Archives pour la catégorie 'Note de lecture'

08-03-2017

Evidence

IMG_3278

Posté par Jean dans Note de lecture | Pas encore de commentaires »

02-12-2016

Jacques Chancel – Le désordre et la vie

62-332 chancel-Un dimanche parmi tant d’autres. Se lever tôt, se coucher tard, écrire à n’en plus finir, des heures durant, non pas pour faire œuvre mais pour noircir des pages, c’est le lot de la solitude que l’on se donne. Ce que j’aime ce sont les notes jetées à la hâte sur des bouts de papier, les impressions de l’instant souvent mal formulées, les mots du cœur qui tombent libres sur la page et que l’on effacera bien sur, par pudeur souvent, par orgueil parfois. La publication fige les meilleures intentions, fragilise la phrase. Paraître, c’est limiter l’immense espace de l’imaginaire, c’est amenuiser, raccourcir, blesser la rêverie. Mais c’est une nécessite. Glenn Gould s’est arreté un jour de jouer… mais c’était pour mourir.

2950 – [Le Livre de poche n° 9669, p. 303] 

Posté par Jean dans Note de lecture | Pas encore de commentaires »

02-11-2016

Jacques Chancel : Le désordre et la vie

62-332 chancel-J’ai toujours en ligne de mire Les Trois Mousquetaires, Vingt mille lieues sous les mers et Robinson Crusoé. Je me faisais un monde, comme Michel Mohrt qui publie en ce moment L’Air du large : qui n’a rêvé de se trouver un jour sur une île déserte, libre des contraintes de la civilisation, maître de son temps et de soi comme de l’Univers ? Robinson Crusoé est vraiment devenu un mythe, au même titre que Don Quichotte ou Faust, et Mohrt a raison de rappeler que l’histoire racontée par Daniel Defoe nous passionne plus encore aujourd’hui. « Robinson incarne l’un des grands thèmes de la civilisation occidentale : le triomphe de l’homme sur la nature qu’il sait utiliser, exploiter, pour subvenir à ses besoins. » Il m’est arrivé de trouver des îles mais chercher est plus exaltant. Beautés de la quête, de l’inaccessible étoile.

[Le Livre de poche n° 9669, p. 21/2]

Posté par Jean dans Note de lecture | Pas encore de commentaires »

23-03-2014

Henri Perruchot : La vie de Cézanne

59-070 perruchot-Nullement combatif, Cézanne appartient à cette sorte de gens qui, dès qu’on les attaque, cèdent le terrain et n’ont qu’une hâte : disparaître. Ce qu’inspire à Cézanne le tumulte provoqué par ses toiles, c’est, avec une accablante tristesse, un immense désir de silence. Assez ! Assez ! Qu’on l’abandonne à sa solitude. Qu’on le laisse à sa paix !

1673 - [Le Livre de poche n° 487/488, p 268]

Posté par Jean dans Note de lecture | Pas encore de commentaires »

20-10-2010

Gertrud Kolmar (1894-1943) : Lettres

57323kolmar.jpgTu crois que je peux difficilement m’imaginer ton isolement. Tu te trompes. Quand des hommes nagent ensemble dans le grand fleuve, il est bien naturel que celui qui ne plonge pas avec tout le monde, se retrouve relativement isolé sur la rive. Oui, l’isolement est d’autant plus grand que celui qui reste en arrière a plus de connaissances, d’amis, de parents. S’il vit seul extérieurement, il pourra croire que sa solitude intérieure, n’est que la conséquence de sa fermeture au monde, que des amis, s’il en avait, le comprendraient, l’approuveraient. Mais cette illusion, cet espoir n’est pas permis à celui qui ne rencontre aucune âme accordée parmi ses nombreuses connaissances et il se sentira plus seul que celui qui n’a pas d’amis. Ceux que j’appelle  » les grands solitaires » n’étaient pas toujours seuls, ils avaient des partisans, des admirateurs, des amis et des serviteurs, mais une espèce de paroi invisible les en séparait. Est-ce que par hasard tu as lu mon drame de Tibère ? Lui aussi était un solitaire de cette sorte… 22.10.1939 à Hilde, p. 75

Posté par Jean dans Note de lecture | Pas encore de commentaires »

13-06-2010

Stefan Zweig (1881-1942) : Amok ou le fou de Malaisie – 1922

… sans argent, sans montre, sans illusions, je tournai le dos à l’Europe, et je n’éprouvais pas la moindre tristesse lorsque nous sortîmes du port.

« Je m’assis sur le pont, comme vous voilà en ce moment, comme tous les autres, et j’aperçus un jour la Croix du Sud et les palmiers, et mon cœur s’épanouit. Ah ! les forêts, la solitude, le recueillement, tout cela remplissait mes rêves.

 » Oh ! ce n’est pas la solitude qui allait me manquer. On ne m’envoya pas à Batavia ou à Soerabaya, dans une ville où se trouvent des êtres humains, des clubs, un jeu de golf, des livres et des journaux, mais – le nom ne fait rien à l’affaire – dans une de ces stations de district qui sont à deux journées de voyage de la ville la plus voisine. Quelques fonctionnaires ennuyeux et desséchés, deux « demi-caste » formaient toute ma société ; à part cela, il n’y avait partout autour de moi que la forêt, des plantations, la brousse et le marais.

Au début, c’était encore supportable. Je me livrai à des études de toutes sortes. Un jour, comme le vice-résident, au cours de sa tournée d’inspection, avait eu son automobile renversée et s’était cassé la jambe, je fis, à moi tout seul une opération dont il fut beaucoup parlé. Je collectionnais des poisons et des armes d’indigènes ; je m’occupais de cent petites choses pour me tenir en haleine.

Mais cela ne dura que tant qu’agit en moi l’énergie apportée de l’Europe ; après quoi, je me rabougris. Les rares Européens que je voyais ne m’inspiraient que de l’ennui ; je rompis toutes les relations avec eux, et je me mis à boire et à me recroqueviller dans des rêveries solitaires.

Bibliothèque cosmopolite Stock p. 35

Posté par Jean dans Note de lecture | Pas encore de commentaires »

02-04-2010

Pearl Sydentricher-Buck (1892-1973) : Je n’oublierai jamais – 1961

Je me laissai tomber sur le talus couvert d’herbe, et j’écoutai. Les cris cessèrent, remplacés par des éclats de voix et des rires. C’était donc un garçon ! Une nouvelle vie ! Je m’étendis sur l’herbe et restai longtemps le regard fixai sur le ciel. On ne voyait pas d’étoiles, la lune brillait et je la fixai si longtemps qu’il me sembla la voir bouger. Une immense lassitude s’infiltrait en moi, la lassitude que donne l’acceptation de l’inévitable, la certitude de l’immuable. Désormais, je devais me résigner à ne partager avec personne les moments importants de mon existence, et pourtant j’en connaitrais encore. Nous savourions toujours en commun l’exaltation de la beauté ou de l’accomplissement, nous partagions tout, lui et moi, aussi instinctivement, que l’air que nous respirions. Eh bien, c’était fini… Comment peut-on croire que la créature ne parcourt pas seule le chemin de la vie ? Au contraire, le chemin sans fin se déroule devant elle, dans une solitude éternelle. Le Livre de Poche n° 3885 p. 221

Posté par Jean dans Note de lecture | 1 Commentaire »

17-02-2010

Colette : La Vagabonde

Me voilà donc, telle que je suis ! Seule, seule, et pour la vie entière sans doute. Déjà seule ! C’est bien tôt. J’ai franchi, sans m’en croire humiliée, la trentaine ; car ce visage-ci, le mien, ne vaut que par l’expression qui l’anime, et la couleur du regard, et le sourire défiant qui s’y joue — ce que Marinetti appelle ma gaiezza volpina… Renard sans malice, qu’une poule aurait su prendre ! Renard sans convoitise, qui ne se souvient que du piège et de la cage… Renard gai, oui, mais parce que les coins de sa bouche, et de ses yeux, dessinent un sourire involontaire… Renard las d’avoir dansé, captif, au son de la musique… Le Livre de Poche n° 283 p. 13

Posté par Jean dans Note de lecture | Pas encore de commentaires »

10-02-2010

Colette : La Vagabonde

Comme d’habitude, c’est avec un grand soupir que je referme derrière moi la porte de mon rez-de-chaussée. Soupir de fatigue, de détente, de soulagement ? — ou l’angoisse de la solitude ? Ne cherchons pas, ne cherchons pas !

Qu’est-ce que j’ai donc, ce soir ?… C’est ce brouillard de décembre, glacial, tout en paillettes de gel suspendues, qui vibre autour des becs de gaz en halo irisé, qui fond sur les lèvres avec un goût de créosote… Et puis, ce quartier neuf que j’habite, surgi tout blanc derrière les Ternes, décourage le regard et l’esprit.
Sous le gaz verdâtre, ma rue, à cette heure, est un gâchis crémeux, praliné, marron-moka et jaune caramel, — un dessert éboulé, fondu, où surnage le nougat des moellons. Ma maison elle-même, toute seule dans la rue, a « l’air que ce n’est pas vrai ». Mais ses murs neufs, ses cloisons minces offrent, pour un prix modeste, un abri suffisamment confortable à des « dames seules » comme moi.
Quand on est « dame seule », c’est-à-dire tout ensemble la bête noire, la terreur et le paria des propriétaires, on prend ce qu’on trouve, on gîte où l’on peut, on essuie la fraîcheur des plâtres…
La maison que j’habite donne miséricordieusement asile à toute une colonie de « dames seules ». A l’entresol, nous avons la maîtresse en titre de Young, Young-Automobiles ; au-dessus, l’amie, très « tenue », du comte de Bravailles ; plus haut, deux sœurs blondes reçoivent, chaque jour, la visite d’un seul Monsieur- très-bien -qui-est-dans -l’industrie : plus haut encore, une terrible petite noceuse mène, jour et nuit, un train de fox-terrier déchaîné : cris, piano, chants, bouteilles vides jetées par la fenêtre :
— C’est la honte de la maison, a dit un jour Mme Young-Automobiles. Le Livre de Poche n° 283 p. 11 et 12

Posté par Jean dans Note de lecture | Pas encore de commentaires »

03-02-2010

Colette : La Vagabonde

Elle va me dire : « Est-ce toi qui es là ?… Là, toute seule, dans cette cage aux murs blancs que des mains oisives, impatientes, prisonnières, ont écorchés d’initiales entrelacées, brodés de figures indécentes et naïves? Sur ces murs de plâtre, des ongles rougis, comme les tiens, ont écrit l’appel inconscient des abandonnés… Derrière toi, une main féminine a gravé : Marie… et la fin du nom s’élance en parafe ardent, qui monte comme un cri… Est-ce toi qui es là, toute seule, sous ce plafond bourdonnant que les pieds des danseurs bourdonnant que les pieds des danseurs émeuvent comme le plancher d’un moulin actif ? Pourquoi es-tu là, toute seule? et pourquoi pas ailleurs ? Le Livre de Poche n° 283, p. 6

Posté par Jean dans Note de lecture | Pas encore de commentaires »

27-01-2010

Anaïs Nin

Je comprends la solitude mieux que quiconque, c’est pourquoi je réponds à toutes les lettres, et quand vous parlez d’une indigence de rapports humains je me rappelle les époques et les lieux qui ne donnaient pas la vie. Faut-il que vous restiez là ? On devrait avoir le courage de quitter les endroits vides ou déserts. La vie est bien trop précieuse. Lorsque je regarde en arrière je vois comment nous créons notre propre destinée, comment nous suscitons les aspects négatifs par notre passivité. Nous ne devrions jamais accepter la pauvreté de vie. Je sais qu’il est difficile de faire face à l’inconnu, de créer un autre travail, ou un autre style de vie. Mais si cela dépend de vous, n’acceptez pas le vide. Journal, Hiver 1958-59, Le Livre de Poche p. 274

Posté par Jean dans Note de lecture | Pas encore de commentaires »

15-07-2009

Alain Bombard

196.jpgOh ! Solitude, tu commences à m’inquiéter sérieusement, le jour où j’écris cette chose typique ! Je comprends la différence entre solitude et isolement. De l’isolement dans la vie normale, je sais comment je peux sortir : tout simplement par la porte pour descendre dans la rue ou par le téléphone afin d’entendre la voix d’un ami. L’isolement existe que si on s’isole. Mais la solitude, quand elle est totale, nous écrase. Naufragé volontaire, ch. XI, Le Livre de Poche, p. 179.

Posté par Jean dans Note de lecture | Pas encore de commentaires »

24-06-2009

Franz Kafka

Le désir de solitude allant jusqu’à la perte de conscience. Seul face à moi-même. Peut-être l’obtiendrai-je à Riva ? Journal, 1er juillet 1913, Le Livre de Poche, p. 273

Posté par Jean dans Note de lecture | Pas encore de commentaires »

30-11-2008

Michel Tournier : Vendredi ou les limbes du Pacifique

Je sais maintenant que chaque homme porte en lui – et comme au-dessus de lui – un fragile et complexe échafaudage d’habitudes, réponses, réflexes, mécanismes, préoccupations, rêves et implications qui s’est formé et continue à se transformer par les attouchements perpétuels de ses semblables. privée de sève, cette délicate efflorescence s’étiole et se désagrège. Autrui, pièce maîtresse de mon univers.. Je mesure chaque jour ce que je lui devais en enregistrant de nouvelles fissures dans mon édifice personnel. Je sais ce que je risquais en perdant l’usage de la parole, et je combats de toute l’ardeur de mon angoisse cette suprême déchéance. Mais mes relations avec les choses se trouvent elles-mêmes dénaturées par ma solitude. Lorsqu’un peintre ou un graveur introduit des personnages dans un paysage ou à proximité d’un monument, ce n’est pas par goût de l’accessoire. le personnages donnent l’échelle et, ce qui importe davantage encore, ils constituent des points de vue possibles qui ajoutent au point de vue réel de l’observateur d’indispensables virtualités. p. 52

Posté par Jean dans Note de lecture | Pas encore de commentaires »

26-11-2008

Françoise Dolto : Solitude refuge

La solitude se fait attirante cependant aux heures d’échec du désir, ainsi que de peine ou de déception dans la communication manquée. Elle livre l’humain alors à l’expérience de la magie de sa seule rêverie, où le désir brode des fantasmes en apaisant ses tensions dans un plaisir qui endort l’épreuve de la solitude ; mais le sujet dont le désir ne s’exerce plus dans la réalité n’opère plus aucun renouvellement à son soi-même connu qui, hors le corps et la monotonie de son vivre de besoins, est livré aux champ de l’imaginaire. Le désir s’y reduplique au narcissisme.

Posté par Jean dans Note de lecture | Pas encore de commentaires »

25-11-2008

Madeleine Chapsal

Mais il faut se rappeler que Maliens, Somaliens, Birmans ou Hindous se plaignent du contraire : d’une surpopulation qui, du fait de l’absence de logements, du poids des traditions familiales, aboutis à la promiscuité, au manque absolu de solitude.

Qui ne préfère vivre seul ou seule plutôt que de se réveiller sur une paillasse ou un ponton, accolé à d’autres avec lesquels on n’a rien à faire, peu ou rien dire ? Une soudaine Solitude, Le Livre de Poche p. 116

Posté par Jean dans Note de lecture | Pas encore de commentaires »

21-11-2008

Michel Tournier : Vendredi ou les limbes du Pacifique

La solitude n’est pas une situation immuable où je me trouverais plongé depuis le naufrage de la Virginie. C’est un milieu corrosif qui agit sur moi lentement, mais sans relâche et dans un sens purement destructifs. Le premier jour, je transitais entre deux sociétés humaines également imaginaires : l’équipage disparu et les habitants de l’île, car je la croyais peuplée. J’étais encore tout chaud de mes contacts avec mes compagnons de bord, je poursuivais imaginairement le dialogue interrompu par la catastrophe. Et puis l’île s’est révélée déserte. J’avançai dans un paysage sans âme qui vive. Derrière moi, le groupe de mes malheureux compagnons s’enfonçait dans la nuit. Leur voix s’étaient tues depuis longtemps, quand la mienne commençait seulement à se fatiguer de son soliloque. Dès lors je suis avec une horrible fascination le processus de déshumanisation dont je sens en moi l’inexorable travail. p. 52

Posté par Jean dans Note de lecture | Pas encore de commentaires »

20-11-2008

Paul Auster

Solitaire. Mais cela ne signifie pas qu’il était seul. Pas dans le sens où Thoreau, par exemple, cherchait dans l’exil à se trouver ; pas comme Jonas non plus, qui dans le ventre de la baleine priait pour être délivré. La solitude comme une retraite. Pour n’avoir pas à se voir, pour n’avoir pas à voir le regard des autres sur lui. . L’invention de la solitude, Le Livre de Poche 13503, p. 25

Posté par Jean dans Note de lecture | Pas encore de commentaires »

19-11-2008

Françoise Dolto : Solitude et communication

Ce vécu de trajectoire que dans ma solitude j’apprécie comme mon histoire, en suis-je l’objet ou en suis-le le sujet ? Sans la communication, moi sans les autres, sans lieu, ni temps, serais-je, suis-je ? Puisqu’aux autres je les dois tous deux. Dans cette  » trajectoire du vécu« , comme l’a dit Merleau-Ponty ; lorsqu’elle est acceptée « la solitude et la communication ne doivent pas être les deux termes d’une alternative, mais deux moments d’un seul phénomène. » Oui, ce phénomène qu’est l’Homme transparait, pour les autres qui en sont témoins gratifiés lorsqu’un enfant, un adolescent, une jeune fille, un homme, une femme, inconscients de leur nécessité, dans une parfaite coïncidence entre leur âge, leur apparence, leur expression dans l’espace où ils ne sont que relief et ombres pour leur surface qui renvoie la lumière, deviennent prismes éphémères de leur espèce qui s’y exemplarise à leur insu, tels qu’ils sont, quand ils se donnent dans une présence qui s’ignore, riches de cette vie qui les habite et les anime dans une rayonnante simplicité qui ruisselles d’eux-mêmes. Ils sont là présents avec et pour les autres, naturellement donnés dans une communication vivante qui s’exprime en éblouissante vérité. Emouvant phénomène humain. p. 438

Posté par Jean dans Note de lecture | Pas encore de commentaires »

18-11-2008

Madeleine Chapsal

Tout de que peut espérer un individu humain, c’est d’apprendre à organiser sa solitude pour qu’elle pèse le moins possible. Cela ne s’enseigne pas, mais se découvre à l’usage – pourvu qu’on y consente. Car beaucoup de solitaires refusent de s’adapter, ancrés dans l’idée que  » quelqu’un va arriver et les tirer de là.

Ce quelqu’un vient et c’est la mort. Une soudaine solitude, Le Livre de Poche, p.110

Posté par Jean dans Note de lecture | Pas encore de commentaires »

17-11-2008

Michel Tournier : Vendredi ou les limbes du Pacifique

Ce fut l’occasion pour lui de découvrir un aspect important de la métamorphose que son esprit subissait sous l’influence de sa vie solitaire. . Le champ de son attention paraissait en même temps s’approfondir et s’étrécir. Il lui devenait de plus en plus difficile de songer à plusieurs choses à le fois, et même de passer d’un sujet de préoccupation à un autre. Il s’avisa ainsi qu’autrui est pour nous un puissant facteur de distraction, non seulement parce qu’il nous dérange sans cesse et nous arrache à notre pensée actuelle, mais aussi parce que la seule possibilité de sa survenue jette une vague lueur sur un univers d’objets situés en marge de notre attention, mais capable à tout instant d’en devenir le centre. Cette présence marginale et comme fantomatique des choses dont il ne se préoccupait pas dans l’immédiat s’était peu peu à effacée de l’esprit de Robinson. p. 35

Posté par Jean dans Note de lecture | Pas encore de commentaires »

15-11-2008

Bloc-notes (16)

L'image “http://rambit.qc.ca/arbres/photos/fg-orme-amerique.jpg” ne peut être affichée car elle contient des erreurs.Solitude : Dans le monde tout tend à me faire descendre, dans ma solitude tout tend à me faire monter.

Sébastien-Roch Nicolas dit Chamfort (1741-1794) Maximes et Pensées et de Caractères et Anecdotes, 1795

Note de lecture : Lorsque Robinson commença à redescendre vers le rivage d’où il était parti la veille, il avait subi un premier changement. Il était plus grave – c’est-à-dire plus lourd, plus triste – d’avoir pleinement reconnu et mesuré cette solitude qui allait être son destin pour longtemps peut-être. Michel Tournier : Vendredi ou les limbes du Pacifique Folioplus p. 19

Posté par Jean dans Mots d'auteurs, Note de lecture | Pas encore de commentaires »

13-11-2008

Paul Auster

http://images.easyart.com/i/prints/lg/1/6/165618.jpgJ’ai appris qu’il n’est rien de plus terrible que la confrontation avec les effets personnels d’un mort. Les choses sont inertes. Elles n’ont de signification qu’en fonction de celui qui les utilise. La disparition advenue, les objets, même s’ils demeurent sont différents. Ils sont là sans y être, fantômes tangibles, condamnés à survivre dans un monde où ils n’ont plus leur place. Que penser, par exemple, d’une pleine garde-robe attendant silencieusement d’habiller un homme qui jamais plus n’ouvrira la porte ? de préservatifs éparpillés dans des tiroirs bourrés de sous-vêtements et de chaussettes ? du rasoir électrique qui dans la salle de bain, porte encore les traces du dernier usage ? d’une douzaine de tubes de teinture pour cheveux cachés dans une trousse de toilette en cuir ? – révélation soudaine de choses qu’on n’a aucune envie de voir, aucune envie de savoir. C’est à la fois poignant et, dans un sens, horrible. Tels les ustensiles de cuisine de quelque civilisation disparue, les objets en eux-mêmes ne signifient rien. Pourtant ils nous parlent, ils sont là non en tant qu’objets mais comme les vestiges d’une pensée, d’une conscience, emblèmes de la solitude dans laquelle un homme prend les décisions qui le concernent : se teindre les cheveux, porter telle ou telle chemise, vivre, mourir. Et la futilité de tout ça, la mort venue. L’invention de la solitude, Le Livre de Poche 13503, p. 18

Posté par Jean dans Note de lecture | Pas encore de commentaires »

12-11-2008

Françoise Dolto : Solitude et communication

Accepter de laisser passer sans prendre, sans rejeter, voir, entendre, en regardant, en écoutant et ne pas comprendre, c’est accepter, mêler aux autres, la solitude. (…) C’est reconnaitre en la haine l’amour qui s’y masque par pudeur, ou par prudence, et savoir que, dégradés, amour et désirs s’accomplissent sous masque de travail ou de vertu.

Et pourtant être homme ou femme, c’est accepter le destin de cette fallacieuse unité prénommée au jour de notre naissance, centre que nous ne connaissons que par sa périphérie, avec ces contradictions dont notre parole ne peut répondre, et accepter de nous aimer par amour de ceux qui nous aiment.

C’est accepter d’ignorer le commencement et la fin de cette apparente unité d’individu que je suis avec ce corps dont la naissance a été par d’autre déclarée, la mort par d’autre le sera, toutes deux, et leurs franges, par d’autres assumées, l’histoire mienne par d’autres déterminée, par d’autres racontée, oubliée, par moi toujours affabulée, et pourtant de mes actes me sentir responsable alors que moi ne suis quand je parle qu’un halo irisé impuissant à me reconnaître, ni dans l’espace où mon apparence me déconcerte, ni dans le temps où mes souvenirs comme mes projets n’ont par les autres pour référents. Solitude, Le Livre de Poche p. 437.

Posté par Jean dans Note de lecture | Pas encore de commentaires »

11-11-2008

Madeleine Chapsal

C’est la matin que la solitude est à son pire. Quand on découvre devant soi toute une longue journée  » à tirer », comme disent ceux qui ont quelque mal à vivre, alors que le soir, le refuge qu’offre le sommeil se rapproche. D’autant que le m’endors en dors bien.

Mais chacun vit son mal-être à sa façon et, pour certaines personnes, c’est à la tombée du soir que monte l’angoisse. J’ai plusieurs exemple de personnes proches qui ont alors recours au petit verre (le verre de réconfort est toujours « petit ») : whisky, porto, vin, cognac, c’est selon. . Une soudaine solitude, Le Livre de Poche, p.107

Posté par Jean dans Note de lecture | Pas encore de commentaires »

05-11-2008

Françoise Dolto : Solitude et communication

Accepter de laisser passer sans prendre, sans rejeter, voir, entendre, en regardant, en écoutant et ne pas comprendre, c’est accepte, mêler aux autres, la solitude. (…) C’est s’accepter témoin, exemple, illustration individuée éphémère d’une espèce dont le désir jamais ne peut trouver dans notre corps caduque et dormeur, justification de ce qui dans nos rêveries et nos songes contredit les limites de notre pouvoir, le sens d’une viré dans nos actes, et qui échappe à nos paroles tout en s’y glissant à notre insu.

C’est accepter le conditionnement sexué parce que notre raison s’amarre à la réalité, celle de notre corps, c’est accepter de maîtriser les élans de chair qu’amour ne soutient pas et de se reconnaître l’insensé que, par ce qui dans nos perceptions et les médiations de ce corps dont notre mémoire en notre esprit garde, origine le mot  » amour ». C’est accepter la déraison comme certitude d’une raison plus lucide que l’intelligence. .Solitude, Le Livre de Poche p. 436

Posté par Jean dans Note de lecture | 1 Commentaire »

04-11-2008

Madeleine Chapsal

Il me semble parfois qu’une partie de ma peur de la mort vient de cette angoisse : je serai seule dans mon cercueil, mon caveau. Dans le silence. Je meurs d’effroi à cette idée. Une soudaine solitude, Le Livre de Poche, p.71

Posté par Jean dans Note de lecture | 3 Commentaires »

03-11-2008

Dictonnaire

Isolamento

Soledad

Reclusão

одиночество

Solitudine

retiro

solidão

孤独

Eenzaamheid Eenzaam

Solitary

Solitario

Posté par Jean dans Note de lecture | Pas encore de commentaires »

01-11-2008

Madeleine Chapsal

La solitude n’est pas tant un état de fait qu’une faiblesse de l’être, une maladie, à l’égal du diabète ou de la dépression. Si l’on naît pas avec, elle peut venir avec l’âge, comme l’asthme ou les rhumatismes.

Toutefois, s’il est difficile de l’éviter, désormais, elle se soigne. De la même façon – ou presque – que la folie. A laquelle il lui arrive de mener… Une soudaine solitude, Le Livre de Poche, p. 65

Posté par Jean dans Note de lecture | 1 Commentaire »

30-10-2008

Madeleine Chapsal

Le combat contre la solitude commence dès la première heure, celle de la naissance… p. 53

Posté par Jean dans Note de lecture | Pas encore de commentaires »

29-10-2008

Françoise Dolto : Solitude et communication

Accepter de laisser passer sans prendre, sans rejeter, voir, entendre, en regardant, en écoutant et ne pas comprendre, c’est accepte, mêler aux autres, la solitude. C’est se reconnaitre humain, désir sourcé dans la chair, désir qui, à la tête, au cœur, parle aux entrailles, au sexe appelle, désir qui entend celui des autres, désir incarné toujours, qui se connait à jamais séparé, dans l’espace, des objets qui le suscitent dans le temps, des fruits de ses accomplissements, des suites inconnaissables de ses actes, fussent-ils les plus matérialisés, encore plus les subtils, dont les fins nous échappent et que notre désir voudrait maîtriser. Solitude, Le Livre de Poche p. 436

Posté par Jean dans Note de lecture | 2 Commentaires »

26-10-2008

Madeleine Chapsal

http://www.elle.fr/var/plain_site/storage/images/societe/les-enquetes/faut-il-cultiver-la-solitude/et-si-l-isolement-etait-necessaire/9492523-1-fre-FR/et_si_l_isolement_etait_necessaire_mode_une.jpgComment mon père a-t-il fait pour préserver son autonomie alors qu’il requérait la compagnie constante d’une femme ou d’une autre ?

Il était resté comme les enfants, il savait fouir sa solitude en présence d’autrui. Il faut dire aussi qu’il était devenu sourd, les derniers temps, et que seul, il l’était plus qu’il ne l’aurait sans doute désiré.

Pour ce qui est de mon ouïe – si nécessaire aux solitaires, je me fis aux chiens : tant que je perçois les mêmes bruits qu’eux… D’ailleurs, pour laisser affleurer mes pensées profondes, je préfère la compagnie de créatures dépourvus du langage articulé : celui des ombres peut alors sourdre.

Douceur, consolation du langage des invisibles. Si c’est cela, la folie qu’engendre la solitude, ce vivant conciliabule des disparus, alors qu’elle régne !

Une soudaine solitude, Livre de Poche p. 44.

Posté par Jean dans Note de lecture | 2 Commentaires »

24-10-2008

Madeleine Chapsal

La solitude est un état de l’être bien plus que du corps. Elle a ses bons côtés : c’est en elle et par elle qu’on constitue son individualité.

Une soudaine solitude, Livre de Poche p. 23

Posté par Jean dans Note de lecture | 2 Commentaires »

24-10-2008

Françoise Dolto (1908-1988) : Solitude – 1985

Nouveau-né il vagit, sa pesante détresse, césuré de son placenta, l’insolite séparation des entrailles nidantes de sa mère qui lui fait découvrir un mode de vie nouveau sa survie dépendant d’abord de cet air commun à toutes créature. Menaçante pour sa survie, la solitude ne lâchera plus cet homme, cette femme, pour la première fois séparés après neuf mois de covivance accordée à leur mère, que ravit ce cri de solitude première, ce cri de besoin d’elle, ce cri de vie qui pour elle est le premier langage de son nourrisson. Solitude Le Livre de Poche p. 75

Posté par Jean dans Note de lecture | Pas encore de commentaires »

24-10-2008

Madeleine Chapsal

En réalité, une femme a beau cumuler succès et beauté, elle est minée par la peur de la solitude. Une soudaine Solitude, p. 17

Posté par Jean dans Note de lecture | 1 Commentaire »

23-10-2008

Madeleine Chapsal

Le plus grave inconvénient de la solitude, c’est qu’elle altère la perception du bien comme du mal. Une soudaine solitude, Le Livre de Poche, 14

Posté par Jean dans Note de lecture | 1 Commentaire »

22-10-2008

Madeleine Chapsal

Les solitaires sont souvent des imaginatifs – envahis comme les enfants par le rêve. Ce sont aussi de grands archivistes : ils classent, déterrent, remuent des cendres encore chaudes ou refroidies.

Sans inventaire minutieux du passé, pas d’avenir possible. Les habitants de la solitude, qui ont le loisir de parcourir en tous sens les différentes époques de leur existence, en viennent à remonter un jour jusqu’aux sources, à leur genèse. Une soudaine solitude, Le Livre de Poche, p. 13

Posté par Jean dans Note de lecture | Pas encore de commentaires »

22-10-2008

Madeleine Chapsal

Le plus difficile, dans la solitude, c’est de ne plus pouvoir partager. J’ai beau le savoir, aujourd’hui je ne m’y résigne pas et mes lèvres bougent toutes seules :  » Papa, me voici, je reviens chez nous pour m’occuper de notre maison… Ne t’inquiète pas, je ferai tout pour le mieux.  » C’est au silence que je parle, mais est-ce au vide ?

J’ai beau aimer la logique, la vérification scientifique des faits, l’exactitude des assertions, rien, à cet instant, ne peut m’empêcher de m’adresser à mon père mort, convaincue que je suis – tout autant que je vis – qu’il m’entend.

C’est l’une des grâces de la solitude : elle vous amène à dépasser les frontières du rationnel, et même du réel.Une soudaine solitude, Le Livre de Poche p. 11

Posté par Jean dans Note de lecture | 1 Commentaire »

20-10-2008

Albert Jacquard – Huguette Planès.

Dans la construction de chacun, quelle place faites-vous à la solitude ?

Solitude : c’est le même mot pour deux situations opposées, la solitude subie, la solitude désirée. La première est dramatique ; j’ai besoin des autres et personne n’est-là. Je suis comme un feu qui meurt, faute d’oxygène. La seconde est, à certains moments, nécessaire pour retrouver la cohérence de tous les matériaux qui se sont accumulés, pour renouer des fils, pour se préparer à de nouvelles rencontres. Cette solitude choisie peut être aussi, elle-même, l’occasion d’une rencontre : c’est tout le miracle de la lecture ; quel bonheur que d’entendre Montaigne nous faire des confidences !

Au cours de votre vie, dans votre adolescence, avez-vous souffert de la solitude ?

Bien sûr j’ai été timide, incapable de m’exprimer, persuadé que chaque mot prononcé par moi était faux, encombré de mon corps, cherchant refuge dans la solitude tout en la trouvant douloureuse. Mais j’ai eu la chance de peupler ma solitude de tous les autres rencontrés dans les rayonnages des bibliothèques. Ils ont été gentils avec moi ; ils ne se sont jamais moqués de moi, ils m’ont fait désiré le contact avec les êtres de chair, plus inquiétants mais tellement plus attirants que ceux dont il ne reste que les mots. Petite philosophie à l’usage des non-philosophes, Le Livre de Poche, p. 19-20

Posté par Jean dans Note de lecture | 2 Commentaires »

17-10-2008

Marguerite Duras (1914-1996) : Ecrire

Lu : Ce mot (pur) n’est pas un concept; ni un défaut, ni un vice, ni une qualité. C’est un mot de la solitude. C’est un mot seul, oui c’est ça, un mot très bref, monosyllabique. Seul. C’est sans doute le mot le plus « pur » auprès de quoi et après quoi ses équivalences s’effacent d’elles-mêmes et pour toujours elles sont désormais déplacées, désorientées, flottantes. Folio n° 2754 p. 

Posté par Jean dans Note de lecture | Pas encore de commentaires »

05-05-2008

Merleau-Ponty

Le philosophe Merleau-Ponty pour sa part, estimait que la solitude favorisait l’imaginaire et permettait de grandes découvertes, la poésie, la musique, la danse. Pour lui, la solitude et la communication ne doivent pas être les deux termes d’une alternative mais deux moments d’un seul phénomène.

Posté par Jean dans Note de lecture | Pas encore de commentaires »

11-02-2008

11 février : beau

Note de lecture : Il me semble qu’aimer c’est enrichir (l’autre). Jean de La Varende, L’Homme aux gants de toile, chap. V

L’homme ne travaille presque plus. Il semble atteint par l’universelle langueur, touché lui aussi par la fièvre. Il a maigri ; il s’essouffle. Il reste des heures sur un sommet à suivre le lent décours des nuées, gagné par la suite insensible des minutes. Il parait, épuisé de solitude, avoir de plus en plus besoin des vivants. Il se rapproche même en plein jour, avec des alertes, des fuites, mais qui le ramènent toujours plus près. Il s’aventure même au bord des grand-routes. Le voilà ! il marche, il descend…

Posté par Jean dans Mots d'auteurs, Note de lecture | 1 Commentaire »

18-12-2007

18 décembre : froid

071218saintexupery.jpgLecture : Dans les lettres à sa mère, de Saint-Exupéry, trois sont datées de Besançon. J’aimerais savoir où il était caserné, s’il avait une chambre en ville et quelles traces il y a laissées.

Dans ses lettres du Maroc, il parle de sa solitude intellectuelle et aussi matérielle dans un bourg perdu où il semble être le seul européen.

En parlant de la femme qu’il veut épouser il écrit :  » Il faut qu’elle n’aime que les gens intelligents. « 

Posté par Jean dans Note de lecture | 6 Commentaires »

25-10-2007

25 octobre : soleil

Lu : J’ai besoin de solitude comme d’autres ont besoin de soleil, et peut-être pour les mêmes raisons, pour m’illuminer. Journal de Paris, 12 juin 1966.

Posté par Jean dans Mots d'auteurs, Note de lecture | 1 Commentaire »

14-10-2007

14 octobre : ensoleillé

L’homme est un animal parfaitement seul. La solitude n’est pas l’absence, c’est un état intérieur. Jacques Brel

Lu : Se retirer. Se taire : l’avancée en solitude, loin de dessiner une clôture, ouvre la seule et durable et réelle voie d’accès aux autres, à cette altérité qui est en nous et qui est dans les autres comme l’ombre portée d’un astre, solaire , bienveillant.

C’est dans cet écart de la solitude que fleurissent d’étranges mots secourables, bons, lentement venus, avec la lenteur des lys frêles, cassants, qui restent longtemps avant de s’ouvrir dans un silence d’eau fraîche. C’est dans cet écart que l’amour se joue, qui n’est pas un jeu, qui est aussi un jeu, un tournoi de lumières, une radicalisation imprévisible, imprévue, des lumières, dans le sens et l’espace qui séparent chacun de nous de sa mort. “Souveraineté du vide” Christian Bobin

Posté par Jean dans Mots d'auteurs, Note de lecture | 6 Commentaires »

24-09-2007

24 septembre : beau

070924sol05.jpg

Lu :

Après de nombreuses recherches pour connaître l’histoire de La Réunion, il apparaît d’importantes différences entre les sources. Il n’en reste pas moins que l’on abandonnait sur une île déserte des individus dont on voulait se débarrasser. J’aimerais bien connaître d’autres cas de ce genre.

Posté par Jean dans Note de lecture | Pas encore de commentaires »

23-09-2007

Marguerite Duras (1914-1996) : Ecrire

Jean-Paul Legaré : Un air d’automne

070922unairdautomne.jpg

Lu : La solitude est toujours accompagnée de folie. Je le sais. On ne voit pas la folie. Quelquefois seulement on la pressent. Je ne crois pas qu’il puissent en être autrement. Quand on sort de soi, tout un livre, on est forcément dans l’état particulier d’une certaine solitude qu’on ne peut partager avec personne. On ne peut rien faire partager. On doit lire seule le livre qu’on a écrit, cloîtré dans le livre. ça a évidemment un aspect religieux mais on ne le ressent pas comme tel sur-le-champ, on peut y penser après coup (comme en ce moment je le pense) en raison de quelque chose qui serait la vie, par exemple, ou d’une solution à la vie du livre, de la parole, des cris des hurlements sourds, silencieusement terribles de tous les peuples de la terre. Folio n° 2754, p. 44

Posté par Jean dans Note de lecture | Pas encore de commentaires »

21-09-2007

Marguerite Duras (1914-1996) : Ecrire

Lu : On ne trouve pas la solitude, on la fait. La solitude elle se fait seule. Je l’ai faite. Parce que j’ai décidé que c’était là que je devrais être seule, que je serais seule pour écrire. ça s’est passé ainsi. J’ai été seule dans cette maison. Je m’y suis enfermée – j’avais peur aussi bien sûr. Et puis je l’ai aimée. Cette maison, elle est devenue celle de l’écriture. Mes livres sortent de cette maison. De cette lumière aussi, du parc. De cette lumière réverbérée de l’étang. Il m’a fallu vingt ans pour écrire ça que je viens de dire là. Folio n° 2754 p. 17.

Posté par Jean dans Note de lecture | Pas encore de commentaires »

19-09-2007

19 septembre :

070920unedameecrivantunelettreetsaservante.jpg

Lecture : Le Ravissement de Lol V. Stein et Le Vice-consul, je les ai écrits là-hauts, dans ma chambre, celle aux armoires bleues, hélas maintenant détruites par des jeunes maçons. Quelquefois, j’écrivais ici, à cette table-là du salon.

Cette solitude des premiers livres je l’ai gardée. Je l’ai emmenée avec moi. Mon écriture, je l’ai toujours emmenée avec moi où que j’aille. A Paris. A Trouville. Ou à New-York. C’est à Trouville que j’ai arrêté dans la folie le devenir de Lola Valérie Stein. C’est aussi à Trouville que le nom de Yann André Steiner m’est apparu avec une inoubliable évidence. Il y a un an.

La solitude de l’écriture c’est une solitude sans quoi l’écrit ne se produit pas, ou il s’émiette exsangue de chercher quoi écrire encore. Perd son sang, il n’est plus reconnu par l’auteur. Et avant tout il faut que jamais il ne soit dicté à quelque secrétaire, si habile soit-elle, et jamais à ce stade-là donné lieu à un éditeur. Ecrire, de Marguerite Duras. Folio n° 2754 p. 14

Actualité : La solitude nuit au système immunitaire : L’activité de certains gènes serait modifiée chez les solitaires

Si les personnes qui vivent dans la solitude ont plus de risques que les autres de mourir prématurément et de souffrir de diverses maladies, ce ne serait pas seulement parce qu’elles n’ont pas à leurs côtés des personnes pour s’occuper d’elles. Si l’on en croit les travaux d’une équipe de chercheurs de l’université de Californie Los Angeles (UCLA), la solitude aurait des effets biologiques néfastes sur le système immunitaire.

De nombreuses études épidémiologiques ont montré que les personnes solitaires avaient plus de risque d’infection, d’hypertension artérielle, d’insomnie et de cancer. « Il y a deux théories pour expliquer ce phénomène. La théorie sociale repose sur le fait que lorsque vous êtes malade et entouré, on appellera plus facilement le docteur et on vérifiera que vous prenez bien vos médicaments. La seconde repose sur l’idée que la solitude et l’isolement affectent notre organisme » explique Steve Cole, biologiste moléculaire et auteur de cette nouvelle étude. (Journal de la santé)

 

Posté par Jean dans Note de lecture, Science | Pas encore de commentaires »

18-09-2007

Marguerite Duras (1914-1996) : Ecrire

Lecture : C’est dans une maison qu’on est seul. Et pas, au-dehors d’elle mais au-dedans d’elle. Dans le parc il y a des oiseaux, des chats. Mais aussi une fois, un écureuil, un furet. On n’est pas seul dans un parc. Mais dans la maison, on est si seul qu’on en est égaré quelquefois. C’est 070918neauphle.jpgmaintenant que je sais y être restée dix ans. Seule. Et pour écrire des livres qui m’ont fait savoir, à moi et aux autres, que j’étais l’écrivain que je suis. Comment est-ce que ça s’est passé? Et comment peut-on le dire? Ce que je peux dire c’est que la sorte de solitude de Neauphle a été faite pour moi. Pour moi. Et que c’est seulement dans cette maison que je suis seule. Pour écrire. Pour écrire pas comme je l’avais fait jusque-là. Mais écrire des livres encore inconnus de moi et jamais encore décidés par moi et jamais décidés par personne. Là j’ai écrit Le Ravissement de Lol V. Stein et Le Vice-Consul. Puis d’autres après ceux-là. J’ai compris que j’étais une personne seule avec mon écriture , seule très loin de tout. ça a duré dix ans peut-être, je ne sais plus, j’ai rarement compté le temps passé à écrire ni le temps tout court. J’ai compté le temps passé à attendre Robert Antelme et Marie-Louise ma jeune sœur. Après je n’ai plus rien compté. Folio n° 2754 p. 13-14

 

Posté par Jean dans Note de lecture | 10 Commentaires »

Chawki |
Une autre vision du monde |
Y'en A Marrrrrre |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | rednoize propaganda
| La vie d'une copropriété
| DES BOUTS DE NOUS...