10-06-2007

Kaspar Hauser, par K. Noubi (9e partie)

Le bourgmestre continue à interroger Kaspar.
— On te faisait sortir ?
— Non…
— Tu n’as jamais quitté la pièce ?
— Non….
— Même pas pour faire tes besoins ?
Le jeune homme ne comprend pas ce que veut dire «faire ses besoins». Le bourgmestre le lui explique.
— Il y avait un trou creusé dans le sol, avec un vase… L’homme venait le vider chaque jour…
— Et comment as-tu appris à parler ?
— L’homme me parlait….
Tu as appris aussi à lire et à écrire.
— Oui, c’est l’homme !
— Et comment es-tu parvenu jusqu’ici ?
— C’est un homme habillé de noir. Il est venu dans ma chambre et il m’a dit de me préparer à partir.
— Il t’a expliqué pourquoi tu devais quitter ta prison ?
— Il a dit qu’il était temps pour moi d’aller vivre dans la grande ville. Il a dit aussi que c’est le vœu de ma mère… elle voulait qu’une fois parvenu à l’âge d’homme, je devienne soldat… comme mon père !
— C’est l’homme qui t’a donné les lettres ?
— Oui, il m’a dit de les remettre au capitaine…
— Tu ne te rappelles pas quelle route vous avez prise pour arriver à Nuremberg ?
— Non
— Vous avez voyagé comment ?
— A pied… Je ne pouvais pas marcher… L’homme m’a porté sur son dos…
— Vous avez marché longtemps ?
— Trois jours et trois nuits !
— Et quand êtes-vous arrivés à Nuremberg ?
— A la fin de la journée… Nous sommes restés cachés, à l’entrée de la ville, jusqu’à la tombée de la nuit. L’homme m’a fait entrer dans la ville, il m’a remis les deux lettres et il est parti, en me disant bonne chance.
— C’est alors que le cordonnier et son compagnon t’ont trouvé…
— Oui, j’étais étonné… Je n’ai jamais vu de ville… Je n’ai jamais vu d’inconnu… Je regardais… Je ne pouvais pas parler !
Cela le bourgmestre le sait. Il sait aussi que le capitaine qui a reçu Kaspar a cru à une plaisanterie, un coup monté par deux ivrognes. Il a pris Kaspar lui-même pour un ivrogne. Mais le bourgmestre est maintenant persuadé que le jeune homme ne feint pas l’idiotie et que son histoire est véridique. (à suivre…)

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09-06-2007

Promeneur solitaire

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09-06-2007

2) Jacques Muller : Solitude – 1967

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09-06-2007

Kaspar Hauser, par K. Noubi (8e partie)

Nürnberg, GermanyLe jeune homme sait parler mais il possède si peu de mots qu’il lui est difficile de s’exprimer. C’est donc par bribes qu’il va raconter son histoire. Une histoire à vrai dire extraordinaire.
— Tu ne connais donc pas tes parents ?
— Non, dit le jeune homme.
— D’après la lettre que tu as remise au capitaine Wessnich, tu as été recueilli par un homme… tu peux nous dire son
nom ?
— Je ne le connais pas… C’est l’homme…
— Tu sais où se trouve la maison où tu vivais ?
— Non…
— Tu sortais de la maison? Tu fréquentais les autres enfants ?
— Non….
Le bourgmestre n’en croit pas ses oreilles.
— Tu ne sortais jamais ? Tu n’es jamais sorti de la maison ?
— Non…
Le jeune homme n’est jamais sorti de la maison où il a été recueilli… Il a vécu toute sa vie dans la réclusion !
— Tu peux nous décrire la maison où tu as vécu.
— Une chambre… une petite chambre…
— On t’enfermait dans une chambre ?
— Oui…
— Une chambre comme celle-ci ?
Il regarde la chambre, lève les yeux vers le plafond.
— Non… La chambre est petite…
Il place la main juste au-dessus de sa tête.
— Comme ça…
— La pièce où tu te trouvais était aussi basse que cela… Et je suppose étroite ?
Le jeune homme fait encore des signes de la main, traçant un espace étroit.
— Il y avait des meubles ?
— Non…
Kaspar fait encore comprendre que la pièce ne comportait aucun meuble, elle n’avait même pas de plancher. Et pour toute couche, il disposait de la paille, sur la terre battue. Il y avait néanmoins deux petites fenêtres qui laissaient passer la lumière du jour.
— Et que faisais-tu, à longueur de journée ?
— Je jouais…
— Tu avais donc des jouets ?
— Oui, deux chevaux et un chien de bois…
— Et ta nourriture ?
— On m’apportait du pain et de l’eau. (à suivre…)

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08-06-2007

Kaspar Hauser, par K. Noubi (7e partie)

Nuremberg, GermanyLe gardien l’emmène chez lui. Il s’est pris d’affection pour ce grand garçon aux yeux doux et au sourire triste. Il n’est pas muet, comme il l’a pensé au début, mais son vocabulaire est extrêmement limité : à peine quelques dizaines de mots…
— Qu’il est sale ! s’exclame la femme du gardien.
— Il n’a pas dû prendre de bain depuis plusieurs jours, dit le gardien.
— Je vais le laver, dit la femme.
— Je ne pense pas qu’il te laisse.
Elle prépare quand même un baquet d’eau, apporte du savon et une brosse.
— Enlève tes vêtements, lui dit-elle.
Comme il ne fait pas ce qu’elle dit, elle lui déboutonne la chemise et dégrafe son pantalon. Il n’éprouve aucune gêne à être nu, devant le gardien et sa femme.
— C’est comme un petit enfant, dit la brave femme émue, il ne connaît rien aux choses de la nature !
Il se laisse laver, puis le gardien lui donne des vêtements.
— Il a meilleure mine, dit-il.
— Il n’a pas du tout l’air d’un paysan…
Cependant, l’apparition de Kaspar fait le tour de la ville. Le bourgmestre, vient lui rendre visite un peu plus tard. Lui aussi est impressionné par les grands yeux du jeune homme et son sourire triste.
— Tu veux bien me dire ton nom ? lui demande-t-il.
— Il s’appelle Kaspar Hauser, dit le gardien.
— Je croyais qu’il ne parlait pas…
— Il parle, mais très mal… comme un jeune enfant… Par contre, il sait écrire !
— Ah bon, dit le bourgmestre… il parle mal mais sait écrire !
— Disons qu’il a écrit son nom….
Le bourgmestre hoche la tête et s’adresse, de nouveau, à Kaspar.
— Kaspar, dis-nous d’où tu viens.
Le jeune homme secoue la tête.
— Tu ne sais pas, très bien… Mais tu te rappelles de la personne qui t’a emmené à Nuremberg ?
— Un homme, dit le jeune homme.
— Tu connais son nom ?
—Non… un homme, habillé de noir…
— Tu le connaissais auparavant ?
— Oui, il m’a appris à lire et à écrire… et puis, il est venu… il m’a dit : «je t’emmène dans la grande ville…tu deviendras soldat !»
— Soldat ?
— Oui, je veux entrer dans la cavalerie… servir, comme mon père !
— Tu connais ton père ?
— Non… Jamais vu, mais mon père était soldat du roi. (à suivre…)

K. N

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08-06-2007

11) Ginette Reno : Être seule

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Ce n’est pas de se parler devant la glace
Ni de s’endormir dans un lit a deux places
De frémir au moindre coup de téléphone
De guetter le bruit d’un pas qui résonne
Être seule
C’est vivre avec quelqu’un qui ne vous aime plus
Être seule
C’est voir dans son regard que l’on existe plus
Que tout ce qu’on peut faire
Désormais l’indifférence qu’on peut rire ou souffrir
Rester partir et pourquoi même mourir
Être seule
C’est vivre en étranger ne plus rien partager
Être seule
C’est garder le silence de peur de l’ennuyer
Retenir ses caresses ses élans de tendresse
Et vivre chaque jour le cœur plus lourd
A l’ombre d’un ancien amour
C’est ton baiser qui se perd dans mes cheveux
C’est mon corps qui oublie devient frileux
C’est un jour une nuit de plus qui passe
Et ne laisse dans mon cœur aucune trace
Je suis seule
Je vie je prie je pleure mais
Tu ne m’entends plus
Je suis seule
Je vis à tes côtés mais tu ne me vois plus
Je suis seule
Et je n’existe plus et tu ne me vois plus
Je suis seule
Et je n’existe plus et tu ne m’aimes plus
Je suis seule
Seule

 

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07-06-2007

Kaspar Hauser, par K. Noubi (6e partie)

Nürnberg / NurembergLe gardien le laisse dormir. Un peu plus tard, quand il revient le voir, il le trouve réveillé. Il est à quatre pattes et joue à faire le tour de la cellule, comme un très jeune enfant.
— Holà ! dit le gardien, amusé.
Il va lui chercher encore de la nourriture. Une bonne assiette de soupe.
— Mange, dit le gardien.
Kaspar s’approche de l’assiette, la renifle, comme un chien, puis s’éloigne.
— ça ne te plaît pas ? dit le gardien déçu
— Manger, dit Kaspar.
— Eh bien mange, puisque je te dis que c’est bon !
Il prend l’assiette, va vers Kaspar et, remplissant une cuillère, la lui met dans la bouche. Le jeune homme l’avale et aussitôt la vomit.
— Hé, qu’est-ce que tu as ?
Il secoue la tête, refusant la soupe.
— Manger, dit-il.
— Mais tu refuses la soupe. Tu l’as vomie…
Le gardien se rappelle alors qu’il a mangé du pain. Et si c’était du pain qu’il réclamait ?
— Tu veux du pain ?
— Oui, dit-il, du pain.
Il va lui chercher une miche de pain. Kaspar se jette dessus et la dévore.
— Eh, c’est le pain que tu préfères ! C’est peut-être la seule nourriture que tu connaisses ! du pain et de l’eau, comme dans les prisons !
Il le regarde attentivement. Le jeune homme sourit.
— Tu as été élevé dans une prison ?
Il ne répond pas.
— Tu veux bien me dire ton nom ? D’où tu viens…
Kaspar sourit toujours.
— Tu as compris ma question ? dis-moi ton nom, ton adresse…on pourrait savoir d’où tu viens, retrouver ta famille…
Mais Kaspar ne dit rien.
— Tu as des difficultés à parler ? dit le gardien. Peut-être que tu sais écrire.
Il va chercher une feuille de papier et un crayon.
— Tu veux bien écrire ?
Le jeune homme prend le crayon et, comme un enfant qui apprend à écrire, penche la tête en avant, tire la langue et griffonne quelque chose sur la feuille. Puis, un large sourire éclairant son visage, il tend la feuille au gardien.
— Kaspar… Kaspar Hauser… C’est ton nom,Il fait oui de la tête.
— C’est toujours cela, soupire le gardien au moins, on sait ton nom. (à suivre…)

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07-06-2007

Kaspar Hauser, par K. Noubi (5e partie)

NürnbergLe cordonnier et son compagnon partis, le capitaine regarde attentivement l’adolescent. Il est plutôt grand de taille, très gauche, le dos légèrement courbé, comme le sont souvent les paysans, à force de se baisser, mais il y a quelque chose dans son allure qui indique qu’il n’est pas un paysan. Il regarde attentivement le capitaine, les yeux grand ouverts, un léger sourire aux lèvres
— Tu t’appelles réellement Kaspar ? demande le capitaine.
— Oui, dit le jeune homme.
— Aha, dit le capitaine, tu n’es donc pas muet ?
— Je veux être cavalier comme mon père…
Il parle d’une voix lente, comme s’il répète des mots qu’on lui a fait apprendre ou alors comme un enfant qui commence à parler.
— Tu ne peux pas me dire d’où tu viens ?
Le garçon fait non de la tête. Le capitaine se gratte la tête, embarrassé. Il n’est pas encore six heures. Que va-t-il faire de ce garçon, qui semble perdu ? Il ne va pas le renvoyer dans la rue, où, à coup sûr, il serait perdu ! il appelle un soldat :
— Emmenez-le à la tour, qu’on lui donne une cellule pour l’héberger, en attendant qu’on statue sur son cas.
Le capitaine a remarqué qu’en sortant, Kaspar a trébuché à plusieurs reprises, comme les enfants qui apprennent à marcher. On remarquera, plus tard, que ses jambes sont molles, comme s’il n’avait pas marché depuis longtemps.
La tour est un donjon du Moyen-Age qui tient lieu de prison. C’est le seul endroit où, en ce matin de la Pentecôte, jour férié, on peut loger le jeune homme.
Le gardien, un brave homme, s’étonne.
— Qu’a-t-il fait, ce garçon ? Il n’a pas l’air d’un délinquant !
— Donnez-lui une cellule, on verra ensuite ce qu’on fera de lui !
Kaspar, tenant toujours son chapeau à la main, le regard fixe, souriant tristement, entre dans la cellule que le gardien lui indique.
— Tu as sans doute faim, dit le gardien, je vais t’apporte à manger !
Il revient avec une terrine, du pain et une carafe d’eau. Kaspar se jette sur le pain, qu’il dévore, puis boit à longs traits dans la carafe.
— Mange ce qu’il y a dans l’assiette, dit le gardien, c’est bon !
Comme le jeune homme ne touche pas au contenu de l’assiette, il pense qu’il n’a pas compris ce qu’il lui a dit, et l’approche de lui.
— Allez, mange c’est ma femme qui l’a préparé…
Kaspar secoue la tête.
— Tu n’as pas faim ? comme tu veux… Tu as une couchette, tu peux dormir, si tu veux !
Mais, au lieu de s’étendre sur la couchette, le jeune homme se jette sur le sol, se recroqueville sur lui-même et bientôt se met à ronfler. (à suivre…)

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06-06-2007

Survivre avec les loups, de Misha Defonseca

080116loups.jpgCe livre dispose d’un soutien médiatique important et pourtant, j’avoue que je ne savais rien de cette histoire. Ce récit autobiographique raconte l’histoire de Mishke, jeune enfant juive de 8 ans, qui se cache à Bruxelles pendant la Seconde Guerre mondiale. À l’approche des Allemands, les parents la confient à une fermière qui n’a rien à envier à la Falcoche de Bazin. Seul le beau-père de cette femme, Grand-Père, la considère comme une enfant à aimer! En entendant la fermière dire à une voisine « on la donnera aux Allemands », Mishke décide de fuir et de partir vers l’est, grâce à une boussole offerte par Grand-Père, pour retrouver ses parents déportés.
Elle vivra dans les bois, s’abritant parfois dans une grange, vivant de rapines, restant plusieurs jours sans manger et allant jusqu’à remplir son estomac de vers, de feuilles voire de terre pour pallier la faim qui lui noue le ventre. Blessée au dos, par un puissant jet de pierre, c’est une louve qui va lui sauver la vie!

Interview de Misha Defonseca
« Les loups m’ont empêchée de basculer dans la folie »
jeudi 1er septembre 2005, par Fabien

Son aventure est à peine croyable. Pendant la Seconde Guerre Mondiale, alors qu’elle n’a que 7 ans, Misha Defonseca parcourt toute l’Europe, dans l’espoir de retrouver ses parents déportés. Un périple durant lequel elle vivra plusieurs mois parmi une meute de loups.

Comment êtes-vous parvenue à vous faire accepter par ces loups ?

Cela s’est passé de manière tout à fait naturelle. J’ai d’abord eu la chance de rencontrer un loup solitaire, ce qui a facilité les choses. Un loup qui a été chassé de sa meute ou qui a décidé de lui-même de prendre ses distances a davantage de mal à survivre. Il accepte donc mieux la compagnie d’autrui. De plus, j’étais moi-même devenue un animal. Je ne me lavais plus, je ne parlais à personne, je mangeais ce que je trouvais pour survivre. Les seuls contacts que j’avais avec les hommes étaient de guetter pour pouvoir leur voler à manger ou de quoi me vêtir. J’étais devenue une vraie bête sauvage. Je n’appartenais plus au monde des humains. D’instinct, je savais comment me comporter vis-à-vis des loups. Lorsqu’ils grognaient ou montraient les crocs, je me jetais à terre en signe de soumission. J’ai vite appris leurs codes, leurs règles. Pour moi, le comportement d’un animal dépend de la manière dont on l’aborde. Si vous avez peur ou envie de fuir, celui-ci le ressent et peut alors se montrer agressif. Je n’ai jamais ressenti la moindre peur.

D’où vous est venue cette approche du monde animal ?

De mon éducation. Ma mère ne m’a jamais inculqué la peur du loup ni d’aucun animal. Quand elle parlait des animaux, c’était pour me dire que le lion vivait dans la jungle, la poule à la ferme. Elle ne donnait aucun jugement de valeur.

Est-ce que cette période a été la plus magnifique de votre existence ?

Disons que ça a été une parenthèse. Cela m’a tenue à distance des horreurs de la guerre. J’ignorais tout ce qu’il se passait parmi le monde des humains. Durant cette période, je n’étais plus obsédée par le fait de retrouver mes parents. Pour la première fois depuis longtemps, j’appartenais à un clan, à une famille. Je n’étais plus seule. Les loups m’ont empêchée de basculer dans la folie.

Vous êtes allée jusqu’à manger de la viande régurgitée par une louve…

Mais cela n’avait rien de dégoûtant pour moi ! J’avais mangé pire que ça : des gros vers, de la pâtée pour cochons. Il est même arrivé de mâcher la corne et les ongles de mes pieds pour calmer ma sensation de faim. J’étais affamée quand j’ai essayé d’imiter le comportement des louveteaux à l’égard de leur mère. De cette manière, j’avais vraiment l’impression d’appartenir à une famille. Plus que de la nourriture pour mon estomac, c’était de la tendresse et de l’amour que j’avalais.

En quoi la mort de votre chien Jimmy a-t-elle été le déclic pour raconter votre histoire ?

Jimmy était le chien que j’avais ramené de Belgique aux Etats-Unis. Il était le dernier lien avec mon pays, ma langue maternelle, mes parents. Quand il est mort, je suis tombée folle de chagrin. C’était aussi douloureux que si j’avais perdu un enfant. Toutes mes souffrances étaient réactivées. J’avais le sentiment de perdre mes parents une seconde fois. Pendant des mois, j’ai consacré la vie à ce chien disparu. J’ai réuni des photos, j’ai écrit des poèmes, j’ai même réalisé un petit film sur lui. Ça a été ma thérapie. Quand la vidéo a été achevée, quelqu’un m’a demandé pourquoi j’aimais les animaux à ce point. J’ai répondu : « parce qu’ils m’ont sauvé la vie ». C’est à partir de là que je me suis mise à raconter mon histoire.

De nombreuses personnes mettent vos propos en doute. Qu’est-ce que cela vous fait ?

Je m’en fous royalement ! Ces gens n’étaient pas avec moi pour se permettre de juger. Ceux qui n’aiment pas les animaux ne vont sans doute pas me croire. L’homme est ainsi : il voit le mal partout.

Avez-vous revu des loups par la suite ?

Oui. Il y a quelques années, une équipe de télé américaine m’a mise au défi d’entrer dans un enclos. Ils voulaient avoir la preuve que ce que je racontais était la vérité. J’ai accepté, même si je savais que c’était dangereux. Dans la nature, un loup peut fuir. Dans un enclos, il est pris au piège. Malgré tout, je n’ai pas éprouvé le moindre sentiment de peur. Les loups m’ont tout de suite acceptée. Ils m’ont entourée, protégée de leur fourrure. C’était une sensation extraordinaire. Après tant d’années, je revivais cette magie.

Aujourd’hui, quels rapports entretenez-vous avec les animaux ?

Je vis en totale communauté avec eux. Les animaux sont toujours passés avant ma petite personne. Mon mari et moi vivons dans une maison, pas plus grande qu’une roulotte, auprès 23 chats et de 2 chiens, que j’ai recueillis. D’ailleurs, je n’y invite personne. J’évite de les laisser sortir. J’ai peur qu’on leur fasse du mal…

Finalement, vous vous sentez toujours plus animal qu’humaine…

Totalement. A cause de ce que j’ai vécu durant la guerre, quelque chose s’est cassé en moi, et de manière définitive. Je ne me suis jamais sentie en communauté avec les hommes et l’humanité des bêtes. Le terme « humain » n’a d’ailleurs aucun sens pour moi.

Texte : Karine Touboul

http://www.editionsdelaloupe.com/fr/main/images/Exempledemiseenpage.pdf

http://ours-loup-lynx.info/spip.php?article1161

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06-06-2007

45) Siméon-Guillaume de La Roque


Je suis le triste Oiseau de la nuit solitaire,
Qui fuit sa même espèce et la clarté du jour,
De nouveau transformé par la rigueur d’Amour,
Pour annoncer l’augure au malheureux vulgaire.

J’apprends à ces rochers mon tourment ordinaire,
Ces rochers plus secrets où je fais mon séjour.
Quand j’achève ma plainte, Écho parle à son tour,
Tant que le jour survient qui soudain me fait taire.

Depuis que j’eus perdu mon soleil radieux,
Un voile obscur et noir me vint bander les yeux,
Me dérobant l’espoir qui maintenait ma vie.

J’étais jadis un Aigle auprès de sa clarté,
Telle forme à l’instant du sort me fut ravie,
Je vivais de lumière, ore d’obscurité

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06-06-2007

Renée Vivien (1877-1909) : Les Solitaires

Ceux-là dont les manteaux ont des plis de linceuls
Goûtent la volupté divine d’être seuls.

Leur sagesse a pitié de l’ivresse des couples,
De l’étreinte des mains, des pas aux rythmes souples.

Ceux dont le front se cache en l’ombre des linceuls
Savent la volupté divine d’être seuls.

Ils contemplent l’aurore et l’aspect de la vie
Sans horreur, et plus d’un qui les plaint les envie.

Ceux qui cherchent la paix du soir et des linceuls
Connaissent la terrible ivresse d’être seuls.

Ce sont les bien-aimés du soir et du mystère.
Ils écoutent germer les roses sous la terre

 

Et perçoivent l’écho des couleurs, le reflet
Des sons… Leur atmosphère est d’un gris violet.

Ils goûtent la saveur du vent et des ténèbres,
Et leurs yeux sont plus beaux que des torches funèbres

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05-06-2007

Zauberwald

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05-06-2007

Kaspar Hauser, par K. Noubi (4e partie)

Ansbach_Kaspar_Hauser.jpg

 Kaspar Hauser, Ansbach, Germany 

Le capitaine regarde le jeune homme. Il se tient derrière le cordonnier et son ami, le chapeau à la main, immobile comme une statue.
— Il y a aussi un billet, dit Weissmann.
Il le tend au capitaine, qui l’ouvre ; il est d’une autre écriture que la lettre.
«Cet enfant a été baptisé et porte le nom de Kaspar. C’est à vous de lui donner son deuxième nom. Je vous demande de bien vouloir prendre soin de lui. Son père a été un soldat dans la cavalerie. Quand il parviendra à l’âge de dix-sept ans, emmenez-le au sixième régiment de cavalerie, son père y a servi. Je vous prie de le garder avec vous jusqu’à ce qu’il ait dix-sept ans. Il est né le 30 avril 1812. Je suis une pauvre fille, je ne peux pas l’élever convenablement. Son père est mort.»
Le capitaine regarde de nouveau le jeune homme.
— Qui êtes-vous ? demande-t-il.
Mais le jeune homme continue à le regarder fixement.
— Il ne parle pas, dit Weissman.
— Où est-ce que vous l’avez trouvé ?
— Dans la rue, mon capitaine.
— Et que faisiez-vous dans la rue, de si bon matin ?
Weissman bredouille.
— On rentrait, mon capitaine.
— Vous avez passé la nuit dans les tavernes, n’est-ce pas ? Et vous me ramenez ce garçon qui a l’air perdu ?
Weissman bredouille de nouveau.
— Nous, on l’a juste trouvé, mon capitaine… il semblait perdu, et comme la lettre qu’il porte vous est adressée, nous avons cru bon vous le ramener…
— Et que voulez-vous que je fasse de lui ?
— Nous non plus, on ne sait pas ce qu’il faut faire !
L’officier regarde les deux hommes. Ils ont apparemment bu et ils ne semblent pas jouir de toutes leurs facultés. N’auraient-ils pas inventé toute cette histoire, pour se moquer de lui et passer le temps ? il regarde de nouveau celui que la lettre nomme Kaspar.
— Tu t’appelles réellement Kaspar ?
— Mon capitaine, dit le cordonnier, il ne répond pas aux questions !
— Bon, vous deux, rentrez chez vous !
— Et lui, mon capitaine, qu’allez-vous faire de lui ?
— Ce n’est pas votre affaire !
— Bon, bon, dit Weissman, puisque vous vous occupez de lui, nous pouvons rentrer tranquillement chez nous !
Ils s’en vont, en se retournant pour regarder Kaspar. Kaspar qui, pour la première fois, esquisse un sourire. (à suivre…)

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05-06-2007

Kaspar Hauser, par N. Noubi (3e partie)

nürnbergLe chef de la police regarde avec curiosité le jeune homme qui continue à serrer contre lui son chapeau.
— Tu ne peux nous dire d’où tu viens, l’ami ?
— Il ne parle pas, dit le cordonnier.
— Il est sans doute muet, dit son compagnon, à moins qu’il ne s’agisse d’un idiot.
— Gardez vos remarques pour vous, dit le chef de police.
— Il a une lettre sur lui, dit Weissman. Elle est adressée au commandant en chef du 4e escadron de chevau-légers…
Le jeune homme tend la lettre. Le chef de police la prend : c’est, en effet, l’indication figurant sur la lettre. Weissman et Beck attendent qu’il l’ouvre mais le policier n’en fait rien.
On fouille le jeune homme et on trouve dans ses poches plusieurs objets: un mouchoir blanc et rouge avec des initiales brodées, K.H. des images… il y a aussi des textes religieux imprimés ainsi qu’un manuel d’éducation religieuse, au titre curieux : «Comment remplacer le temps perdu et les années mal passées.»
— Qu’allez-vous faire ? demande Weissman.
— Hé bien, dit le chef de police, on va l’envoyer chez le capitaine von Wessening, puisque c’est à lui qu’on l’a adressée !
— Et nous ? dit le cordonnier.
— Vous allez l’accompagner… puisque c’est vous qui l’avez trouvé !
Il les fait suivre de deux policiers.
Le capitaine Weissnich, commandant du 4e escadron de chevaux-légers les reçoit. C’est un homme plutôt sévère.
— Qu’est-ce qui se passe ? demande-t-il.
— Nous avons trouvé ce jeune homme dans la rue, dit Weissman, il semble abandonné, et on a beau l’interroger, il ne dit pas qui il est ni d’où il vient !
— Et en quoi cela me concerne ? bougonne le militaire.
— Il porte une lettre qui vous est adressée.
Le capitaine prend l’enveloppe et l’ouvre. La lettre lui est effectivement adressée. Elle est pleine de fautes d’orthographe.
«Très honoré capitaine,
Je vous envoie un garçon qui souhaite servir son roi dans l’armée. Il m’a été confié le 7 octobre 1812. Je me suis occupé de lui mais je suis moi-même un pauvre travailleur, avec plusieurs enfants à ma charge. Sa mère m’a demandé d’assurer son éducation et j’ai pensé l’élever comme mon propre fils. Je l’ai gardé enfermé à la maison, d’où il n’est jamais sorti, ainsi personne ne sait où il est, et lui-même ignore l’endroit où il a vécu. Vous pouvez l’interroger, honoré capitaine mais il ne saura vous dire qui je suis ni où j’habite. Je l’ai fait sortir la nuit de sorte qu’il ne reconnaisse pas le chemin. Il n’a pas un sou sur lui parce que moi-même je suis sans rien. Aujourd’hui, ma situation ne me permet pas de prendre soin de lui. Son père est mort. Si vous refusez de le garder, alors, pendez-le à la cheminée !». (à suivre…)

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04-06-2007

Kaspar Hauser, par N. Noubi (2e partie)

nuremberg.jpg Eh ! dit Weissman, approche…
Mais le garçon s’est figé et, terrorisé, regarde devant lui, les yeux grand ouverts. Les deux hommes vont vers lui.
— Eh l’ami, qui es-tu ?
Le jeune homme ne répond toujours pas.
— Tu es sourd ?
Pour toute réponse, il plonge la main dans son chapeau et retire une enveloppe. Il la tend à Weissman.
— Qu’est-ce que c’est ?
— C’est une lettre, dit Beck… Regarde, il en a une autre… Mais prends-les, il te les donne !
Le cordonnier jette un coup d’œil sur l’enveloppe.
— C’est adressé au commandant en chef du IVe escadron du VIe régiment de chevaux légers…
— Rien que cela ! dit son compagnon
— Oui…
— Et la seconde
enveloppe ?
— Aucune indication !
Weissman, maintenant dégrisé, regarde le jeune homme.
— Tu ne peux pas nous dire qui tu es ?
— Ni d’où tu viens ? complète Beck
L’adolescent regarde les deux hommes de ses yeux fixes, le corps absolument raide, comme s’il était pétrifié.
— Je crois qu’il est muet, dit Weissman…
—Tu crois ? dit Beck, j’ai plutôt l’impression qu’il a peur ! à moins que ce ne soit un débile mental…
— Qu’est-ce qu’on fait ? On l’emmène à la caserne ?
—Non, il vaut mieux le conduire au poste de police… qui c’est, c’est peut-être un délinquant. Ils verront ce qu’il y a lieu de faire !
Il se retourne vers le jeune homme.
— Tu nous suis ?
Il les suit sans difficulté, comme s’il comprenait ce qu’ils lui disaient. Au poste de police de la Porte-Neuve, on s’étonne de voir arriver le trio. Le chef de la police regarde, d’un œil sévère, Weissman qui, bien que dégrisé, porte encore les signes de l’ivresse.
— Qui êtes vous? Qui est ce jeune homme ?
— Nous l’avons trouvé dans la rue !
— Comment cela, trouvé ? Il n’est pas avec vous ?
— Non, on ne sait pas d’où il vient ! On rentrait chez nous quand on l’a vu… il tenait son chapeau à la main et regardait devant lui… comme il le fait maintenant.
— Nous allons tirer cette histoire au clair, dit l’officier de police. (à suivre…)

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03-06-2007

Protégé : 3 juin

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03-06-2007

Kaspar Hauser, par K. Noubi. (1ére partie)

070627kasparhauser.jpg

En cette première moitié du 19e siècle, Nuremberg est déjà une grande ville, la seconde de Bavière : elle a gardé un aspect médiéval, avec ses vieilles maisons et ses églises gothiques, mais c’est aussi une ville qui s’ouvre sur l’avenir, avec des industries modernes et une grande activité commerciale. C’est à Nuremberg, en 1835, que sera construit le premier chemin de fer allemand, reliant la ville à Fürth.
En ce matin du 26 mai 1828, la ville sommeille frileusement. Cinq heures viennent de sonner à la cathédrale et les rues sont vides. C’est le lundi de Pentecôte et la veille, dimanche, on a fait la fête toute une partie de la nuit. Le vin et la bière ont abondamment coulé dans les maisons et les tavernes, aujourd’hui la fête va se poursuivre, aussi se repose-t-on, pour reprendre des forces.
Le cordonnier Weissman ; lui, n’a pas dormi de la nuit. Il a été d’une taverne à une autre et il a tellement bu qu’il titube. Il rentre chez lui, avec un autre luron, Beck. Ils dormiront quelques heures, avant de reprendre la fête…
Les deux hommes discutent bruyamment, sans égards pour les gens qui dorment. Brusquement, Weissman tire son compagnon par la manche.
— Hé, tu vois…
Beck, l’esprit obscurci par le vin, grogne :
— Quoi ?
— L’homme, là-bas…
— Je ne vois pas d’homme, dit Beck.
— Mais si, insiste Weissman, je ne rêve pas, il y a un drôle d’homme là-bas, en train de nous observer !
Beck suit le doigt et finit par voir l’homme que lui désigne son compagnon. C’est plutôt un jeune homme et même un adolescent qui paraît avoir 15 ou 16 ans. Il est assez massif, les cheveux bouclés, brun clair, la peau très pâle mais paraissant en bonne santé, du moins n’ayant pas l’air malade. Il porte un pantalon gris, avec des bretelles, un gilet de toile, une veste grise, une écharpe de soie noire, et des demi-bottes, plutôt usées, et qui n’ont pas l’air de bien lui aller. Il tient à la main, gauchement, un grand chapeau de feutre garni de soie jaune, comme en portaient, à l’époque, les paysans bavarois.
— Qu’est-ce qu’il fait là ? demande Beck.
— Il semble s’être égaré…
— Peut-être qu’il est venu faire la fête, dans la ville, avec ses amis, et qu’ils sont repartis sans lui !
— Il n’a pas l’air normal…
— Il a dû boire plus que de raison !
Le jeune homme regarde également les deux hommes. Il commence par faire quelques pas en leur direction, puis il s’arrête, comme intimidé. (à suivre…)

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02-06-2007

43) Heureuse solitude – Jean-François Ducis – (1733-1816)

Heureuse solitude,
Seule béatitude,
Que votre charme est doux !
De tous les biens du monde,
Dans ma grotte profonde,
Je ne veux plus que vous !

Qu’un vaste empire tombe,
Qu’est-ce au loin pour ma tombe
Qu’un vain bruit qui se perd ;
Et les rois qui s’assemblent,
Et leurs sceptres qui tremblent,
Que les joncs du désert ?

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02-06-2007

2 juin

Slogan : Le dialogue véritable suppose  la reconnaissance de l’autre à la fois dans son identité et dans son altérité. Proverbe africain.

Voici le nouveau slogan ! Ce serait peut-être amusant de le changer toutes les semaines.

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01-06-2007

De la solitude, de Tippie

En anglais, il y a “alone” et “lonely ».
Deux adjectifs qui, en français, se traduisent par le même mot : “seul », alors qu’il y a pourtant une grosse nuance entre les deux.

Je ne saurai pas très bien expliquer cette différence. Je ne suis pas douée en explications.
Je vais quand même essayer…

Alone, c’est -être- seul.
Je veux dire : quantativement.
To be alone, c’est ne pas être avec quelqu’un / être isolé.
Et c’est pas forcément nul, mais (à mon avis) ça dépend dans quel cas de figure.

Lonely, c’est plutôt -se sentir- seul.
Ca veut aussi dire : être dépourvu d’attention ou de soins, par exemple.
Dans tous les cas c’est toujours triste, je trouve.

Lonely : on peut aussi bien l’être quand on est seul (alone) que quand on est avec d’autres.
Alone : induit juste que l’on est seul. (Point !)

You can be alone and still be happy. (Etre seul mais heureux)
But you can also be alone and feel lonely. (Etre seul et se sentir seul)
Or you can not be alone but still feel lonely. (Ne pas être seul mais se sentir seul)

J’écrivais hier à un ami, dans un mail :

I wouldn’t be able to be/feel happy if I was alone… Already just living alone would kill me.
Although I need to have time on my own (a lot even) and “time off” my family (by going on a week-end alone for example)… I cherrish the presence of my hubbie and kid, near me. I’m happy not to find an empty and cold bed at night. Enjoy taking breakfast all together on Sundays. And hear my child’s laughter any moment of the day. )

Je ne saurai pas vivre seule, sans personne avec moi.
“If I was living alone, I would feel lonely”

Il est vrai que j’ai besoin d’être seule parfois, ou même souvent (I need to be alone, at times). Mais si j’etais vraiment seule, sans mon mari, sans mon enfant, je ne serai pas heureuse (But if I -was- alone, without my husband and kid)… car alors, je me sentirai trop seule (then I’d be sad and I’d feel lonely).

 De la solitude, de Tippie dans Paroles de solitaires 13223950

Il ne faut pas confondre la solitude voulue (« solitude ») par besoin, pour méditer par exemple ou ‘respirer’ un peu, se détacher des autres pour mieux les retrouver.
Et la solitude forcée/imposée (« loneliness »), quand au moment où l’on aurait besoin de se sentir entouré, on se sent seul au monde, rejeté, mal-aimé ou incompris.
Ou tout simplement, quand on est pas là où l’on souhaiterait être.

Comme quoi, on peut être en couple ou en famille, entouré de gens et tout de même se sentir seul.
Cela m’arrive d’ailleurs bien souvent.
Moins par sentiment d’être rejetée ou mal-aimée (ça par contre, ça m’arrivait bien plus souvent pendant mon adolescence), ou même incomprise (ça arrive encore des fois, mais plus rarement), mais plutôt me sentir seule car je souhaiterai être ailleurs, ça oui… c’est souvent.
Et c’est bien triste finalement.

Je reste surprise.
Comment se fait-il qu’il n’y ait qu’un seul mot en français pour traduire ces deux mots ?

So-Tippie-Ccal  Blog datant de février 2005 !!!!!  A voir !

Mon commentaire : J’aime votre blog ! Quelle maitrise ! Tout d’abord le fond de coquelicots. Puis le contenu. J’y ai découvert un article sur la solitude. Plutôt que de faire un lien que personne n’utilisera je préfére, si vous le permettez reproduire cet article sur mon blog, y compris une photo venant de vos commentaires. Vous parlez de solitude avec une originalité. Bien sur je ferai un lien. Je le retirerais si vous me le demandiez et je comprendrais très bien.

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01-06-2007

10) Alambic 1 : La Solitude

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Combien de bouteilles à la mer
Parviennent jusqu’au rivage
Et combien de paroles en l’air
Retombent sur quelques pages

Combien de verres de vin
Pourront noyer combien de larmes
Combien de souvenirs en vain
Me ramènent au même point

A force d’avoir vu le jour
J’ai choisi de vivre la nuit
A force d’avoir fait le tour
J’ai fui l’amour, j’ai fui l’ennui

L’ennui c’est qu’un jour comme un autre
On sent la morsure du froid
Le froid d’être éloigné des autres
Le manque, l’absence de toi

Toi qui n’es pas comme les autres
Toi que j’aimais, toi que j’ai fui
Pour finir par fixer la porte
Par laquelle tu es parti

Parti vers quelles latitudes
Pour quelle vie, vers quel destin
Laissant seul à ma solitude
Le soin de cuver mon chagrin

Moi et toutes mes certitudes
Aujourd’hui je ne sais plus rien
Sinon que cette lassitude
Ne ressemble en aucun point

A la vie que je vis en rêve
Loin des soucis, du quotidien
A l’amour que je fais sans trêve
A ton visage dans mes mains

Ces mains maintenant d’effroi tremblent
Froissant le vide du bout des doigts
Je deviens folle, il me semble
Entendre le son de ta voix

Combien de bouteilles amère
Je vais devoir vider
Pour enterrer hier
Pour être à nouveau née…

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01-06-2007

Elle est là en moi qui me torture

Photo :

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Poésie :

Elle est là en moi qui me torture
Me rendant cette vie de plus en plus dure
J’écoute ses silences
Tâchés de complaisance
Elle se nourrit de ma misère
Se délecte de mes angoisses
Circulant dans toutes mes artères
Epuisant ma carcasse.
Elle s’est faite prison
Forteresse imprenable
Cachée dans le donjon
Elle se croit inviolable
Parfois elle semble m’oublier
Je retrouve ma liberté
Je respire à pleins poumons
A m’enivrer de cet air qui sent si bon
Mais très vite sa griffe cruelle
De ma perpétuité se rappelle.
Alors je courbe le dos
Recevant d’elle les pires maux
Il n’est d’ennemi plus puissant
Invisible conquérant
Elle est l’envers de la quiétude
Elle a pour doux nom : solitude.
B.T

 Anonyme trouvé sur la toile. Terrible non de ne pas connaitre l’auteur ?

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01-06-2007

42) Désespoir – Alphonse Rabbe (1786-1829)

Qui peut être insensible aux premiers reflets d’une riante aurore ? Qui peut voir sans plaisir le soir d’un beau jour, et, dans ces nuits du printemps remplies d’un charme et d’une douceur ineffable, entendre et sentir sans émotion le frémissement mystérieux de la brise qui agites les ombres ? Jadis ce souffle nocturne me semblait chargé de toutes les forces et de toutes les délices de la nature. Je tressaillais de désir, de doux pressentiments, quand il échauffait mon visage et se jouait dans ma chevelure.

Hélas ! j’espérais quelque chose alors, j’avais encore d’heureuses découvertes à faire dans le monde des sensations créatrices… Aujourd’hui, tout est froid, morne et taciturne ; plus rien n’existe devant moi. Plus d’illusions ravissantes. Pas d’avenir d’amour. Pauvre nautonier, en lançant mon esquif sur l’océan immense, je rêvais une longue et heureuse traversée ; des aspects enchantés appelaient, encourageaient ma voile ; mais ces rivages aériens se sont dissipés comme les nuages d’or sur lesquels le caprice des vents avait dessiné leur forme fantastique et mensongère. Une plage aride, inféconde m’a reçu. L’orage et les bêtes m’ont assailli. Je me suis réfugié sur l’escarpement d’une roche, et je m’y suis desséché de langueur et de désespoir.

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31-05-2007

41) Jules Supervielle (1884-1960): Solitude

waiting...
Homme égaré dans les siècles,
Ne trouveras-tu jamais un contemporain ?
Et celui-là qui s’avance derrière de hauts cactus
Il n’a pas l’âge de ton sang qui dévale de ses montagnes,
Il ne te connaît pas les rivières où se trempe ton regard
Et comment savoir le chiffre de sa tête recéleuse ?
Ah ! Tu aurais tant aimé les hommes de ton époque
Et tenir dans tes bras un enfant rieur de ce temps-là !
Mais sur ce versant de l’Espace
Tous les visages t’échappent comme l’eau et le sable,
Tu ignores ce que connaissent même les insectes, les gouttes d’eau,
Ils trouvent incontinent à qui parler ou murmurer,
Mais à défaut d’un visage
Les étoiles comprennent ta langue
Et d’instant en instant, familières des distances,
Elles secondent ta pensée, lui fournissent des paroles,
Il suffit de prêter l’oreille lorsque se ferment les yeux.
Oh ! Je sais, je sais bien que tu aurais préféré
Etre compris par le jour que l’on nomme aujourd’hui
A cause de sa franchise et de son air ressemblant
Et par ceux-là qui se disent sur la terre tes semblables
Parce qu’ils n’ont pour s’exprimer du fond de leurs années-lumière
Que le scintillement d’un cœur
Obscur pour les autres hommes.

(Les Amis inconnus)

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31-05-2007

31 mai, sinistre

calm

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31-05-2007

L’attrait de la solitude – François Guité

Les moments passés en compagnie de mes amis sont indispensables, et souvent mémorables. Mais pour créer ou apprendre, rien ne vaut la solitude. Évidemment, je me nourris du pactole cognitif de mes proches quand les circonstances nous réunissent. Mais seulement par bribes, car la relation théorétique ne sert qu’à accentuer le rapport affectif, comme le souffle avive la flamme. Ces échanges sont un tel feu roulant que je n’en capte que quelques étincelles. Là où je suis le plus productif, c’est dans l’isolement, quand tout mon environnement immédiat m’appartient et que je peux, à ma guise, meubler le temps de lectures, de recherches et de réflexion. La raison, il me semble, préfère la solitude, tandis que le cœur brigue la compagnie. …

À propos de solitude, Jason Fried a écrit un merveilleux billet, dans lequel il fait allusion à une zone d’isolement (alone zone). Le retranchement dans cette bulle est nécessaire pour une productivité individuelle optimale. En éliminant les interruptions et le multitasking, l’esprit peut s’absorber tout entier dans les ramifications d’une tâche.

Getting in the zone takes time which is why interruption is your enemy. It’s like REM sleep — you don’t just go to REM sleep, you go to sleep first and you make you way towards REM. Any interruptions force you to start over. REM is where the real sleep magic happens. The alone time zone is where the real productivity happens.

François Guité

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31-05-2007

Heddy Maalem : Le principe de solitude

  • Un solo après un autre

Des perles de danse, déposées au creux du plateau. Autant d’attentions murmurées, de secrets confiés au creux des yeux, autant de complicités exemplaires entre chorégraphe et interprètes. Le solo considéré tel un immense champ de réconciliation heureuse.

Un solo après un autre, une façon de faire pivoter la statue de la figure humaine, d’en contempler les facettes, de la mettre en mouvement, de constater chaque fois le mystère, son épaississement. Et, comme pour le peintre, la chance des “repentirs!

Me viennent à l’esprit les dessins d’Alberto Giacometti, cet “entêtement” à reproduire sans cesse la représentation des visages jusqu’à atteindre à quelque vérité. On voit là un homme, dangereusement penché au-dessus du chaos, au risque que le réel l’engouffre. La danse opère parfois la bascule. Elle se tient devant Méduse et elle fait mouvement..

Heddy Maalem

  • Programme

1/ Une rose est une rose est une rose…
Interprète: Simone Gomis
Musique: Fritz Hauser, Der pendler

2/ La Formule des hanches
Interprète : Aline Azcoaga
Musique : Karlheinz Stockhausen Klavierstück IX

3/ Un Petit Moment de faiblesse
Interprète : Aline Azcoaga
Musique : Henryk Gorecki, Symphonie n°3

4/ La Pratique de l’ombre
Interprètes: Serge Anagonou et Shush Tenin
Musique: Marin Marais , La réveuse / Le badinage

5/ Reconstruction de Vénus
Interprète: Laia Llorca Lezcano
Musique: Antonio Vivaldi, L’Inquietudine concerto en Ré
majeur / Giacinto Scelsi, Tre pezzi per saxophone soprano.


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29-05-2007

40) La Solitude – Sabine Sicaud – (1913-1928)

Solitude… Pour vous cela veut dire seul,elle est malade...
Pour moi – qui saura me comprendre ?
Cela veut dire : vert, vert dru, vivace tendre,
Vert platane, vert calycanthe, vert tilleul.

Mot vert. Silence vert. Mains vertes
De grands arbres penchés, d’arbustes fous ;
Doigts mêlés de rosiers, de lauriers, de bambous,
Pieds de cèdres âgés où se concertent
Les bêtes à Bon Dieu ; rondes alertes
De libellules sur l’eau verte…

Dans l’eau, reflets de marronniers,
D’ifs bruns, de vimes blonds, de longues menthes
Et de jeune cresson ; flaques dormantes
Et courants vifs où rament les  » meuniers  » ;
Rainettes à ressort et carpes vénérables ;
Martin-pêcheur… En mars, étoiles de pruniers,
De poiriers, de pommiers ; grappes d’érables.
En mai, la fête des ciguës,
Celle des boutons d’or : splendeur des prés.
Clochers blancs des yuccas, lances aiguës
Et tiges douces, chèvrefeuille aux brins serrés,
Vigne-vierge aux bras lourds chargés de palmes,
Et toujours, et partout, fraîche, luisante, calme,
L’invasion du lierre à petits flots lustrés
Gagnant le mur des cours, les carreaux des fenêtres,
Les toits des pavillons vainement retondus…
Lierre nouant au front du chêne, au cou du hêtre,
Ses bouquets de grains noirs comme un piège tendu
A la grive hésitante ; vert royaume
Des merles en habit – royaume qui s’étend
Ainsi que dans un parc de Florence ou de Rome
En nappes d’émeraude et cordages flottants…
Lierre de cette allée au porche de lumière
Dont les platanes séculaires, chaque été,
Font une longue cathédrale verte – lierre
De la grotte en rocaille où dorment abrités
Chaque hiver, les callas et les cactus fragiles ;
Housse, que la poussière blanche de la ville
Givre à peine les soirs de très grand vent – pour moi,
Vert obligé des vieilles pierres,
Des arbres vieux, des toits qui penchent, des vieux toits -

Un château ? Non, Madame, une gentilhommière,
Un ermitage vert qui sent les bois, le foin,
Où les bruits dé la route arrivent d’assez loin
Pour n’être plus qu’une musique en demi-teintes.
Un train sur le talus se hâte avec des plaintes,
Mais l’horizon tout rose et mauve qu’il rejoint
Transpose le voyage en couleurs de légende.
On regarde un instant vers ces trains qui s’en vont
Traînant leur barbe grise – et c’est vrai qu’ils répandent
Un peu de nostalgie au fil de l’été blond…

Mais le jazz des moineaux fait rage dans les feuilles,
Les pigeons blancs s’exaltent, le cyprès
Est la tour enchantée où des notes s’effeuillent
Autour du rossignol. Du pré,
Monte la fièvre des grillons, des sauterelles,
Toutes les herbes ont des pattes, ont des ailes -
Et l’Ane et le Cheval de la Fable sont là
Et Chantecler se joue en grand gala
Jour et nuit dans la cour où des plumes voltigent.

Au clair de l’eau, c’est l’éternel prodige
Du têtard de velours devenu crapaud d’or,
De la voix de cristal parmi les râpes neuves
D’innombrables grenouilles. Le chat dort.
Dickette-chien s’affaire – et sur leur tête pleuvent
Des pastilles de lune ou de soleil brûlant.
S’il pleut vraiment, la pluie à pleins seaux ruisselants
S’éparpille de même aux doigts verts qui l’arrêtent.

Un tilleul, des bambous. L’abri vert du poète,
Du vert, comprenez-vous ? Pour qu’aux vieilles maisons
Rien ne blesse les yeux sous leurs paupières lasses.
Douceur de l’arbre, de la mousse, du gazon…
Vous dites : Solitude ? Ah ! dans l’heure qui passe,
Est-il rien de vivant plus vivant qu’un jardin,
De plus mystérieux, parfumé, dru, tenace,
Et peuplé – si peuplé qu’il arrive soudain
Qu’on y discourt avec mille petits génies
Sortis l’on ne sait d’où, comme chez Aladin.

Un mot vert… Qui dira la fraîcheur infinie
D’un mot couleur de sève et de source et de l’air
Qui baigne une maison depuis toujours la vôtre,
Un mot désert peut-être et desséché pour d’autres,
Mais pour soi, familier, si proche, tendre, vert
Comme un îlot, un cher îlot dans l’univers

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29-05-2007

La Pluie jaune, de Julio Llamazares

Dans la rue, le brouillard s’accrochait aux murs et l’humidité glacée du givre rendait invisible toute empreinte récente. Un silence immense occupait le village entier, il introduisait sa grande langue sale dans la pénombre des maisons, fourrageant dans la rouille de l’oubli et la poussière accumulée par les ans. Je fermai sans bruit la porte derrière moi. Je cherchai dans la poche de mon pantalon le contact familier du couteau et, contrôlant ma respiration et les battements de mon cœur pour que de loin ils ne puissent pas me trahir, je me mis à marcher sur le chemin que Sabina suivait chaque nuit en solitaire. Lentement, mes sens se portant au-delà du brouillard et m’enfonçant dans la neige à chaque pas, je parcourus peu à peu tout le village sans trouver trace de son passage. Je regardai sous chaque porche, au détour de chaque rue, derrière chaque mur. Je fouillai Ainielle partout, rue après rue et maison après maison. En vain. On aurait dit que la neige et le silence l’avaient ensevelie, que sa figure émaciée s’était diluée à jamais dans le brouillard. Je jetai encore, malgré tout, un dernier coup d’œil aux ruines de l’église et j’étais sur le point de rentrer quand brusquement je me rendis compte qu’il y avait encore un endroit où je ne l’avais pas cherchée.
     
     De loin, ombre parmi les ombres que dessinait le brouillard, j’aperçus d’abord la chienne couchée sur le chemin. Lovée dans la neige, sous la protection douteuse des peupliers sans feuilles, elle ressemblait à un animal noyé et abandonné là par la fureur de la rivière. Je traversai le pont et pressai le pas, je l’appelai à voix basse en m’approchant. Mais, quand elle me vit, au lieu de courir vers moi comme d’habitude, elle se releva sur place et recula lentement vers la porte du moulin sans cesser de me regarder un seul instant. Je me demandai si, par là, elle essayait de me guider ou si, au contraire, elle voulait me barrer le passage. Mais à ses yeux – et à l’étrange attitude menaçante que d’emblée elle avait adoptée (et qui me rappela sa solitude remplie de crainte tandis qu’elle surveillait le sanglier dans la nuit et la neige) – , je compris immédiatement ce qui m’attendait derrière elle et derrière la porte du moulin. Sans réfléchir un instant, je courus l’ouvrir d’un coup de pied : Sabina était là, elle se balançait, pendue comme un sac dans la vieille machinerie, les yeux immensément ouverts, et le cou brisé par la corde avec laquelle, quelques nuits auparavant, j’avais pendu le sanglier sous le porche de la maison.

L’histoire : Cet homme, le narrateur, est le dernier habitant d’un village isolé des Pyrénées, Ainielle, près de Huesca, en Aragon. Village déserté, mort déjà ; ultime respiration humaine qui, elle aussi, va bientôt s’éteindre. À la faible lumière de ses derniers moments, il se remémore l’agonie du village déserté, qui se confond avec sa propre agonie, son propre abandon. Il se souvient de la disparition ou de la mort de ses proches : celle de sa femme d’abord, Sabina, dernière compagne humaine de sa solitude, qui s’est pendue. Puis il remonte le temps : le départ d’Andrés, le deuxième fils ; la mort du premier, Camilo, jamais revenu de la guerre, et celle de Sara, sa fille, en « ce jour lointain où sa respiration fébrile et douloureuse s’arrêta pour toujours ».

Construit exclusivement autour de la conscience et de la voix d’un seul personnage, La Pluie jaune est d’abord le roman de la solitude, du délaissement humain. Solitude et délaissement dont les causes, d’ailleurs, ne sont nullement mystérieuses, sont même repérables, historiquement et géographiquement.

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28-05-2007

De l’ami, de Friedrich Nietzsch

Un seul est toujours de trop autour de moi, » – ainsi pense le solitaire. « Toujours une fois un – cela finit par faire deux! »

Je et Moi sont toujours en conversation trop assidue : comment supporterait-on cela s’il n’y avait pas un ami?

Pour le solitaire, l’ami est toujours le troisième: le troisième est le liège qui empêche le colloque des deux autres de s’abîmer dans les profondeurs.

Hélas! il y a trop de profondeurs pour tous les solitaires. C’est pourquoi ils aspirent à un ami et à la hauteur d’un ami.

Notre foi en les autres découvre l’objet de notre foi en nous-mêmes. Notre désir d’un ami révèle notre pensée.

L’amour ne sert souvent qu’à passer sur l’envie. Souvent l’on attaque et l’on se fait des ennemis pour cacher que l’on est soi-même attaquable.

« Sois au moins mon ennemi! » – ainsi parle le respect véritable, celui qui n’ose pas solliciter l’amitié.

Si l’on veut avoir un ami il faut aussi vouloir faire la guerre pour lui: et pour la guerre, il faut pouvoir être ennemi.

Il faut honorer l’ennemi dans l’ami. Peux-tu t’approcher de ton ami, sans passer à son bord?

En son ami on doit voir son meilleur ennemi. C’est quand tu luttes contre lui que tu dois être le plus près de son coeur.

Tu ne veux pas dissimuler devant ton ami? Tu veux faire honneur à ton ami en te donnant tel que tu es? Mais c’est pourquoi il t’envoie au diable!

Qui ne sait se dissimuler révolte: voilà pourquoi il faut craindre la nudité! Certes, si vous étiez des dieux vous pourriez avoir honte de vos vêtements!

Tu ne saurais assez bien t’habiller pour ton ami: car tu dois lui être une flèche et un désir du Surhumain.

As-tu déjà vu dormir ton ami, – pour que tu apprennes à connaître son aspect? Quel est donc le visage de ton ami? C’est ton propre visage dans un miroir grossier et imparfait.

As-tu déjà vu dormir ton ami? Ne t’es-tu pas effrayé de l’air qu’il avait? Oh! mon ami, l’homme est quelque chose qui doit être surmonté.

L’ami doit être passé maître dans la divination et dans le silence: tu ne dois pas vouloir tout voir. Ton rêve doit te révéler ce que fait ton ami quand il est éveillé.

Il faut que ta pitiié soit une divination: afin que tu saches d’abord si ton ami veut de la pitié. Peut-être aime-t-il en toi le visage fier et le regard de l’éternité.

Il faut que la compassion avec l’ami se cache sous une rude enveloppe, et que tu y laisses une dent. Ainsi ta compassion sera pleine de finesses et de douceurs.

Es-tu pour ton ami air pur et solitude, pain et médicament? Il y en a qui ne peuvent pas se libérer de leur propre chaîne, et pourtant, pour leurs amis, ils sont des sauveurs.

Si tu es un esclave tu ne peux pas être un ami. Si tu es un tyran tu ne peux pas avoir d’amis.

Pendant trop longtemps un esclave et un tyran étaient cachés dans la femme. C’est pourquoi la femme n’est pas encore capable d’amitié: elle ne connaît que l’amour.

Dans l’amour de la femme il y a de l’injustice et de l’aveuglement à l’égard de tout ce qu’elle n’aime pas. Et même dans l’amour conscient de la femme il y a toujours, à côté de la lumière, la surprise, l’éclair et la nuit.

La femme n’est pas encore capable d’amitié. Des chattes, voilà ce que sont toujours les femmes, des chattes et des oiseaux. Ou, quand cela va bien, des vaches.

La femme n’est pas encore capable d’amitié. Mais, dites-moi, vous autres hommes, lequel d’entre vous est donc capable d’amitié?

Malédiction sur votre pauvreté et votre avarice de l’âme, ô hommes! Ce que vous donnez à vos amis, je veux le donner même à mes ennemis, sans en devenir plus pauvre.

Il y a de la camaraderie: qu’il y ait de l’amitié!

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28-05-2007

La solitude de Christine.

Lorsque vendredi son fils rentre à la maison il trouve un petit mot :  » Je suis parti avec un ami. «  Intrigué, parce qu’il sait que sa mère est seule il la cherche. Elle est dans son lit.

Cédric appelle sa copine, Julie,  ma collègue. Elle arrive et il s’avère que Christine a fait une tentative de suicide. Veuve depuis trois ans, elle a laissé un autre mot à sa fille : « Je n’en peux plus !« . Elle a cinquante ans.

Le plus triste dans tout cela c’est que ses enfants ne savent pas gérer la situation, encore moins aider cette femme et qu’ils culpabilisent. Son fils ayant l’air d’avoir trouvé la femme de sa vie,  elle a mit à exécution un projet décidé de longue date. Mais eux pensent qu’elle jalousait Julie. 

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27-05-2007

27 mai, travail de nuit.

Le sommeil à nouveau m’a abandonné. 

Mais pour me rassurer je me répète cette pensée de Henri IV : Les grands mangeurs et les grands dormeurs sont incapables de quelques chose de grand.

Comme c’est utile un blog dans ces moments-là. On peut y travailler.  

Et oui j’ai changé le thème. Mais l’expérience venant celui-ci me convient mieux parce que je peux le personnaliser.

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27-05-2007

39) Se pourrait-il ? – Valérie Catty

Se pourrait-ilcatty.jpg
que de ton regard
Jaillisse l’étincelle
Ce petit bout de toi
Qui m’offrirait l’envie ?
Je voudrais tant renaître
Dans ton miroir
Même aride, même flou
Juste un reflet, une lueur
Où déverser mes pleurs
Mais je ne suis que désert.

Se pourrait-il que de tes mains
Jaillisse l’écho même lointain ?
Une oasis,
Une ligne de vie enfin
Où déposer mon chagrin ?
Mais tu m’as donné le glaive
Et je ne suis que douleur.
Donne-moi la main
Et cheminons ensemble
Pour y trouver l’espoir
Même fragile, même fugace.
Me rassurerait.
Offre-moi la caresse
Celle qui saura taire mes angoisses
Et mon silence
Nimbé de solitude.
Offre moi les promesses
Pour que je puisse devenir.
Je ne suis que ton ombre
Et je meurs tout bas.
Je voudrais tant
Que tu éteignes les ombres
Si bleues, qu’elles me font mal.
J’entends gémir la poussière
Dans le creux de la vague.
J’espère et j’implore
En vain
Pour que tu m’offres l’espace
Ta chaleur, et le souffle qui me manque.
Manque, solitude, désir, absence :
Polyphonies de maux,
Gémissement vers les profondeurs
Et l’abîme.
Laisse-moi vivre au creux de ton âme
Juste un creux où me reposer,
Où vivre enfin.
Offre-moi ton amour,
Donne moi l’espérance
Du jour à naître.
Je m’épuise à rechercher
Un souffle qui n’existe pas,
Je voudrais me noyer
A l’aube de tes lèvres
Pour y puiser l’eau salée,
Ou juste une trêve
Même infime, même latente.
Berce-moi de tendresse,
Etreins-moi de baisers.
Laisse moi simplement t’aimer.

Publié par Jean dans Poésies | Pas de Commentaires »

27-05-2007

27 mai

 la nuit violette

Questions :

Est-ce que l’on doit écrire dans son blog uniquement pour ceux qui laissent des commentaires ?

Ou est-ce que l’on doit adapter ses écrits jusqu’à ce que de nouveaux lecteurs répondent de façon à avoir le maximum d’échange d’idées ?

L’objectif est-il d’établir le contact avec un maximum de gens ou bien de dire ce qui nous plait sans tenir compte de rien ?

 

Publié par Jean dans Ce blog ! | 2 Commentaires »

26-05-2007

26 mai : mes commentaires.

*       *       * 

Petit bonjour…. pasdevelours…

Comment vas-tu ?

Tu crois vraiment que l’amour s’étiole quand on connait bien l’autre ? On peut aussi découvrir de vrais trésors !

Qu’est-ce que tu écris la nuit, puisque finalement tu mets très peu de chose dans ton blog ? Où va toute cette production ?

J’ai l’impression que ton blog est caché…

Tu ne mets jamais de photos pourquoi ?

*       *       *

Benoit Je ne savais pas que tu faisais partie du Mouvement de Libération des Nains de Jardin et que tu allais jusqu’à assister à leur congrès ? De quoi débattiez-vous ? Ils ont l’air très intéréssés ! Du danger des tondeuses à gazon ou des débroussailleuses ?

*       *       *

Conseil….. ptibout

Les disputes dans un couple laissent d’infimes petites failles qui grandissent, grandissent, grandissent… Ne jamais se disputer ! Jamais ! Parler !

26 mai : mes commentaires. dans Ce blog ! Le_soleil_sur_tes_levres_by_daaram

Jalousie… ptibout

Mais où trouves-tu ces photos ? T’as une caverne d’Ali Baba ?

*       *       *

Comment vas-tu Ly ?

*       *       *

Valérie. N’abandonne pas ! Organise toi differement mais n’abandonne pas.

J’ignore comme tu travailles mais moi j’ai en permanance un carnet dans une poche. Il est plié, usé, corné mais j’y note toute idée qui arrive immédiatement et n’importe où. Je ramène cette mane le soir et je l’utilse.

*       *       * 

 

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26-05-2007

?

? dans Photos

Öl auf Leinwand (70 x 124 cm) 

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25-05-2007

Cri de solitude, de Véronique

La journée au bureau terminée, après de longues embrassades avec les collègues, elle préférera rentrer à pied, et profiter de la foule qui se presse, comme chaque soir… les uns ayant oubliés d’acheter du pain, d’autres s’offrant un dernier verre, ou d’autres encore se louant un film, achetant des cigarettes, des magazines, quelques courses de dernières minutes… Et malgré le froid hivernal, elle lézardera comme souvent chaque soir, absorbant ici et là les paroles, les rires, de ceux qu’elle croise, puisant dans chaque regard un peu de chaleur, de gaieté… Elle s’étonnera d’être arriver devant la porte de l’immeuble, encore une fois beaucoup trop vite. Elle ne prendra pas l’ascenseur, espérant par la même, croiser un voisin, dans les escaliers, ou les couloirs des étages. Un tour de clé, dans une porte au cinquième étage, et elle pénètre une fois de plus, dans un appartement en location, laissant la porte se refermer sur le silence, un silence installé depuis deux ans, maintenant… Un silence mortel…

Dehors la nuit est tombée, sur les retardataires, les foyers sont animés, elle peut deviner, en s’approchant de la baie vitrée de son salon, ce qui se passent dans les appartements voisins, tous éclairés… Un papa, jetant sa veste, et accueilli par des cris d’enfants, et des bisous… une jeune femme, élevant la voie sur un compagnon déjà installé devant la télé… un équipe de copains, bières à la main, criant devant un écran géant, sur lequel un match de foot est retransmis… une maman, intransigeante, s’activant en cuisine, tout en surveillant les devoirs de ses enfants, peu enclin à l’écouter, parce qu’ils tombent de fatigue… De l’autre côté de son appartement, elle peut deviner l’amour, la joie, les rires, les pleures… la vie… Elle flânera, n’allumera que l’écran de la télé, pour s’éclairer, fumera une cigarette, puis emmitouflée dans un peignoir, se jettera sur le sofa, avec un café, en guise de repas. Elle zappera d’une chaîne à l’autre… Elle se morfond, décidément, il n’y a rien à faire… Elle finira par s’attarder sur un film d’amour, la nostalgie l’envahira, elle versera même quelques larmes, qu’elle essuiera de ses mains. Ses mains, qu’elle regarde, et qui ne connaissent plus de frissons, assise sur le sofa, les souvenirs se raniment… Elle se souvient de la chaleur d’une caresse, de la douceur d’un baiser, du sexe, de l’amour… Alors d’autres larmes couleront, seule au milieu, d’un appartement désespérément vide, elle finira par aller se coucher, espérant que dans la nuit, sa tristesse s’évanouira…Pendant que d’autres derrière des fenêtres encore éclairées, font la fête, ou regardent enlacer tendrement la télé… que d’autres donnent un biberon au dernier né, ou cajolent racontent des histoires aux petits, ou que d’autres encore font l’amour… Elle… elle a peine à s’endormir, le cœur serré, elle ne fait que ressasser depuis des années, elle qui n’avait rien vu venir, elle essaie de comprendre pourquoi brutalement, il l’a abandonnée, pourquoi un soir, il n’est pas rentré…Les années de galères, partagée entre colère et rancœur, elle a élevé seul ses deux enfants, aujourd’hui, partis eux aussi… Depuis la monotonie a pris place dans sa vie, elle déteste ce silence, qu’elle trouve finalement horriblement assourdissant…

Si seulement, elle pouvait sans que sa bonne conscience ne vienne gérer sa vie, et ses envies, s’offrir, comme l’aurait fait un homme, un intermède chaleureux, un intermède pas forcement amoureux, mais bon pour la tête et l’esprit… Pour ne pas être seule, un soir, elle voudrait se vautrer sous les draps, aux côtés d’un homme, elle voudrait se délecter d’un moment de bonheur, en compagnie d’un amant, même d’un soir… Mais il y a des légèretés que les mœurs n’ont pas encore acceptées, alors cette nuit encore, elle refreinera ses envies, seule au fond de son lit… Il manque pourtant à sa peau, à ses seins, son ventre, la tendre caresse d’une main chaude… il manque à sa bouche, la saveur d’un baiser longuement langoureux… il manque à son sexe, la venue d’un ôte viril, avec qui elle partagerait en cadence et douceur, une nuit d’amour, d’extase, une nuit de plaisir…

Elle voudrait crever sa solitude, en s’offrant ce que certains appelleront, le premier venu, et alors… D’avoir attendue que les enfants grandissent, pour ne pas leur faire de peine, peut-être, ou tout simplement par peur, elle n’a plus connu le plaisir de rencontrer quelqu’un, de découvrir un corps, de se découvrir aussi…alors, elle ne sait plus, si elle peut encore séduire, ou sourire, elle a peur de ne plus savoir comment on fait, ce qui, elle l’avoue, lui manque le plus… l’amour…Il manque à sa tête cette complicité entre deux êtres qui se cherchent, qui se séduisent, et qui se donnent l’un à l’autre sans compter, juste pour le plaisir… Parce qu’elle n’était qu’une épouse, qu’une mère, pendant des années, elle a envi, aujourd’hui, de devenir une amante et dans les bras d’un autre homme, de laisser s’envoler par la fenêtre, un soir quand elle osera, sa solitude, dont elle veut tant se débarrasser…

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25-05-2007

9) Francine Raymond : Solitude

raymondfrancine.jpgS’il est vrai que la nuit pardonne et change l’avenir à force de désir
J’aurais dû rêver plus souvent
Enfant joue sous l’arbre qui penche sans crainte le vent ni compter le temps
J’aurais dû lui parler bien avant

Oh le vent du nord a soufflé sans espoir
Et je suis restée seule dans l’ombre

Oh la solitude
Une flamme qui danse dans un coin noir
Oh cette habitude
D’aimer sans jamais y croire

Si je sais le bonheur fragile comme la peau d’un fruit que la vie meurtrit
Je devrais y mordre bien plus souvent
Si malgré mes mots maladroits mon geste d’amour se rend jusqu’à toi
J’aurais dû t’écrire bien avant

Oh refusant de me voir dans le miroir
Je suis restée seule dans l’ombre

Oh la solitude
Une flamme qui danse dans un coin noir
Oh la certitude
D’aimer à m’aimer d’abord

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23-05-2007

Le Solitaire, de l’empereur Wou des Leang (464-569, Japon)

070523detresse.jpg

Vois les arbres qui poussent sur la butte :
Ils ont chacun leur cœur particulier.
Vois les oiseaux qui chantent dans le bois :
Ils ont chacun leur propre mélodie.
Vois les poissons qui nagent dans le fleuve :
Celui-ci flotte et l’autre plonge.
Vertigineuse est la hauteur des monts,
Insondable la profondeur des eaux !
L’apparence des choses est facile à voir ;
Mais leur principe est d’une quête ardue.

Publié par Jean dans Poésies | 2 Commentaires »

21-05-2007

21 mai

Le sondage n’interesse personne. Il totalise 15 réponses pour 22 000 visites. A moins que je n’aie pas posé les bonnes questions.

Ce matin, j’ai mis en place un petit moteur de recherche. Il ne va qu’a l’article, pas à la ligne.

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21-05-2007

Yamaguchi Sodô (1642-1716)

 

070521arbre.gif

 

 

Sous la lune brillante
Je rentre chez moi en compagnie,
De mon ombre.

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20-05-2007

15 mai 1969, de Gabrielle Russier (1937-1969)

15 mai 1969, de Gabrielle Russier (1937-1969) dans Paroles de solitaires h_9_ill_795984_app1999122362143

Albert,

Je t’écris sans même savoir si tu recevras mes lettres. Depuis hier je suis seule en cellule, tu ne peux pas savoir comme je suis mieux. La fille qui est partie, que je remplace, a laissé des petits objets, sans savoir qui viendrait, des riens, des boites de couleurs, un bouquet de buis, un peu de lessive dans un pot. Des riens, mais c’est la première fois que je vois une solidarité vraie entre détenues – vraie et gratuite. Et puis rien = tout, ici. Depuis que je suis en bas je vois moins le ciel, mais je suis tellement plus libre, que le petit morceau de nuage qui passe a une densité merveilleuse. Le soir toutes, dehors, elle se parlent, je suis seule avec vous tous, et je suis sûre que Mozart n’est pas triste, que tu l’écoutes pour moi et qu’il n’est pas triste.

Christian Rossi :

« Les (deux ans) de souvenirs qu’elle m’a laissés, elle me les a laissés à moi, je n’ai pas à les raconter. Je les sens. Je les ai vécus, moi seul. Le reste, les gens le savent : c’est une femme qui s’appelait Gabrielle Russier. On s’aimait, on l’a mise en prison, elle s’est tuée. C’est simple. »

 

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19-05-2007

38) El Desdichado – Gérard de Nerval – 1853

Je suis le Ténébreux, – le Veuf, – l’Inconsolé,
Le Prince d’Aquitaine à la Tour abolie :
Ma seule Etoile est morte, – et mon luth constellé

Porte le Soleil noir de la Mélancolie.

Dans la nuit du Tombeau, Toi qui m’as consolé,
Rends-moi le Pausilippe et la mer d’Italie,

La fleur qui plaisait tant à mon cœur désolé,
Et la treille où le Pampre à la Rose s’allie.

Suis-je Amour ou Phébus ?… Lusignan ou Biron ?
Mon front est rouge encor du baiser de la Reine ;
J’ai rêvé dans la Grotte où nage la sirène…

Et j’ai deux fois vainqueur traversé l’Achéron :
Modulant tour à tour sur la lyre d’Orphée

Les soupirs de la Sainte et les cris de la Fée

Pour moi, le plus beau poème de la langue française.

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18-05-2007

8) Jean-Louis Aubert : Solitude

prison.jpg

On est né on a grandi ensemble
Dans les jardins d’une sous-préfecture
Et c’est toi que j’allais voir
Quand les grands racontaient des histoires

Combien de fois je t’ai quitté
Sans compter te retrouver
Petite prison bien ajustée
Gant idéal au goût fatal

Oh ma chère solitude
Faut pas qu’tu d’viennes une habitude
J’ai besoin d’ ta sollicitude

Condition de la prison
Condition de la liberté
Et plus intime des intimes
Rocher persan, tapis volant

Ma schizophrène faut que j’te freine
J’aime trop les autres
et j’aime quelqu’un
J’ai peur de t’perdre peur de t’garder
Peur de ne pas être celui qui va décider

Oh ma chère solitude
Faut pas qu’tu d’viennes une habitude
Je ne te cache pas mon inquiétude
Oh amère solitude
A qui la faute si tu éludes
Les problèmes de la multitude

Ma lumière noire, t’es un peu rude
Ma lumière noire, t’es un peu rude
Yeah yeah
Ouh ouh ouh
Yeah t’es un peu rude

Je sais qu’ lors du dernier voyage
Tu seras la seule à côté de moi
J’t'aurais aimé comme j’aime la vie
J’n'aurais aimé qu’en compagnie

De ma chère solitude
A qui la faute si tu éludes
Le problème de la multitude
Des solitudes

Le Jean-Louis Aubert que tu connais moins bien, c’est celui de « Solitude » ?

- Disons que ce morceau n’est pas une description de moi, mais davantage celle d’un chemin intérieur qui se perpétue. Ce n’est certainement pas l’ultime regard sur mon monde interne, il y a probablement encore quelque chose de plus profond. Au moins, il y a un grand écart entre l’enfance, l’adolescence et le monde adulte, et j’ai déjà ce signe de quelque chose qui dure et qui continue dans ma vie. C’est sûrement incomplet.

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17-05-2007

Fujimara no Ariie (1153-1216)

Je ne t’oublierai pas !
M’avait-elle assuré
En me disant adieu, pourtant
Depuis cette année-là, seule la lune
suivant son cours, est revenue.

(Shin Kok)

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17-05-2007

37) Forteresse – Brice Homs

L’amour est une forteresse
Dont les murs sont faits de promesses
C’est là que dorment les amants
Cachés de tout, cachés du temps

Et quand leurs lèvres se rejoignent
C’est tout l’univers qui s’éloigne
Autour le silence est parfait
Comme un instant d’éternité

Tourne le… Tourne le… Tourne le temps
Tout autour des amants

L’amour est une forteresse
Dont les murs sont faits de tendresse
Aussi fin qu’un papier de soie
Mais qui ne se déchire pas

La peau et la peau qui se touche
Les mots qui naissent sur la bouche
Disent tout bas comme un secret
Qu’on peut tout prendre et tout donner

Tourne le… Tourne le… Tourne le temps
Tout autour des amants

L’amour est une forteresse
Qu’il faut réinventer sans cesse
Pour qui oublie de la rêver
Elle disparaît à tout jamais

Si devant vous des amants passent
Quoi qu’ils se disent ou quoi qu’ils fassent
Ne vous posez pas de questions
L’amour a toujours ses raisons

Tourne le temps
Tout autour des amant

 

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16-05-2007

36) André Chénier – (1762-1794)

Fernando Gualtieri

Ah ! portons dans les bois ma triste inquiétude.
Ô Camille ! l’amour aime la solitude.
Ce qui n’est point Camille est un ennui pour moi.
Là, seul, celui qui t’aime est encore avec toi.
Que dis-je ? Ah ! seul et loin d’une ingrate chérie,
Mon cœur sait se tromper. L’espoir, la rêverie,
La belle illusion la rendent à mes feux,
Mais sensible, mais tendre, et comme je la veux
De ses refus d’apprêt oubliant l’artifice,
Indulgente à l’amour, sans fierté, sans caprice,
De son sexe cruel n’ayant que les appas.
Je la feins quelquefois attachée à mes pas ;
Je l’égare et l’entraîne en des routes secrètes ;
Absente, je la tiens en des grottes muettes…
Mais présente, à ses pieds m’attendent les rigueurs,
Et, pour des songes vains, de réelles douleurs.
Camille est un besoin dont rien ne me soulage ;
Rien à mes yeux n’est beau que de sa seule image.
Près d’elle, tout, comme elle, est touchant, gracieux ;
Tout est aimable et doux, et moins doux que ses yeux ;
Sur l’herbe, sur la soie, au village, à la ville,
Partout, reine ou bergère, elle est toujours
Camille, Et moi toujours l’amant trop prompt à s’enflammer,
Qu’elle outrage, qui l’aime, et veut toujours l’aimer.

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16-05-2007

Sexe, amitié… et questions philosophiques !, par Françoise

Avec un ami grec, nous parlions un jour de la différence entre amitié, intimité, sexualité, complicité, connivence. Souvent, je suis davantage comblée par l’intimité que par le plaisir (par intimité, j’entends cette impression, avec de très rares personnes, d’être là où je dois être, comme une éblouissante évidence qui n’a pas besoin de mots pour se définir). Le désir me transporte mais peut aussi être douloureux. Les amis sont indispensables, mais la solitude, si décriée, donne aussi une grande sérénité (notamment en regardant la mer dans une odeur d’Hélichryse italienne, cette fleur si odorante des rivages méditerranéens). Dans l’écriture aussi, je trouve la plénitude.

Je crois de plus en plus que ce n’est pas une personne ou un modèle de vie qui peuvent combler, mais plusieurs, vu la diversité et la complexité de nos personnalités, de nos existences. Les schémas affectifs sont là pour rassurer, mais la réalité de l’affectif, elle, n’est pas rassurante pour deux sous : c’est d’ailleurs ce qui en fait la richesse, la souffrance et aussi les joies.

Blog : Blog de Françoise Simpère

Mon avis : Là il y a matière à débat. J’aimerais bien que François me fasse un texte sur la solitude.

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14-05-2007

Françoise Dolto : Solitude

Françoise Dolto : Solitude dans Textes

Qui dira la solitude des amants emmurés dans l’incommunicabilité de leurs corps opaques après l’étreinte qui les apaise et leur donne l’éphémère certitude d’être totalement accordés à eux-mêmes et au monde.
Qui dira la solitude d’une mère devant le sommeil de son enfant dont le jeune destin réserve son inconnu, le corps, le regard, le parler, les jeux, le mystère d’un penser qui s’incarne et qui lui reste impénétrable ; la solitude du père face à la confiance aveugle de l’enfant dans la femme, des parents regardant leurs enfants, autrefois promesses qui au jour le jour font place à des réalités imprévues, et la réponse toujours autre qu’attendue aux questions que les géniteurs posent, pour trouver des réponses qui les sécuriseraient, à leur descendance distraite, confiante en son avenir ou n’y pensant pas, ignorant ce qu’il en est de leurs parents qui vieillissent, la solitude des jours sans nouvelles de ceux qui ont quitté leur toit.

Qui dira dans les plus joyeuses fêtes, la solitude de ceux qui aiment sans être aimés, de celles que désirent ceux qu’elles ne désirent pas.
Qui dira la solitude des compagnons de tous les jours au travail, dans les villes, inconnus de leurs voisins, où rien de la douleur secrète éprouvée au foyer ne peut se dire, la solitude du riche, du possédant toujours envié, la solitude du pauvre honteux de désirer sans n’avoir rien à offrir, la solitude de l’enfant qu’on prend pour un jouet, de celui dont les parents ne se désirent pas, ne s’aiment pas ou se haïssent, la solitude de l’infirme, la solitude du malade en guerre impuissante avec son corps qui le trahit, la solitude des vieux de qui plus personne n’a besoin, la solitude où l’homme perd confiance en lui-même et dans tous les autres, qui ôte jusqu’à l’espoir, jusqu’au sentiment même de la solitude – le dément. Le Livre de Poche p. 427

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14-05-2007

Françoise Dolto : Solitude

070514dolto.jpgLa solitude m’a toujours accompagnée, de près ou de loin, comme elle accompagne tous ceux qui, seuls, tentent de voir et d’entendre, là où d’aucuns ne font que regarder et écouter. Amie inestimable, ennemie mortelle – solitude qui ressource, solitude qui détruit, elle nous pousse à atteindre et à dépasser nos limites. » Placé sous le signe de l’Adagio du Quintette opus 163 de Schubert, Solitude est une variation sur ce thème majeur de l’œuvre de Françoise Dolto. Deux fils tressent, en se croisant, ce texte : d’une part, des monologues de l’auteur sur la solitude datant de 1975 ; d’autre part, une conversation libre à plusieurs voix concertantes avec son entourage, alors qu’en 1985 elle s’est retirée à La Soledad, la maison familiale d’Antibes, après la disparition de Boris Dolto. La solitude caractérise le petit humain dès la naissance et le place dès lors dans une dépendance radicale à Autrui. Se référant constamment à ses rencontres cliniques et aux faits de sa vie privée, Françoise Dolto déploie une grande fresque de l’histoire du sujet, de l’origine à la fin. La plupart des grands thèmes de sonœuvre y sont présents, avec des variations sensibles de ton et de temps, car ce livre polyphonique traverse plus de vingt ans de sa recherche. Edition présentée par Gérard Guillerault, Elisabeth Kouki, Colette Manier et Alain Vanier, et augmentée de trois textes inédits : « Introduction à la conférence« , « Une soirée avec Françoise Dolto sur la solitude« , « Kaspar Hauser, le séquestré au cœur pur« .

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