur d’autres objets. Quand on lui présentait un miroir, il regardait celui-ci, mais restait tout à fait indifférent de n’y point trouver son image.» L’autisme de ce garçon aurait été provoqué par un isolement prolongé : on a supposé, dans la foulée, que tous les membres de son groupe ont été autistes. Hypothèse difficile à envisager pour un groupe humanoïde !
Toujours à la fin du 18e siècle, un autre homme sauvage, appelé Jean de Liège, de la région de Belgique où il a été trouvé, présente des caractères de Néandertalien, notamment un corps velu, mais comme il a réussi à parler, on ne l’a pas classé, comme le garçon de Kronstadt, dans la catégorie des Néandertaliens.
Jean de Liège a quand même le corps massif, des traits archaïques, comme les orbites enfoncées, mais il a réussi à s’adapter peu à peu à la vie des hommes, en acceptant de porter des vêtements, de vivre en compagnie des hommes.
On a beaucoup parlé de la façon de parler de Jean : il s’exprimait mal, hachant les mots, avalant des consonnes. Mais selon les témoignages, s’il parlait mal, ce n’était pas à cause d’une déficience mentale mais plutôt d’une anomalie de son larynx. Comme on ne précise pas de quel type d’anomalie il s’agit, on reste perplexe : en quoi le larynx de cet homme était-il différent du nôtre ? Malheureusement aucune étude n’a été faite, ce qui laisse planer le doute sur les origines de Jean de Liège.
Le cas le plus célèbre d’enfant sauvage, avant l’apparition de Kaspar Hauser, est Victor de l’Aveyron. Il s’agit d’un enfant de sexe masculin, âgé d’une dizaine d’années, apparu à la fin du 18e siècle, dans la région de Saint-Sernin, en France. Il a déjà été aperçu dans les bois, quelques années auparavant, et on l’avait pris pour un loup. Trois chasseurs l’ont capturé et l’ont ramené dans leur village mais il a réussi à s’enfuir et à reprendre la vie sauvage. Ce n’est que quelques temps après qu’il a été de nouveau capturé et cette fois-ci on ne l’a pas laissé s’échapper. Il ne portait aucun vêtement, il était incroyablement sale et se montrait agressif quand on s’approchait de lui.
Ce cas suscite la curiosité et un ministre le fait venir à Paris. On tente de lui apprendre à parler et à lui enseigner les bonnes manières mais on s’y prend mal : l’enfant, non seulement ne parle pas mais aussi refuse de se soumettre aux règles qu’on veut lui imposer. Un médecin l’examine et déclare qu’il est atteint d’idiotisme et qu’on ne pouvait le récupérer. Ne sachant quoi faire de lui, on le place dans l’Institut des sourds-muets où le docteur Jean Itard le prend en charge.
Dans le premier rapport qu’il a publié en 1801, le docteur Itard expose l’état de Victor ainsi que l’a décrit Pinal.
«Procédant d’abord par l’exposition des fonctions sensorielles du jeune sauvage, le citoyen Pinal nous présenta ses sens réduits à un tel état d’inertie que cet infortuné se trouvait, sous ce rapport, bien inférieur à quelques uns de nos animaux domestiques ; ses yeux sans fixité, son expression, errant vaguement d’un objet à l’autre, sans jamais s’arrêter à aucun, si peu instruit d’ailleurs, et si peu exercé par le toucher, qu’ils ne distinguaient pas un objet en relief d’avec un corps en peinture ; l’organe de l’ouïe insensible aux bruits plus forts comme à la musique la plus touchante ; celui de la voix réduite à un état complet de mutité et ne laissant échapper qu’un son guttural et uniforme ; l’odorat si peu cultivé qu’il recevait avec la même indifférence l’odeur des parfums et l’exhalaison fétide des ordures dans sa couche était pleine. enfin, l’organe du toucher restreint aux fonctions mécaniques de la préhension des corps. Passant ensuite à l’état des fonctions intellectuelles de cet enfant, l’auteur du rapport nous le présente incapable d’attention, si ce n’est pour les objets de ses besoins, et conséquemment de toutes les opérations de l’esprit qu’entraîne cette première, dépourvu de mémoire, de jugement, d’aptitude à l’imitation, et tellement borné dans les idées même relatives à ses besoins, qu’il n’était point encore parvenu à ouvrir une porte ni à monter sur une chaise pour atteindre les aliments qu’on élevait hors de la portée de sa main… Il passait avec rapidité et sans aucun motif présumable, d’une tristesse apathique aux éclats de rire les plus immodérés ; insensible à toute espèce d’affections morales ; son discernement n’était qu’un calcul de gloutonnerie, son plaisir une sensation agréable des organes du goût, son intelligence la susceptibilité de produire quelques idées incohérentes, relatives à ses besoins ; toute son existence, en un mot, une vie purement animale.»
Le docteur Itard, s’il est d’accord avec la description que Pinel fait de Victor, ne partage pas son verdict : l’enfant n’est pas atteint, comme il l’écrit, d’idiotisme irrécupérable. Pour lui, si Victor présente un déficit mental, ce n’est pas par débilité mais par isolement, par manque d’entourage humain. Il suffit de refaire son éducation pour qu’il se comporte comme un être humain.
Le docteur Itard se fixe tout un programme. Il s’agira d’abord d’attacher Victor à la vie sociale, mais sans le brusquer : on lui montrera une vie plus douce que celle qu’il a quittée, mais également proche de celle qu’il a quittée. Il s’agira ensuite de «réveiller sa sensibilité nerveuse» par des stimulants énergiques, de multiplier ses rapports avec les autres, de lui apprendre à parler, enfin de le faire réfléchir sur les objets qu’il utilise pour apprendre à réfléchir.
Pour ce qui est de la langue, Itard commence par familiariser Victor aux sons de la langue, dans lesquels Victor ne voyait que des sonorités indistinctes. Il faut près de cinq mois pour que Victor apprenne à reconnaître un son, le son O, et à détourner la tête quand il l’entend. «Cette préférence pour le O, écrit le docteur Itard, m’engagea à lui donner un nom qui se termine par cette voyelle. Je fis le choix de celui de Victor. Ce nom lui est resté et quand on le prononce à haute voix, il manque rarement de tourner la tête ou d’accourir». Il va acquérir progressivement d’autres sons, mais l’apprentissage sera lent et difficile, Victor ne parvenant pas à reconnaître les mots ni à les associer aux référents qu’ils désignent. Victor se limitera à ce que Itard appelle «le langage à pantomimes», c’est-à-dire à l’expression par les gestes. Ainsi, pour l’envoyer chercher de l’eau, on doit lui montrer une cruche et pour lui faire comprendre qu’elle est vide, la mettre dans une position renversée.
Itard met au point plusieurs tests pour faire parler Victor mais il échouera à chaque fois. «tout ce que je pus obtenir de cette longue série de soins, écrit-il, se réduisit à l’émission de quelques monosyllabes informes, tantôt aigus, tantôt graves, et beaucoup moins nets encore que ceux que j’avais obtenus dans mes premiers essais.»
En fait, Victor ne parlera jamais, mais s’il refuse de faire usage du langage oral, il ne développe pas moins d’autres facultés langagières. C’est ainsi qu’Itard parvient à lui faire reconnaître visuellement des mots. Ainsi, il parvient à apparier sans difficulté des listes de mots répétés, il peut aussi reconnaître un rapport entre un graphisme et l’objet auquel il est lié. Mais Itard n’est pas dupe : Victor ne reconnaît pas des mots, des signes linguistiques, porteurs d’une signification, mais des mots qui accompagnent des choses. Un mot n’est valable que pour un objet précis, jamais pour une classe d’objet : le mot «ciseaux» désigne les ciseaux qu’il connaît, il ne le reconnaît pas quand on lui montre d’autres ciseaux. La faculté d’abstraction est absente chez lui.
Quand le docteur Itard se séparera de lui, Victor mènera, à Paris, une vie de reclus.

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11-05-2007

Minamato no Muneyuki. (+ 940)

Dans le village de montagne
La solitude de l’hiver
Semble encore plus triste
Quand on songe que ce sont évanouies, fanées,
Les figures humaines comme les plantes.

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11-05-2007

José Saramago (1922-

La solitude, ce n’est pas vivre seul, c’est être incapable de tenir compagnie à quelqu’un ou à quelque chose qui est au fond de nous, la solitude ce n’est pas l’arbre isolé au milieu de la plaine, c’est la distance entre la sève profonde et l’écorce, entre la feuille et la racine. (L’Année de la Mort de Ricardo Reis)

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11-05-2007

Izumi Shikibu (XIe siècle)

Sur les feuilles des bambous
La grêle qui tombe dans la nuit
Crépite
Je n’ai point le sentiment
Que je pourrai dormir seule.

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11-05-2007

L’Esprit de solitude (3)

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La solitude est un cadeau royal que nous repoussons
parce qu’en cet état nous nous découvrons infiniment libres
et que la liberté est ce à quoi nous sommes le moins prêts. Solitaire je suis.
Depuis toujours et plus que jamais. La solitude est ce qui me fait tenir debout, avancer, créer ;
C’est une terre sans limites et ensoleillée,
une citadelle, offerte à tous les vents mais inexpugnable.
C’est la seule part d’héritage que je défends âprement,
part d’ermitage qui est tout et qui est moi. Solitaire, donc, quoique bien entourée et riche d’amitiés.
Solitaire comme un défi à la banalité, comme un refus de se résigner.
Solitaire pour continuer à m’aventurer, pour honorer la précarité humaine
et ne pas démériter de l’Esprit. Sauvage, émerveillée ou poignardée,
je me tiens en solitude comme au seuil de l’immensité.
La souffrance n’en est point absente,
elle creuse même davantage
puisque tout dans ce climat reprend intensité. Mais justement, si dans cet état je me sens bien plus vivante qu’en la compagnie des autres,
c’est parce que toute sensation, toute soif, toute pensée s’y trouvent avivées,
aiguisées jusqu’à un point extrême. J’aime ce danger, cette radicalité :
le véritable artiste évolue sans filet, au péril de son existence
et sans attendre d’applaudissements. La voie solitaire n’apporte ni gloire ni consolation,
aussi vaut-elle plus qu’une autre d’être tentée.
C’est la voie fulgurante de tout être impatient d’absolu
dont l’apparent orgueil s’avoue si proche de l’anéantissement suprême
L’esprit de solitude suprême ;
ou la « voie sèche » de l’alchimie : brève, au creuset, mais infiniment risquée. Ils sont seuls, les grands passants de la Terre et les grandes amoureux,
seuls comme Jésus au mont des Oliviers,
comme Hallâj se proclamant la Vérité dans une ivresse de soir d’été,
comme Don Quichotte incendiant de rêves et de poésie la lugubre plaine de la Manche,
comme Juliette confiante et ensommeillée dans son tombeau.
Non pas tant incompris ou rejetés par leurs contemporains
que singuliers et entiers dans leur aventure. Mais voici : les grandes âmes font peur et chacun semble craindre pour soi un destin d’exception.
De tout temps, les petits hommes ont tourné le dos à qui leur révélait leur nature immense
et ils ont brillé ou crucifié les prophètes de la liberté et du pur amour,
de la béguine Marguerite Porete au savant Giordano Bruno… Que faisaient les Hébreux, libérés par Moïse du joug de Pharaon ?
Ils pleuraient, ils regrettaient leur terre de servitude, les oignons qu’ils mangeaient à satiété.
Et que firent, juste après le Calvaire, les disciples qui fréquentèrent jésus ?
Ils retournèrent, tête basse, à leur activité de pêche, à leur tâche administrative.
Comme si rien ne s’était passé. Bien à tort, je m’étonne et je m’irrite encore
de cet entêtement de la société à vouloir nier ou combattre la solitude
- ce fléau, ce malheur -
afin d’entretenir l’illusion d’un partage total et transparent entre humains,
d’une communication étendue à la planète entière,
allant de pair avec une solidarité sans faille. La société ne tient qu’en bouchant toutes les issues vers le haut
et en empêchant les conduites singulières.
Aussi la lutte contre l’exclusion, la solitude et le chômage lui parait-elle forcément prioritaire. Dans la solitude je ne m’enferme pas ;
je prends du recul, de la hauteur aussi ;
je rassemble mes forces et j’ouvre grand les fenêtres
celles qui donnent sur les choses, sur l’ailleurs et sur l’intérieur. Vivre solitaire demeure la seule façon de ne pas se compromettre,
de sauvegarder son irréductible étrangeté et d’accéder à ce qui ne périt pas. « Souffrir de la solitude, mauvais signe ;
je n’ai jamais souffert que de la multitude »… disait Nietzsche Le célibat désigne un état civil.
La solitude est un état d’esprit.
On veut la faire passer pour une malédiction alors qu’elle est le sceau de notre nature humaine,
sa chance d’accomplissement. Lorsqu’on parle de la solitude des personnes âgées,
des malades, des prisonniers, de tous les inadaptés à la vie de société,
on évoque un abandon, un oubli, une mise à l’écart.
C’est une solitude triste, souffrante, qui tremble ou crie.
Plus exactement c’est un isolement. Mais notre époque, friande de grand public et de rassemblements,
parle très peu de cette conduite de vie solitaire
qui favorise la réflexion et affermit l’indépendance,
de cette solitude belle et courageuse, riche et rayonnante,
que pratiquèrent tant de sages, d’artistes, de saints et de philosophes. Comme si cette voie était réservée à quelques originaux ou tempéraments forts,
comme si elle constituait l’ultime bastion de résistance face à la bêtise, au conformisme et à la vulgarité.
Aussi ne m’intéresserai-je ici qu’à cette démarche rare et grave,
à la solitude magnifique dans le sens où Poussin en peinture employait la « manière magnifique ». Et d’abord, je poserai la question :
quel grand feu couve donc sous ce bloc de solitude,
cet état de parfaite densité pour qu’on s’ingénie à le combattre
et à le confondre avec l’isolement et la difficulté de vivre ? Lorsqu’on va seul dans la vie,
ce n’est pas qu’on soit méchant ou délaissé :
c’est que le monde entier vous sourit et offre du sens.
Lorsqu’on vit seul,
ce n’est pas manque de chance ni absence d’amour :
c’est que justement jamais on ne se sent seul,
que chaque instant déborde de possibles floraisons. Pour devenir soi et devenir quelque peu libre,
il faut lacher le recours permanent à l’autre, au regard de l’autre. Marcher seul. Refuser l’aide autant que l’apitoiement et la flatterie.
La voie solitaire n’engage pas nécessairement à un combat héroïque,
elle invite d’abord à la rencontre avec soi-même,
à la découverte de cet être qui n’est pas seulement un produit de la société,
de la famille, de l’histoire ou de la génétique. Et ici, le précepte du temple de Delphes,
invoqué par Socrate, prend toute son ampleur :
« Connais-toi toi-même, et tu connaîtras l’univers et les dieux ». Son équivalent se trouve dans la mystique de l’islam, avec ce hadith :
« Celui qui se connaît, connaît son Seigneur ». Car il ne s’agit pas d’une introspection, d’une analyse psychologique,
mais d’un éveil au Moi,
au Moi transcendant qui échappe à toute contingence, à tout conditionnement,
à la mort même, et se rencontre dans la solitude,
le silence, tout au fond ou plutôt au sommet de la profondeur. Par la puissance et l’intensité qu’elle recèle,
la solitude tient à la fois de l’insolence et de l’insolation.
Elle peut faire office de détonateur au sein d’un monde tiède et mou et ouvrir de grandes perspectives.
C’est pourquoi tout humain pourvu de quelque conscience et dignité devrait apprendre à bàtir sa solitude,
à l’habiter avec agrément,
et aussi à la défendre contre tous les niveleurs de citadelle et rongeurs de liberté. Cette solitude peut paraître dure, intransigeante.
Certes, elle est haute, même élancée, mais elle n’a rien de désolé :
c’est comme un amandier qui, même seul et même en temps de guerre, persiste à fleurir ;
c’est comme une nef partant sur l’océan ;
c’est comme une flèche légère se perdant dans l’azur. La solitude comme je l’entends
Ne signifie point condition misérable
Mais plutôt royauté secrète
Incommunicabilité profonde
Mais connaissance plus ou moins
Obscure d’une inattaquable singularité
(J. Genet) Il y aura toujours de la solitude
Pour ceux qui en sont dignes…

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11-05-2007

Jacqueline Kelen : L’Esprit de solitude (2)

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4e de couverture : Pour la plupart des contemporains, la solitude est ressentie de façon négative : on la confond avec l’isolement, le manque, l’abandon. Et la société veille à empêcher que l’être humain ne se retrouve seul, face à lui-même. Or la solitude choisie est loin d’être un enfermement, une pauvreté : c’est un état d’heureuse plénitude. Non seulement parce qu’elle offre la clef de la vie intérieure et créative, mais parce qu’elle est disponibilité et chemin d’apprentissage de l’amour. Il n’est pas de liberté de l’individu sans ce recueillement de la pensée, sans cet ermitage du coeur. Pourquoi tant de philosophes, d’artistes, de saints et de mystiques furent-ils de grands solitaires ? Quelle force, quelle inspiration puisèrent-ils dans une vie d’austère apparence ? Et pourquoi notre monde lutte-t-il avec tant d’ardeur contre un état propice à la connaissance de soi ? Jacqueline Kelen invite ici chacun à découvrir son immense liberté.

Jacqueline Kelen

Ed. La Renaissance du livre, 2000
 
    Pourquoi faire l’éloge de la solitude ?  
 

J. Kelen : La solitude est un thème éminemment humain et dans un même temps, terriblement repoussé. Car on associe le plus souvent la solitude à l’isolement, à la séparation, au deuil, à l’abandon et donc à une grande forme de détresse. La solitude ressemble donc à un épouvantail monstrueux qu’il faut fuir à tout prix. Dans notre société, il n’est pas “normal” de rester seul(e), d’en être heureux, tout comme cela paraît suspect de ne pas vouloir d’enfant. Car beaucoup ne réalisent pas que choisir la voie solitaire, ce n’est pas vivre comme une âme en peine, abandonnée de tous.

De mon point de vue, c’est la solitude qui nous fait passer du statut d’homme mortel à celui d’être humain. Car elle nous met en contact direct avec nous-mêmes et nous offre un accès privilégié à notre richesse intérieure. Elle nous offre l’opportunité de nous découvrir, de rendre chacun d’entre nous unique et de nous ouvrir pleinement aux autres. Elle nous délivre de l’isolement, en nous faisant passer du “moi”, conditionné et dépendant car toujours en rapport aux autres, au “je” libre et responsable.
La solitude est notre maturité.

 
    Comment apprendre à “positiver” sa solitude ?  
 

La solitude est souvent perçue comme une épreuve quand on l’expérimente après une rupture, un abandon, un deuil. Alors plutôt que de tenter de la fuir, il faut faire face et traverser cette épreuve. En se disant que c’est l’occasion d’une rencontre avec soi et une ouverture sur tous les possibles. Au lieu de penser que l’on ne peut plus rien faire, que l’on devient inutile parce que l’on est seul, il faut au contraire plonger au plus profond de soi pour découvrir toutes les richesses que l’on possède.

Pour ce faire, je conseille souvent d’écrire. D’écrire dans un carnet ou un cahier, toutes les choses que l’on aimerait faire ou vivre, tous les rêves qui nous habitent sans laisser s’installer le barrage du rationnel.
Et interrogez-vous sur ce qui vous en empêche. C’est bien souvent le regard des autres. Prenez alors conscience que c’est vous qui créez votre vie, qui en êtes responsable, et non les autres. La solitude nous offre cette belle leçon : il faut d’abord attendre de soi et non des autres. Il faut d’abord savoir compter sur soi et s’aider soi-même. Et les autres viendront vers vous car ils ne seront pas là pour, en premier lieu, combler vos manques ou animer votre vie.

 
    Est-il important de se ménager des moments de solitude quand on vit en couple ou en famille ?  
 

Oui, car il est toujours important de garder le contact avec soi-même. Quand on vit en couple ou en famille, on finit trop souvent par croire que l’on n’existe plus sans l’autre. Il est donc important de cultiver son jardin secret, de prendre du temps pour soi sans culpabiliser (ce n’est pas un acte égoïste ! ), voire de se ménager un petit territoire bien à soi dans l’espace géographique familial.

Une autre façon de se retrouver avec soi-même peut passer par la méditation. Le simple fait de rester chaque jour, assis un quart d’heure sans bouger, les yeux clos, dans le silence, est un formidable moyen de s’enraciner au plus profond de soi-même, et donc dans sa vie. Sans qu’il y ait pour autant d’implication religieuse ou spirituelle. Ce sont juste des retrouvailles intimes, un moment que l’on s’offre pour s’écouter, se comprendre, se recentrer. Et d’une certaine manière, se respecter.

 

Publié par Jean dans Livres | 7 Commentaires »

10-05-2007

10 mai : mes commentaires

slim

Ne serait-ce pas ça être un humain à part entière : avoir conscience de tout ce qu’on ignore ? La culture finalement n’est peut-être que ça : avoir une idée de l’étendue de son ignorance ?

Merci pour vos visites.

Blog de Françoise Simpère

Beaucoup de vrais solitaires disent que la solitude leur apportent la sérénité.

Votre texte m’a amené à penser que dans la sexualité même c’était l’intimité le plus important et non pas le plaisir : cette proximité de notre opposée ! Qu’en pensez-vous ?

J’aimerais reproduire ce texte sur mon blog avec un lien bien sur.

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10-05-2007

La solitude et l’amour, par Lucie.

Lien : lucie0552

Dans la solitude il y a ce vers quoi on va fatalement, soi. Mais ce n’est pas une fatalité. On naît seul, il y a tout au long de sa vie des interactions, des rencontres, des affinités, des amours. Dans la solitude, celle que je vis chaque jour m’a toujours mis à l’abri du mensonge, du faux semblant. Je n’ai plus peur de la solitude. Dans cette solitude je ne me sens pas seule, abandonnée, j’ai mis des années à le comprendre, j’ai rencontré quelqu’un, moi. Je sais qui je suis, je sais où je vais, ce que je veux, et surtout j’ai appris à croire en moi. J’ai appris que chaque mot, que chaque acte devait être en harmonie avec ce que je suis. Dans cette solitude il n’y a de place pour personne. Aimer pour moi, c’est une évidence. L’évidence aussi c’est que l’amour ne touchera jamais à cette solitude. Je n’ai jamais comblé des vides, des manques. C’est un leurre de croire que l’amour peut combler des vides. L’amour détient en lui un secret universel que tout le monde détient en soi, et que chacun garde bien précieusement. L’amour se donne, se reçoit. L’amour c’est un échange. Je suis allée loin dans la solitude pendant de longues années, non pas pour m’éloigner des autres, mais pour aller vers l’autre en sachant qui je suis.

Mon commentaire :

Ton texte m’interesse beaucoup, Lucie.

Si tu le permets je vais le reproduire sur mon blog.

Il va certainement y entrainer des discussions.

Deux  » écoles  » en effets s’affrontent. Un couple est-ce deux solitudes qui se rencontrent et vivent en parallèle ou est-ce la fusion de deux solitudes pour n’en faire plus qu’une?

Tu sais toi ? Pourquoi y-a-t-il tant de solitude à notre époque ?

Je vais bien sur faire un lien et je reviendrai te saluer.

Mon avis : Chacune des phrases de Lucie est une pensée qui peut être prise seule et méditer. ça a été un plaisir de lire ces lignes ce soir.

Publié par Jean dans Paroles de solitaires | 15 Commentaires »

10-05-2007

Protégé : Mes commentaires

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08-05-2007

Jacqueline Kelen : L’Esprit de Solitude (1)

« Mieux vaut être seul que mal accompagné« , disait au XVe siècle Pierre Gringoire. Cette parole devenue proverbiale est loin d’être suivie et le monde moderne, empli de technologies et vide de chaleur humaine, pousse plutôt à rechercher un nid de tendresse ou l’appui d’un groupe. « Tout plutôt que d’être seul » serait la devise actuelle. C’est le début de la lâcheté, de la compromission. Le principal défaut de toute vie collective tient à la considérable déperdition d’énergie qu’elle induit, avec le gâchis de temps qui s’ensuit. Chaque individu perd en intensité ce qu’il acquiert en sécurité. Et cela vaut pour l’habituelle vie de famille, réconfortante et épuisante.

Pour les personnes qui ont choisi de vivre en couple, il semble indispensable que chacun ait un lieu, des moments rien qu’à lui; une pièce réservée où nul autre ne pénètre; des amis qu’il continue de voir en particulier. Afin d’éviter toute confusion. Le défi que propose toute vie conjugale consiste précisément à vivre à deux, à être deux personnes différentes et distinctes, non pas une seule, non pas deux moitiés. C’est, au fil des jours et en toute occasion, un rappel permanent à l’altérité et à ce qui en découle: le respect de la solitude de l’autre. Voilà ce que murmurait Mélusine en instaurant une journée de retrait, d’absence, dans la trame de son mariage heureux. Elle ne se confondrait jamais avec Raymondin, lui échapperait toujours; et lui, le Seigneur de Lusignan, si épris, ne serait jamais l’ombre ni le possesseur de l’étrange femme. L’éloignement de la journée du samedi où Mélusine demeure en ses appartements rappelle la distance qui résiste entre deux êtres amoureux, entre deux époux, précieuse distance qui permet le mystère et le désir. Du reste, lorsque Raymondin succombe à la jalousie et va épier Mélusine dans sa cachette, il découvre une créature qu’il ne connaissait pas, une femme qu’il n’avait jamais vue, même dans l’intimité amoureuse. Cette incroyable apparition le trouble et l’effare – moins parce que la jeune femme est dotée d’une queue de serpent ou de poisson que par l’image inconnue qu’elle présente. Celle qu’il appelait son épouse, qu’il croyait familière, se révèle insaisissable – robe de sirène qui glisse dans l’eau, vapeur du bain qui voile et brouille la scène… Merveille et stupeur s’emparent du seigneur bien établi sur ses terres: le désir est inquiet, l’amour perturbe et dépayse, là où une vie en commun tend à banaliser, à rassurer. D’où ce léger flottement qui envahit le cerveau et les yeux du mari trop curieux.

La plupart des mariages échouent ou se déchirent en raison de cette insupportable altérité. lls voulaient ne faire qu’un, tout se dire, partager les mêmes goûts, mettre en commun leurs amis; ils croyaient penser la même chose, ils disaient toujours « nous », ils arrivaient à se ressembler physiquement et ne se quittaient presque jamais. Et puis un jour, au détour d’une phrase, sur un battement de cils, l’autre se révèle tel qu’il a toujours été: vivant. imprévisible, différent. Dans d’autres couples, l’un des deux conjoints a absorbé l’autre et imposé son individualité: la complicité est devenue ligotage, l’intimité s’est confondue avec une permanente intrusion et l’injonction de transparence a scellé la prise de possession.

Lisons une fois encore Rilke: « L’amour ne sera plus le commerce d’un homme et d’une femme, mais celui d’une humanité avec une autre. [...] Il sera cet amour que nous préparons, en luttant durement: deux solitudes se protégeant, se complétant, se limitant, et s’inclinant l’une devant l’autre.« 

Loin de ce que rêvait le poète autrichien, la société actuelle vit sous le régime du semblable et non du différent. Le clivage en est l’aboutissement terrifiant. Dans la vie sentimentale, chacun cherche son « alter ego », à savoir son reflet, son double, et s’enferme irrémédiablement. Le dialogue, la découverte, l’aventure et l’altruisme ne peuvent exister que s’il y a l’autre, précisément. Comme l’éprouve Rilke, un homme et une femme sont deux planètes entières et distinctes; et ces deux planètes peuvent s’entendre et se rejoindre dans la mesure où elles se reconnaissent tout à fait différentes. La personne que j’aime ne sera jamais un « alter ego », un « autre moi-même »: ou elle est un « alter », ou elle est un « ego ».

Les mythes d’Occident sont sur ce point très clairs, même si la plupart concernent l’amour plus que la vie de couple. Avant l’émergence de la légende celtique de la fée Mélusine, Ovide nous avait raconté l’histoire belle et touchante de Philémon et Baucis, deux personnes âgées, mariées depuis longtemps. Le mari et la femme sont généreux et pieux. Un jour, ils accueillent des étrangers qui frappent à la porte de leur humble maison et ils leur offrent à manger et à boire tout ce qu’ils possèdent. Le lendemain matin, ces visiteurs se révèlent être des dieux et ils remercient leurs hôtes en leur accordant de réaliser un vœu. Philémon et Baucis demandent alors de pouvoir mourir le même jour. Les années passent puis la mort survient, emmenant les deux époux au même moment. Ces êtres nobles et aimants sont métamorphosés en arbres, selon la fable d’Ovide: non pas un seul arbre mais bien deux, un chêne pour l’homme et un tilleul pour la femme; tout proches et non confondus. Souvenons-nous aussi du Banquet de Platon qui expose les points de vue des différents convives au sujet de l’Amour. Ce sont des hommes qui parlent entre eux, puis vient le tour de Socrate. Et que fait cet illustre ami de la sagesse ? Il annonce qu’il va rapporter les propos entendus jadis « de la bouche d’une femme de Mantinée, Diotime ». Cette femme est sans nul doute prêtresse ou pythagoricienne et son autorité est révérée. Or, Socrate qualifie Diotime d’étrangère, ce qui au sens strict peut sembler étonnant puisque la ville d’Arcadie se trouve à une centaine de kilomètres d’Athènes. Le philosophe nous donne donc à entendre une distance symbolique, une figure l’altérité. Au beau milieu d’un banquet entre hommes – le discours de Diotime se trouve exactement au centre de l’écrit platonicien – surgit une femme: un autre monde et une parole tout autre. Une femme qui parle d’un sujet que tous croient connaître et qui se révèle si peu familier, si peu accessible: l’Amour. Et c’est par sa qualité d’altérité que l’Amour peut se laisser approcher des mortels.

En suivant les enseignements donnés par ces mythes, on pourra éviter dans le domaine amoureux les habituelles récriminations (« tu ne me rends pas heureuse », « donne-moi des raisons de vivre ») les chantages ridicules ou odieux (« je n’existe pas sans elle », « si tu pars, je me tue ») ainsi que les suspicions auxquelles Raymondin a hélas succombé: si elle veut être seule, c’est qu’elle ne m’aime plus, ou qu’elle m’aime moins; si elle recherche la solitude, c’est qu’elle en aime un autre… La relation d’amitié qui respecte la distance et fête l’altérité ne connaît pas ces griefs. Faite de partage et aussi de silence, elle ne contraint pas et se maintient malgré l’éloignement. En un mot, ce n’est pas une relation possessive mais un lien, une alliance plutôt, de liberté. Or, pour bon nombre de gens, la solitude paraît incompatible avec l’amour parce qu’ils ont dans la tête des images de couples préfabriqués et d’amants enlacés comme boas.

Aimer quelqu’un, c’est honorer sa solitude et s’en émerveiller.

En fait, il s’agit de choisir entre devenir un et demeurer unique. Entre l’union (amoureuse, conjugale) et la singularité (forcément solitaire).

L’amour que je ressens pour un être ne met pas fin à ma solitude mais il l’enrichit, l’enchante et la fait rayonner. L’élu, l’être aimé serait paradoxalement celui avec qui j’ai envie d’être seule.

Extrait de « L’Esprit de Solitude » de Jacqueline Kelen, éd. La Renaissance Du Livre

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08-05-2007

33) Les poètes de sept ans – Arthur Rimbaud

33) Les poètes de sept ans - Arthur Rimbaud dans Poésies

A Paul Demeny

Et la Mère, fermant le livre du devoir,
S’en allait satisfaite et très fière, sans voir,
Dans les yeux bleus et sous le front plein d’éminences,
L’âme de son enfant livrée aux répugnances.

Tout le jour il suait d’obéissance ; très
Intelligent ; pourtant des tics noirs, quelques traits
Semblaient prouver en lui d’âcres hypocrisies.
Dans l’ombre des couloirs aux tentures moisies,
En passant il tirait la langue, les deux poings
A l’aine, et dans ses yeux fermés voyait des points.
Une porte s’ouvrait sur le soir : à la lampe
On le voyait, là-haut, qui râlait sur la rampe,
Sous un golfe de jour pendant du toit. L’été
Surtout, vaincu, stupide, il était entêté

A se renfermer dans la fraîcheur des latrines :
Il pensait là, tranquille et livrant ses narines.
Quand, lavé des odeurs du jour, le jardinet
Derrière la maison, en hiver, s’illunait,
Gisant au pied d’un mur, enterré dans la marne
Et pour des visions écrasant son œil darne,
Il écoutait grouiller les galeux espaliers.
Pitié ! Ces enfants seuls étaient ses familiers
Qui, chétifs, fronts nus, œil déteignant sur la joue,
Cachant de maigres doigts jaunes et noirs de boue
Sous des habits puant la foire et tout vieillots,
Conversaient avec la douceur des idiots !
Et si, l’ayant surpris à des pitiés immondes,
Sa mère s’effrayait; les tendresses, profondes,
De l’enfant se jetaient sur cet étonnement.
C’était bon. Elle avait le bleu regard, – qui ment !

A sept ans, il faisait des romans, sur la vie
Du grand désert, où luit la Liberté ravie,.
Forêts, soleils, rives, savanes ! – Il s’aidait
De journaux illustrés où, rouge, il regardait
Des Espagnoles rire et des Italiennes.
Quand venait, l’œil brun, folle, en robes d’indiennes,
- Huit ans – la fille des ouvriers d’à côté,
La petite brutale, et qu’elle avait sauté,
Dans un coin, sur son dos en secouant ses tresses,
Et qu’il était sous elle, il lui mordait les fesses,
Car elle ne portait jamais de pantalons;
- Et, par elle meurtri des poings et des talons,
Remportait les saveurs de sa peau dans sa chambre.

Il craignait les blafards dimanches de décembre,
Où, pommadé, sur un guéridon d’acajou,
Il lisait une Bible à la tranche vert-chou ;
Des rêves l’oppressaient chaque nuit dans l’alcôve.
Il n’aimait pas Dieu ; mais les hommes, qu’au soir fauve,
Noirs, en blouse, il voyait rentrer dans le faubourg
Où les crieurs, en trois roulements de tambour,
Font autour des édits rire et gronder les foules.
- Il rêvait la prairie amoureuse, où des houles
Lumineuses, parfums sains, pubescences d’or,
Font leur remuement calme et prennent leur essor !

Et comme il savourait surtout les sombres choses,
Quand, dans la chambre nue aux persiennes closes,
Haute et bleue, âcrement prise d’humidité,
Il lisait son roman sans cesse médité,
Plein de lourds ciels ocreux et de forêts noyées,
De fleurs de chair aux bois sidérals déployées,
Vertige, écroulements, déroutes et pitié !
- Tandis que se faisait la rumeur du quartier,
En bas, – seul, et couché sur des pièces de toile
Ecrue, et pressentant violemment la voile
!

Publié par Jean dans Poésies | 3 Commentaires »

07-05-2007

2)

cristinamelottisolitude.jpg

Publié par Jean dans Toiles | Pas de Commentaires »

07-05-2007

32) Kaspar Hauser chante – Paul Verlaine

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Je suis venu, calme orphelin
Riche de mes seuls yeux tranquilles,
Vers les hommes des grandes villes :
Ils ne m’ont pas trouvé malin.

A vingt ans un trouble nouveau,
Sous le nom d’amoureuses flammes,
M’a fait trouver belles les femmes :
Elles ne m’ont pas trouvé beau.

Bien que sans patrie et sans roi
Et très brave ne l’étant guère,
J’ai voulu mourir à la guerre :
La mort n’a pas voulu de moi.

Suis-je né trop tôt ou trop tard ?
Qu’est-ce que je fais en ce monde ?
Ô vous tous, ma peine est profonde :
Priez pour le pauvre Gaspard.

(Sagesse, IV)

Publié par Jean dans Poésies, Prisonniers de la solitude | Pas de Commentaires »

06-05-2007

La solitude augmente la pression sanguine

Paris, le 28/03/06 La solitude pourrait-elle être un facteur de risque cardiovasculaire ? Oui, si l’on en croit les résultats d’une nouvelle étude américaine publiée dans le journal Psychology and Aging. Cette dernière montre que le fait de se sentir seul fait monter en flèche la pression sanguine.Le Dr Louise Hawkley, chercheur au centre de neuroscience cognitive et sociale de l’université de Chicago dans l’Illinois et son collègue John Cacioppo, professeur de psychologie ont enrôlé 229 personnes âgées de 50 à 68 ans.
« Pouvez-vous trouver facilement de la compagnie quand vous en avez envie ? », « vos relations avec les autres sont-elles superficielles ? »… les investigateurs ont posé toute une série de questions à leurs cobayes pour évaluer leur niveau de solitude.Les patients ont ensuite passé l’épreuve du sphygmomanomètre. Derrière ce nom barbare se cache l’appareil qui mesure la pression artérielle. Idéalement, celle-ci se situe aux alentours de 12/6, ou encore 120/60. Que signifient ces chiffres ? Quand le médecin prend votre tension, il mesure la pression pulsée résultant de la contraction régulière du cœur. Le 120, c’est pour la pression systolique : celle qui est mesurée au moment où le cœur se contracte. Ce chiffre se situe normalement entre 100 et 140, au-delà on parle d’hypertension. Quant au 60, il traduit la pression diastolique : celle qui est mesurée lorsque le coeur est au repos. Celle-ci ne doit pas dépasser 85 pour rester dans des valeurs normales.Tous les solitaires des cardiaques en puissance…

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06-05-2007

Jean-Yves Quellec

Un des plus grands luxes sur cette terre est de pouvoir choisir la solitude, comme un des plus grands malheurs est de la subir. Si calme et volupté en viennent à déserter ce royaume, quel privilège, cependant d’y résider ! Passe de la chimère

 

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06-05-2007

Julien Green (1900-1998) : Journal (1919-1924)

Une vie dans laquelle il n’y a pas de solitude est une vie sans force et sans intérêt. En somme, la solitude est le lieu le moins solitaire qui soit, puisque la vitalité de notre être la peuple immédiatement, si bien qu’on peut dire qu’une vie dans laquelle il n’y a pas de solitude est la plus solitaire au monde. On est si sérieux quand on a 19 ans. Paris, Fayard, 1993, p. 31

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05-05-2007

Kangisrujuaq.

 

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Référence : Ils ont 50 mots pour la neige

Publié par Jean dans Photos | 5 Commentaires »

05-05-2007

Ma solitude, par tiki-tiki

chaise.jpg Ma solitude a changé de visage…

 Elle n’est plus pareille…

 Avant c’était être seul, vivre seul, manger seul, dormir seul..Ma solitude a changé de visage Et maintenant elle me sourit Ma solitude c’est l’instant d’absence,

L’instant où Elle n’est pas là

Ma solitude est latente… L’attente,  seul,  de La revoir enfin. Alors la chaise vide devient tout autre chose, La chaise vide devient presque une amie, Ma solitude je m’en suis fait une amie…

Blog :  Etats…..

Mon commentaire : J’aime ce texte parce qu’il contient un aperçu de deux solitudes : celle ou l’on attend rien et surtout celle ou on l’attend : Elle ! Pas n’importe qui, mais Elle.

Bambou on est moins seule quand on attend quelqu’un ! Tu as Fab dans ton attente.

Publié par Jean dans Paroles de solitaires | 14 Commentaires »

05-05-2007

Solitude, par ?

 

L' attente

Pour des raisons diverses, mon Tendre parfois m’abandonne. Enfin, c’est pas grave hein, il ne part que  quelques jours (travaux, associations…) mais il revient… toujours !

Je n’appréhende pas ces journées, quelque part, c’est une bulle de liberté. Non, la vie avec mon Tendre ne me pèse pas, loin de là, mais je me dis qu’enfin, pour quelques jours, je serai dispensée de faire la cuisine midi et soir (déjà que je suis pas fana !), que je pourrai manger comme je veux, léger, que je pourrai rester à l’ordi des heures, que je n’aurai pas à lui passer la main dans le dos pendant des heures !!

Donc, il s’en va, et comme dans la pub, il disperse ici ou là des post-it de mots doux, que je recherche fébrilement. Puis, je me retrouve seule, et rien ne va plus. C’est comme si je n’avais plus d’énergie, je traîne, je ne fais aucune des choses que j’avais envisagées, je tourne en rond ! Ça ne me rend pas triste, mais j’ai l’impression d’être incomplète, déconstruite… Il manque une moitié à ma vie !

C’est pas de l’amour ça ?

Publié par Jean dans Paroles de solitaires | Pas de Commentaires »

05-05-2007

31) Sans Toi – Pier de Lune

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noyée dans un monde d’insouciance
qui oublie de vivre et d’aimer
solitude, absence, rivages lointains
déferlent entre la noirceur et le doute
à force de lutter contre la réalité
la souffrance se nargue
s’installe chemin faisant
viennent les nuits de froideur
les temps de désespérance
loin les songes, les rêves
loin l’amour fou, les ivresses,
loin…. la tendresse
restent à demeure les souvenances,
les désirs, les échanges de promesses
les espoirs de naufrager
dans un autre ailleurs
où nous existerons sans contrainte
sans absence…

Publié par Jean dans Poésies | 2 Commentaires »

05-05-2007

« De l’isolement à la solitude » Philippe La Sagna

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La solitude humaine n’est pas quelque chose de très ancien, elle date à peu près du 17è siècle, et est apparue dans la civilisation comme une trouvaille : l’homme pouvait être seul avec lui-même ; avant il était seul sans Dieu, ce n’était pas la même solitude. À l’époque, on s’intéressait beaucoup à Robinson Crusoé, et on s’intéressait tellement à la solitude qu’un certain nombre de nobles, de riches britanniques payaient des gens pour vivre seuls pendant des années dans leurs parcs, dans des « solitudes » -  ça s’appelait comme ça – et ils leur demandaient ensuite de raconter leur expérience. C’était considéré comme une exploration de l’humain. Cela va de pair avec la trouvaille du sujet, du sujet qui comme vous le savez est seul, puisque le sujet c’est une invention de Rousseau – le sujet moderne – et au fond pour Rousseau l’homme naît solitaire. Il ne rentre en société que dans un temps second et l’on peut dire que dans la perspective de Rousseau il ne s’y fait jamais, c’est à dire qu’il considérera toujours que la société est une oppression, sauf à la transformer en contrat consenti.

Publié par Jean dans Histoire | 17 Commentaires »

05-05-2007

Nouvelle Solitude – Jacques Schlanger

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 » De nos jours, on voit généralement dans la solitude quelque chose de négatif. Etre seul fait peur. On a oublié le plaisir de se retrouver seul avec soi, de rêver, de rêvasser, de se laisser aller au fil de la pensée et de l’imagination. J’ai parlé par ailleurs de philosophie de chambre, d’une manière privée, personnelle, intime, de philosopher. A la manière du musicien de chambre qui joue sa musique dans un espace restreint et qui adapte cette musique à cet espace, le philosophe de chambre observe son monde de l’intérieur de sa solitude. Seul avec soi-même, il se regarde être, il cherche à se comprendre, à se connaître, à se reconnaître. C’est dire que la solitude convient à la philosophie de chambre, à l’expression intime de la pensée ; et à l’inverse, que la philosophie de chambre exprime le plus justement la solitude de celui qui la pense. C’est dire aussi que le retour sur soi, seul avec soi, est peut-être le moyen le plus juste, le plus efficace, pour prendre contact vrai avec autrui. « 

Ecrire (Premier chapitre)

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04-05-2007

6) Barbara : Seule

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Comme jour,
Comme nuit,
Comme jour après nuit,
Comme pluie,
Comme cendre,
Comme froid,
Comme rien,
Comme un ciel déserté,
Une terre sans soleil,
Comme pays perdu
Sans couleur,
Sans clarté,
Sans étoile,
Egarée
Comme épave perdue,
Comme épave perdue,
Comme jour,
Comme nuit,
Comme jour après nuit,
Comme pluie,
Comme cendre,
Comme froid,
Comme rien

Comme épave perdue,
Je me cogne et me brise,
Comme froide,
Comme grise,
Comme rien.
Je suis seule,
Comme froide,
Comme grise,
Comme rien.
Je suis seule…

 

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04-05-2007

30) Robert Desnos

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Coucher avec elle
Pour le sommeil côte à côte
Pour les rêves parallèles
Pour la double respiration
 
Coucher avec elle
Pour l’ombre unique et surprenante
Pour la même chaleur
Pour la même solitude
 
Coucher avec elle
Pour l’aurore partagée
Pour le minuit identique
Pour les mêmes fantômes
 
Coucher avec elle
Pour l’amour absolu
Pour le vice pour le vice
Pour les baisers de toute espèces

Photo : http://www.blogg.org/blog-45970.html

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04-05-2007

29) Guillaume Apollinaire : Poèmes à Lou

J’écris tout seul à la lueur tremblante
D’un feu de bois
De temps en temps un obus se lamente
Et quelquefois
C’est le galop d’un cavalier qui passe
Sur le chemin
Parfois le cri sinistre de l’agace
Monte. Ma main
Dans la nuit trace avec peine ces lignes
Adieu mon cœur
Je trace aussi mystiquement les signes
Du grand bonheur
O mon
amour mystique, ô Lou, la vie
Nous donnera
La délectation inassouvie
On connaîtra
Un amour qui sera l’amour unique
Adieu mon cœur
Je vois briller cette étoile mystique
Dont la couleur
Est de tes yeux la couleur ambiguë
J’ai ton regard
Et j’en ressens une blessure aiguë
Adieu, c’est tard.

Publié par Jean dans Poésies | 1 Commentaire »

03-05-2007

20) 3 mai

Pensée : L’isolement dans lequel vivent beaucoup de personnes ne viendrait-il pas aussi de l’exacerbation de la compétition entre les individus qui veut que l’on réussisse en tout. La compagne doit être à l’image de la partenaire que diffuse les pub et les médias. On ne sait plus regarder l’autre autrement quand le comparant avec ce qui est vu à la télé ou dans les magasines. On reste alors seul soit parce qu’on est trop exigent ou soit parce qu’on entre pas dans les canons de la beauté ou du branché en vigueur.

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01-05-2007

Protégé : 1er mai, mon blog

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01-05-2007

Solitude du dimanche soir

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Dimanche soir, allongée ou plutôt recroquevillée sur la canapé sous un doudou. Je regarde la télé. Je me sens paresseuse. J’ai faim mais je n’ai aucun envie de me lever pour voir ce que je peux me faire à manger. Insidieusement, ce même sentiment m’envahi encore. Triste constat qu’est le mien; ma solitude me pèse. Je veux dire à quelqu’un que j’ai faim, que j’ai pas envie de m’en occuper; que j’ai froid que j’aimerais me coller; que je suis seule, que j’aimerais qu’on s’occupe de moi. Je boude encore un peu et je me lève en pestant! Bon il faut que je prenne soin de moi, sinon qui le ferait? Je pense à mes copines, tout aussi seules que moi, sans doute à regarder la même émission avec personne à leur coté pour ne fut ce qu’échanger sur les inepties du type qui passe à la télé.
Et comme pour me prouver qu’on est décidément jumelle, je reçois un sms de ma copine:  »3 filles depress un dimanche soir a Montréal. Il doit bien y avoir 3 gars celib comme nous ki veulent notre chaleur car aussi depress! ».
Alors, je vous le demande, ils sont où ces pauvres mecs tout seul?

Blog : CELIBATISSIME

Mon avis : Belle description de la solitude de fin de semaine d’une célibataire.

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30-04-2007

Solitude, de Fabrice

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Solitude est programmée
Au creux de la peau au bord de l’été
Au bout des doigts qui s’engourdissent
Dans la fièvre des corps qui s’alourdissent.

Solitude fait la légère
Dans les tours, les bistrots et les guêpières
Dans les salons dans les tourbières
Au creux des mots qui frôlent les guerrières.

Solitude n’a qu’une loi
Et c’est pour toi qu’elle s’installe là
Mange ta vie entre ses doigts
Elle s’offre pour un amour sans joie.

Solitude est une putain
Elle prend toujours mais ne donne rien
Elle laisse les tables vides
Et puis elle te barbouille de rides.
 

 

Mon avis : Grosse colère. J’aimerais bien connaitre son blog. Il a laissé ce texte dans un commentaire.

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30-04-2007

Rony : Viens ma solitude

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30-04-2007

Protégé : Héroïne 3

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30-04-2007

Virtuelle : la solitude au milieu des autres

Virtuelle souffre de timidité. Elle vient peut-êre de rencontré l’amour. J’ai insris son blog dans mes favoris pour le suivre.

Je vais parler un peu de ma timidité et de ma life….Mes problèmes remontent à assez loin.J’étais d’une grande timidité dès mon plus jeune âge, je me souviens qu’à l’école primaire, j’étais déjà isolée des autres enfants .A la récréation, je voyais ma soeur jouer avec les autres enfants, et moi isolée dans mon coin je me demandais pourquoi .Ainsi j’ai passé la quasi totalité de ma vie scolaire à ne parler à personne, souffrant d’être seule au milieu des autres.Le collège et le lycée ont été les années les plus dures car j’étais dépressive en plus.Ensuite à l’université je me suis sentie plus anonyme, donc moins seule au milieu des autres.J’ai toujours pensé que j’étais pas normale en dehors du monde….
Mais depuis j’ai pu lire des témoignages de gens ayant le même problème de timidité que moi sur un forum de timidité. et dans le livre « la peur des autres », c’est d’ailleurs dans ce bouquin là que j’ai appris les termes de phobie sociale et de personnalité évitante.C’est vers 16 ou 18ans je ne sais plus que j’ai commencé à éviter et à fuir les situations sociales.C’était devenu systématique une fois à la fac.J’évitais de croiser mes voisins etc….
Le temps n’a rien arrangé….

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30-04-2007

Protégé : 30 avril

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30-04-2007

28) La Solitude – Greg Lafontaine


070429femme05.jpg
Un soir de grande incertitude
Ma belle amie la solitude
Déposa tendrement sur moi
Sa main, et d’une douce voix
Me dit : « que fais-je encore ici ? ».
Je lui ai répondu : « Madame,
Fidèle amante de mes nuits,
C’est par la faute d’une femme
Que dans le berceau de l’ennui
Je vois s’ensommeiller mon âme.

Alors madame je vous en prie,
Offrez moi votre compagnie
En ces nuits qui percent le cœur,
Ces nuits qui pleurent, ces nuits qui meurent,
Et fânent en vaines rêveries
Madame, ma si belle égérie.

Et c’est le cœur plein d’émotion
Qu’elle accepta l’invitation
« je suis à ceux qui le veulent bien
maîtresse de leur quotidien
je vais où l’on chante mon nom. »

c’est alors qu’elle me pris la main
et me dit : « Vois comme on est bien,
seuls sous les cieux étincelants
seuls, comme on se croit plus puissant
avec la lune comme seul témoin. »

alors je lui ai dit : « Madame,
c’est vrai qu’être seul a du charme
sous cette lune souriante,
quand la nuit danse, quand la nuit chante
quand la nuit s’unit à nos larmes,
madame, nos vies semblent moins lentes. »

Mais voilà que sans prévenir,
Naquit à nouveau le désir
De rendre mon âme infidèle
Mourir de délices charnels
Avec celle qui semble me fuir.

Mais madame ne m’en veuillez pas,
Je n’y peux rien je suis comme ça,
Je suis à vous, je suis aux femmes,
Je suis solitaire polygame
Faut-il que Dieu sauve mon cas ?

Alors madame je vous en prie
Ne me faussez pas compagnie
Vous m’êtes aux heures de silence
Quand la nuit rêve, quand la nuit pense,
Maîtresse de mes insomnies
Madame, je vous en remercie,

Mais ces heures passent, et les suivantes,
D’une humeur bien plus conciliante,
Aimeraient voir à notre table
celle qui paraît insaisissable
et qui se ferait notre amante,
madame, aux heures raisonnables.

Un style clair, simple parce qu’il a été très travailler accessible à tous. C’est ce que j’aime.
http://fr.audiofanzine.com

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30-04-2007

27) Im Nebel – Hermann Hesse

brouillard.jpg

Dans la brume

Il est étrange de se balader dans la brume !
Chaque buisson et chaque pierre est solitaire,
Aucun arbre ne ressemble aux autres,
Chacun est seul.

Mon monde était rempli d’amis,
Tant que ma vie était encore claire;
Maintenant, comme la brume tombe,
Plus aucun n’est visible.

A la vérité, personne n’est sage,
Qui ne connaît la pénombre,
Qui, inexorablement et doucement,
Le sépare de tous.

Il est étrange de se balader dans la brume !
La vie c’est être seul,
Aucun être humain ne connaît l’autre,
Chacun est seul.

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29-04-2007

Commentaire

Je lis régulièrement ton blog et j’ai reproduis ce texte sur mon blog, il y a déjà quelque temps. Il me semblait te l’avoir signaler, mais je ne vois rien. J’ai dû faire une erreur je suis novice. Si tu me le demande je le retirerai et je comprendrais. J’aime aussi beaucoup la photo. La solitude vaste sujet… vaste… vaste… vaste….

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28-04-2007

La solitude de ptibout

nucharmeamateurjohann.jpgSensation bizarre, je suis entourée, soutenue, mais tellement seule au fond de moi…
Les gens sont là, ils sont gentils, ils sont prévenants, ils me donnent mais pas ce que je veux…
Je me sens un peu comme un enfant déçu pzar ces cadeaux de Noël… Vous voyez? On fait mine d’être content et heureux parce qu’il faut l’être, parce qu’on se doit de l’être, parce que c’est comme ça que les gens veulent nous voir, on fait ça pour eux… mais, à l’intérieur, c’est tout l’inverse que nous ressentons…
L’incompréhension rend seule… Plus fort encore cette sensation de ne pas être compris car si peu écouté… vraiment écouté, décodé devrais-je dire…
Je sais que ça peut paraitre vraiment nul ce que je dis car tout le monde n’a pas cette chance de recevoir… mais faut il pour autant que je renonce à ce que je veux vraiment? je ne le pense pas et ne le veux pas surtout…

Blog de ptibou : Ben, qu’est ce qu’y a ?

Idem.

Comme je connais ce tu ressents… J’ai bien peur que cela ne soit plus grave que ce que l’on veut bien s’avouer : on n’aime plus les gens qui nous entourent. Triste mais vrai.

J’ai reproduis ce texte sur mon blog. Je le retirerai si tu me le demande.

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28-04-2007

28 avril

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La toile : Beaucoup de blog contiennent un ou deux textes sur la solitude quand ce ne sont pas tous qui y sont consacré avec plus ou moins de réussite.

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28-04-2007

La solitude, par Manu

ComplicitéParce que , comme dirait Amélie dans « Le fabuleux destin… »    » je ne suis la belette de personne « . Je me suis contentée, depuis 3 ans, de mes parents, de mes amis, de mes passions, STOP, ça ne me suffit plus, j’ai besoin d’être aimée, j’ai besoin à nouveau de cette drogue qu’est le sentiment amoureux, et quand la folie s’estompe, de cette sécurité que l’on ressent dans les bras de l’autre. J’ai envie de connaître par coeur le parfum de celui que j’aimerais et chacune des courbes de son corps, j’ai envie de ne plus me réveiller seule le matin, j’ai envie de m’endormir dans les bras de quelqu’un le soir, j’ai envie de regards plein de tendresse, et pour l’avoir vécu, je sais que tout ça, même avec les disputes, même avec l’incompréhension, ça vaut tout les moments d’agréable solitude du monde.

Le blog de Manu : Les premiers pas d’une prof d’espagnol stagiaire et célibataire, est cool et n’engendre pas la tristesse (comme celui-ci par exemple)

Mon commentaire laissé chez elle :

Emprunt

Dans ton texte tu dis, pour moi, la vérité. La solitude, comme le jeune ou le régime après les fêtes de Noël, c’est nécessaire. Mais quand c’est vache maigre toute l’année c’est insuportable.

On existe avec l’autre. Sans une femme (ou un homme pour toi) près de soi on n’existe pas.

J’ai reproduis la fin de ton texte sur mon blog. Si tu me le demande je le retirerai.

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27-04-2007

26) Veillée d’avril – Jules Laforgue

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Il doit être minuit. Minuit moins cinq. On dort.
Chacun cueille sa fleur au vert jardin des rêves,
Et moi, las de subir mes vieux remords sans trêves
Je tords mon cœur pour qu’il s’égoutte en rimes d’or.

Et voilà qu’à songer, me revient un accord,
Un air bête d’antan, et sans bruit tu te lèves
Ô menuet, toujours plus gai, des heures brèves
Où j’étais simple et pur, et doux, croyant encor.

Et j’ai posé ma plume. Et je fouille ma vie
D’innocence et d’amour pour jamais défleurie,
Et je reste longtemps, sur ma page accoudé,

Perdu dans le pourquoi des choses de la terre,
Écoutant vaguement dans
la nuit solitaire
Le roulement impur d’un vieux fiacre attardé.

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