Archives pour la catégorie 'Méditation'

25-12-2007

Omar Khayyam – Quatrains – XIII

Posté par Jean dans Méditation | 1 Commentaire »

18-12-2007

Omar Khayyam – Quatrains – IV

 

Si assuré et ferme que tu sois, ne cause071218grandecolere.jpg
de peine à personne ;
Que personne n’ait à subir le poids de ta colère.
Si le désir est en toi de la paix éternelle,
Souffre seul, sans que l’on puisse, ô victime,
te traiter de bourreau.

Posté par Jean dans Méditation | 2 Commentaires »

06-11-2007

Jiddu Krishnamurti : Sur la solitude (4)

Ce vide, cette vacuité peut-elle être remplie ? Si elle ne peut pas l’être, pouvons-nous la fuir, nous en évader ? Si nous avons tenté une évasion et que nous avons vu qu’elle n’a aucune valeur, ne voyez-vous pas que les autres ne valent pas plus ? Il importe peu que vous remplissiez ce vide avec ceci ou cela. Ce que vous appelez méditaiton est une évasion aussi. Il importe peu que vous modifiez l’itinéraire de votre fuite.

Comment découvrirez-vous la façon de traiter cette solitude ? Vous ne la découvrirez que lorsque vous aurez cessé de fuir. Sitôt que l’on est décicé à affronter ce qui « est » – ce qui veut dire que l’on n’ouvre pas la radio, ce qui veut dire que l’on tourne le dos à la civilisation – cette solitude prend fin parce qu’elle est complètement transformée. Ce n’est plus de la solitude. Si l’on comprend ce qui « est », alors ce qui « est » est le réel. Mais parce que l’esprit ne cesse d’éviter de voir, de refuser de voir, de fuir ce qui « est », il crée ses propres obstacles. Et parce que nous avons érigé tant d’obstacles qui nous empêchent de voir, de comprendre ce qui « est », nous nous éloignons de la réalité. Voir ce qui « est » non seulement requiert une grande vivacité et une lucidité dans l’action, mais veut dire aussi tourner le dos à tout ce que nous avons échafaudé, à notre compte en banque, à notre nom, à tout ce que vous appelez civilisation. Lorsque l’on voit ce qui « est » on voit comment la solitude est transformée. (fin)

Posté par Jean dans Feuilleton, Méditation | 2 Commentaires »

05-11-2007

Jiddu Krishnamurti : Sur la solitude (3)

071105seule.jpg

Avez-vous jamais essayez d’être seul ? Essayez, et vous verrez comme c’est extraordinairement difficile et qu’elle intelligence il faut pour être seul, car notre esprit ne nous permet pas de l’être. Il commence à s’agiter, à s’affairer autour d’évasions possibles. Que sommes-nous donc en train de faire à ce moment-là ? Nous essayons de remplir ce vide extraordinaire avec du connu. Nous apprenons à être actifs et sociables, à étudier, à manipuler la radio. Ainsi nous remplissons cette chose que nous ne connaissons pas – ce vide – avec toutes sortes de connaissances, de contacts ou d’objets. N’est-ce pas ainsi que cela se passe ? C’est cela notre processus ; c’est cela, notre existence. Or, sitôt que vous vous rendez compte de ce que vous faites, pensez-vous pouvoir remplir ce vide ? Vous vous y êtes efforcés par tous les moyens. Y êtes-vous parvenus ? Vous êtes allés au cinéma et cela n’a pas réussi, alors vous allez chez votre gourou ou dans une bibliothèque, ou vous devenez très actifs socialement. Etes-vous parvenus à remplir le vide ou l’avez-vous simplement recouvert ? Si vous l’avez simplement recouvert, il est toujours là et surgira à nouveau. Si vous parvenez à une évasion totale, vous vous retrouvez dans un asile d’aliénés ou vous deviendrez complètement stupides. Et c’est exactement ce qui se produit dans le monde. (à suivre)

Posté par Jean dans Feuilleton, Méditation | 1 Commentaire »

04-11-2007

Jiddu Krishnamurti : Sur la solitude (2)

071104sol01.jpgAbordons ce problème en cherchant à voir ce qui se produit réellement, comment nous nous comportons au juste lorsque nous éprouvons ce sentiment de solitude. Nous essayons de le fuir. Vous poursuiviez votre lecture interrompue, vous allez consulter un sage, vous aller au cinéma, vous vous mettez à peindre, ou bien à écrire un poème sur la solitude. C’est cela qui se produit en fait. Prenant conscience de votre solitude, de la douleur qu’elle comporte, de la peur insondable qui l’accompagne, vous cherchez une évasion, et c’est cette évasion qui devient importante ; par conséquent vos activité, vos connaissances, vos dieux, vos radios deviennent importants aussi. Lorsque vous accordez de l’importance à des valeurs secondaires, elles mènent au chaos, car les valeurs secondaires sont inévitablement sensorielles. Et la civilisation moderne basée sur elles vous offre les évasions que vous cherchez, par le truchement de votre emploi, de votre famille, de votre nom, de vos études, de vos expressions artistiques, etc. Toute notre culture est basée sur ces évasions. Notre civilisation est fondée dessus, c’est un fait. (à suivre)

Posté par Jean dans Feuilleton, Méditation | 1 Commentaire »

03-11-2007

Jiddu Krishnamurti : Sur la solitude (1)

071103sol01.jpgVariation sur la solitude – Georges Chich

Savons-nous ce que veut dire la solitude et en sommes-nous conscients ? J’en doute fort, car nous sommes plongés dans les activités, dans les livres, dans des fréquentations, dans des idées qui nous empêchent de nous rendre compte de notre solitude. Qu’appelons-nous solitude ? Le sentiment d’être vide, de ne rien posséder, d’être extraordinairement incertain, sans racines nulle part. Ce n’est pas du désespoir, ni une désespérance, mais une vacuité et un sens de frustration. Je suis sûr que nous l’avons tous ressenti, ceux d’entre nous qui sont heureux, comme ceux qui sont malheureux, les très, très actifs comme ceux qui s’adonnent à l’étude. Nous connaissons tous cela. C’est le sens d’une douleur inépuisable, d’une douleur que l’on peut étouffer, quelque effort que l’on fasse dans ce sens. (à suivre)

Posté par Jean dans Feuilleton, Méditation | 1 Commentaire »

02-11-2007

Jiddu Krishnamurti : L’état de relation et l’isolement (6)

071105seule02.jpgBenoit Colsenet

http://www.benoitcolsenet-peintures.com/index.html J’aime sa peinture.

Peut-on vivre dans le monde sans volonté de puissance, sans le désir d’occuper une situation, d’avoir une certaine autorité ? On le peut certainement. On le fait lorsqu’on ne s’identifie pas à quelque chose de plus grand que soi. Cette identification avec un parti, ou un pays, ou une race, ou une religion, ou dieu, est une volonté de puissance. Parce que vous, en vous-même, êtes vide, atone, faible, vous aimez vous identifier avec quelque chose de grand. Ce désir est le désir de vous sentir puissant. Lorsque mes relations avec le monde me révèlent tout ce processus de mes désirs et de mes pensées, elles deviennent une source perpétuelle de connaissance de moi-même ; et sans cette connaissance il est bien inutile d’essayer d’établir un ordre extérieur est un système, sur une formule. L’important est de nous comprendre nous-mêmes dans nos rapports avec les autres. Alors les relations ne sont plus un processus d’isolement mais un mouvement par lequel nous découvrons nos mobiles, nos aspirations ; et cette découverte même est le début d’une libération, d’une transformation. (Fin)

Posté par Jean dans Feuilleton, Méditation | Pas encore de commentaires »

01-11-2007

Jiddu Krishnamurti : L’état de relation et l’isolement (5)

Une vie isolée est une chose qui n’existe pas. Aucun pays, aucun peuple, aucun individu ne vit isolé ; et pourtant, parce que vous exercez votre volonté de puissance de tant de façons différentes, vous engendrez l’isolement. Le nationalisme est une malédiction, parce que, par son esprit patriotique, il crée un mur d’isolement. Il est si identifié à son pays qu’il construit un mur autour de lui, contre  » les autres « . Et qu’arrive-t-il alors ? C’est que  » les autres  » ne cessent de cogner contre ce mur. Lorsque vous résister à quelque chose, cette seule résistance indique que vous êtes en conflit avec  » les autres « . Le nationalisme, qui est un processus d’isolement, qui est le résultat de la volonté de puissance, ne peut pas donner la paix au monde. Le nationalisme qui parle de fraternité ment ; il vit dans un état de contradiction. (à suivre)

Posté par Jean dans Feuilleton, Méditation | Pas encore de commentaires »

29-10-2007

L’état de relation et l’isolement (4) – Jiddu Krishnamurti

071029.jpgLe processus d’isolement est celui de la volonté de puissance. Soit que vous recherchiez le pouvoir personnel ou que vous souhaitiez le triomphe de tel groupe racial ou national, il y a forcément isolement. Le simple désir d’occuper une situation est un élément de division. Et, en somme, c’est ce que veut chacun de nous, n’est-ce pas ? Nous voulons une situation importante qui nous permette de dominer, soit dans notre foyer, soit en affaires, soit dans une régime bureaucratique. Chacun cherche à exercer son pouvoir là ou il peut ; et c’est ainsi que nous engendrons une société basée sur la puissance, militaire, économique, industrielle, etc., ce qui, encore, est évident. La volonté de puissance n’est-elle pas, de par sa nature même, un élément de division ? Je pense qu’il est très important de le comprendre, pour l’homme qui veut un monde paisible, un monde sans guerres, sans ces effrayantes destructions, sans ces malheurs catastrophiques à une échelle incommensurable. L’homme bienveillant, l’homme qui a de l’amour en son cœur, n’a pas le sens du pouvoir, et par conséquent n’est attaché à aucune nationalité, à aucun drapeau. Il n’a pas de drapeau. (à suivre)

Posté par Jean dans Feuilleton, Méditation | Pas encore de commentaires »

27-10-2007

L’état de relation et l’isolement (3) – Jiddu Krishnamurti

071027sol01.jpgOr, si nous examinons notre existence, nous voyons que nos rapports avec autrui sont un processus d’isolement. L »autre » ne nous interesse pas. Bien que nous en parlions beaucoup, en fait nous n’avons de rapports avec lui que dans la mesure où ils nous procurent du plaisir, un refuge, une satisfaction. Mais dès qu’un trouble dans ces relations nous dérange, nous les écartons. En d’autres termes, il n’y de relation que tant qu’il y a du plaisir. Cette assertion peut sembler un peu brutale, mais si vous examinez votre vie de près, vous verrez que c’est un fait, et évitez un fait c’est vivre dans l’ignorance, ce qui ne peut produire que des relations fausses. En examinant l’état des relations humaines, nous voyons que ce processus consiste à construire une résistance contre les autres, un mur par-dessus lequel nous regardons et observons les autres ; mais nous conservons toujours le mur et demeurons derrière lui, ce mur étant psychologique, matériel, social, national. Tant que nous vivons isolés derrière le mur, il n’y a pas de relations proprement dite avec autrui ; mais nous vivons enfermés parce que nous pensons que c’est bien agréable, que cela offre bien plus de sécurité qu’autrement. Le monde est si explosif, il comporte tant de souffrances, d’afflictions, de guerres, de destructions, de misères, que nous voulons nous évader et vivre derrière les murs de la sécurité de notre propre être psychologique. Ayant transformé nos relations en processus d’isolement, il est évident que de telles relations construisent une société qui, elle aussi s’isole. C’est exactement ce qui se produit partout dans le monde : vous demeurez dans votre isolement et tendez la main par-dessus le mur en proclamant l’unité nationale, la fraternité ou autre choase ; et, en réalité, les Etats souverains, les armées continuent leur œuvre de division. Vous accrochant à vos limitations, vous pensez pouvoir créer une unité humaine, une paix mondiale, ce qui est impossible. Tant que vous avez une frontière, qu’elle soit nationale, économique, religieuse ou sociale, le fait évident est qu’il ne peut pas y avoir de paix dans le monde.

Posté par Jean dans Feuilleton, Méditation | Pas encore de commentaires »

26-10-2007

L’état de relation et l’isolement (2) – Jiddu Krishnamurti

Le monde de nos relations est le miroir dans lequel nous pouvons nous 071026sol01.jpgdécouvrir. Sans contacts nous ne sommes pas ; être c’est être en éat de relation ; l’état de relation est l’existence même ; nous n’existons que dans nos relations ; autrement nous n’existons pas, le mot existence n’a pas de sens. Ce n’est pas parce que je pense que je suis, que j’entre en existence ; j’existe parce que je suis en état de relation ; et c’est le manque de compréhension de cet état qui engendre les conflits.

Or ce manque de compréhension est dû au fait que nous n’utilisons nos rapports que comme moyen pour nous réaliser, pour nous transformer, pour devenir, tandis qu’ils sont le seul moyen de nous connaître, car les relations ne peuvent qu’ « être » ; elles « sont » existence, sans elles je ne « suis » pas ; pour me comprendre je dois les comprendre, c’est le seul miroir où je puisse me découvrir. Ce miroir, je peux le déformer ou l’admettre tel qu’il « est », reflétant ce qui « est ». Et la plupart d’entre nous n’y voit que ce qu’il veut y voir, non ce qui « est ». Nous préférons idéaliser, fuir, vivre dans le futur, plutôt que comprendre l’état de nos relations dans le présent immédiat.

Posté par Jean dans Feuilleton, Méditation | Pas encore de commentaires »

25-10-2007

L’état de relation et l’isolement (1) – Jiddu Krishnamurti

071025sol01.bmpLa vie est une expérience, l’expérience est une ralation. Il est impossible de vivre isolé ; ainsi la vie est relation, et les contacts sont actions. Et comment pouvons-nous acquérir la capacité de comprendre notre état de relation, qui est la vie ? Etre réellement en état de relation c’est communier avec les hommes et être en intimité avec le monde des objets et des idées. Nos relations expriment la vie dans nos contacts avec les choses, les personnes, les idées. Les comprendre c’est être à même d’aborder la vie d’une façon adéquate, avec plénitude. Notre problème n’est donc pas l’acquisition de capacités – puisque celles-ci ne sont pas indépendantes des relations – mais plutôt la compréhension de l’ensemble de nos relations, car cette perception produira d’une façon naturelle en nous la souplesse et la vivacité qui nous permettrons d’adhérer et de répondre au mouvement rapide de la vie.  

Posté par Jean dans Feuilleton, Méditation | Pas encore de commentaires »

15-08-2007

De la solitude, par Montaigne (chap.39)

07081502.jpgDe la Solitude

Laissons à part cette longue comparaison de la vie solitaire à l’active; et quant à ce beau mot dequoy se couvre l’ambition et l’avarice: Que nous ne sommes pas nez pour nostre particulier, ains pour le publicq, rapportons nous en hardiment à ceux qui sont en la danse; et qu’ils se battent la conscience, si, au rebours, les estats, les charges, et cette tracasserie du monde ne se recherche plutost pour tirer du publicq son profit particulier. Les mauvais moyens par où on s’y pousse en nostre siecle, montrent bien que la fin n’en vaut gueres. Respondons à l’ambition que c’est elle mesme qui nous donne goust de la solitude: car que fuit elle tant que la societé? que cherche elle tant que ses coudées franches? Il y a dequoy bien et mal faire par tout: toutefois, si le mot de Bias est vray, que la pire part c’est la plus grande, ou ce que dit l’Ecclesiastique, que de mille il n’en est pas un bon,

Rari quippe boni: numero vix sunt totidem, quot
Thebarum portae, vel divitis ostia Nili,

la contagion est tres-dangereuse en la presse. Il faut ou imiter les vitieux, ou les haïr. Tous les deux sont dangereux, et de leur ressembler, par ce qu’ils sont beaucoup; et d’en hair beaucoup, parce qu’ils sont dissemblables. Et les marchands qui vont en mer, ont raison de regarder que ceux qui se mettent en mesme vaisseau, ne soyent dissolus, blasphemateurs, meschans: estimant telle société infortunée. Parquoy Bias, plaisamment, à ceux qui passoient aveq luy le danger d’une grande tourmente, et appelloient le secours des dieux: Taisez-vous, feit-il, qu’ils ne sentent point que vous soyez icy avec moy. Et, d’un plus pressant exemple, Albuquerque, Vice-Roy en l’Inde pour le Roy Emanuel de Portugal, en un extreme peril de fortune de mer, print sur ses espaules un jeune garçon, pour cette seule fin, qu’en la societé de leur fortune son innocence luy servist de garant et de recommandation envers la faveur divine, pour le mettre à sauveté. Ce n’est pas que le sage ne puisse par tout vivre content, voire et seul en la foule d’un palais; mais, s’il est à choisir, il en fuira, dit-il, mesmes la veue. Il portera, s’il est besoing, cela; mais, s’il est en luy, il eslira cecy. Il ne luy semble point suffisamment s’estre desfait des vices, s’il faut encores qu’il conteste avec ceux d’autruy.
Charondas chastioit pour mauvais ceux qui estoient convaincus de hanter mauvaise compaignie. Il n’est rien si dissociable et sociable que l’homme: l’un par son vice, l’autre par sa nature. Et Antisthenes ne me semble avoir satisfait à celuy qui luy reprochoit sa conversation avec les meschans, en disant que les medecins vivoient bien entre les malades, car, s’ils servent à la santé des malades, ils deteriorent la leur par la contagion, la veue continuelle et pratique des maladies. Or la fin, ce crois-je, en est tout’une, d’en vivre plus à loisir et à son aise. Mais on n’en cherche pas tousjours bien le chemin. Souvent on pense avoir quitté les affaires, on ne les a que changez. Il n’y a guiere moins de tourment au gouvernement d’une famille que d’un estat entier : où que l’ame soit empeschée, elle y est toute; et, pour estre les occupations domestiques moins importantes, elles n’en sont pas moins importunes. D’avantage, pour nous estre deffaits de la Cour et du marché, nous ne sommes pas deffaits des principaux tourmens de nostre vie,

ratio et prudentia curas,
Non locus effusi latè maris arbiter, aufert.

L’ambition, l’avarice, l’irresolution, la peur et les concupiscences ne nous abandonnent point pour changer de contrée,

Et post equitem sedet atra cura.

Elles nous suivent souvent jusques dans les cloistres et dans les escoles de philosophie. Ny les desers, ny les rochers creusez, ny la here, ny les jeunes ne nous en démeslent :

haeret lateri letalis arundo.

On disoit à Socrates que quelqu’un ne s’estoit aucunement amendé en son voyage: Je croy bien, dit-il, il s’estoit emporté avecques soy.

Quid terras alio calentes
Sole mutamus? patria quis exul
Se quoque fugit?

Si on ne se descharge premierement et son ame, du fais qui la presse, le remuement la fera fouler davantage: comme en un navire les charges empeschent moins, quand elles sont rassises. Vous faictes plus de mal que de bien au malade, de luy faire changer de place. Vous ensachez le mal en le remuant, comme les pals s’enfoncent plus avant et s’affermissent en les branlant et secouant. Parquoy ce n’est pas assez de s’estre escarté du peuple; ce n’est pas assez de changer de place, il se faut escarter des conditions populaires qui sont en nous: il se faut sequestrer et r’avoir de soy.

Rupi jam vincula dicas:
Nam luctata canis nodum arripit; attamen illi,
Cum fugit, à collo trahitur pars longa catenae.

Nous emportons nos fers quand et nous: ce n’est pas une entiere liberté, nous tournons encore la veue vers ce que nous avons laissé, nous en avons la fantasie plaine.

Nisi purgatum est pectus, quae praelia nobis
Atque pericula tunc ingratis insinuandum?
Quantae conscindunt hominem cuppedinis acres
Sollicitum curae, quantique perinde timores?
Quidve superbia, spurcitia, ac petulantia, quantas
Efficiunt clades? quid luxus desidiésque?

Nostre mal nous tient en l’ame: or elle ne se peut échaper à elle mesme,

In culpa est animus qui se non effugit unquam.

Ainsin il la faut ramener et retirer en soy: c’est la vraie solitude, et qui se peut jouïr au milieu des villes et des cours des Roys ; mais elle se jouyt plus commodément à part. Or, puis que nous entreprenons de vivre seuls et de nous passer de compagnie, faisons que nostre contentement despende de nous; desprenons nous de toutes les liaisons qui nous attachent à autruy, gaignons sur nous de pouvoir à bon escient vivre seuls et y vivre à nostr’aise.
Stilpon, estant eschappé de l’embrasement de sa ville, où il avoit perdu femme, enfans et chevance, Démetrius Poliorcetes, le voyant en une si grande ruine de sa patrie le visage non effrayé, luy demanda s’il n’avoit pas eu du dommage. Il respondit que non, et qu’il n’y avoit, Dieu mercy, rien perdu de sien. C’est ce que le philosophe Antisthenes disoit plaisamment: que l’homme se devoit pourveoir de munitions qui flottassent sur l’eau et peussent à nage eschapper avec luy du naufrage. Certes l’homme d’entendement n’a rien perdu, s’il a soy mesme. Quand la ville de Nole fut ruinée par les Barbares, Paulinus, qui en estoit Evésque, y ayant tout perdu, et leur prisonnier, prioit ainsi Dieu :
Seigneur, garde moy de sentir cette perte, car tu sçais qu’ils n’ont encore rien touché de ce qui est à moy.

Les richesses qui le faisoyent riche, et les biens qui le faisoient bon, estoyent encore en leur entier. Voylà que c’est de bien choisir les thresors qui se puissent affranchir de l’injure, et de les cacher en lieu où personne n’aille, et lequel ne puisse estre trahi que par nous mesmes. Il faut avoir femmes, enfans, biens, et sur tout de la santé, qui peut; mais non pas s’y attacher en maniere que nostre heur en despende. Il se faut reserver une arriereboutique toute nostre, toute franche, en laquelle nous establissons nostre vraye liberté et principale retraicte et solitude. En cette-cy faut-il prendre nostre ordinaire entretien de nous à nous mesmes, et si privé que nulle acointance ou communication estrangiere y trouve place; discourir et y rire comme sans femme, sans enfans et sans biens, sans train et sans valetz, afin que, quand l’occasion adviendra de leur perte, il ne nous soit pas nouveau de nous en passer. Nous avons une ame contournable en soy mesme; elle se peut faire compagnie; elle a dequoy assaillir et dequoy defendre, dequoy recevoir et dequoy donner: ne craignons pas en cette solitude nous croupir d’oisiveté ennuyeuse,

in solis sis tibi turba locis.

La vertu, dict Antisthenes, se contente de soy: sans disciplines, sans paroles, sans effects. En nos actions accoustumées, de mille il n’en est pas une qui nous regarde. Celuy que tu vois grimpant contremont les ruines de ce mur, furieux et hors de soy, en bute de tant de harquebuzades ; et cet autre, tout cicatricé, transi et pasle de faim, deliberé de crever plutost que de luy ouvrir la porte, pense tu qu’ils y soyent pour eux? Pour tel, à l’adventure, qu’ils ne virent onques, et qui ne se donne aucune peine de leur faict, plongé cependant en l’oysiveté et aux delices. Cettuy-ci, tout pituiteux, chassieux et crasseux, que tu vois sortir apres minuit d’un estude, penses tu qu’il cherche parmy les livres comme il se rendra plus homme de bien, plus content et plus sage? Nulles nouvelles. Il y mourra, ou il apprendra à la posterité la mesure des vers de Plaute et la vraye orthographe d’un mot Latin. Qui ne contre-change volontiers la santé, le repos et la vie à la reputation et à la gloire, la plus inutile, vaine et fauce monnoye qui soit en nostre usage? Nostre mort ne nous faisoit pas assez de peur, chargeons nous encores de celle de nos femmes, de nos enfans et de nos gens. Nos affaires ne nous donnoyent pas assez de peine, prenons encores à nous tourmenter et rompre la teste de ceux de nos voisins et amis.

Vah’quemquamne hominem in animum instituere, aut
Parare, quod sit charius quam ipse est sibi?

La solitude me semble avoir plus d’apparence et de raison à ceux qui ont donné au monde leur age plus actif et fleurissant, suivant l’exemple de Thales. C’est assez vescu pour autruy, vivons pour nous au moins ce bout de vie. Ramenons à nous et à nostre aise nos pensées et nos intentions. Ce n’est pas une legiere partie que de faire seurement sa retraicte; elle nous empesche assez sans y mesler d’autres entreprinses. Puis que Dieu nous donne loisir de disposer de nostre deslogement, preparons nous y; plions bagage; prenons de bon’heure congé de la compaignie; despetrons nous de ces violentes prinses qui nous engagent ailleurs et esloignent de nous. Il faut desnouer ces obligations si fortes, et meshuy aymer ce-cy et cela, mais n’espouser rien que soy. C’est à dire: le reste soit à nous, mais non pas joint et colé en façon qu’on ne le puisse desprendre sans nous escorcher et arracher ensemble quelque piece du nostre. La plus grande chose du monde, c’est de sçavoir estre à soy. Il est temps de nous desnouer de la societé, puis que nous n’y pouvons rien apporter. Et, qui ne peut prester, qu’il se defende d’emprunter. Noz forces nous faillent; retirons les et resserrons en nous. Qui peut renverser et confondre en soy les offices de l’amitié et de la compagnie, qu’il le face. En cette cheute, qui le rend inutile, poisant et importun aux autres, qu’il se garde d’estre importun à soy mesme, et poisant, et inutile. Qu’il se flatte et caresse, et surtout se regente ; respectant et craignant sa raison et sa conscience, si qu’il ne puisse sans honte broncher en leur presence.

Rarum est enim ut satis se quisque vereatur.


Socrates dict que les jeunes se doivent faire instruire, les hommes s’exercer à bien faire, les vieils se retirer de toute occupation civile et militaire, vivants à leur discretion, sans obligation à nul certain office.
Il y a des complexions plus propres à ces preceptes de la retraite les unes que les autres. Celles qui ont l’apprehension molle et làche, et un’affection et volonté delicate, et qui ne s’asservit ny s’employe pas aysément, desquels je suis et par naturelle condition et par discours, ils se plieront mieux à ce conseil que les ames actives et occupées qui embrassent tout et s’engagent par tout, qui se passionnent de toutes choses, qui s’offrent, qui se presentent et qui se donnent à toutes occasions.
Il se faut servir de ces commoditez accidentales et hors de nous, en tant qu’elles nous sont plaisantes, mais sans en faire nostre principal fondement: ce ne l’est pas; ny la raison ny la nature ne le veulent. Pourquoy contre ses loix asservirons nous nostre contentement à la puissance d’autruy? D’anticiper aussi les accidens de fortune, se priver des commoditez qui nous sont en main, comme plusieurs ont faict par devotion et quelques philosophes par discours, se servir soy-mesmes, coucher sur la dure, se crever les yeux, jetter ses richesses emmy la riviere, rechercher la douleur (ceux là pour, par le tourment de cette vie, en acquerir la beatitude d’un’autre; ceux-cy pour, s’estant logez en la plus basse marche, se mettre en seurté de nouvelle cheute), c’est l’action d’une vertu excessive. Les natures plus roides et plus fortes facent leur cachete mesmes glorieuse et exemplaire:

tuta et parvula laudo,
Cum res deficiunt, satis inter vilia fortis:
Verùm ubi quid melius contingit et unctius, idem
Hos sapere, et solos aio benè vivere, quorum
Conspicitur nitidis fundata pecunia villis.

Il y a pour moy assez affaire sans aller si avant. Il me suffit, sous la faveur de la fortune, me preparer à sa défaveur, et me representer, estant à mon aise, le mal advenir, autant que l’imagination y peut attaindre: tout ainsi que nous nous accoustumons aux joutes et tournois, et contrefaisons la guerre en pleine paix. Je n’estime point Arcesilaus le philosophe moins reformé, pour le sçavoir avoir usé d’ustensiles d’or et d’argent, selon que la condition de sa fortune le luy permettoit; et l’estime mieux que s’il s’en fust demis, de ce qu’il en usoit modereement et liberalement. Je voy jusques à quels limites va la necessité naturelle; et, considerant le pauvre mendiant à ma porte souvent plus enjoué et plus sain que moy, je me plante en sa place, j’essaye de chausser mon ame à son biaiz. Et, courant ainsi par les autres exemples, quoy que je pense la mort, la pauvreté, le mespris et la maladie à mes talons, je me resous aisément de n’entrer en effroy de ce qu’un moindre que moy prend avec telle patience. Et ne puis croire que la bassesse de l’entendement puisse plus que la vigueur; ou que les effects du discours ne puissent arriver aux effects de l’accoustumance. Et, connoissant combien ces commoditez accessoires tiennent à peu, je ne laisse pas, en pleine jouyssance, de supplier Dieu, pour ma souveraine requeste, qu’il me rende content de moy-mesme et des biens qui naissent de moy. Je voy des jeunes hommes gaillards, qui ne laissent pas de porter dans leurs coffres une masse de pillules pour s’en servir quand le rheume les pressera, lequel ils craignent d’autant moins qu’ils en pensent avoir le remede en main. Ainsi faut il faire: et encore, si on se sent subject à quelque maladie plus forte, se garnir de ces medicamens qui assopissent et endorment la partie. L’occupation qu’il faut choisir à une telle vie, ce doit estre une occupation non penible ny ennuyeuse; autrement pour neant ferions nous estat d’y estre venuz chercher le sejour. Cela depend du goust particulier d’un chacun: le mien ne s’accommode aucunement au ménage. Ceux qui l’aiment, ils s’y doivent adonner avec moderation,

Conentur sibi res, non se submittere rebus.

C’est autrement un office servile que la mesnagerie, comme le nomme
Saluste. Ell’a des parties plus excusables, comme le soing des jardinages, que Xenophon attribue à Cyrus ; et se peut trouver un moyen entre ce bas et vile soing, tandu et plein de solicitude, qu’on voit aux hommes qui s’y plongent du tout, et cette profonde et extreme nonchalance laissant tout aller à l’abandon, qu’on voit en d’autres,


Democriti pecus edit agellos
Cultaque, dum peregre est animus sine corpore velox.

Mais oyons le conseil que donne le jeune Pline à Cornelius Rufus, son amy, sur ce propos de la solitude: Je te conseille, en cette pleine et grasse retraicte, où tu es, de quiter à tes gens ce bas et abject soing du mesnage, et t’adonner à l’estude des lettres, pour en tirer quelque chose qui soit toute tienne. Il entend la reputation: d’une pareille humeur à celle de Cicero, qui dict vouloir employer sa solitude et sejour des affaires publiques à s’en acquerir par ses escris une vie immortelle:

usque adeo ne
Scire tuum nihil est, nisi te scire hoc sciat alter?


Il semble que ce soit raison, puis qu’on parle de se retirer du monde, qu’on regarde hors de luy: ceux-cy ne le font qu’à demy. Ils dressent bien leur partie, pour quand ils n’y seront plus: mais le fruit de leur dessein, ils pretendent le tirer encore lors du monde, absens, par une ridicule contradiction. L’imagination de ceux qui, par devotion, recherchent la solitude, remplissant leur courage de la certitude des promesses divines en l’autre vie, est bien plus sainement assortie. Ils se proposent Dieu, object infini et en bonté et en puissance : l’ame a dequoy y ressasier ses desirs en toute liberté. Les afflictions, les douleurs leur viennent à profit, employées à l’acquest d’une santé et resjouyssance eternelle: la mort, à souhait, passage à un si parfait estat. L’aspreté de leurs regles est incontinent applanie par l’accoustumance; et les appetits charnels, rebutez et endormis par leur refus, car rien ne les entretient que l’usage et exercice. Cette seule fin d’une autre vie heureusement immortelle, merite loyalement que nous abandonnons les commoditez et douceurs de cette vie nostre. Et qui peut embraser son ame de l’ardeur de cette vive foy et esperance, reellement et constamment, il se bastit en la solitude une vie voluptueuse et delicate au delà de toute autre forme de vie.
Ny la fin donc, ny le moyen de ce conseil ne me contente: nous retombons tous-jours de fievre en chaud mal. Cette occupation des livres est aussi penible que toute autre, et autant ennemie de la santé, qui doit estre principalement considerée. Et ne se faut point laisser endormir au plaisir qu’on y prend: c’est ce mesme plaisir qui perd le mesnagier, l’avaricieux, le voluptueux et l’ambitieux. Les sages nous apprennent assez à nous garder de la trahison de nos appetits, et à discerner les vrays plaisirs, et entiers, des plaisirs meslez et bigarrez de plus de peine. Car la pluspart des plaisirs, disent ils, nous chatouillent et embrassent pour nous estrangler, comme faisoyent les larrons que les
Aegyptiens appelloient Philistas. Et, si la douleur de teste nous venoit avant l’yvresse, nous nous garderions de trop boire. Mais la volupté, pour nous tromper, marche devant et nous cache sa suite. Les livres sont plaisans; mais, si de leur frequentation nous en perdons en fin la gayeté et la santé, nos meilleures pieces, quittons les. Je suis de ceux qui pensent leur fruict ne pouvoir contrepoiser cette perte. Comme les hommes qui se sentent de long temps affoiblis par quelque indisposition, se rengent à la fin à la mercy de la medecine, et se font desseigner par art certaines regles de vivre pour ne les plus outrepasser: aussi celuy qui se retire, ennuié et dégousté de la vie commune, doit former cette-cy aux regles de la raison l’ordonner et renger par
premeditation et discours. Il doit avoir prins congé de toute espece de travail, quelque visage qu’il porte; et fuïr en general les passions qui empeschent la tranquillité du corps et de l’ame, et choisir la route qui est plus selon son humeur,

Unusquisque sua noverit ire via.

Au menage, à l’estude, à la chasse et tout autre exercice, il faut donner jusques aux derniers limites du plaisir, et garder de s’engager plus avant, où la peine commence à se mesler parmy. Il faut reserver d’embesoignement et d’occupation autant seulement qu’il en est besoing pour nous tenir en haleine, et pour nous garantir des incommoditez que tire apres soy l’autre extremité d’une lache oysiveté et assopie. Il y a des sciences steriles et épineuses, et la plus part forgées pour la presse: il les faut laisser à ceux qui sont au service du monde. Je n’ayme, pour moy, que des livres ou plaisans et faciles, qui me chatouillent, ou ceux qui me consolent et conseillent à regler ma vie et ma mort:

tacitum sylvas inter reptare salubres,
Curantem quidquid dignum sapiente bonoque est.

Les gens plus sages peuvent se forger un repos tout spirituel, ayant l’ame forte et vigoureuse. Moy qui l’ay commune, il faut que j’ayde à me soutenir par les commoditez corporelles; et, l’aage m’ayant tantost desrobé celles qui estoyent plus à ma fantasie, j’instruis et aiguise mon appetit à celles qui restent plus sortables à cette autre saison. Il faut retenir à tout nos dents et nos griffes l’usage des plaisirs de la vie, que nos ans nous arrachent des poingts, les uns apres les autres :

carpamus dulcia; nostrum est
Quod vivis: cinis et manes et fabula fies.

Or, quant à la fin que Pline et Cicero nous proposent, de la gloire, c’est bien loing de mon compte. La plus contraire humeur à la retraicte, c’est l’ambition. La gloire et le repos sont choses qui ne peuvent loge en mesme giste. A ce que je voy, ceux-cy n’ont que les bras et les jambes hors de la presse; leur ame, leur intention y demeure engagée plus que jamais :

Tun’, vetule, auriculis alienis colligis escas?

Ils se sont seulement reculez pour mieux sauter, et pour, d’un plus fort mouvement, faire une plus vive faucée dans la trouppe. Vous plaist-il voir comme ils tirent court? d’un grain? Mettons au contrepois l’advis de deux philosophes, et de deux sectes tres differentes, escrivans, l’un à Idomeneus, l’autre à Lucilius, leurs amis, pour, du maniement des affaires et des grandeurs, les retirer à la solitude. Vous avez (disent-ils) vescu nageant et flotant jusques à present, venez vous en mourir au port. Vous avez donné le reste de vostre vie à la lumiere, donnez cecy à l’ombre. Il est impossible de quitter les occupations, si vous n’en quittez le fruit: à cette cause, défaites vous de tout soing de nom et de gloire. Il est dangier que la lueur de vos actions passées ne vous esclaire que trop, et vous suive jusques dans vostre taniere. Quitez avecq les autres voluptez celle qui vient de l’approbation d’autruy; et, quant à vostre science et suffisance, ne vous chaille, elle ne perdra pas son effect, si vous en valez mieux vous mesme. Souvienne vous de celuy à qui, comme on demandast à quoy faire il se pénoit si fort en un art qui ne pouvoit venir à la cognoissance de guiere de gens: J’en ay assez de peu, respondit-il, j’en ay assez d’un, j’en ay assez de pas un. Il disoit vray: vous et un compagnon estes assez suffisant theatre l’un à l’autre, ou vous à vous-mesmes. Que le peuple vous soit un, et un vous soit tout le peuple. C’est une lasche ambition de vouloir tirer gloire de son oysiveté et de sa cachette. Il faut faire comme les animaux qui effacent la trace, à la porte de leur taniere. Ce n’est plus ce qu’il vous faut chercher, que le monde parle de vous, mais comme il faut que vous parliez à vous mesmes. Retirez vous en vous, mais preparez vous premierement de vous y recevoir: ce seroit folie de vous fier à vous mesmes, si vous ne vous sçavez gouverner. Il y a moyen de faillir en la solitude comme en la compagnie. Jusques à ce que vous vous soiez rendu tel, devant qui vous n’osiez clocher, et jusques à ce que vous ayez honte et respect de vous mesmes, observentur species honestae animo, presentez vous tousjours en l’imagination Caton, Phocion et Aristides, en la presence desquels les fols mesmes cacheroient leurs fautes, et establissez les contrerolleurs de toutes vos intentions : si elles se detraquent, leur reverence les remettra en train. Ils vous contiendront en cette voie de vous contenter de vous mesmes, de n’emprunter rien que de vous, d’arrester et fermir vostre ame en certaines et limitées cogitations où elle se puisse plaire; et ayant entendu les vrays biens, desquels on jouit à mesure qu’on les entend, s’en contenter, sans desir de prolongement de vie ny de nom. Voylà le conseil de la vraye et naifve philosophie, non d’une philosophie ostentatrice et parliere, comme est celle des deux premiers.

Posté par Jean dans Méditation | Pas encore de commentaires »

12-08-2007

Khalil Gibran : De la vie

070812ile.jpg

La Vie est comme une île perdue dans l’océan de la solitude, une île dont les rochers seraient nos espérances, et les arbres nos rêves, dont les fleurs seraient notre solitude et les ruisseaux nos aspirations.
Votre Vie, ami, est une île séparée de toutes les autres îles et régions. Quel que soit le nombre de bateaux qui quittent vos rivages pour d’autres pays, quel que soit le nombre de flottes qui y accostent, vous serez à jamais une île séparée, souffrant les affres de la solitude et aspirant au bonheur. Les autres hommes ne vous connaissent point et ils sont loin de compatir à votre solitude ou de vous comprendre.
Je t’ai aperçu mon frère quand, assis sur ton monticule d’or, tu te réjouissais de tes richesses.
Tu étais fier de tes trésors et ancré dans la conviction que chaque poignée d’or amassée tisserait un lien invisible entre les désirs et les pensées d’autrui et les tiens propres.
Dans mon imagination tu apparaissais en grand conquérant, conduisant ses troupes à l’assaut des forteresses de l’ennemi.
Mais quand à nouveau je regardai, je ne vis plus qu’un cœur solitaire se languissant derrière ses coffres d’or, qu’un oiseau affamé dans une cage dorée à la mangeoire vide.
Mon frère, je t’ai vu alors que tu étais assis sur le trône de la gloire.
Tout autour, le peuple t’acclamait comme sa majesté.
Il chantait les louanges de tes actes et magnifiait ta sagesse.
Les yeux étaient fixés sur toi comme sur un prophète et les chants des esprits réjouis montaient jusqu’à la voûte céleste.
Lorsque tu regardais tes sujets, je distinguais dans ton regard les signes du bonheur, de la puissance et du triomphe, tu paraissais être l’âme de leur corps.
Mais, quand à nouveau je regardai, tu étais seul dans ta solitude.
Debout près de ton trône, tu te tournais dans toutes les directions, les bras tendus, comme un exilé qui demanderait grâce et miséricorde à d’invisibles fantômes ou qui mendierait un abri, ne serait-ce que celui pouvant offrir chaleur et amitié.
Mon frère, je t’ai vu aimer une femme merveilleusement belle et poser ton cœur sur l’autel de sa beauté.
Quand je la vis te regarder, les yeux empreints de tendresse et d’amour maternel, je me dis: « Puisse vivre longtemps l’amour qui a chassé la solitude du cœur de cet homme et l’a uni à un autre coeur. »
Hélas, quand à nouveau je regardai, dans ton cœur aimant la solitude était enclose !
Il révélait tout haut ses secrets à la femme aimée, en vain.
Car, derrière ton âme pleine d’amour, je distinguai une autre âme solitaire.
Elle ressemblait à un nuage errant que tu eusses voulu transformer en larmes coulant dans les yeux de ta bien-aimée…
Mon frère, ta vie est comme une maison isolée, loin de toute demeure humaine.
Une maison où aucun regard étranger ne peut pénétrer.
Si elle était privée de lumière, la lampe e ton voisin ne pourrait l’éclairer.
Si elle était sans vivres, les garde-manger de tes voisins ne pourraient lui en procurer.
Si elle s’élevait dans le désert, tu ne pourrais la transporter dans le jardin d’autres hommes, labouré et cultivé par d’autres mains.
Si elle était construite au sommet d’une montagne, tu ne pourrais la descendre dans la vallée, parcourue par le pas d’autres hommes.
Mon frère, la vie de l’esprit s’écoule dans la solitude, et n’y aurait-il cette solitude et cet isolement, tu ne serais point ce que tu es, ni moi ce que je suis.
Sans cet isolement et cette solitude, j’arriverais à croire en entendant ta voix que c’est ma voix qui parle, ou en voyant ton visage que c’est le reflet de moi-même dans un miroir.

Posté par Jean dans Méditation | 5 Commentaires »

Chawki |
Une autre vision du monde |
Y'en A Marrrrrre |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | rednoize propaganda
| La vie d'une copropriété
| DES BOUTS DE NOUS...