Archives pour la catégorie 'Prisonniers de la solitude'

10-05-2011

T. C. Boyle : L’Enfant sauvage

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Un soir d’automne en 1797, des chasseurs capturent un garçon errant, nu, sale et hirsute, dans une forêt du Languedoc. Tout le pays est en émoi, fasciné par la découverte de ce « prodige », qui semble aussi dépourvu d’âme et de raison qu’une bête. Qui est cet « enfant sauvage », vivant défi au siècle des Lumières ?
Traîné d’orphelinats en salons mondains tel un monstre de foire, il sera bientôt abandonné par ses tuteurs à son incurable sauvagerie. Seul le jeune docteur Itard, de l’Institution des sourds et muets à Paris, s’entête à croire que de cet « animal » il saura faire un homme. Des années durant, l’enfant sauvage, rebaptisé Victor, va subir l’apprentissage de la civilisation sous la férule de son maître.
Dans ce bref et intense récit, l’un des plus flamboyants écrivains américains s’empare de la célèbre histoire de Victor de l’Aveyron. Une magistrale leçon de littérature.

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07-09-2010

Natascha Kampusch : 3096 Tage

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Mercredi a paru en Autriche, « 3096 Tage  » (3096 jours), livre dans lequel, Natascha aidée de deux journalistes raconte son enlèvement et son calvaire. Elle a été enfermée dans une cave de 6 m², affamée, battue jusqu’à 200 fois par semaine, les cheveux rasés, abusée… Son tortionnaire l’appelait : Bibiane. Admirateur d’Hitler il voulait en faire son esclave. Le Livre paraitra chez JC Lattès le 3 novembre.

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23 août 2009

23 août 2007 

 

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02-08-2010

Enfants du placard

  1. 1835: Apparition de Kaspar Hauser.
  2. 1931 : Edith Riley.
  3. 1938: Anna de Pennesylvanie et Isabelle de l’Ohio.
  4. 1963 : Yves Cheneau, de Saint-Brévin.
  5. 1970-11-4 : Génie Curtiss, jeune fille de 13 ans, découverte à Los Angelèes, enfermée et maltraitée durant 10 ans par un père handicapé mental. Genie allait tout juste commencer à parler à 20 mois, quand un médecin annonça à sa famille qu’elle semblait un peu lente, probablement mentalement retardée. Le père de Genie interpréta cet avis à l’extrême et, la croyant profondément retardée, lui fit subir un sévère isolement et un mal-traitement rituel, afin « de la protéger ». Harnachée nue sur une chaise percée le jour, ficelée dans un sac de contention la nuit, affamée quelquefois, elle était battue par son père si elle essayait d’attirer l’attention.. La date de naissance de Gennie coïncide avec la date de publication des Syntatic Structures par Noam Chomsky qui professait à nouveau la nature innée du langage. On ne pouvait rêver d’un être sorti d’un univers plus inimaginable pour tomber dans les bras de la science. Elle allait devenir l’enjeu de la confirmation ou de la réfutation des théories de Chomsky et une véritable aubaine pour la neurologie. Elle constituait un exemple exceptionnel de communication non-verbale. Allait-elle être capable d’un développement linguistique complet traversant les phases canoniques décrites par les spécialistes? Existait-il une date limite à l’apprentissage du langage ? Gennie allait-elle être capable de formuler des événements vécus antérieurement à l’inclusion des mots dans son monde ? En avait-elle gardé la mémoire ? Les fonctions cérébrales de l’enfant étaient-elles équilibrées ? Quel effet avait l’expérience vécue sur le développement et le comportement du cerveau ? Dans quelle mesure l’intelligence a-t-elle besoin des liens affectifs pour se déployer ? Elle est, comme Victor, le prototype de l’enfant qui émerge à point nommé pour les tests, les études et les rivalités savantes. A un autre moment, elle aurait sans doute glissé de l’oubli à l’oubli après un bref passage sous les flashs de la presse.Pendant plus d’une décennie elle fut complètement cloîtrée, laissée seule dans une pièce, sans aucune forme d’échange.Découverte à l’âge de 13 ans, elle n’émettait aucun son. Genie devint rapidement un sujet d’étude, notamment pour découvrir s’il existe un âge limite pour l’apprentissage du langage. Placée dans une maison d’accueil spécialisée, elle développa sa motricité fine, apprit à parler (quelques phrases élémentaires) et à pratiquer le langage des signes. En dépit d’une éducation intensive, Genie ne progressa guère. 1 an après sa libération : à l’âge de 14 ans, son langage correspondait à celui d’un enfant «normal» de 18-20 mois.

  6. 1984-2008 : Elizabeth Fritzl et ses enfants.
  7. 1988 : Horst Weiner, de Dûsseldorf.
  8. 1998-2006 : Natasha Kampusch
  9. septembre 1999 : Découverte de Norco, Californie. Enchainée à un lit depuis 5 ans, une fillette de 6 ans.

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28-08-2009

Jaycee Lee Dugard

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23-08-2009

Natascha Kampusch

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Trois ans après s’être échappée du réduit souterrain où son ravisseur l’avait séquestrée pendant huit ans, Natascha Kampusch attire toujours l’attention des médias qui font état de nouveaux soupçons sur d’éventuels complices de ce kidnapping.

L’histoire de la jeune Autrichienne, enlevée le 2 mars 1998 à l’âge de 10 ans alors qu’elle se rendait à l’école dans la banlieue de Vienne et qui s’était libérée elle-même le 23 août 2006, a fait le tour du monde.

Son ravisseur, Wolfgang Priklopil, agent immobilier de 44 ans, s’est suicidé en se jetant sous un train, le soir même de la fuite de Natascha.

Elle sortait de huit années de séquestration dans le sous-sol d’un pavillon de Strasshof, à 25 kilomètres de la capitale autrichienne, où son ravisseur lui avait aménagé une pièce de 5 m2 et avec pour seul contact avec l’extérieur un poste de télévision.

Chouchou des médias dans les mois suivants son extraordinaire cavale – rendue possible grâce à un moment d’inattention de son ravisseur -, sa première interview télévisée avait été diffusée par plus de 120 chaînes dans le monde. Natascha Kampusch avait aussi brièvement animé une émission d’entretiens avec des personnalités sur une chaîne autrichienne câblée.

Depuis plusieurs mois cependant, elle se faisait plus discrète et insistait sur son droit à la vie privée.

Mais récemment, la commission d’enquête, constituée en février 2008 pour vérifier d’éventuelles erreurs ou négligences policières lors des investigations sur l’enlèvement, suggérait qu’il pourrait y avoir eu plusieurs ravisseurs.

Une fillette de 12 ans, témoin de l’enlèvement avait déjà dit en 1998 avoir vu deux hommes dans la camionnette blanche dans laquelle Natascha Kampusch avait été enlevée. Cet élément, négligé apparemment par les enquêteurs dans les semaines qui avaient suivi la réapparition de la victime, avait conduit la ministre de l’Intérieur à mettre en place cette commission d’enquête.

Kampusch elle-même a toujours défendu la thèse du ravisseur unique et a refusé de parler en public de ses relations avec lui pendant sa détention.

Le président de la commission, l’ex-président de la Cour constitutionnelle Ludwig Adamovich, a fait sensation récemment en déclarant au tabloïd Kronen Zeitung: « Il est concevable que sa période de captivité était meilleure que ce qu’elle avait vécu jusque là » ajoutant que la mère de la victime, Brigitta Sirny, « n’était pas une mère particulièrement affective ».

Mme Sirny a immédiatement annoncé qu’elle portait plainte contre lui.

Un autre membre de la commission, l’ex-président de la Cour suprême Johann Rzeszut, est encore allé plus loin dans un courriel au quotidien populaire Österreich en affirmant que la vie de Kampusch pourrait être en danger si Priklopil avait effectivement eu un complice.

« Nous ne craignons rien de plus que de lire un jour dans les journaux : +Natascha Kampusch victime d’un accident mortel+ », a-t-il écrit.

Même si la commission a pris soin de toujours parler d’hypothèses nécessitant des compléments d’enquête, elle fait passer la victime pour un suspect, estiment les avocats de la jeune femme, aujourd’hui âgée de 21 ans.

Kampusch vit maintenant dans son propre appartement à Vienne et rattrape son baccalauréat. Elle a hérité de la maison de Priklopil à Strasshof ainsi que de sa voiture. Plusieurs experts ont laissé entendre qu’elle pouvait souffrir du syndrome de Stockholm, selon lequel les victimes d’enlèvement finissent par développer de la sympathie pour leur ravisseur.

Dans une interview à la radio allemande NDR diffusée jeudi, elle s’est plainte de ne toujours pas pouvoir se sentir libre : « je dois constamment me défendre et justifier ma façon d’être et cela exige beaucoup d’énergie. Personne ne me laisse être moi-même » ajoutant ensuite « le ravisseur lui, m’a laissé être moi-même, d’une certaine manière ».

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30-04-2009

Sylvie Briet : Les Robinsons noirs

Un îlot perdu au milieu de l’océan Indien dont le voisin le plus proche est Madagascar, à 500 km de là…

Au XVIIIe siècle, un navire s’y échoue et les survivants vont jouer les Robinson pendant quinze ans !

L’archéologie vient compléter les morceaux d’une histoire extraordinaire car ces survivants étaient des esclaves malgaches embarqués illégalement par un équipage français.

Pour la première fois, l’épave et les restes du campement ont été fouillés par une équipe qui revient de l’île.

Le 17 novembre 1760, l’Utile, navire de la compagnie française des Indes, est armé à Bayonne. Il se rend à Madagascar pour y chercher des provisions, riz, boeuf, etc.

Il lui est interdit de ramener des esclaves mais le commandant passe outre et charge entre 100 et 200 esclaves.

L’Utile n’arrivera jamais à destination, l’île de France (aujourd’hui île Maurice). Il s’échoue sur l’île de Tromelin, jadis connue sous le nom d’île de Sable, et à l’époque mal positionnée sur les cartes : 1 500 mètres de long sur 700 mètres de large ; pas de végétation car elle se trouve sur le chemin des cyclones et les arbres n’y résistent pas.

Sur cet îlot, se retrouvent 122 membres d’équipage français et 88 Malgaches. Marc Guérout, leader de l’expédition, a retrouvé aux archives de Lorient les notes de l’écrivain de bord avec deux cartes de l’île.

Il mentionne que beaucoup d’esclaves n’ont pu sortir du bateau et sont morts durant le naufrage «parce que les panneaux étaient cloutés». Il raconte également que les rescapés ont trouvé de l’eau au bout de trois jours, ce qui leur a permis de survivre.

Au bout de deux mois, les marins Français, qui ont construit un bateau de fortune, reprennent la mer en laissant sur place les esclaves à qui ils promettent de revenir avec des secours.

Ils arrivent sur l’île de France mais le gouverneur refuse d’organiser le sauvetage. L’écrivain Bernardin de Saint-Pierre qui se trouvait là s’élève contre cette décision, d’autres voix le rejoignent, en vain. Les esclaves sont oubliés.

Pourtant durant quinze ans, les Malgaches vont survivre sur ce bout de caillou traversé par les vents. Ce n’est qu’en 1776 qu’ils sont repérés. L’îlot est très difficile à atteindre, trois bateaux ne parviennent pas à accoster, le quatrième, celui du chevalier de Tromelin, qui donne son nom à l’île, réussit. Il ramène à l’île de France huit survivants, sept femmes et un bébé de huit mois.

Dans le cadre de l’année internationale de commémoration de la lutte contre l’esclavage, sous le patronage de l’Unesco, Max Guérout, ancien officier de marine, créateur d’un groupe de recherche en archéologie navale (Gran) a monté son expédition pour retrouver les traces du séjour des naufragés.

L’équipe a travaillé sur l’île du 10 octobre au 9 novembre 2006. Aujourd’hui, Tromelin, revendiquée par Maurice et Madagascar, est rattaché aux Terres australes et antarctiques françaises (TAAF).

Il est habité par une station météo, ses quatre météorologues et des tortues qu’ils comptent tous les matins, ce qui occupe. A l’arrivée des dix membres de l’expédition, l’îlot a frôlé la surpopulation. Particularité, il s’agissait à la fois de fouilles sous-marines et terrestres : 120 plongées «sous déferlante», par petit fond mais dans des conditions difficiles à cause des vents, permettent de repérer les ancres, les canons…

La fouille de l’épave n’a cependant pas appris grand-chose de nouveau. Sur terre, les archéologues découvrent en revanche le four utilisé par les naufragés et des vestiges de l’habitat conservés sous 60 à 80 cm de sable. Ils montrent comment ces naufragés ont essayé «avec ordre et méthode de survivre», note Max Guérout.

«Des structures de pierre bien construites, en dur à cause des cyclones, ne donnent pas l’impression d’avoir des gens écrasés par le sort. Ils ont utilisé des récipients de cuisine en cuivre récupérés de l’épave et rafistolés huit fois pour certains…»

Les femmes rescapées ont raconté qu’elles avaient entretenu le feu durant les quinze ans, et qu’elles s’habillaient de pagnes en plumes d’oiseaux. Coquillages. Les survivants se nourrissaient de petits oiseaux et de tortues, «il n’existe plus aujourd’hui d’oiseaux d’aussi petite taille, soit ils ont disparu de l’île, soit les Malgaches mangeaient des très jeunes plus faciles à attraper», explique Thomas Romon, archéologue de l’Inrap, membre de l’équipe, qui travaille en Guadeloupe habituellement, et connaît la période coloniale.

S’y ajoutent quelques coquillages et très peu de poissons car il était trop difficile de pêcher dans cette mer. L’expédition de l’automne dernier a été un peu frustrante pour les chercheurs qui espéraient trouver les sépultures des esclaves morts durant les quinze années.

«Nous y retournerons avec un matériel plus adapté à cette recherche, notamment des petites foreuses, et je pense que nous les trouverons», note Thomas Romon. Une autre expédition est prévue pour 2008.

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15-06-2008

Maria Monaco : séquestrée 18 ans

Vendredi 13 juin les carabiniers ont libéré, à Santa Maria Capua Vetere, village de Campanie, près de Naples (Italie), une femme de 47 ans qui a été séquestrée 18 ans durant par sa famille dans une des pièces de la maison.

La police aurait reçu une plainte d’un voisin se plaignant de la puanteur se dégageant de cette pièce.

Maria aurait été ainsi punie pour avoir eu un fils hors mariage. Elle vivait dans un état de saleté indescriptible.

La télévision a diffusé des images montrant sa chambre, qui contenait un lit avec des draps souillés, des toilettes et un évier sales, ainsi que des bouteilles d’eau et des bols dans lesquels les membres de sa famille apportaient à boire et à manger à la femme.

Elle a été hospitalisée à Naples pour y subir des examens mentaux.

Sa sœur Micheline (51 ans) – institutrice d’école maternelle – et son frère Prisco (45 ans) – ouvrier agricole – sont en garde à vue et Anna Rosa Golino leur mère (80 ans) assignée à résidence.

Son fils de 17 ans qu’elle a eu en 1990 a été confié à un oncle. La police recherche le père.

Reste à déterminer si les troubles psychiques de Maria sont antérieurs à sa grossesse, la connaissance qu’avaient les autorités sanitaires de son état, puisqu’une pension lui était versée. Par ailleurs la rumeur publique prétend que tout le village connaissait l’histoire de Maria.

Celle-ci ne veut plus retourner dans sa maison. Cette histoire fait penser à celle de Blanche Monnier, de Poitiers.

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04-06-2008

Jean Zay

Jeudi 7 décembre 1940

À quatre heures du matin, sous la conduite d’un lieutenant de gendarmerie, que renforcent un brigadier et deux gendarmes – je ne me savais pas si dangereux –, j’ai quitté Clermont-Ferrand. Ces gendarmes sont charmants, comme tous ceux auxquels j’ai eu affaire. Il y a une gentillesse des gendarmes, instituée par la nature comme contrepoids à l’injustice humaine. À la gare de Clermont, sinistre dans la nuit, sous ses haillons de neige sale, un ami, que j’avais alerté par un de ces moyens clandestins dont on dispose toujours en prison et qui s’est déjà renseigné, réussit à m’approcher quelques secondes et me souffle que je pars pour la Guyane : pour l’île du Diable même…

La Guyane ! C’est le lieu ordinaire de la déportation. L’île du Diable ! Quelle brusque évocation… Depuis mon procès, terminé le 4 octobre par une peine politique, dont le choix constituait un aveu, personne n’a supposé qu’on songeât à me déporter effectivement. Partait-il encore des bateaux pour la colonie ? Ne risquaient-ils pas d’être interceptés ? Vichy semblait embarrassé de son prisonnier ; je me croyais oublié dans ma cellule de Clermont-Ferrand. Pourquoi se détermine-t-on soudain à exécuter cette anachronique condamnation ? Sous la verrière de la gare, d’où s’abattent des paquets de neige fondue, je ne me pose pas de questions. J’ai appris à ne plus m’émouvoir. Cependant ces mots : la Guyane, l’île du Diable, si hauts en couleur pour l’esprit quand l’hiver glace le corps, rendent un son étrange ; ils matérialisent tout à coup mon incroyable aventure, symbolisent l’arrachement qui m’emporte des miens et de la vie. C’est par là que l’émotion naît et que mon cœur se serre. Le voisinage des gens dans le train, après ma longue solitude, est une bizarre sensation. Leurs visages soucieux, leurs attitudes, leurs conversations paraissent appartenir à un autre monde. J’ai envie de leur toucher le bras pour m’assurer de leur réalité. Si près d’eux, je me sens à mille lieues, transporté dans un autre élément. Ils se meuvent derrière un écran invisible. Qu’est-il désormais de commun entre eux et moi ? Par quoi suis-je encore rattaché a mon ancien univers ? Et ma solitude ne s’accroît-elle pas un peu plus, quand on me croirait mêlé à la foule, en face de mes gendarmes silencieux ? Souvenirs et Solitude

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25-05-2008

Elisabeth Fritzl (Fritz)

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20-05-2008

Taslima Nasrin : éxilée

Voilà quatorze ans qu’elle est apatride. Du Bangladesh – d’où elle a été bannie en 1994 – à Stockholm, de Calcutta à Paris, elle est rompue au jeu de l’errance, aux passages fugaces dans les hôtels, aéroports et festivals littéraires. Alors, Taslima Nasreen s’y est faite. L’écrivain bangladais, féministe pourchassée par les fondamentalistes musulmans, s’est coulé dans la figure de l’exilé permanent. A la voir dans ce restaurant de Saint-Germain, à Paris, commander un verre de vin, élégante dans sa veste noire, le cou ceint d’un châle vert, on la trouve fort à l’aise. Eloquence maîtrisée, enjouée parfois jusqu’à faire tressaillir sa frange aux reflets roux.

Elle sacrifie à tout. Aux séances de photos dans la lumière tamisée d’un salon. Au programme de rendez-vous au pas de course concocté par son éditeur parisien. Aux deux gardes du corps – imposés par le gouvernement français – qui l’embarquent dans une voiture blindée pour parcourir trois cents petits mètres. Sans rechigner, Taslima Nasreen se plie au rituel de la proscrite de marque.

Est-ce à dire quelle s’y complaît ? Sûrement pas. On peut la trouver outrancière, naïve ou inconsciente, mais nul ne pourra jamais la soupçonner d’insincérité. Elle bout encore de colère. « Je suis toujours en état de choc », souffle-t-elle. Ce « choc », c’est d’avoir été « forcée au départ » de l’Inde, ce pays où elle avait enfin trouvé refuge en 2005 après plus d’une décennie de déracinement en Occident, l’âme broyée par le mal du pays.

A Calcutta, Taslima Nasreen se sentait comme chez elle. C’est le Bengale, après tout. La frontière barbelée le sépare peut-être du Bangladesh voisin mais elle n’abolit ni langue bengalie, ni la culture bengalie, ni les parfums bengalis. Aussi Taslima la Bengalie y était fort heureuse, immergée dans ses racines. « Calcutta, c’est ma seconde patrie, insiste-t-elle. Les traditions du Bengale coulent dans mes veines comme une force vitale. »

Pourtant, à l’automne 2007, elle y revit le même cauchemar qu’en 1994, à Dacca, la capitale du Bangladesh qu’elle avait alors dû fuir sous la menace de manifestants islamistes ivres de haine. Brutal retour en arrière, réédition du scénario halluciné : fatwas lancées par des imams, sa tête mise à prix, émeutes de rue, plongée dans la clandestinité. Les fondamentalistes sont déchaînés par la parution de certains de ses livres aux titres claquant comme des appels à la révolte des femmes : Brûlons les burqas, Les femmes n’ont aucune patrie. Le 21 novembre, le couvre-feu est même décrété à Calcutta après une journée de violences.

Mais Taslima n’est pas abattue. Elle pense que l’orage va vite se dissiper, que l’Inde « laïque, démocratique, éclairée, progressiste et tolérante » va la protéger, va continuer à lui offrir son hospitalité. L’Inde multiconfessionnelle n’est pas le Bangladesh musulman, pense-t-elle. Quel n’est pas son accablement quand elle prend la mesure de son illusion ! Elle n’est en fait qu’un « paria », un « fardeau », un fauteur de troubles dont chacun veut se débarrasser.

Acculée au départ de Calcutta, elle se replie à Jaipur (Rajasthan) puis à New Delhi, la capitale. Là, elle est littéralement assignée à résidence dans un lieu secret, une pauvre chambre où seuls « deux lézards souffreteux » lui tiennent compagnie. Elle devient une sorte de « prisonnière », confinée par le gouvernement fédéral indien au nom de sa sécurité personnelle. En haut lieu, on lui adresse des messages : il faut qu’elle évite dorénavant de « blesser les sentiments religieux » d’une partie de la population, un enjeu hautement sensible dans un Etat indien régulièrement secoué par des affrontements entre hindous (majoritaires) et musulmans (minoritaires). Elle s’y refuse. « Si la liberté d’expression a un sens, proteste-t-elle, j’ai le droit de blesser les sentiments religieux de certains. »

Son intransigeance exaspère. On le lui fait payer en prolongeant son régime quasi carcéral. Elle finit par comprendre la manoeuvre : faute de pouvoir l’expulser – cela ferait très mauvais effet -, l’Inde veut la pousser à s’exiler d’elle-même. Elle résiste, se cabre. Puis elle finit par céder, minée par des ennuis de santé. A la mi-mars, elle s’envole vers la Suède, défaite. Durant ces semaines d’isolement, elle a continué à écrire, jetant sur le papier son désarroi, son désespoir, scandés par cette entêtante interrogation : « Quel crime ai-je commis ? » La chronique de ce nouveau bannissement vient de paraître en France sous le titre De ma prison

(Philippe Rey, 140 pages, 15 euros).

CHEMIN DE L’ERRANCE

La revoilà sur le chemin de l’errance. A Paris, elle retrouve amis et admirateurs. Le prix Simone de Beauvoir lui sera remis mercredi 21 mai par Rama Yade, secrétaire d’Etat aux droits de l’homme. Tant de sollicitude lui offre un précieux réconfort mais Taslima ne s’en contente point. « En Occident, dit-elle, je me considère comme debout à un arrêt de bus, attendant le bus qui me ramènera chez moi, dans le sous-continent (indien) où ma vie a un sens. » Ce « sens », c’est le « combat en faveur des femmes opprimées ». Et dans ce combat-là, elle bute sur la religion, immanquablement. « Je critique toutes les religions, pas spécialement l’islam, précise-t-elle. Je critique aussi l’hindouisme en raison des discriminations contre les femmes qu’il justifie. Mais il n’y a que les musulmans qui se sentent offensés par mes critiques et me menacent de leurs fatwas. Les autres ne m’attaquent pas. » « Est-ce que cela signifie qu’il n’y a pas de place pour la critique dans l’islam ?, interroge-t-elle. Mais comment une société peut-elle évoluer, s’arracher à la stagnation, si elle refuse toute critique ? »

En Inde, son combat est mieux compris qu’il ne l’était au Bangladesh. Des soutiens se sont manifestés. Mais la mobilisation en sa faveur est restée limitée, en tout cas impuissante à renverser le cours des choses. Taslima sait que le camp des intellectuels « progressistes », sa famille naturelle, ne la défend que très timidement, voire même la fustige comme irresponsable. On lui reproche d’en faire trop, de verser dans la provocation. « Ces intellectuels me trouvent trop radicale, reconnaît-elle. A leurs yeux, on peut critiquer les fondamentalistes, mais pas l’islam en tant que tel. Or en critiquant le Coran, je franchis la ligne rouge. C’est pourtant ma conviction : le Coran n’est pas bon pour l’humanité et les droits des femmes. »

Quand Taslima sort du restaurant, ses gardes du corps jettent un regard fébrile dans la rue. Elle se glisse dans la voiture blindée qui démarre en trombe. Combien de temps vont durer ces séjours à l’ »arrêt de bus » européen ? Taslima a toujours en poche son billet de retour sur l’Inde. Elle entend bien en faire usage. Et retrouver les parfums du Bengale. En tout cas, elle en « rêve ».

 

Frédéric Bobin

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12-05-2008

L’exil d’Ovide (711-771 du calendrier romain)

Exilé : Ovide a tracé, dans la plus touchante de ses élégies, le tableau des moments qui précédèrent son départ : c’était la nuit du 19 novembre 763 de Rome ; sa maison retentissait des gémissements de ceux de ses amis restés fidèles à sa fortune ; sa fille était alors en Afrique avec son mari, qui y exerçait on ne sait quelle charge. Sa femme invoquait le ciel en sanglotant ; à genoux, les cheveux épars, elle se traînait aux pieds de ses dieux domestiques et baisait les foyers éteints. Ovide voulait se donner la mort ; sa femme, ses amis l’en détournèrent à force de prières et de larmes, et Celse, le pressant sur son cœur, lui fit espérer des temps plus heureux. Le poète, maudissant son génie, brûla avec plusieurs de ses ouvrages celui des Métamorphoses, qui n’était pas encore terminé, mais dont heureusement il s’était déjà répandu plusieurs copies dans Rome. Enfin le jour commençait à paraître ; un des gardes d’Auguste, chargé de l’accompagner, hâte le départ : sa femme veut le suivre dans son exil ; mais il la presse de rester à Rome pour tâcher de fléchir Auguste : elle cède, se jette éplorée dans ses bras, l’étreint une dernière fois et tombe bientôt évanouie, car déjà on avait emmené Ovide.

Ce n’était ni un arrêt du sénat ni la sentence d’un tribunal qui avait condamné Ovide, mais un simple édit de l’empereur ; il n’était ni exilé ni exporté, mais relégué à l’extrémité de l’empire, et cette dernière peine laissait à ceux qui la subissaient leur titre de citoyen et la jouissance de leurs biens. Toutefois un de ses amis, dans la crainte que l’empereur, achevant de violer les lois, ne dépouillât le condamné, lui fit l’offre généreuse de la moitié de sa fortune.

La proscription dont le poète fut l’objet s’étendit jusque sur ses ouvrages, qu’on enleva des trois bibliothèques publiques de Rome. Maxime, absent à l’époque de son départ, le rejoignit à Brindes et lui fit ses derniers adieux.

Ovide nous a laissé l’itinéraire de son voyage, qui ne fut pas sans périls. Le vaisseau qui le portait flotta longtemps sur l’Adriatique, battu par d’horribles tempêtes. Le poète mit pied à terre dans la Grèce, traversa l’isthme de Corinthe, et monta sur un second vaisseau an port de Cenchrée, dans le golfe Saronique. Il fit voile sur l’Hellespont et passa à pied par le pays des Bistoniens, peuple féroce de la Thrace, dont il éprouva la cruauté. Sur un troisième vaisseau, il traversa la Propontide et le Bosphore de Thrace ; et, après une longue navigation, il parvint, sur la rive gauche du Pont-Euxin, au lieu de soit exil, à la ville de Tomes, située vers les bouches du Danube, et sans cesse attaquée par les Daces, les Gètes, les Jazyges et les autres peuples armés contre la domination romaine, qui s’arrêtait là.

Tomes : On peut se figurer le désespoir d’Ovide lorsqu’il se vit enfin dans cette ville. Il n’entendait pas la langue de ce peuple sauvage, et, pour ne pas désapprendre la sienne, il en répétait tout bas les mots qu’il craignait le plus d’oublier. Des hommes à là voix rude, au regard féroce, aux habitudes sanguinaires, tels étaient désormais les concitoyens du poète galant de la Rome impériale. Sans cesse menacés, attaqués sans cesse par les hordes voisines, les Tomitains vivaient armés, ne quittaient jamais leurs traits empoisonnés du fiel des vipères. Les toits des maisons étaient hérissés de flèches lancées par les Barbares ; souvent les sentinelles jetaient le cri d’alarme, car des escadrons d’ennemis avaient paru dans la plaine, cherchant à surprendre et à piller la ville ; les habitants couraient tous aux remparts, et il fallut plus d’une fois qu’Ovide couvrît d’un casque sa tête blanchissante, et armât d’un glaive pesant son bras affaibli.

Le climat était digne des habitants ; le poète latin en fait des descriptions si affreuses que les Tomitains, blessés de ces invectives, l’en reprirent durement, et qu’Ovide fut obligé de leur faire des excuses et d’attester qu’il n’avait point voulu médire d’eux. Il ne voyait, eu effet que des campagnes sans verdure, des printemps sans fleurs, des neiges et, des glaces éternelles. Les Sarmates conduisaient sur le Danube et sur le Pont-Euxin des chariots attelés de boeufs. Les longs cheveux et la barbe qui cachaient leur visage retentissaient du cliquetis des glaçons Le vin, endurci par le froid, ne se versait pas, mais se coupait avec le fer.

http://remacle.org/bloodwolf/poetes/Ovide/intro.htm

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27-04-2008

Elisabeth Fritz : séquestrée 24 ans

Une nouvelle affaire spectaculaire de séquestration a éclaté en Autriche avec la révélation dimanche du cas d’une femme séquestrée pendant plus de 20 ans par son propre père qui lui aurait fait sept enfants, selon les enquêteurs. Elle aurait eu aussi des jumeaux dont l’un d’eux est mort faute de soins. Son corps a été brûlé dans le sous-sol. (Comment ont-ils été déclarés à l’état-civil ? )

Dans un état psychologique et physique précaire, Elisabeth Fritzl, 42 ans, a affirmé à la police avoir vécu enfermée dans la cave de la maison familiale à Amstetten en Basse-Autriche (est) depuis le 28 août 1984.

Ce jour-là, le père, Josef, aujourd’hui âgé de 73 ans et mis sous les verrous samedi soir, lui aurait administré un produit anesthésiant et l’aurait menottée dans une pièce en sous-sol.

Officiellement, elle avait été portée disparue et aurait même envoyé une lettre à ses parents demandant qu’on arrête les recherches pour la retrouver. Les autorités en avaient déduit qu’elle était tombée entre les griffes d’une secte.

En réalité, elle a dû endurer des années de calvaire dans la cave du petit immeuble où résidait la famille au cours desquelles son père a « régulièrement abusé » d’elle, comme elle l’a raconté à la police. Elle aurait ainsi eu sept enfants de son père pendant sa détention.

Tous ont, semble-t-il, été mis au monde en secret dans ce sous-sol où elle vivait recluse. L’un d’eux, un jumeau, serait décédé un mois après sa naissance, faute de soins, et son corps aurait été brûlé, selon les enquêteurs.

Trois filles et trois garçons aujourd’hui âgés de 5 à 20 ans seraient ainsi issus de cette liaison incestueuse et des tests ADN doivent être effectués afin d’obtenir plus d’informations sur les liens de parenté. (A-t-elle accouchée seule ? )

L’affaire a été découverte après l’hospitalisation à la mi-avril d’une jeune fille de 19 ans transportée dans un état très grave à l’hôpital d’Amstetten.

Afin de déterminer la nature de l’affection dont souffre la jeune Kerstin, les médecins ont cherché à entrer en contact avec la mère, Elisabeth Fritzl.

Ces recherches ont permis de découvrir la séquestration samedi soir.

Au fil des années, le père d’Elisabeth aurait réussi à adopter trois des enfants, faisant croire à sa femme, Rosemarie, et aux autorités, qu’ils avaient été déposés devant la porte de leur domicile à quelques années d’intervalle.

Avec chacun des bébés déposés âgés de quelques mois, il y avait une lettre signée d’Elisabeth disant qu’elle ne pouvait subvenir à leurs besoins car elle avait déjà d’autres enfants.

Ces trois-là, dont les grands-parents Josef et Rosemarie ont eu officiellement la garde, ont semble-t-il pu suivre une scolarité normale et vivaient dans leur maison alors que leur mère et leurs trois autres frères et soeurs (une fille de 19 ans, un garçon de 18 et un de 5) végétaient dans la cave. Seul le père les aurait ravitaillés alors, son épouse ignorant leur présence. (La mère ignorait la présence de 4 personnes dans la cave ? Quelle eau et quelle électricité utilisaient-ils ? Qui payait ? Personne n’avait remarqué cette serrure électronique sur une porte de cave ? )

Ce n’est que samedi qu’ils auraient été libérés, le patriarche ayant alors déclaré à sa femme qu’Elisabeth avait soudainement reparu avec ses enfants.

Face aux accusations de « crimes massifs » de sa fille Elisabeth, qui aurait subi des sévices sexuels depuis l’âge de 11 ans, Josef n’a accepté que dimanche soir de révéler le code de la serrure électronique d’accès à la cache dans la cave du petit immeuble comptant quatre appartements.

Il s’agit d’un espace étroit avec plusieurs pièces de 1,70m sous plafond doté de sanitaires et d’un téléviseur, selon la police. (Qui a construit cette installation ? )

Comme Kerstin, toujours entre la vie et la mort à l’hôpital, l’état de santé de sa mère, qui paraît 20 ans de plus que son âge, et de ses frères et sœurs est préoccupant.

Ni les voisins, ni les services sociaux ne semblent avoir été alertés dans cette affaire qualifiée de cas le plus dramatique de l’histoire criminelle autrichienne.

Elle rappelle celui de Natascha Kampusch, retenue pendant huit ans et demi dans le sous-sol d’un pavillon de la banlieue de Vienne entre mars 1998 et août 2006 lorsqu’elle a réussi à s’échapper. Son ravisseur s’est suicidé le soir de l’évasion.

http://www.meinbezirk.at/index.php?bez=22,21&channel=1

Vidéo : http://www.actu24.be/article/monde/sequestree,_24_ans,_par_son_pere_incestueux!/137534.aspx

Photos : http://www.thesun.co.uk/sol/homepage/news/article1097344.ece

Additif : Elisabeth Fritzl, aurait eu sept (bien sept) enfants de son propre père, tous mis au monde dans le sous-sol de la maison et non déclarés aux autorités.

Trois filles et trois garçons sont âgés de 5 à 20 ans. Un nouveau né serait mort trois jours après sa naissance, ont également dit les enquêteurs qui vont effectuer des tests ADN pour plus d’informations.

Les trois enfants contraints de vivre avec Elisabeth dans la fenêtre de 5 ½ pieds de haut, ont été plus ancienne cave Kerstin, Stefan, 18, et cinq ans, Felix.

Trois autres enfants – Lisa, 16, Monika, 14, et Alexander, 12 – ont été adoptées par Josef après avoir dit à Rosemarie que Elisabeth les avait mystérieusement laissés à leur porte.

Additif (2) :

La police autrichienne, qui a écarté la complicité de la femme du suspect, Rosemarie âgée de 69 ans, suit d’autres pistes pour vérifier si Josef Fritzl a bénéficié de complicités pour séquestrer sa fille.

Les policiers s’intéressent à la lourde porte en béton armé, commandée électroniquement, qui condamnait l’accès à l’abri antiatomique de 60 m2 dans lequel Elisabeth a été détenue avec trois de ses sept enfants. « Nous avons demandé une expertise de cette porte imposante et sur le mécanisme de fermeture », a indiqué le chef de la police criminelle de Basse-Autriche, Franz Polzer.

Pour le quotidien Der Standard, « il est particulièrement choquant et révoltant de savoir que les voisins ne savaient rien, n’ont rien vu, tout en expliquant devant les caméras qu’ils avaient bien eu l’impression qu’il se passait quelque chose d’étrange ».

l’enquête a permis d’établir que le suspect, un électricien avait accumulé au fil des ans un patrimoine immobilier évalué à 2 millions d’euros, et n’avait pas aménagé de cellule dans les autres immeubles qu’il possédait. « Cinq bâtiments ont été vérifiés sans révéler de cachette ».

 

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16-04-2008

John Krakauer : Voyage au bout de la solitude

John Krakauer : Voyage au bout de la solitude dans Livres chris-mccandlessLa triste histoire de Chris McCandless se situe à mi-chemin entre la colonne des faits divers et la mythologie américaine. En France, mourir de faim au fond des bois relève de l’exploit. Aux Etats-Unis, rien de plus facile. Surtout dans le quarante-neuvième d’entre eux, cet Alaska où le mot «sauvage» a encore un sens. C’est là, en 1992, qu’on retrouve le corps d’un garçon de vingt-deux ans, pesant moins de quarante kilos, au fond de son sac de couchage. Comment McCandless a-t-il péri? Pourquoi diable s’est-il aventuré dans des parages aussi hostiles sans vivres ni équipement adéquat? John Krakauer, dont l’existence fut elle aussi aventureuse, bâtit son récit comme une enquête policière. Grâce à une série de témoignages, il reconstitue les deux années d’errance d’un brillant étudiant de la côte Est qui abandonna sa famille et vagabonda entre le Mexique et le Dakota du Sud, avant de brûler ses derniers dollars et de s’enfoncer dans les solitudes frisquettes qui s’étendent au pied du mont McKinley. Plusieurs hypothèses ont été avancées: l’inconscience de la jeunesse, l’amour niais de la nature propre à certains citadins, ou encore la mode zen des expériences mystiques. Mais la réponse réside ailleurs, au fondement même de l’histoire du Nouveau Monde, dans les livres de Thoreau, Mark Twain, John Muir, Jack London. Or, chacun sait que les récits du Grand Nord se terminent mal, le plus souvent.

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14-09-2007

Anne Edwards : Maria Callas

Les fées qui se sont penchées sur le berceau de Maria Kalogeropoulos (New York 1923 – Paris 1977) n’ont omis aucun des ingrédients qui allaient faire de sa vie une tragédie. Sa mère détecte son talent alors qu’elle n’a que sept ans. Dès lors, Évangelia n’a plus qu’un objectif : faire de sa fille une diva. Elle y parviendra, mais à quel prix ? Maria est privée d’enfance, séparée de son père pour suivre des études à Athènes. Sa sœur aînée est jetée dans les bras d’un homme en échange de l’argent qui permettra de payer les leçons de chant de l’enfant prodige… Dès cette époque, la solitude devient la compagne de Maria Callas. Elle ne la quittera plus malgré les rencontres jalonnant son existence. Celles de mentors : Maria Trivella, Elvira de Hidalgo et Tullio Serafin. Des personnages marquants d’une époque : Pasolini, Karajan, Bernstein, Churchill, Grace et Rainier de Monaco… Des hommes de sa vie, de Meneghini, Visconti à, bien sûr, Onassis. Malgré les trahisons de son entourage et la cruauté de la presse, la  » Divina  » acceptera pourtant cette solitude jusqu’au bout. Jusqu’à ce que sa voix, à qui elle sacrifiait tout, l’abandonne à son tour.  » Il ne me reste plus qu’à mourir « , confie-t-elle alors à sa sueur.

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10-09-2007

Séquestrée japonaise

070910kenna2.jpgDans la préfecture de Niigata (nord-ouest du Japon), une jeune fille a disparu en novembre 1990, à l’âge de 9 ans, et n’a été retrouvée, par hasard, que fin janvier 2000, neuf ans et deux mois plus tard.
Entre-temps, elle n’a jamais quitté une chambre au second étage de la maison de son kidnappeur, un chômeur alors âgé de 37 ans.

La jeune recluse – dont l’identité n’a jamais été révélée – fut découverte par hasard par des ambulanciers venus chercher son « gardien » pour le placer en milieu hospitalier à la demande de sa mère, qui trouvait son comportement « étrange ». La mère du ravisseur a expliqué à la police qu’elle n’avait jamais soupçonné la présence de la jeune fille dans la maison.

Epuisée par le manque d’exercice et la malnutrition, la prisonnière, qui avait été battue et maltraitée au début de sa séquestration, était dans un état « très faible » au moment de sa libération. Sa mère mit d’ailleurs un certain temps à reconnaître celle qui n’était qu’une enfant lors de sa disparition.

La fillette avait été enlevée sur le chemin de l’école, à une cinquantaine de kilomètres de l’habitation du ravisseur.

Au lendemain de son arrestation, ce dernier, Nobuyuki Sato, fut hospitalisé pour troubles mentaux. Mais les experts jugèrent que qu’il était responsable de ses actes en dépit de troubles psychiques. Après avoir plaidé coupable, il a été condamné en juillet 2003 à quatorze ans de prison pour enlèvement de mineur et séquestration ayant entraîné des blessures.

Ce fait divers provoqua une émotion considérable au Japon. L’émotion de la découverte passée, l’affaire devint rapidement le procès de la police, accusée d’incompétence pour ne pas avoir interrogé, durant l’enquête, le ravisseur, pourtant inquiété pour une tentative d’enlèvement de mineur quelques années plus tôt.

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06-09-2007

Louis, Charles (27-3-1785/18-6-1795)

070905louisxviisimon.jpgLes révolutionnaires l’ont appelé Capet et les royalistes Louis XVII, mais pour lui-même il n’était que Louis, je présume. Depuis des années je lis ce que je rencontre sur lui et je suis toujours étonné qu’une vie si petite si rétrécie puisse suscitée autant de littérature. Parce que finalement ce n’était qu’un enfant de dix ans.

Tout dans sa vie est remit en question. Sa filiation : certains le prétendent fils de Fersen. Ensuite sa petite vie et enfin sa mort.

Avait-on l’habitude de mettre, à l’époque, en prison les enfants pour les erreurs commises par les parents ? Non ! Pourtant lui est sa soeur eurent droit à ce traitement le 10 août 1792. On justifie ça à posteriori en argant du fait qu’il ne devait pas tomber aux mains des royalistes. Il n’y avait donc pas un endroit dans Paris où ils auraient pu rester avec Mme de Rambaud sous surveillance ? Il était obligé de laisser cet enfant à la garde de geoliers ? Etait-il vraiment necessaire de martyriser ces enfants pour sauver la Nation et la République ? En réalité ils ont été victimes des conflits d’intérêts entre chefs de la révolution, de l’incurie et ils n’étaient que des otages.

Quant aux royalistes mis à part lui donner un numéro de roi les tantatives n’ont pas été nombreuses pour le récupérer.

La date de sa mort alors c’est le bouquet final. Certains le disent mort début janvier 1794, avant la date officielle. Quant aux tenant de l’évasion, inutile de vouloir en dresser la liste, et encore bien moins celle des imposteurs.

La démarche de ces cinquante personnes venues réclamer son identité me laissent stupéfait : ils avaient donc tant honte de leurs propres parents ? Ils étaient assez naïfs pour croire que Louis XVIII allait leur laisser son trône ?

Mais après la séparation d’avec ses parents, les conditions d’internement de cet enfant sont scandaleuses. Et les  » évasionnistes  » en réalité refusent peut-être de voir la vérité : il a été victime d’un traitement inhumain. Et il a dû évoluer comme Kaspard, ou les enfants sauvages.

S’il est sortit, ce dont je doute, j’espère simplement qu’il a été assez malin pour vivre sans se faire connaître et construire une famille.

Son cadavre : certains ont le coeur, d’autres disent que ce n’est pas le bon. Certains prétendent que le squelette n’a pas été retrouvé d’autres l’ont.

Mais je ne suis pas historien. Il n’en reste pas moins, qu’usurper l’identité d’un enfant de dix ans, mort dans des conditions atroces, est un acte de mécréant.

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01-09-2007

Sequestration

Autriche : 070830sequestration.jpgÂgées de 6, 10 et 13 ans, les filles, séquestrées par leur mère, une juriste âgée de 53 ans, étaient contraintes de vivre dans l’obscurité (au milieu des ordures et des souris).
Leur mère avait obtenu l’autorisation d’assurer leur éducation scolaire ; malgré cela, les trois filles ne se présentaient jamais aux examens… Le père, quant à lui, n’a jamais réussi à les voir au domicile maternel.
Les filles de 6 et 10 ans, à leur sortie, parlaient un dialecte qu’elles avaient créé entre elles et ne supportaient pas la lumière.
La ministre fédérale de la Justice, Maria Berger, a annoncé un «examen détaillé» de l’affaire afin d’établir si les autorités avaient manqué à leur devoir de vigilance (13-02-2007)

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30-08-2007

Blanche Monnier – La séquestrée de Poitiers

Cette histoire est un modèle du genre, un fait divers inimitable, avec son cortège de personnages aberrants et de comportements incroyables.

070830sequestration1.jpg23 mai 1901, rue de la Visitation à Poitiers, un commissaire de police perquisitionne un hôtel particulier. Agissant sur dénonciation par lettre anonyme, la police enfonce la porte d’une chambre aux volets cadenassés. Elle y découvre une femme, entièrement nue, squelettique, recouverte d’excréments, de cafards, de vers et rendue folle par sa détention.

Blanche Monnier est transportée à l’Hôtel-Dieu. Elle ne pèse que 25,4 kg. Ses cheveux atteignent ses cuisses. Ils seront coupés. A la suite des soins qu’elle va recevoir pendant un an elle se rétablira physiquement mais jamais mentalement.

Blanche, née en 1849 à Poitiers, est la fille de l’ancien doyen de la Faculté de lettres de Poitiers et la sœur du sous-préfet de Puget-Théniers (Alpes-Maritimes).

En fait, le terme même de « séquestrée », adopté par la presse au tout début de l’affaire, est impropre : la volonté soumise de Blanche a largement contribué à son destin inhumain. Et la thèse populaire selon laquelle la pauvre créature aurait conçu un enfant, qu’on aurait supprimé à la naissance avant d’enfermer la pécheresse au secret pour toujours, est réfutée. Dans cette histoire, rien ne s’explique vraiment ; les caractères échappent à toute description psychiatrique. Tout est singulier, unique, et monstrueux.
André Gide a publié en 1930 un rapport exemplaire mais incomplet sur Blanche, rebaptisée Mélanie, et Georges Simenon y a puisé les personnages de son Bourgmestre de Furnes. Quant au scénario que Jean Renoir en avait tiré, il est resté dans un tiroir. Les portraits, tels que nous les a laissé la réalité, sont trop peu crédibles pour être des personnages de cinéma.

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27-08-2007

Rochom P’ngieng

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Article paru le 25 janvier 2007

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24-08-2007

Anja, par C. Vrayenne

070824momentdesolitude.jpgÀ 8 ans, Anja découvre le monde. Jusque-là, elle n’en connaissait que quatre murs, l’obscurité et quelques vaches. La fillette vivait depuis sa naissance à côté de l’étable de la ferme de sa mère. Sans parler, rire ni jouer. À manger des bouillies.

Un “ enfant-placard ” au XXIe siècle, ça dépasse l’entendement. Pourtant, un nouveau cas vient d’être mis au jour dans la Bavière profonde (Allemagne). Elle se passe près de chez nous. Personne n’a rien remarqué. Jusqu’au 17 juin 2007 : sur le chemin de l’école, deux enfants ont vu un petit visage à la fenêtre d’une étable. Ils ont alerté la police. Deux jours plus tard, Anja, qui a connu son premier vrai anniversaire le 18 juillet dernier, pour ses 8 ans, avait un prénom. Choisi par sa maman, au terme d’aveux dramatiques.

Par peur de la perdre

Bayersried, dans la périphérie d’Ursberg. 640 habitants à tout casser. Autant de vaches laitières. Dont celles dont a hérité Angela W., 46 ans, avec la ferme familiale, à la mort de ses parents. Huit ans plus tôt, cette mère célibataire a eu un enfant. Grossesse cachée, naissance passée inaperçue de tous. Une fillette qu’elle va “ parquer ” dans une petite pièce obscure, à l’insu de tous.

Pour cacher son existence. Personne n’a jamais entendu le prénom de l’enfant : elle n’en avait pas. Elle était seulement “ mon trésor, ma chérie ” pour sa maman.

Car Angela l’aimait. Mal, mais à sa façon: complètement dépassée par son boulot d’agricultrice, elle a toujours vécu dans l’angoisse que les services sociaux ne lui retirent la garde de sa fille. D’où le “ placard ”. Ce n’est pas vraiment de la “ maltraitance ”, c’est de la “ négligence ”. De l’inconscience pure.

Comme soulagée

Démasquée il y a deux mois et arrêtée par la police, Angela W. lâche très vite le morceau. Comme soulagée. “ Très calme ”, selon le maire de la bourgade, elle souffle que “ la petite est plus en sécurité maintenant qu’avant ”. Que “ ça devait finir comme ça un jour ou l’autre ”.

Il y avait bien un père, un homme de 51 ans, qui passait de temps en temps à la ferme. Il aurait voulu les aider. Il n’y est jamais arrivé.

Anja n’avait aucune blessure physique. Elle vivait de bouillies. Parfois, elle se glissait parmi le bétail. Elle ne savait dire que quatre mots: “ mama ”, “ hallo ” (salut), “ Muh ” (meuh) et “ miezi ” (minou). La gamine ne marchait quasi pas, faute d’os suffisamment solides. En fait, les vaches sortaient plus que la fillette. Elle ne connaissait même pas l’existence d’un arbre, d’un brin d’herbe. Aujourd’hui, Anja sort dans le jardin de l’hôpital pour enfants où elle est placée. Avec son petit sac à dos, toujours. Elle ramasse tout: fleurs, feuilles, pommes de pin, qu’elle ramène dans sa chambre. Anja a une moitié d’enfance à rattraper.

Anja apprend à jouer et à faire des phrases

Placée dans une clinique spécialisée, Anja à tout à apprendre, avec l’aide de thérapeutes. Ses premiers jours de liberté, la fillette ne voulait pas quitter sa chambre, n’osant surtout pas approcher des escaliers, ces inconnus. Mais bonne nouvelle, selon une proche, elle “ très curieuse de tout ”.

Jusqu’où pourra-t-elle réparer ses traumatismes? “ À 8 ans, il y a une possibilité de récupérer. Mais il n’y a pas de règle absolue ”, explique Lucienne Strivay, de l’université de Liège. Auteur d’un livre sur les “ enfants sauvages ”, cette anthropologue rappelle le cas de Genie, une enfant américaine séquestrée jusqu’à 13 ans, découverte juste après le succès du film de Truffaut sur ce thème. “ Genie a récupéré une partie de linguistique, mais pas la syntaxe. Mais elle savait se faire comprendre autrement, à sa façon, unique! N’ayant eu pour rare contact qu’un imper en plastique, elle a gardé une fascination pour cette matière. ”

La guérison passe par une approche pluridisciplinaire (logopède, psychologue). Mais attention au forcing de l’institutionnalisation: il ne faut pas passer de rien à… tout! “ Il faut une immense patience, un bon bain social, sans exigence de résultats ”, précise Mme Strivay. “ Il faut laisser l’enfant prendre les choses à son rythme, ne pas trop se retourner. ” Sinon, on risque de le “ casser ”. Et avoir un résultat finalement aussi catastrophique que la situation de séquestration.

Elle ne sait pas bien marcher, ni parler

Faute de lumière, d’air frais, de nourriture équilibrée, Anja, 8 ans, souffre de nombreux retards. La fillette, qui a grandi quasi parmi les vaches, ne savait prononcer que quelques mots, comme un bambin, quand son existence a été découverte à la mi-juin. Aucune phrase cohérente, là où toutes les fillettes de son âge composent déjà des rédactions.

Un retard de langage, mais aussi de croissance. Rachitique, victime de terribles carences alimentaires, Anja a passé huit années en confinement, ses quatre murs ne lui permettant que d’effectuer des mouvements restreints. Conséquences: ses os et ses articulations sont déformés, pas assez solides pour la porter. Ses jambes en “ O ” (l’inverse du “ X ”) rendent sa marche difficile, pour ne pas dire complètement anarchique. Elle ne connaît absolument pas les aliments solides et n’accepte donc que les liquides.

La petite fille ne présentait aucune blessure physique volontaire. Sa maman ne la maltraitait pas “ corporellement ”. Mais l’absence de stimulations sensorielles (comme la lumière du jour) et sociales (contacts humains), l’isolement, mènent à un syndrome appelé “ nanisme psychosocial ” ou encore syndrome de “ Kaspar-Hauser ”. Du nom du plus connu des “ enfants-placard ”, découvert en 1828 à Nuremberg, portant juste un bout de papier disant qu’il avait 16 ans. Le gamin aurait grandi dans un réduit sombre, alimenté par un inconnu, avec juste un cheval à bascule pour compagnon.

Cette pathologie typique des enfants abusés de cette façon, regroupe différents symptômes, comme ceux d’Anja: retard psychomoteur, intellectuel et hormonal, trop faibles poids et taille, troubles du sommeil, insensibilité à la douleur, appétit et soif sans limites et misère affective. Certaines victimes peuvent mourir précocement, parfois juste à cause du changement de nourriture.

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23-08-2007

Anja

A Bayersried une petite bourgade de Bavière, une fillette a été découverte le 17 juin 2007, par deux scouts qui étaient sur le chemin de l’école. Elle vivait dans l’obscurité, se nourrissait de bouillies et ne connaissait que quatre mots: « mama », « hallo » (salut), « muh » (meuh) et « miezi » (minou).

Sa mère, Angela W., avait caché sa grossesse et était parvenue à faire passer la naissance inaperçue. Arrêtée par la police, elle est vite passée aux aveux. Elle a déclaré aux enquêteurs qu’elle aimait sa fille mais qu’elle était complètement dépassée par son travail d’agricultrice et qu’elle a toujours redouté que les services sociaux ne lui retirent la garde de sa fille. Elle est apparue comme soulagée: « la petite est plus en sécurité maintenant qu’avant. Ça devait finir comme ça un jour ou l’autre », aurait confié la mère indigne.

Anja, qui n’a ce prénom que depuis sa « libération » (avant elle n’avait tout simplement pas de prénom!), séjourne aujourd’hui dans un hôpital spécialisé pour enfants.

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23-08-2007

Natascha Kampusch

070823kampusch.jpgNatascha Kampusch est née le 17 février 1988 à Vienne.Elle a seulement dix ans quand elle est enlevée à Strasshof, petite ville Autrichienne à 20 km de Vienne le 2 mars 1998. Sur le chemin de l’école, elle est obligée de monter dans une fourgonnette blanche, par Wolfgang P., alors âgé de 36 ans au moment des faits. Son enlèvement suscite un énorme mouvement de solidarité pour sa recherche dans toute l’Autriche. En vain. L’homme la séquestrera, au sous-sol de son pavillon, dans une cachette de trois mètres sur quatre. La pièce est équipée d’un W.C. et d’une salle d’eau. Elle est insonorisée et fermée par une porte blindée. De temps en temps, Wolfgang la fait sortir ; ils se promène dehors, sans que les voisins ne se doutent de quoi que ce soit. Mais le plus dur pour la jeune fille, c’est de savoir qu’elle se situe qu’à seulement quelques kilomètres de sa maison ! Durant huit années, sa vie se limitera à son ravisseur ; toute son adolescence ne sera que séquestration et frustration. Elle admet même, du bout des lèvres, avoir eu des rapports sexuels avec son ravisseur… Mais la jeune adolescente sera incroyablement forte : elle tiendra tête à Wolfgang plus d’une fois et ne se laissera pas abattre.

Le 23 août 2006, profitant d’un moment d’inattention de Wolfgang, la jeune femme, réussira à s’échapper. A l’arrivée de la police chez lui, son ravisseur s’échappe et va se jeter sous un train. Natascha est alors bouleversée et décide de porter son deuil. Le syndrome de Stockholm ? Peut-être pas : elle avait réussi à « nouer » une relation avec son ravisseur. Huit années ne s’oublient pas d’un trait.
Extrait de sa première déclaration :

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18-08-2007

Lycantropie

070818loupgarou.jpgDans l’ancien temps les gens croyaient que les bébés étant nés avec des cheveux ou avec une tache de vin étaient des loups-garous.Mais qu’en est-il du présent?

À notre époque la lycantropie ne fait plus l’objet de superstitions religieuses et est entrée dans le domaine de la pathologie.Il y avait beaucoup de gens qui souffraient et souffrent de lycantropie.C’est à dire des gens qui croiyaient (ou voulaient) tellement qu’ils étaient des loups-garoups qu’ils se voyaient comme tel.

Le mot vient du mot grec qui signifie et qui signifie .

Cette maladie mentale existait bien avant le moyen-âge les premiers cas sont apparus au temps des Grecs et Romains lors de crises de famines. Des hommes et femmes qui se sentaient transformés en loups-garous allaient se jetter sur des toupeaux d’animaux ou carrément sur des hommes.Ils ne sortaient plus que durant la nuit et se tiennaient dans des cimetières.

Lycantrope :

Dans les pays d’Asie on racontaient que les lycantropes étaient des renards-garoups ou des lynx-garoups. Puisqu’il n’y avait pas de loups en Asie.

Il existe une vielle légende venant d’Haïtie sur eux. Il s’agirait de femmes fesant partit de la secte rouge (secte voodou) qui auraient le pouvoir de se transformer en bête, de jeter des sorts et de voler durant la nuit. La légende haïtienne veut que les loups-garous laissent des trainées lumineuses dans le ciel, car ils volent, ainsi qu’une forte odeur de soufre dans leur sillage. Ils se nourissent du sang des enfants, ce qui leurs donne des pouvoirs surnaturels.

Une autre légende, européenne, dit c’est le diable lui-même qui se cache sous l’illusion pour commetre ses méfaits, celui-ci restant coupable puisqu’il ne fait que suivre ses désirs. Soit, l’ultime possibilitée, le diable joue sur deux niveaux : sur le sujet atteint pour faire qu’il se sente tel qu’il n’est pas, mais aussi et surtout sur autrui pour qu’il le voie tel qu’il n’existe pas. Malheureusement pour lui le diable ne peut contrefaire la perfection divine, l’illusion  » loup  » toujours, à un détail près alors souvent il y a un élément en qui diffère queue trop petite, patte humaine, peau trop grande etc.

Sinon il y a une croyance qui raconterait que c’est seulement un humain ou groupe d’humains qui pratiquerait le cannibalisme.

Peut importe la croyance ce mythe a fait plus d’un mort en effet entre1500 et 1700 il y a eu environ 100 000 personnes qui sont mortes au bûcher. Cette croyance fut enterré avec les affreux souvenir d’un membre de sa famille brûlé vif. Mais bizarrement aujourd’hui encore beaucoup prétendent en avoir vus.

Mais ce n’était pas toujours mal vu de devenir loup-garoup. En effet au temps des Grecs et Romains il était considéré comme divin d’en être un. Un loup-garoup était sencé avoir la faveur des dieux. Mais plus tard toujours dans le même peuple on disait au contaire qu’il sagissait d’un châtiment divin que les mortels recevaient quand ils fesaient des sacrifices humains.

Comment arrêter un loup-garou.

La légende dit qu’il faut d’abord attendre la pleine lune afin qu’il se transforme. Puis le tuer avec une balle d’argent ou l’asperger avec de l’eau bénite.

Lycantropie (Folie humaine ou maladie?)

1.Le phénomène des enfants sauvages a beaucoup contribué au mythe de l’homme-loup.

2.L’hypertrichose, un développement anormal de la pilosité du corps. La personne se couvrait d’une fourrure qui ne contribuait pas à lui donner l’air innocent.

3.Un délire, appelé lycanthropie, se rapporte au malade qui se prend souvent un loup. Il hurle à la lune, mord, griffe et se déplace à quatre pattes.

4.La légende est soutenue par des pratiques rituelles. L’absorption de poisons et d’extraits de plantes pousse l’individu à un comportement anormal. Il est possible que le « sorcier » ait halluciné jusqu’à se croire devenu loup.

5.La rage a sans doute aussi contribué à répandre la croyance en le loup-garou.

6.Il existe une anomalie génétique héréditaire qui se manifeste par une sensibilité à la lumière et une coloration anormale du corps, souvent accompagnée d’un comportement psychotique.

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17-08-2007

William et Thomas Green

L’ouest canadien se passionne depuis plusieurs semaines pour l’étrange histoire de deux « enfants sauvages » affamés revenus récemment à la civilisation. Ils sont sans papiers et affirment avoir passé presque toute leur vie dans les vastes forêts de Colombie-Britannique. Les frères William et Thomas Green, âgés respectivement de 16 et 22 ans, ont été découverts par des marcheurs tombés par hasard sur leur campement de fortune installé en forêt non loin de la ville de Vernon, à 280 km à l’est de Vancouver. Ils sont depuis hébergés et nourris par ces gens qui leur ont aussi fourni de nouveaux vêtements.

Les jeunes hommes affirment être nés et avoir été élevés en forêt par leurs parents, des Américains, qui se prénomment eux-mêmes Mary et Joseph, mais qui n’ont aucune preuve d’identité. Encore plus inhabituel, ils affirment n’être jamais allés à l’école ni chez un médecin, n’avoir jamais regardé la télévision ni eu des amis d’enfance, raconte Rhelda Evans, une conseillère du député fédéral Darrel Stinson. Ils vivaient de la chasse, de la pêche et de la cueillette et leurs contacts avec le monde extérieur se limitaient à de rares sorties en famille dans la ville de Revelstoke pour des achats et à la visite qu’ils recevaient parfois d’un ami de leurs parents.

L’aîné a affirmé à Mme Evans qu’il avait quitté il y a quelques mois la cabane en rondins reculée de ses parents parce que sa mère n’acceptait pas qu’il décide de devenir végétarien. « Elle lui a dit qu’il se laissait corrompre par le monde extérieur. En fait, elle craignait peut-être seulement que, comme végétarien, il ne puisse pas survivre aux hivers de Revelstoke, et lui a donc demandé de partir », a indiqué Mme Evans. Son jeune frère l’a suivi et ils ont fini par se retrouver à Vernon. « Ils venaient ici presque tous les jours mais ils ne parlaient pas beaucoup. Ils étaient timides et évitaient de me regarder, même quand venait le temps de payer », raconte Chandace Chase, la caissière d’une épicerie locale. A la différence d’autres adolescents, ils n’ont jamais acheté de friandises ou autres sucreries, a-t-elle dit.

Les personnes qui les ont pris en charge ont refusé que la presse les rencontre ou les photographie mais, selon Mme Chase, ils sont très grands, très maigres et très pâles. La police fédérale canadienne corrobore le fond de leur histoire, tout en la nuançant. « Il n’y a aucun doute qu’ils vivaient dans un endroit très isolé mais ils avaient un poste de télévision, une radio et un appareil vidéo. Leur cabane était munie de panneaux solaires qui faisaient fonctionner une génératrice. Leurs parents sont éduqués et leur ont appris à lire et à écrire et à se servir des commodités d’aujourd’hui », a affirmé un porte-parole de la police, Henry Proce.

La police cherche maintenant à entrer en contact avec leurs parents ou leurs grands-parents. Plusieurs agences du gouvernement de la province tentent de leur venir en aide mais leurs efforts sont compliqués par le fait qu’ils n’ont pas de certificat de naissance ni d’autre document établissant leur citoyenneté canadienne, ce qui leur donnerait droit à l’aide gouvernementale ou de travailler. (8-11-2003)

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17-08-2007

Cyril Payen : Les enfants sauvages de l’Angkar

Terrés dans la jungle

Mao ignore quel jour il est né. Il pourrait tout au plus mentionner une saison, mais il ne parle pas. On lui donne 12 ans. Son père corrige: «Il en a 16.» Le corps dépigmenté, marron et blanc, couvert de cicatrices, il reste prostré du matin au soir au pied de sa cabane sur pilotis, ou il joue, comme maintenant, avec l’élastique qui retient ses cheveux.

Il s’entend bien avec les petits enfants de ce village sans électricité situé au bout d’une piste cabossée à 20 kilomètres de la frontière vietnamienne, dans la province du Ratanakiri. Ils sont à peine plus âgés que le propre fils de Mao, né il y a deux ans quelque part dans l’épais maquis de l’extrême nord du Cambodge.
Le mariage de ses parents, sa naissance, son propre mariage avec une menuh prey, une fille de la forêt, la paternité: le destin de toute la famille de Mao est lié à la jungle depuis ce jour de 1979, il y a vingt-cinq ans, où quatre familles khmères rouges ont choisi de déserter, puis de s’évanouir dans les bois, alors que les tanks vietnamiens entraient dans leur village. Partis à douze personnes, ils ont réapparu à trente-trois en novembre dernier, au Laos, très loin du village. Une génération de cavale, de marches forcées, sans aucun contact humain extérieur. Les armes ont été jetées le premier jour. Les souliers ont tenu une semaine. Les pantalons, dix ans. Ensuite, il a fallu faire avec les moyens du bord. La communauté s’est vêtue d’écorces d’arbres. Les enfants ont appris à jouer sans bruit, dans la terreur d’une capture par les Khmers rouges ou les Vietnamiens. Obsédés par leur survie, ils ont peu varié leur quotidien. La chasse pour les hommes, la cuisine pour les femmes, un changement incessant de camp, le froid la nuit, les longues pluies de mousson et l’espoir qu’un jour ils reviendraient au village.


«Nous nous sommes égarés au bout de quelques jours, explique le père de Mao, ensuite, nous nous sommes enfoncés toujours plus profondément. Après, j’ai perdu les mots et l’écriture.» Il a aussi oublié les mois et les semaines. Aujourd’hui, cet homme de 40 ans ressemble à un vieillard. Ses enfants, qui caressent des pneus de voiture, font cinq ans de moins que leur âge. C’est l’arithmétique de l’exil dans la jungle. Ils n’ont guère parlé pendant toutes ces années. Mao ignorait ce qu’était un village. Il n’avait jamais vu de canard, ni d’homme blanc, ni de chemise ou encore cette Mobylette dont il rêve maintenant, quatre mois après son arrivée dans la civilisation.
Personne n’explique pourquoi le groupe a décidé, un jour, de quitter le maquis. «Je me suis résigné à me faire tuer par les Vietnamiens plutôt que de continuer dans ces conditions», avance le père. Renvoyés au Cambodge par la police d’immigration laotienne, ignorants de la marche du monde pendant vingt-cinq ans, ils apprennent la mort de Pol Pot et la fin de la guerre.

En souriant, il reconnaît: «On aurait pu rentrer plus tôt!» Mao crache du sang depuis deux semaines. Comme sa mère, morte au début de l’année. Une violente toux secoue toute la communauté, rattrapée par un cortège de maladies, paludisme, bronchite, tuberculose
Sous l’oeil du chef du village, lui-même un ancien cadre khmer rouge, une femme un peu ronde s’avance. Son groupe de 250 personnes a quitté la jungle en 1999, après vingt-deux ans d’errance. Il y avait des dizaines de groupes, des milliers de fuyards en 1979. Tout le monde serait rentré. «Et ces trente-trois-là seraient bien les derniers.» Alors, n’y a-t-il plus personne dans la jungle? Beaucoup, y compris le gouverneur du Ratanakiri, n’en sont toujours pas si sûrs.

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12-08-2007

Marie Angélique Le Blanc – La fille sauvage de Songy

070813abandon.jpg

  1. 1712 : naissance dans la tribu indienne des Renards entre le lac Michigan et le Mississipi.

  2. 1718 : Elle est offerte comme butin de guerre à une française du Canada, Marie-Chalotte Charest, épouse de Augustin le Gardeur de Courtemanches. Ce dernier étant mort le 29 juin 1717. 

  3. 12 septembre 1720 : Elle embarque pour la France avec Mme Courtemanche et une petite esclave noire sur l’Aventurier, un morutier.

  4. 20 octobre 1720 : elle débarque à Marseille en pleine épidémie de peste.

  5. novembre 1721 : elle prend la fuite avec la petite noire. Elles vont vivre en forêt durant une décennie.

  6. septembre 1731 : à Songy (51 240 Marne) , elle est aperçue dans un pommier à manger des fruits. Le petite noire est abattue par un chasseur.

  7. Elle est capturée est amenée chez M. d’Epinoy le noble du village. Elle y est nettoyée.

  8. 30 octobre 1731 : elle est placée à l’hôpital municipale de Saint-Maur.

  9. décembre 1731 : Le Mercure de France lui consacre deux articles, faisant connaitre son histoire à Paris puis à l’Europe.

  10. 16 juin 1732 : elle est baptisée et reçoit les prénoms de Marie-Angélique Memmie et le patronyme Leblanc. on lui atribue alors entre 19 et 20 ans. 

  11. Elle est ensuite pensionnaire de couvents à Châlons où elle reçoit une éducation de jeune fille de l’époque et elle retrouve la parole.

  12. 1737 : Marie Opalinska, mère de Marie Leszcynska, l’épouse de Louis XV, écrit à sa fille en faveur de Marie-Angélique.

  13. 1744 : Louis (1703-4-2-1752) duc d’Orléans, fis du Régent, la visite et la prend sous sa protection. Il lui accorde une pension de 600 livres par an. C’est à cette époque qu’elle prend le voile à Paris.

  14. septembre 1747 : Elle rencontre le naturaliste Charles-Marie de La Condamnine.

  15. 1750 : elle est mentionnée dans le Journal des nouvelles catholiques appartenant aux Nouvelles Catholiques de la rue Saint-Anne à Paris.

  16. 1751-1752 : elle vit au couvent de Sainte-Perrine à Chaillot, jusqu’à la mort du duc d’Orléans.

  17. septembre 1755 : Elle rencontre chez Mme de Luynes, la reine de France.

  18. 1761 : Parution de L’Histoire d’une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l’âge de dix ans, par Mme Hecquet (peut-être La Condamnine)
  19. 15 décembre 1775 : Elle meurt. (d’autres sources donnent 1788)

  20. 28 janvier 2015 : parution chez Delourt d’une bande dessinée: Sauvage, inspirée de sa vie. 

Je remercie Anonyme qui m’a signalé un article paru dans un mensuel d’histoire. Une rapide recherche m’a permit de trouver qu’il était  » inspiré  » en partie des travaux de M. Jean-Paul Denise de Châlons qui n’y est pas cité en plus. Donc pour plus de détails voyez : http://www.feralchildren.com/en/pager.php?df=denise

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05-08-2007

L’histoire de Marguerite et Julien de Ravalet

070805.jpgParmi les onze enfants du neveu de Jean II de Ravalet, Marguerite et Julien, tous deux d’une grande beauté, s’étaient choisis très tôt comme compagnons de jeux. Cette forte complicité devînt vite un attachement un peu trop marqué au goût de la famille. Julien a été envoyé à Coutances pour les études à l’âge de 13 ans, Marguerite en avait que 10. Malgré l’éloignement, Marguerite n’oublia jamais son frère. Au retour de Julien trois ans plus tard, tout le château pouvait entendre à nouveau des rires, Marguerite revivait. Marguerite été devenue une jolie jeune femme, elle était très courtisée et sa famille choisit pour elle un mari, sieur Lefevre de Haupitois. On disait qu’il était de 30 ans son aîné mais je ne peut pas vous le confirmer. Du moins, cette décision fût une catastrophe pour Marguerite qui se retrouvait alors éloigné de son frère. Le 20 mars 1600, le mariage eu lieu en l’église Notre-Dame de Tourlaville. Marguerite ne pense qu’à rejoindre son frère. En 1602, elle s’enfuit rejoindre Julien, ils vont se cacher sans cesse et voyager. Ils iront d’abord à Fougères en Bretagne, puis à Paris où ils seront retrouver par le mari de Marguerite. Ils sont arrêtés pour le crime d’inceste et d’adultère. En 1603, ils sont condamnés à la décapitation. Le père de Marguerite et Julien obtient une audience auprès du roi Henri IV mais celui-ci ne leur accorde pas la grâce. Le 2 décembre 1603, ils furent décapités en place de Grève à Paris. On pouvait lire cette épitaphe dans l’église de Saint-Julien en Grève où ils étaient inhumer :

« Ci gisent le frère et la sœur. Passant ne t’informe pas de la cause de leur mort, mais passe et prie Dieu pour leur âmes. »

On imagine fort bien la solitude de ces deux êtres. Barbey d’Aurévilly a écrit, Une page d’histoire, inspiré de la leur mais il a caricaturé et dramatisé leur amour. John Ford s’est inspiré d’eux pour écrire une pièce de théâtre qui est une insulte à leur mémoire, parce que vous avez comprit mon indignation devant l’ignominie du traitement qu’on leur a infligé !

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04-07-2007

Kaspar Hauser, par K. Noubi. (32e partie)

070704.jpgEn 1875, on a procédé à l’exhumation du bébé de Charles II de Bade et de Stéphanie de Beauharnais et on avait déclaré qu’il s’agissait bien du fils du couple royal : autrement dit, il n’a pas été subtilisé. On s’étonne, en l’absence, à l’époque, d’analyses génétiques, de telles conclusions.
L’origine ducale de Kaspar a été contestée à l’époque-même. Un policier berlinois, Merker, a publié un opuscule au titre significatif «Kaspar Hauser, vraisemblable mystification», où, Kaspar — qu’il n’a pourtant jamais rencontré — est décrit comme un simple d’esprit qu’on a voulu utiliser pour nuire à la famille grand-ducale de Bade.
Kaspar, lui-même, a joué le jeu et, toujours selon cette thèse, il n’a jamais été l’objet d’attentats mais il s’était infligé lui-même ses blessures. Cela expliquerait les paroles mystérieuses prononcées le jour de sa mort : «personne ne m’a fait de mal… Je n’ai rien à pardonner.» Pourquoi ce comportement ? Kaspar, devenu une vedette, a voulu jouer jusqu’au bout le rôle qu’on lui avait assigné, il a cherché à entretenir jusqu’au bout le mystère, à avoir une fin tragique, digne des histoires romantiques… On a évoqué aussi l’hypothèse que Kaspar a été la victime d’une expérience épouvantable : celle de faire élever, dans l’isolement le plus total, un enfant, pour savoir s’il pouvait, par lui-même, acquérir le langage et les autres fonctions sociales…. C’était bien dans l’air de ce début du XIXe siècle, où ce genre de questions occupait la pensée des philosophes et des savants…
Tout au long du XXe siècle, on a continué à s’interroger sur le mystère Kaspar Hauser. Des dizaines d’ouvrages ont été écrits, des films ont été réalisés.
En 1996, le magazine allemand, Der Spiegel, finance une recherche d’ADN : il s’agissait de comparer une tache de sang figurant sur le caleçon de Kaspar, au moment de son assassinat avec du sang provenant de descendantes de la famille grand-ducale de Bade. La résultat est qu’il n’y a aucune ressemblance entre les deux sangs, aucun apparentement génétique. Mais il a été établi, par la suite, que la tache de sang sur le caleçon de Kaspar est un faux, qu’il ne s’agit pas du sang du jeune homme.
D’autres analyses sont faites en 2002, à partir de six échantillons, dont des cheveux de Kaspar. L’étude a été menée à l’Institut de médecine légale de Münster, sous la direction de professeur B. Brinckmann, l’une des autorités allemande en matière de génétique. Les résultats sont, cette fois-ci différents, car selon le rapport du professeur «Kaspar serait effectivement un membre de la Maison grand-ducale de Bade». L’enfant mort de Charles II et de Stéphanie de Beauharnais, ne l’était pas, lui : mais pour le savoir, et en même temps établir que Kaspar est l’enfant légitime du couple, il faudrait analyser les ossements du bébé mort : cela, la famille de Bade le refuse. Le mystère va donc persister… Un mystère que Verlaine, dans le beau poème, Sagesse, qu’il a dédié à Kaspar, a su bien rendre : «Suis-je né trop tôt ou trop tard ? / Qu’est-ce que je fais en ce monde ? / Oh ! vous tous, ma peine est profonde./ Priez pour le pauvre Gaspard !»

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03-07-2007

Kaspar Hauser, par K. Noubi. (31e partie)

070627kasparmonument.jpgLa mort de Kaspar provoque une vague d’indignation en Allemagne, puis dans toute l’Europe. Ceux qui voulaient le réduire au silence sont parvenus à leurs fins : on ne voulait pas que le secret de ses origines soit révélé au monde.
Selon la chronique de l’époque, à l’annonce de la mort de Kaspar, la grande duchesse Stéphanie de Beauharnais, est tombée en larmes, criant : «Mon enfant !»
Ce serait la preuve qu’elle pensait que l’enfant qu’elle avait perdu en 1812 n’était pas mort mais qu’il avait été enlevé… Et ce fils serait Kaspar !
Sans adhérer à cette hypothèse, le roi de Bavière est scandalisé par le meurtre. Il ordonne une enquête et promet 10 000 florins, une fortune, à toute personne qui participerait à l’arrestation de l’assassin… Un assassin que l’on fait rechercher en Allemagne et dans toute l’Europe, en vain.
Le Grand-duché de Bade est désigné du doigt et on frôle, avec lui, l’incident diplomatique : mais aucune preuve de sa culpabilité n’est apportée, et on doit arrêter les accusations.
L’enquête dure deux années entières, le rapport de l’instruction comporte plusieurs milliers de pages, mais aucune preuve tangible n’est fournie, aucun coupable avéré, de son enfermement comme de son assassinat, n’a été établi. Finalement, après de longs débats, on a été contraint de fermer le dossier. A l’endroit où Kaspar a été agressé on a apposé une plaque en latin : «Hic occultis occulto uccissus, ici, un inconnu a été tué par un inconnu.» Cette plaque existe encore aujourd’hui et, de temps à autre, une main charitable pose, à l’endroit, une fleur. Une façon d’honorer la mémoire du jeune sauvage de Hanovre, devenu, par la rumeur, un enfant de sang royal, mort tragiquement.
La mort de Kaspar, on s’en doute, est loin d’avoir résolu le mystère de ses origines. Nous avons évoqué à plusieurs reprises l’hypothèse qui en faisait le fils de Charles II de Bade et de la princesse Stéphanie de Beauharnais. Les partisans de cette hypothèse étaient nombreux (et le sont encore aujourd’hui) : si le couple, dit-on, avait eu un enfant mâle, cet enfant aurait régné un jour sur le trône de Bade. Mais sa mort a permis, à la branche rivale de la famille de parvenir au pouvoir. On devine que cette branche, notamment, la comtesse de Hochberg, a été accusée, non seulement de l’enlèvement du petit prince à sa naissance, puis, une fois ce prince revenu, en la personne de Kaspar, son assassinat.
Selon un récit, quand Kaspar a été enlevé à la naissance, il devait être mis à mort, mais le major chargé de l’opération, avait eu pitié de l’enfant et l’avait confié à des paysans, moyennant une somme d’argent. Il aurait pu être élevé, parmi les enfants des paysans, mais ceux-ci ont préféré l’enfermer comme une bête. Parvenu à l’adolescence, on n’a plus voulu l’entretenir, c’est alors qu’on l’a rendu aux hommes (à suivre…)

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02-07-2007

Kaspar Hauser, par K. Noubi. (30e partie)

Il délire toute la nuit. On croit son heure venue mais le lendemain, il reprend connaissance. Le médecin revient pour soigner la blessure. On a des difficultés à faire baisser la fièvre. Il semble aller mieux et absorbe même un peu de bouillon.
La journée du 16 est stationnaire mais le 17, la fièvre monte de nouveau et il délire.
— Appelez ma mère, supplie-t-il.
Madame Meyer vient à son chevet. Elle lui tient la main et fait tout pour le calmer. Mais il s’agite et on croit son heure arrivée.
On fait venir le pasteur. L’homme d’église qui connaît bien Kaspar essaye de le rassurer.
— Comment vas-tu, mon garçon.
— Je ne vais pas très bien, monsieur le pasteur, je suis très fatigué !
— Tu mangeras du bouillon et de la viande et tu reprendras des forces ! N’oublie pas que les enfants te réclament pour finir la crèche…
— Je ne sais pas si je pourrais, monsieur le pasteur…
— Nous comptons tous sur toi, Kaspar.
— Je ferai de mon mieux, mais je ne sais pas si je pourrais…
Le pasteur hoche la tête.
— Dis-moi, tu veux peut-être dire quelque chose pour soulager ta conscience… C’est mon devoir de t’écouter et de t’aider.
Kaspar a un sourire triste ;
— Je n’ai rien à dire, monsieur le pasteur, j’ai la conscience tranquille…
Et il ajoute :
— Je demande pardon à tous… Le pasteur le regarde, étonné.
— Tu veux dire que tu pardonnes à tous… tu pardonnes le mal qu’on t’a fait, depuis ton enfance jusqu’à cet odieux attentat…
Kaspar se redresse. Il a du mal à parler.
— Personne ne m’a fait de mal…
Le pasteur n’en croit pas ses oreilles.
— Mon garçon, tu es une âme généreuse.
Le jeune homme laisse retomber la tête, épuisé par l’effort et répète, comme s’il se parlait à lui-même.
— Non, personne ne m’a fait de mal… Je n’ai rien à pardonner…
La cathédrale sonne à ce moment-là vingt heures. Kaspar pousse un soupir, regarde les gens qui l’entourent et ses yeux se figent. Le pasteur se lèvre, fait le signe de la croix et murmure avec une grande tristesse : «Il est mort.»
Puis, d’un geste de la main, il lui rabat les paupières. (à suivre…)

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02-07-2007

Kaspar Hauser, par K. Noubi. (29e partie)

Décembre 1833. La fête de Noël approche. Il règne une forte activité à Ansbach où on prépare les festivités.
Kaspar, qui ne travaille pas, ce 14 décembre, est chez le pasteur de la petite ville. Il s’y rend souvent, depuis quelque temps, il se rend à l’église où il s’entretient avec le pasteur. Il s’est découvert un intérêt pour la religion et le pasteur se fait un plaisir de faire son éducation. Mais ce jour-là, il n’est pas venu pour apprendre mais pour aider. Le pasteur prépare, en effet, avec ses enfants, la crèche de Noël et Kaspar veut y participer.
Armé de ciseaux, il découpe dans le carton des figurines. Il est très habile de ses mains et fait de jolies choses.
Vers quinze heures, il jette un coup d’œil sur l’horloge et dit aux enfants.
— Je dois rentrer…
L’un des enfants lui demande de rester encore.
— Nous avons besoin de toi !
— J’ai rendez-vous avec une personne qui doit me révéler le mystère de mes origines… Je dois retourner à la maison pour prendre un voisin avec moi…
Il prend donc congé du pasteur et des enfants et rentre.
Il retourne effectivement chez les Meyer et entraîne un voisin avec lui. Mais il le perd en cours de route et c’est tout seul qu’il se rend au lieu du rendez-vous : le jardin public de la petite ville. Il est quinze heures trente, quand le professeur Meyer sortant à la fenêtre l’aperçoit.
— Tiens, dit-elle, Kaspar revient….
Mais elle remarque aussitôt qu’il a une démarche étrange : il titube, comme s’il avait bu.
Le professeur est prêt à s’emporter et il sort pour aller à la rencontre du jeune homme. Celui-ci vient vers lui. Si tout à l’heure, il titubait, il semble maintenant prêt à s’écrouler.
— Kaspar !
— Professeur….
— Que se passe-t-il, mon garçon ?
Le jeune homme marche en se tenant le flanc. C’est alors que le professeur aperçoit la tache de sang sur la chemise.
— Kaspar, tu es blessé !
— Oui, professeur… Un homme, il m’a frappé avec un couteau…
— Je croyais que tu étais chez le pasteur !
— Non, jardin… jardin public…
— Et qui est cet homme qui t’a frappé ?
— Un homme… il m’a donné une bourse… Je l’ai prise, mais il a pris un couteau et il m’a frappé… J’ai laissé la bourse tombée et je me suis enfui…
L’effort le fatigue. Il veut encore parler mais il ne peut pas. Il tombe dans les bras du professeur, évanoui. (à suivre…)

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01-07-2007

Kaspar Hauser, par K. Noubi. (28e partie)

Kaspar, lui, mène une vie paisible, chez les Meyer. Le professeur est sévère et il fait souvent des remontrances au jeune homme. Celui-ci supporte toutes les remarques et se garde de répliquer.
Les relations avec madame Meyer sont plus détendues et même marquées par de la tendresse. La brave femme s’occupe bien du jeune homme et lui donne toute l’affection et la chaleur humaine dont il a besoin. Un jour, dans un mouvement sentimental, il lui dit.
— Madame, me permettez-vous de vous appeler «maman» ?
La brave femme est surprise par la demande. Kaspar insiste.
— J’ai tellement manqué de l’affection d’une maman… toute ma vie, j’ai vécu seul, toute ma vie, j’ai été enfermé, et la seule personne que je pouvais voir était le geôlier qui m’apportait à boire et à manger !
Madame Meyer est émue jusqu’aux larmes.
— Bien sûr mon garçon…
Il se jette à ses pieds.
— Vous acceptez que je vous appelle «maman» ?
— Oui, oui…
— Vous voulez réellement être ma maman ?
— Puisque je te dis oui…
Il embrasse les mains de la brave femme, les mouille de ses larmes. Il est heureux, comme un enfant à qui on vient de faire un superbe cadeau.
Les enfants des Meyer s’entendent bien avec lui. Eux aussi veulent bien devenir ses frères. Il leur raconte des histoires, leur taille, avec une grande adresse, des jouets dans le bois. C’est toujours un garçon très doux et très serviable qui ne refuse jamais de rendre un service à son prochain, même si cela doit lui coûter de la peine.
Avec les Meyer, il est heureux, il a trouvé une vraie famille : il ne demande qu’à vivre en paix, et ne cherche même pas à rétablir la vérité sur ses origines. Un jour le professeur l’appelle et lui dit.
— Kaspar, tu es maintenant un grand garçon, il va falloir que tu penses à gagner ta vie.
— Aidez-moi à trouver un emploi, dit-il avec docilité.
— Que dirais-tu d’un travail de secrétaire au tribunal de la ville ? C’est un travail rémunéré qui va te passionner…
— Je l’accepte si vous pensez qu’il me convient !
— Il te convient, mon garçon… Kaspar commence le lendemain. Le travail lui plaît. C’est pour lui un élément supplémentaire d’intégration dans la société des hommes. (à suivre…)

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30-06-2007

Kaspar Hauser, par K. Noubi. (27e partie)

070630feuerbach.jpgAu moment où on croyait que la polémique sur les origines de Kaspar s’était calmé, elle resurgit de plus belle.
Pour mettre fin à la querelle, le roi de Bavière charge le juriste allemand
Anselm Ritter von Feuerbach de mener l’enquête. Feuerbach est non seulement un juriste compétent mais c’est un fin limier, qui a mené à bien plusieurs enquêtes délicates.
Feuerbach reprend l’enquête à zéro. Il se rend à Ansbach et interroge Kaspar. Il lui fait raconter son histoire, décrire le cachot où il a été enfermé toute sa vie, donner des détails sur la vie menée, les personnages côtoyés…
Feuerbach a noté scrupuleusement les réponses et les a comparées avec celles des précédents interrogatoires. Sa conclusion est formelle :
«Ce garçon n’a pas menti. Ce n’est pas, comme on l’a prétendu, un comédien, apprenant un rôle appris, mais un homme sincère qui a réellement vécu les souffrances et les humiliations qu’il a rapportées !»
Après avoir passé en revue la vie de Kaspar, Feuerbach se penche sur ses origines. Il reprend les éléments d’enquête précédents, les enrichit de ses indices et déclare, sans ambages : Kaspar n’est ni un paysan ni un Hongrois comme on l’a prétendu mais un membre de la famille ducale de Bade !
Il revient sur la ressemblance physique entre Kaspar et les membres de cette famille, en les accentuant.
«Ce garçon aux traits fins et aux allures délicates ne peut pas être un vulgaire paysan. Il est indiscutablement de sang royal !»
Lui aussi croit à l’hypothèse de l’enlèvement de l’enfant à la naissance pour l’empêcher de régner un jour.
Ses parents ? Feuerbach ne veut pas se montrer catégorique mais lui aussi pense à Charles II de Bade et Stéphanie de Beauharnais. C’est, en effet, à leur lignée que revenait le trône de Bade et seule l’absence d’un héritier mâle pouvait l’en empêcher et favoriser l’avènement de la branche rivale. Charles et Stéphanie ont bien mis au monde un garçon mais celui-ci a été déclaré mort, sans que l’on montre le corps à sa mère. Or, Kaspar est né la même année que le petit prince (la lettre qui l’accompagnait lors de sa découverte l’indiquait) : il se peut donc que le prince ne soit pas mort mais ait été enlevé, remplacé par un enfant mort, puis confié à des paysans qui l’ont séquestré…
Les responsables d’un tel complot ne peuvent être que ceux qui n’avaient pas intérêt à ce que Charles de Bade ait un héritier mâle… La comtesse de Hoscberg est visée.
Feuerbach prétend avoir une preuve décisive de ce qu’il affirme et qu’il la révélera en temps opportun. Malheureusement, il meurt l’année suivante, d’un empoisonnement, sans avoir rien révélé. A-t-on cherché à le réduire au silence ? A-t-il trouvé un indice décisif ? On ne le saura jamais (à suivre…)

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29-06-2007

Kaspar Hauser, par K. Noubi. (26e partie)

070629kasparhauserdenkmal.jpgSuite à l’hypothèse du Lord anglais, certains croient savoir que Kaspar n’est qu’un imposteur, brandi par des ennemis de la couronne pour lui nuire. On va jusqu’à dire que toute l’histoire de la séquestration a été inventée, que Kaspar, un excellent comédien, a joué au sauvage, répétant scrupuleusement le rôle qu’on lui a appris…
Mais toutes ces hypothèses tombent à l’eau : la sincérité de Kaspar ne peut être mise en doute ni sa douloureuse histoire dont il porte des stigmates physiques et moraux…
Lord Stanhope, à l’origine de la polémique, se lasse de Kaspar. Le sauvage de Hanovre ne constitue plus pour lui une curiosité — il est beaucoup plus civilisé qu’il ne le croyait—, et il veut s’en débarrasser.
Un matin, en décembre 1933, il se rend avec lui dans la petite ville d’Ansbach, en Bavière, et le présente à son ami, le professeur Meyer et sa femme.
— Professeur, lui dit-il, je vous amène quelqu’un qui, depuis qu’il a été découvert, dans un état lamentable, cherche un foyer et une famille !
Le professeur, qui a entendu parler de Kaspar, hoche la tête.
— Il est évident, dit l’aristocrate, que je prends totalement en charge les frais de sa pension, de son habillement et de son éducation.
Il se retourne vers Kaspar.
— Mon garçon, tu cherchais une famille ? Eh bien, en voici une, différente de toutes celles que tu as eu jusqu’à présent.
Il lui présente le professeur :
— Lui sera comme ton père. Il est professeur et perfectionnera ton éducation générale et intellectuelle…
Il lui montre madame Meyer.
— Et voilà son épouse… Une brave femme, toute dévouée à sa famille… avec elle, tu ne manqueras ni de soins ni d’affection.
Il y a enfin les enfants du couple.
— Et eux, tu peux les considérer comme tes frères et sœurs… ils seront tes compagnons de jeu, tes amis et tes confidents !
Kaspar est ravi.
— Alors, dit le Lord, je peux te laisser dans cette famille ?
— Oh oui, dit Kaspar.
Lord Stanhope sourit.
— Cela va certainement te changer des mondanités et des papotages dont je t’ai donné le goût mais, je pense que tu seras heureux dans cette famille. On ne te prendra plus pour une curiosité mais pour ce que tu es : un homme.
L’aristocrate peut retourner chez lui, avec la satisfaction du devoir accompli. Il a laissé Kaspar entre de bonnes mains. (à suivre…)

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28-06-2007

Kaspar Hauser, par K. Noubi (25e partie)

070628stanhope.jpgL’histoire de Kaspar intéresse de nouveau l’Europe : ce jeune homme, retrouvé dans un état sauvage, est-il réellement le descendant de la famille grand-ducale de Bade ? N’est-ce pas parce qu’il dérange les parties au pouvoir qu’on cherche à l’éliminer ?
A quelques jours de là, un étrange personnage arrive à Nuremberg et demande à voir le jeune «sauvage». Il s’agit d’un riche Anglais, un comte même,
lord Stanhope, venu spécialement d’Angleterre pour le voir.
«voilà donc le jeune sauvage ! s’exclame-t-il, en le voyant, viens par ici !»
Il l’examine sous toutes les coutures, comme un animal curieux que l’on découvre pour la première fois.
— Tu sais parler ? demande le comte.
— Oui, monsieur.
Il sait, non seulement parler, mais il est aussi cultivé et bien élevé.
— ça te dirait de venir vivre chez moi ? demande-t-il à Kaspar.
— Je veux bien, monsieur, répond-il timidement, mais il faut qu’on m’autorise à aller avec vous… Je ne suis pas libre de mes mouvements !
Cette réponse charme encore plus l’Anglais, qui décide de prendre sous sa protection le jeune homme. Il demande aux autorités de Nuremberg sa garde et l’obtient sans difficultés. On avait compris que Kaspar s’ennuyait chez le baron von Trucher et qu’il était temps, pour lui, de changer d’air. Voilà, donc, Kaspar sous l’aile d’un nouveau protecteur. Le comte anglais est certainement un excentrique, mais c’est un bon vivant et il entraîne Kaspar dans les fêtes et les salons mondains de l’époque. Il exhibe fièrement Kaspar, comme un animal exotique, racontant, en l’enrichissant de détails farfelus, son histoire.
«Ce jeune homme a vécu la plus grande partie de sa vie dans l’isolement le plus total ! Néanmoins, il n’a pas perdu sa qualité d’homme, puisqu’il a suffi de quelques mois de formation pour en faire un être civilisé !»
Kaspar est évidemment la coqueluche des dames : chacune veut lui parler, le toucher et le caresser. On l’interroge sur sa vie de reclus, sur ses sentiments à l’égard des autres hommes, ce qu’il pense des femmes…
La question de ses origines intéresse toujours, et lord Stanhope, comme tant d’autres, va s’y pencher. A la surprise générale, il déclare, qu’après avoir mené l’enquête, il est arrivé à la conclusion que Kaspar n’appartient pas à la famille ducale de Bade mais qu’il est… Hongrois !
Ce sont les ennemis de la famille régnante de Bade qui cherchent à le présenter comme un authentique rejeton de cette famille !
En fait, on finit par découvrir que le lord est un ami du grand duc Léopold de Bade : on le soupçonne alors d’avoir tenu ces propos pour écarter Kaspar. (à suivre…)

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28-06-2007

Kaspar Hauser, par K. Noubi (24e partie)

070627luisavonhochberg.jpgLa blessure est nettoyée et pansée et la police, arrivée sur les lieux, interroge le jeune homme.
«Que s’est-il passé ? Quelqu’un est entré dans ta chambre pour te tirer dessus ?»
Kaspar est encore affaibli, mais il fait un effort pour parler.
— Non, personne ne m’a tiré dessus… J’étais seul dans ma chambre !
— Alors, que s’est-il passé ?
Kaspar soulève la tête.
— Je suis monté sur une chaise… Je voulais voir le fusil accroché au mur… J’étais mal équilibré et je suis tombé… Dans ma chute, je me suis accroché au fusil, j’ai touché la gâchette et le coup est parti…
— Tu veux dire que tu t’es blessé accidentellement ?
— Oui, dit Kaspar, en détournant la tête.
On essaye d’imaginer la scène et on trouve le récit peu crédible. Mais pourquoi Kaspar mentirait-il ? Pour protéger un éventuel agresseur qu’il connaissait ? La police, elle, va le soupçonner d’avoir tenté de mettre fin à ses jours !
Apprenant cette hypothèse, Kaspar est scandalisé :
— Je ne mettrai jamais fin à ma vie ! Ce sont les autres qui veulent me tuer, alors que je n’ai jamais fait de mal à personne !
Quoi qu’il en soit, ce deuxième «incident» est interprété comme un nouvel attentat contre le jeune homme : on essaye de le faire disparaître !
Une fois de plus,
la comtesse de Hochberg est désignée du doigt.
«Elle veut se débarrasser d’un témoin gênant !»
La polémique sur les origines de Kaspar est relancée : si on veut l’éliminer, c’est parce qu’il est d’origine royale et qu’on craint qu’il ne prouve un jour son appartenance à la famille de Bade et n’exige le trône !
Le silence des mis en cause renforce la suspicion et on craint pour la vie du jeune Kaspar : un troisième attentat, croit-on, pourrait l’éliminer.
On lui change de famille, pour la troisième fois.
Cette fois-ci, il est pris en charge par le baron von Tucher. Celui-ci, conscient de la responsabilité qui lui a été confiée, enferme le jeune homme.
«Tu ne sortiras de la maison, lui dit-il, que sur mon autorisation, et tu seras toujours accompagné par un de mes domestiques. C’est le seul moyen de te protéger contre de nouvelles agressions !»
Comme Kaspar est de nature docile, il accepte les règles que lui impose le baron. Mais il est malheureux : l’enfermement imposé doit lui rappeler les jours de sa séquestration. Il est vrai qu’il ne vit pas dans un réduit et qu’il n’est pas séparé de ses semblables mais il ressent la même privation de liberté (à suivre…)

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28-06-2007

Kaspar Hauser, par K. Noubi (23e partie)

Kaspar Hauser, par K. Noubi (23e partie) dans Feuilleton bio_02g

On a vite compris que ceux qui ont essayé d’éliminer le jeune homme recommenceront dès que l’occasion se présentera. Aussi, cherche-t-on à mieux le protéger.
Il devient évident qu’il est dangereux de le laisser chez le professeur Daumer, dont la maison est ouverte à tous les vents.
Les autorités de Nuremberg le confient au conseiller municipal, Biherbach, chez qui, pense-t-on, il sera plus en sécurité.
Le jeune garçon regrette les Daumer, auxquels il s’est habitué, mais comme il a une forte capacité d’adaptation, il finit par accepter sa nouvelle famille.
Ses nouveaux protecteurs continuent son éducation. C’est un élève très studieux et avide d’apprendre. Il lit beaucoup, il écrit et dessine. C’est aussi un garçon très obéissant, qui fait tout ce qu’on lui demande.
Il a sa chambre particulière, qu’il décore à son goût. Il la nettoie, lui-même, et fait son lit. Il est d’une si grande propreté qu’on a du mal à imaginer qu’il a vécu, pendant toute sa vie, dans un réduit sordide, où il dormait, mangeait et faisait ses besoins !
Les semaines, puis les mois passent sans que rien de particulier ne se produise.
Le jeune homme constitue toujours une curiosité, dans la ville, et on s’interroge toujours sur ses origines. Mais peu de gens se retournent, sur son passage, pour le désigner comme «l’enfant sauvage». C’est un signe qu’il n’est plus un sauvage, qu’il fait désormais partie de la société des hommes.
3 avril 1830. Kaspar est dans sa chambre. Ses protecteurs, les Biherbach, ne le surveillent pas, quand il est à la maison : il ne risque rien, et comme c’est un garçon très raisonnable, il ne fait pas de bêtise.
Depuis qu’il a été attaqué et a failli laisser la vie, on lui a donné des armes à feu, pour se défendre. Le conseiller lui a appris à manier revolver et fusil, tout en lui expliquant qu’il ne devrait les utiliser qu’en cas de danger.
«Ne t’amuse pas à les manipuler, tu pourrais te blesser, et même te tuer !»
Kaspar, manipulait-il une de ses armes, ce matin d’avril ? Un coup de feu éclate brusquement et le conseiller a tout de suite sauté sur ses jambes.
— ça vient de la chambre de Kaspar ! On se précipite et on le trouve par terre, avec une plaie à la tempe. Le conseiller le relève. — Kaspar, comment te sens-tu ?
— Mal, dit le jeune homme.
— Allez vite chercher un médecin, ordonne le comte à un domestique.
Un autre domestique l’aide à transporter le jeune homme dans son lit.
— Appelez la police, dit le conseiller.
On ignore ce qui s’est passé mais la thèse d’un second attentat, contre le jeune homme, est vite envisagée. (à suivre…)

 

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27-06-2007

Kaspar Hauser, par K. Noubi (22e partie)

070627karlvonbaden.jpgLe médecin examine le jeune homme qu’on a étendu sur un lit. Il a perdu beaucoup de sang et il est très pâle, mais ses jours ne sont pas en danger. On nettoie la plaie, on le panse et on le laisse dormir, pour reprendre un peu de forces.
La police arrive peu après et on interroge Kaspar sur ce qui s’est passé.
— Je revenais du marché, dit-il, quand un homme m’a abordé…
— Un homme que tu connais ?
— Non, c’est un inconnu…
Il peut le décrire et décrire son costume, mais c’est un homme quelconque, pareil à des milliers d’autres.
— Il a proposé de m’accompagner, je n’y ai pas vu d’inconvénient…
L’homme l’a suivi jusqu’à la maison où il habite, puis il l’a traîné dans la cave, sans que Kaspar puisse se défendre.
— Tu aurais dû appeler à l’aide !
— Je n’y ai pas pensé…
— Que s’est-il passé alors dans la cave ?
— L’homme m’a frappé avec un objet très dur, à la tête, en disant : «tu ne sortiras pas vivant d’ici !»
— Tu n’as pas essayé de te défendre ?
— Il était plus fort que moi, et puis, je ne m’attendais pas à ce qu’il m’attaque…Je suis tombé, j’ai perdu connaissance. C’est seulement quand on est descendu dans la cave que j’ai repris mes esprits…
La police prend note du témoignage de Kaspar et commence son enquête. Mais celle-ci ne doit pas aller bien loin, faute d’indices concrets.
La presse, elle, a vite fait de retrouver le commanditaire de l’agression : la comtesse de Hoschberg…
Elle a fait enlever Kaspar à la naissance, et comme il a refait surface, il la menace de nouveau. Alors, elle a envoyé un mercenaire à sa solde pour l’éliminer, mais, heureusement, l’attentat n’a pas réussi…
On croit même citer le nom de celui qui a recruté le tueur : le major Hennenhofer, celui-là même qui a fait enlever Kaspar à sa naissance et l’a confié à des paysans. «C’est l’âme damnée de la comtesse et son exécuteur des basses besognes !»
Il n’y a, bien sûr, aucune preuve à l’appui de ces accusations, mais elles paraissent tout à fait plausibles. En tout cas, cela accréditait fortement l’idée que Kaspar est le fils de
Charles II de Bade et de Stéphanie de Beauharnais : autrement, pourquoi aurait-on attenté à sa vie ? La presse demande aux autorités de protéger Kaspar, en attendant que toute la lumière soit faite sur ses origines (à suivre…) 8

K. N

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26-06-2007

Kaspar Hauser, par K. Noubi (21e partie)

070627stephaniedebeauharnais.jpgOn parle à Kaspar de ses «origines» : il n’en croit pas ses oreilles : lui le fils d’un couple royal ?
— Mais j’ai toujours vécu dans mon réduit, comme un animal, complètement isolé du monde et des hommes…
— On t’a fait enlever pour t’empêcher de parvenir au trône de Bade !
— Mes parents seraient toujours vivants ? demande-t-il, angoissé.
— Ta mère, la princesse Stéphanie…
Stéphanie de Beauharnais a bien sûr entendu parler de cette histoire extraordinaire. Elle veut bien croire que l’enfant sauvage de Hanovre est son fils, surtout qu’elle n’a jamais fait son deuil. Mais il faut des preuves plus probantes pour la faire réagir. Et puis, il y a la comtesse de Hochberg, qui règne sur la maison de Bade, et qui trouve cette histoire tout à fait absurde…
Kaspar continue donc à vivre chez ses protecteurs, en attendant que la vérité éclate et qu’il soit définitivement fixé sur son sort.
Ce matin du 17 octobre 1829, le professeur Daumer demande à Kaspar s’il veut bien se dégourdir un peu les jambes.
— Vous savez bien que j’aime marcher, répond l’adolescent.
— Alors, dit le professeur, ma femme a besoin de quelques ingrédients pour faire son déjeuner, si tu veux bien faire les courses pour elle…
— Ce sera avec joie, répond Kaspar.
Le jeune homme est un modèle de douceur et d’obéissance : lui, qui avait toutes les raisons de haïr les hommes, qui l’ont enfermé comme une bête, sa vie durant, aime son prochain et ne pense qu’à le servir.
Le jeune homme prend la liste des choses qu’il faut acheter et se rend au marché. Monsieur et madame Daumer vaquent à leurs affaires et oublient le jeune homme. Les heures passent et madame Daumer, qui attend toujours les courses se rend compte que Kaspar n’est pas de retour.
— Il flânerait au marché, dit le professeur
— Ce n’est pas dans ses habitudes, il sait bien que j’ai besoin des ingrédients que je lui ai demandé d’acheter !
A midi, comme il ne revient toujours pas, on s’inquiète sérieusement.
— Où est-il passé ?
On envoie au marché mais on ne le trouve pas. On pense alors qu’il est revenu à la maison et qu’il s’est oublié, quelque part. On fouille le jardin, où il aime se rendre, on cherche dans les pièces, mais en vain.
— Il reste la cave, dit le professeur.
On y descend et on le trouve, évanoui, une plaie béante à la tête. Le professeur envoie chercher le médecin et monte le jeune blessé dans la maison. (à suivre…)

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23-06-2007

Kaspar Hauser, par K. Noubi (20e partie)

Portrait par François GérardCertes, la ressemblance est établie, mais la question qui revient est : de qui Kaspar est-il le fils ?
On sait, par la lettre qu’il avait sur lui quand on l’a trouvé, que Kaspar est né en 1812. Il suffit donc de chercher quel membre de la famille royale, cette année là, a mis un enfant au monde.
On cherche et on découvre que la mère de l’enfant pouvait être la princesse
Stéphanie de Beauharnais.
Née à Versailles, en France, Stéphanie était la fille du comte Claude de Beauharnais, apparenté à Alexandre de Beauharnais, le premier époux de l’impératrice de France, Joséphine. Napoléon avait adopté la jeune fille, en avait fait une princesse et l’avait donnée en mariage, en avril 1806 au grand duc Charles II Frédéric de Bade. Charles de Bade, réputé être un coureur de jupons, a délaissé sa femme. Ce n’est qu’en 1811 que le couple donne naissance à une fille, Louise, et en 1812, à un garçon.
Dans la hiérarchie de la maison de Bade, Charles II appartient à la quatrième branche, elle-même issue de la première branche de la maison ducale de Bade, lignée dite Ernestine. Un enfant mâle issu de lui pouvait prétendre au trône de Bade.
On devine la joie de Stéphanie en apprenant qu’elle venait de mettre au monde un garçon, mais la joie se transforme vite en cauchemar quand on vient annoncer à la jeune maman que le nouveau né venait de décéder. «Mon fils est bien né vivant !», a-t-elle protesté.
Mais on lui a répondu que l’enfant est mort peut après sa naissance. Il est vrai, qu’à l’époque, beaucoup d’enfants mourraient à la naissance, même dans les familles royales.
Stéphanie a demandé à voir son fils mais on a refusé de lui montrer le cadavre, c’est du moins ce que l’on croit savoir au cours de l’enquête effectuée sur les origines de Kaspar.
C’est alors que la question se pose : «Et si l’enfant de Stéphanie n’était pas
mort ?»
Et si l’enfant avait été enlevé et confié à des paysans, avec ordre de l’enfermer dans un réduit et de l’élever dans le secret le plus complet ?
Et si cet enfant était Kaspar ?
Mais qui avait intérêt à faire disparaître l’enfant de Stéphanie ? La réponse est simple : il faut chercher à qui a profité la disparition !
On découvre qu’en l’absence d’un enfant mâle de Charles II, c’est la comtesse de Hochberg qui est montée sur le trône de Bade : elle a pu ainsi, en toute légalité, évincer la lignée de Charles.
L’histoire est vite construite : la comtesse de Hochberg a substitué à l’enfant, bien vivant de Stéphanie, un enfant mort-né et confié, par un major complice, le petit prince à des paysans qui l’ont alors élevé dans la captivité, comme un animal !
L’histoire passionne l’Europe et beaucoup réclament le rétablissement de la vérité. On oublie que si cette histoire est vraie, ceux qui sont derrière l’enlèvement de Kaspar peuvent réagir (à suivre…)

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22-06-2007

Kaspar Hauser, par K. Noubi (19e partie)

070626armoiries.jpgLe professeur qui, comme beaucoup d’intellectuels du 19e siècle, était adepte des sciences ésotériques, n’en doute pas : les rêves sont le reflet d’expériences passées que même des années d’isolement ne peuvent effacer…
Il insiste auprès de Kaspar.
— Et ce château que tu voyais dans tes rêves, tu te rappelles y avoir vécu ?
— non, dit Kaspar.
— On t’avait peut-être donné un livre d’images où tu pouvais voir des châteaux ?
— non, les premiers livres que j’ai vus, c’est ici, chez vous…
— Parle-moi des personnages de tes rêves ?
— Je voyais juste des formes, pas de visages…
— Bien sûr tu ne pouvais te rappeler des gens de ton entourage… tu les as quittés trop jeune…Mais le fait que tu te rappelles du château est un indice suffisant.
Un indice que le professeur se presse de diffuser.
«Ce garçon, explique-t-il à un public en quête de sensations, est de noble origine. Il a été enlevé à sa naissance, pour l’empêcher de parvenir au règne et il a été élevé en sauvage… il aurait pu passer le reste de sa vie dans son cachot mais ses gardiens n’ont plus voulu s’occuper de lui, c’est pourquoi ils l’ont relâché….De sa première vie de noble, Kaspar a gardé la finesse des traits mais aussi des rêves où il est question de châteaux et de jardins…. Oui, je le répète, ce garçon est d’origine princière !»
Toute l’Allemagne romantique vibre à ce récit : Kaspar n’est pas un enfant abandonné mais un prince enlevé et enfermé toute sa vie dans un réduit, pour brouiller ses origines !
Mais il ne suffit pas d’affirmer que Kaspar est un prince, il faut le prouver, c’est-à-dire donner des indices qui accréditent l’hypothèse d’un enlèvement.
Le professeur Daumer s’attelle lui-même à la tâche. Il fait des recherches du côté des familles nobles. Il commence par réunir des portraits de princes, de princesses et de rois et les compare à Kaspar : il étudie les moindres détails et finit par découvrir — ou croit découvrir— des ressemblances avec les membres de la famille royale de Bade.
Pour conforter son jugement, il soumet ses analyses à des observateurs.
— N’y a-t-il pas une ressemblance frappante entre ces princes et Kaspar ? Regardez attentivement le nez… Le léger écartement des narines…
La ressemblance existe, en effet.
— Et ce front bombé et haut… N’est-ce pas le même que celui de ces princes ?
Là aussi, on constate la ressemblance.
— Et ce regard… Cette allure : tout n’indique-t-il pas un apparentement évident entre Kaspar et ces hommes et femmes de sang royal ?
— Oui, disent les observateurs, enthousiastes. Mais de qui, Kaspar est-il réellement le fils ? (à suivre…)

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22-06-2007

Kaspar Hauser, par K. Noubi. (18e partie)

Tandis que Kaspar lit un texte d’histoire sur Hanovre, le professeur Daumer l’observe attentivement. Les doigts du jeune garçon sont très fins, comme ceux d’une jeune fille, et il y a beaucoup de noblesse dans ses manières. Il est difficile de croire que le jeune homme ait vécu enfermé dans un réduit, tout au long de sa vie. En tout cas, il ne ressemble guère aux enfants sauvages dont la littérature a tant parlé.
Et le professeur de penser : «Et si ce garçon était de noble origine ? Et s’il s’agissait d’un prince qu’on avait enlevé et enfermé quelque part dans la campagne, pour l’écarter du règne ?»
– Kaspar, dit le professeur, arrête de lire…
L’adolescent lève un regard surpris vers son maître.
– Je lis mal, professeur ?
– Non, non, tu lis très bien…. Seulement je voudrais te poser des questions…
– Je vous écoute, professeur !
Le professeur le regarde attentivement, puis pose la première question.
– Dis moi, Kaspar, tu faisais des rêves pendant que tu étais enfermé, dans ton réduit ?
Kaspar réfléchit.
– Oui, professeur, je rêvais souvent…
– Tu peux me décrire certains de ces rêves ?
Kaspar réfléchit encore.
– Oui… Je voyais souvent l’homme en noir…
– Celui qui s’occupait de toi ?
– Oui…
– Tu voyais d’autres personnes ?
– Je voyais des gens, mais pas leurs visages…
– C’est tout à fait normal, puisque des gens, tu n’en voyais plus depuis longtemps… Mais, dis moi, tu ne rêvais pas d’autres lieux?
– Si, dit Kaspar, je voyais parfois une grande et belle maison….
Le professeur sursaute.
– Une grande maison ?
Kaspar prend son livre d’histoire et le feuillette. Il montre l’image d’un château.
– Une maison pareille à celle-là…
– Tu en es sûr ? Ce n’est pas maintenant que tu vois ces images que tu en rêves?
– Non, non, c’était avant… Quand j’étais seul et enfermé… Je rêvais aussi d’un grand jardin et d’un grand cheval de bois, avec lequel je jouais !
– Tu avais un cheval à bascule dans ton réduit…
– Non, celui de mes rêves était plus beau et plus grand ! (à suivre…)

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21-06-2007

Kaspar Hauser, par K. Noubi. (17e partie)

070507kasparhauser02.jpgKaspar Hauser, comme nous l’avons vu, parle. Il est vrai qu’il articule mal les sons et que son vocabulaire est limité mais il possède la faculté du langage. La preuve, c’est qu’il a pu raconter, bribes par bribes, son histoire au bourgmestre de Hanovre. C’est que Kaspar n’a pas été abandonné dans une forêt et livré à lui-même : on l’a juste isolé du monde et limité ses contacts avec les autres. De plus, même si le long enfermement dont il a été victime l’a affecté physiquement, il ne présente pas, comme les autres enfants sauvages, des caractères archaïques. Ainsi, il n’a pas d’orbites enfoncées et son corps n’est pas recouvert de poils, au contraire, on lui trouvera les mains blanches et douces, ce qui poussera certains observateurs à penser qu’il était d’origine «noble».
Après avoir entendu son histoire, le bourgmestre décide de lancer des avis de recherche : il fait placarder les informations dont il dispose et invite toute personne pouvant les compléter ou reconnaître Kaspar à se présenter.
Les jours passent, mais personne ne se présente. Personne n’a jamais entendu parler de ce garçon !
En attendant que la question des origines de l’adolescent s’éclaircissent, on le confie à un professeur de la ville, Georg Daumer, auquel on lui confie aussi la tâche d’éduquer Kaspar, pour en faire un «être socialement acceptable».
Le professeur Daumer, qui s’est documenté sur les cas d’enfants sauvages, sait au moins, qu’il ne rencontrera pas le grand obstacle auquel on est confronté avec les enfants sauvages : Kaspar possède des rudiments de langage, il s’agira juste de développer son vocabulaire et de lui inculquer des connaissances.
Kaspar a appris à écrire son nom, mais en fait, il ignore le reste de l’alphabet et il ne sait pas lire. Le professeur commence donc par l’alphabet. Kaspar apprend très vite : il s’applique et témoigne même un certain enthousiasme à apprendre.
L’alphabet et l’écriture appris, le professeur se lance dans la grammaire. Bientôt, Kaspar peut parler, plus ou moins, correctement, et même s’il fait des fautes, on le comprend aisément.
— C’est bien dit le professeur, et si on se mettait à apprendre l’histoire ?
— Je veux apprendre l’histoire, dit Kaspar
— Bien, alors je vais t’enseigner l’histoire de Hanovre.
Il écoute et répète docilement ce qu’il apprend. Bientôt, il connaît tout de Hanovre, autant que peut en connaître un lycéen de son âge, habitant la vieille ville. Il découvre aussi qu’il y a des dates, qu’on est en 1828 et qu’il est né 16 années plus tôt…
Kaspar s’enthousiasme pour la géographie. Il découvre que Hanovre n’est pas la seule ville qui existe au monde, qu’il y en a d’autres, en Allemagne, dans d’autres pays du monde.
Pour quelqu’un qui a été enfermé, sa vie durant, dans une petite pièce, avec pour seul compagnon, un cheval de bois, il faut que la découverte soit extraordinaire. Il y a des villes, des hommes, des pays (à suivre…) 2

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19-06-2007

Kaspar Hauser, par K. Noubi (16e partie)

Le docteur Itard, s’il est d’accord avec la description que Pinel fait de Victor, ne partage pas son verdict : l’enfant n’est pas atteint, comme il l’écrit, d’idiotisme irrécupérable. Pour lui, si Victor présente un déficit mental, ce n’est pas par débilité mais par isolement, par manque d’entourage humain. Il suffit de refaire son éducation pour qu’il se comporte comme un être humain.
Le docteur Itard se fixe tout un programme. Il s’agira d’abord d’attacher Victor à la vie sociale, mais sans le brusquer : on lui montrera une vie plus douce que celle qu’il a quittée, mais également proche de celle qu’il a quittée. Il s’agira ensuite de «réveiller sa sensibilité nerveuse» par des stimulants énergiques, de multiplier ses rapports avec les autres, de lui apprendre à parler, enfin de le faire réfléchir sur les objets qu’il utilise pour apprendre à réfléchir.
Pour ce qui est de la langue, Itard commence par familiariser Victor aux sons de la langue, dans lesquels Victor ne voyait que des sonorités indistinctes. Il faut près de cinq mois pour que Victor apprenne à reconnaître un son, le son O, et à détourner la tête quand il l’entend. «Cette préférence pour le O, écrit le docteur Itard, m’engagea à lui donner un nom qui se termine par cette voyelle. Je fis le choix de celui de Victor. Ce nom lui est resté et quand on le prononce à haute voix, il manque rarement de tourner la tête ou d’accourir». Il va acquérir progressivement d’autres sons, mais l’apprentissage sera lent et difficile, Victor ne parvenant pas à reconnaître les mots ni à les associer aux référents qu’ils désignent. Victor se limitera à ce que Itard appelle «le langage à pantomimes», c’est-à-dire à l’expression par les gestes. Ainsi, pour l’envoyer chercher de l’eau, on doit lui montrer une cruche et pour lui faire comprendre qu’elle est vide, la mettre dans une position renversée.
Itard met au point plusieurs tests pour faire parler Victor mais il échouera à chaque fois. «tout ce que je pus obtenir de cette longue série de soins, écrit-il, se réduisit à l’émission de quelques monosyllabes informes, tantôt aigus, tantôt graves, et beaucoup moins nets encore que ceux que j’avais obtenus dans mes premiers essais.»
En fait, Victor ne parlera jamais, mais s’il refuse de faire usage du langage oral, il ne développe pas moins d’autres facultés langagières. C’est ainsi qu’Itard parvient à lui faire reconnaître visuellement des mots. Ainsi, il parvient à apparier sans difficulté des listes de mots répétés, il peut aussi reconnaître un rapport entre un graphisme et l’objet auquel il est lié. Mais Itard n’est pas dupe : Victor ne reconnaît pas des mots, des signes linguistiques, porteurs d’une signification, mais des mots qui accompagnent des choses. Un mot n’est valable que pour un objet précis, jamais pour une classe d’objet : le mot «ciseaux» désigne les ciseaux qu’il connaît, il ne le reconnaît pas quand on lui montre d’autres ciseaux. La faculté d’abstraction est absente chez lui.
Quand le docteur Itard se séparera de lui, Victor mènera, à Paris, une vie de reclus. (à suivre…) 30 mai.

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18-06-2007

Les enfants sauvages : essai de chronologie.

Faits réels, légendes et littérature.

  1. Zeus : Caché en Crète dans la grotte secrète de Lyctos et protégé par les nymphes du mont Ida, il est allaité par la chèvre Amathée.
  2. Vers 753 av. notre ère, Romulus et Remus, jumeaux, sont abandonnés dans les eaux du Tibre par leurs parents. Par miracle, ils parviennent à survivre et sont recueillis par une louve qui les élève avec ses petits. Comme on le sait, Romulus après avoir tué son frère devint le fondateur légendaire de la ville de Rome.
    Des cas semblables d’enfants qui auraient été élevés par des louves ou autres femelles animales (guenon, truie, gazelle, etc.) ont été observés. Des enfants sauvages vécurent aussi seuls en pleine nature, sans l’aide d’animaux.

  3. VIe siècle : On peut considérer que nous devons le premier cas au témoignage direct et méticuleux de Procope de Césarée, De bello Gothico, II, 17. Cet épisode peu connu n’a guère été relevé ce qui suppose, parmi ses contemporains, une absence de sensibilité collective aux ouvertures spéculatives ménagées par cette bizarrerie. Il évoque, intrigué mais de manière fondamentalement détachée, l’histoire d’un nouveau-né encore dans les langes qui avait été abandonné par ses parents à Urbisaglia, au moment où toute la population avait fui le village menacé par les combats entre les armées des Grecs et des Goths. Une chèvre adopte l’enfant, le nourrit, le surveille et le défend . Longtemps après, au retour de la population, on essaye de  » normaliser  » l’enfant qui refuse obstinément le lait des femmes tandis que la chèvre tente par tous les moyens d’empêcher qu’on le lui enlève. Finalement, on se borna à lui donner le nom d’Egiste (littéralement : élevé par une chèvre) et on laissa, sans se formaliser, l’enfant et l’animal poursuivre tranquillement leur vie.

  4. 1304 : Enfants-loups en Allemagne. Mentionné par les bénédictins d’Erfurt dans leur chronique de l’année 1304, l’enfant-loup de Hesse qui fut “admirablement éduqué” par une meute et se laissa mourir des années après dès qu’on voulut l’apprivoiser.

  5. 1341 : Enfants-loups de la Hesse (Allemagne).

  6. 1344 : Enfants-loups en Wetteravie.

  7. 1563 : Enfant-loup des Ardennes.

  8. 1661 : Fille-ourse en Lituanie. Un beau jour de 1661, un enfant bien proportionné, à la peau très blanche, les cheveux blonds et les traits du visage agréables, fut trouvé par des chasseurs dans la forêt de Lituanie. Il vivait au milieu des ours, et se défendit avec les ongles et les dents contre ceux qui voulaient l’attraper. Il avait avec lui un compagnon de son âge, mais qui eut le temps de s’enfuir avant d’être capturé.

  9. 1672 : L’enfant-mouton, trouvé dans une forêt d’Irlande, mangeait de l’herbe et du foin qu’il choisissait à l’odorat. Il courait très vite et était fort agile. On le connaît bien, car il fut décrit par le célèbre professeur Nicola Tulp, qui servit de modèle à Rembrandt lorsque celui-ci peignit sa Leçon d’anatomie, œuvre qui fait toujours la gloire du musée d’Amsterdam. D’après lui, il avait le front plat, l’arrière de la tête allongé, la langue épaisse et le ventre enfoncé, particularité due, d’après le professeur, à son habitude de marcher à quatre pattes. Enfin il bêlait au lieu de parler.

  10. 1717 : La fille d’Oranienburg. On découvre la première  » fille sauvage « , dans la province hollandaise d’Overyssel. Elle avait été enlevée à seize mois à ses parents et avait dix-neuf ans lorsqu’on la captura. On ignorait cependant le temps qu’elle avait passé dans les forêts. Sa peau était basanée et couverte de poils, et ses cheveux, très longs, flottaient sur ses épaules. Elle ne parlait pas et se nourrissait d’herbes et de feuillages. On ne parle pas d’animaux à son propos. Elle ne sut jamais parler, mais communiquait par signes. On lui apprit à filer la laine, et elle exerça cette occupation jusqu’à sa mort.

  11. 1719 : Deux enfants trouvés dans les Pyrénées, courant et sautant dans les montagnes à la manière des isards, firent beaucoup parler d’eux, et Jean-Jacques Rousseau les mentionna ; mais on sait finalement bien peu de choses sur leur compte.

  12. 1724 : Peter, l’enfant sauvage de Hameln (Hanovre). Abandonné par son père dans la forêt, il retrouva le domicile familiale un an plus tard il en fut définitivement chassé. le jeune. Il ne fut retrouvé qu’en 1724, à l’âge de treize ans. Il préférait les fruits et l’écorce des jeunes arbres au pain qu’on lui présentait. Il était fort sale, et son corps était marqué de plusieurs cicatrices. Son caractère était farouche et agressif au début, mais il devint plus tard beaucoup plus traitable. Ce jeune garçon marchait sur ses deux pieds, il courait très vite et ne grimpait pas aux arbres. Très vorace, il ne put jamais que prononcer quelques mots pour demander de la nourriture. Le roi d’Angleterre, George Ier, qui était également électeur du Hanovre, s’intéressa à lui et l’emmena en Grande-Bretagne où il essaya de le faire éduquer. L’enfant de Hameln apprit peu à peu à supporter les vêtements et manifestait un grand plaisir en écoutant de la musique.

  13. 1731 : La fille sauvage de Songy. Ce surnom lui est attribué par Linné, elle fut baptisée Mademoiselle Leblanc. Elle vécut avec une compagne, avant d’être capturée en 1731, à l’âge de 18 ans. Son histoire fut mentionnée par Racine (1747), Blumenbach, naturaliste allemand (1755), La Condamine (1755) et Linné (1758).

  14. 1767 : une fille-ours découverte en Hongrie. La fille sauvage de Karpfen, en Basse Hongrie, était nue. Son corps était robuste, et il fallut la tirer de force de la tanière où elle s’était réfugiée. Conduite à l’hôpital de Karpfen, elle refusa de manger des aliments cuits, mais faisait ses délices de la viande crue et des écorces d’arbres. On ne sut jamais comment elle avait pu survivre dans ces forêts inaccessibles, où pullulaient des animaux féroces, ours et loups.

  15. 1784 : L’enfant-loup de Kronstadt Cet adulte, baptisé l’enfant-loup de Kronstadt, découvert en Roumanie (à la frontière entre la Transylvanie et la Wallachie) en 1784, est classé par Singh & Zingg, parmi les enfants sauvages qui n’ont bénéficié d’aucun secours animal durant toute leur vie dans la nature.

  16. 1797-1799 : Lacaune (Aveyron) capture de Victor. Ce garçon de onze ans environ entre dans une maison du canton de Saint-Sernin. Il ne parle pas, se montre farouche, malpropre, violent parfois. Il avait déjà été attrapé par trois chasseurs mais s’était évadé pour rejoindre les bois où il avait déjà été entrevu quelques années auparavant. Il porte des traces et des cicatrices de sa vie solitaire et sans aucun contact humain. Placé en hospice, on ne le laissera plus s’échapper.

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  18. L’expression enfant sauvage apparait dans le rapport de police de Guiraud et Constant de Saint-Estève relatant la première et la seconde capture du « sauvage de l’Aveyron ».

  19. 1828 : Kaspar Hauser.

  20. 1829 : enfant-cochon en Autriche.

  21. 1831 : On fit mention d’une fille-truie, découverte dans la région de Salzbourg, en Autriche, qui, ayant été élevée dans une porcherie, imitait le grognement des cochons

  22. 1879 : Le dessinateur Albert Robida (1848-1926) signe un roman de 800 pages intitulé les « Voyages Très-Extraordinaires de Saturnin Farandoul« , dans lequel le héros éclipse tous ceux de Jules Verne (il les rencontre et les ridiculise !). L’aventure démarre avec un naufrage au cours duquel Saturnin, âgé de 4 mois et 7 jours, échoue avec son berceau sur une île peuplée de singes. Adopté, il deviendra aussi agile qu’eux. À 11 ans, conscient de sa différence, il quitte sa tribu, prend la mer sur un tronc de palmier, puis est recueilli par un navire. Il apprend vite, et devient rapidement un leader parmi les hommes, mais aussi parmi les animaux. Une bataille avec des pirates lui fera retrouver sa tribu de singes dont il fera un régiment armé, instruit et civilisé, et… toujours victorieux !

  23. 1892 : fille-ourse de Jalpaïguri

  24. 1894 : Le Livre de la jungle est un livre qui a été écrit par Rudyard Kipling lors d’un séjour de quatre années aux États-Unis. C’est probablement son ouvrage le plus célèbre.

  25. 1912 : Tarzan est un personnage créé par Edgar Rice Burroughs dans le roman (Tarzan of the Apes). A noter que dans sa première aventure, Tarzan, combat un tigre, animal qui ne vit pas en Afrique mais en Inde, en particulier. Burroughs a-t-il lu Kipling ?

  26. 1920 : Amala et Kamala deux fillettes-louves, découvertes en Inde Amala fut découverte à Midnapore en compagnie de sa sœur Kamala de 8 ans. L’âge attribué aux enfants résulte d’une « évaluation purement approximative » d’après leur taille et leur allure, note le révérend Singh dans son journal. Amala mourut un an après. Kamala elle vivra jusqu’en novembre 1929.

  27. 1938 : Anna, de Pennsylvanie.

  28. 1940 : Edith, de l’Ohio.

  29. 1946 : En Syrie, on fit la découverte d’un enfant qui se comportait comme une gazelle. Il avait les chevilles et les genoux anormalement gros et il se déplaçait en faisant des bonds prodigieux. Capturé et confié à une famille, cet enfant totalement sauvage n’arriva jamais à s’adapter à la captivité. Il ne pensait qu’à se sauver. Il pouvait même sauter du premier étage de sa maison avec une facilité qui déconcertait sa famille adoptive. Pour l’empêcher de fuir, on finit par lui couper les tendons d’Achille.

  30. 1953 : En Libye, un enfant gazelle fut surpris par un photographe.

  31. 1954 : Ramu, enfant-loup de Lucknow (Inde), recueilli à 10 ans environ, vécut 14 ans à l’hôpital, sans quitter son lit. On ne put lui apprendre ni à marcher, ni à parler. Il souriait seulement à l’infirmière lui apportant ses repas (viande crue, eau qu’il lapait dans une assiette) ; il mourut en 1968 d’une affection respiratoire.

  32. 1960 : Enfant-gazelle de Mauritanie.

  33. 1961 : Enfant-singe de Théran – agé de 14 ans.

  34. 1975 : Découverte au Nigeria, d’un enfant sauvage se nourrissant de terre. Il s’agissait, croit-on, d’un enfant handicapé mental échappé d’un hôpital psychiatrique.

  35. 1988 : Yvan retrouve la civilisation en Russie après 4 ans dans la rue sous la protection d’une bande de chiens : il se sent l’un d’entre eux.

  36. 1988 : Au Chili, on récupère Axel, 7 ans, qui s’est enfui trois ans plutôt d’un orphelinat. Il sanglote quand on l’attrape et déclare  » les chiens, c’est ma famille « .

  37. 1990 : En Ukraine, Oxana Malaya, élevée par des chiens jusqu’à l’âge de 8 ans. La jeune fille boit à une fontaine publique. Elle est à quatre pattes, et lorsqu’elle a fini, elle secoue la tête et les membres comme un animal mouillé. Oxana vient d’être récupérée par les autorités de son pays après avoir passé quatre ans dans la niche d’une chienne, abandonnée des hommes et de la civilisation. Elle court à quatre pattes, elle ne parle pas encore et elle craint les humains. Lorsque la parole revient (ou arrive), des années plus tard, elle dit  » maman, c’est la chienne « .

  38. 1991 : John Sambuya, en Ouganda. Six ans. Aurait vécu trois avec des ververts (race de singe).

  39. 1992 : En Roumanie, on arrache Möldin à la chienne borgne qui l’allaitait.

  40. 2003 : William et Thomas Green, deux garçons de 16 et 22 ans découverts dans l’Ouest canadien.

  41. 2004-07 : Andréï, un garçon de 7 ans, élevé par un chien dans l’Altaï (Sibérie).

  42. 2006 : Ahmed Yassine, 6 ans, a passé la moitié de sa courte vie enfermé avec 4 chiens et 30 chats, dont il partageait la pâtée.

  43. 2007-01-19 : Rochom P’ngieng, 27 ans, disparus pendant 19 ans dans la jungle cambodgienne.

(Dernière mise à jour : 2010-08-02)

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18-06-2007

Kaspar Hauser, par K. Noubi (15e partie)

Le cas le plus célèbre d’enfant sauvage, avant l’apparition de Kaspar Hauser, est Victor de l’Aveyron. Il s’agit d’un enfant de sexe masculin, âgé d’une dizaine d’années, apparu à la fin du 18e siècle, dans la région de Saint-Sernin, en France. Il a déjà été aperçu dans les bois, quelques années auparavant, et on l’avait pris pour un loup. Trois chasseurs l’ont capturé et l’ont ramené dans leur village mais il a réussi à s’enfuir et à reprendre la vie sauvage. Ce n’est que quelques temps après qu’il a été de nouveau capturé et cette fois-ci on ne l’a pas laissé s’échapper. Il ne portait aucun vêtement, il était incroyablement sale et se montrait agressif quand on s’approchait de lui.
Ce cas suscite la curiosité et un ministre le fait venir à Paris. On tente de lui apprendre à parler et à lui enseigner les bonnes manières mais on s’y prend mal : l’enfant, non seulement ne parle pas mais aussi refuse de se soumettre aux règles qu’on veut lui imposer. Un médecin l’examine et déclare qu’il est atteint d’idiotisme et qu’on ne pouvait le récupérer. Ne sachant quoi faire de lui, on le place dans l’Institut des sourds-muets où le docteur Jean Itard le prend en charge.
Dans le premier rapport qu’il a publié en 1801, le docteur Itard expose l’état de Victor ainsi que l’a décrit Pinal.
«Procédant d’abord par l’exposition des fonctions sensorielles du jeune sauvage, le citoyen Pinal nous présenta ses sens réduits à un tel état d’inertie que cet infortuné se trouvait, sous ce rapport, bien inférieur à quelques uns de nos animaux domestiques ; ses yeux sans fixité, son expression, errant vaguement d’un objet à l’autre, sans jamais s’arrêter à aucun, si peu instruit d’ailleurs, et si peu exercé par le toucher, qu’ils ne distinguaient pas un objet en relief d’avec un corps en peinture ; l’organe de l’ouïe insensible aux bruits plus forts comme à la musique la plus touchante ; celui de la voix réduite à un état complet de mutité et ne laissant échapper qu’un son guttural et uniforme ; l’odorat si peu cultivé qu’il recevait avec la même indifférence l’odeur des parfums et l’exhalaison fétide des ordures dans sa couche était pleine. enfin, l’organe du toucher restreint aux fonctions mécaniques de la préhension des corps. Passant ensuite à l’état des fonctions intellectuelles de cet enfant, l’auteur du rapport nous le présente incapable d’attention, si ce n’est pour les objets de ses besoins, et conséquemment de toutes les opérations de l’esprit qu’entraîne cette première, dépourvu de mémoire, de jugement, d’aptitude à l’imitation, et tellement borné dans les idées même relatives à ses besoins, qu’il n’était point encore parvenu à ouvrir une porte ni à monter sur une chaise pour atteindre les aliments qu’on élevait hors de la portée de sa main… Il passait avec rapidité et sans aucun motif présumable, d’une tristesse apathique aux éclats de rire les plus immodérés ; insensible à toute espèce d’affections morales ; son discernement n’était qu’un calcul de gloutonnerie, son plaisir une sensation agréable des organes du goût, son intelligence la susceptibilité de produire quelques idées incohérentes, relatives à ses besoins ; toute son existence, en un mot, une vie purement animale.» (à suivre…)

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15-06-2007

Kaspar Hauser, par K. Noubi (14e partie)

Celui qu’on a appelé «le garçon de Kronstadt» a été capturé, à la fin du 18e siècle, en Valachie, région de Roumanie, connue pour ses épaisses forêts… et ses vampires. Mais contrairement aux vampires, ce garçon ne fait pas partie des mythes mais a bel et bien existé. Boris Porchnev et Bernard Heuvelmans le citent dans leur ouvrage, L’homme de Néandertal est toujours vivant comme exemple d’homme primitif, appartenant à l’espèce dite du Néandertal et que l’on croyait disparue, remplacée par l’espèce actuelle, l’homo Sapiens. D’après les portraits qui ont été faits de lui, il avait le corps recouvert de poils, le front fuyant, les orbites enfoncées, le cou noueux, comme s’il était gonflé, les membres assez développés, les muscles saillants… Selon les deux auteurs cités, il ne s’agissait pas seulement de caractères néandertaliens, mais encore d’un néandertalien d’un type très archaïque.
Si ce portrait est conforme à la réalité, on se demande comment un tel homme ait pu servir alors que son espèce s’est éteinte depuis des milliers d’années. On a supposé que le garçon de Kronstadt appartenant à un groupe d’hominidés que l’isolement dans les forêts et les montagnes a réussi à sauvegarder. Cependant aucun autre membre de ce groupe n’a été retrouvé, en Valachie.
Autre trait du garçon de Kronstadt : il ne s’est jamais adapté à la vie des hommes. Selon Boris Porchnev et Bernard Heuvelmans, il souffrait d’autisme : «Il n’exprimait jamais le moindre sentiment. Quand on éclatait de rire ou simulait la colère, il ne semblait pas saisir ce qui se passait… Il regardait avec stupéfaction tout ce qu’on lui montrait, mais il détournait bientôt le regard, avec la même absence de concentration, sur d’autres objets. Quand on lui présentait un miroir, il regardait celui-ci, mais restait tout à fait indifférent de n’y point trouver son image.» L’autisme de ce garçon aurait été provoqué par un isolement prolongé : on a supposé, dans la foulée, que tous les membres de son groupe ont été autistes. Hypothèse difficile à envisager pour un groupe humanoïde !
Toujours à la fin du 18e siècle, un autre homme sauvage, appelé Jean de Liège, de la région de Belgique où il a été trouvé, présente des caractères de Néandertalien, notamment un corps velu, mais comme il a réussi à parler, on ne l’a pas classé, comme le garçon de Kronstadt, dans la catégorie des Néandertaliens.
Jean de Liège a quand même le corps massif, des traits archaïques, comme les orbites enfoncées, mais il a réussi à s’adapter peu à peu à la vie des hommes, en acceptant de porter des vêtements, de vivre en compagnie des hommes.
On a beaucoup parlé de la façon de parler de Jean : il s’exprimait mal, hachant les mots, avalant des consonnes. Mais selon les témoignages, s’il parlait mal, ce n’était pas à cause d’une déficience mentale mais plutôt d’une anomalie de son larynx. Comme on ne précise pas de quel type d’anomalie il s’agit, on reste perplexe : en quoi le larynx de cet homme était-il différent du nôtre ? Malheureusement aucune étude n’a été faite, ce qui laisse planer le doute sur les origines de Jean de Liège. (à suivre…)

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14-06-2007

Kaspar Hauser, par K. Noubi (13e partie)

Au cours du mois de septembre 1731, une fillette, âgée de neuf ou dix ans, fait son apparition dans le village de Songy ou, selon d’autres sources, de Soigny : la confusion vient du fait que ces deux localités, qui se trouvent dans le département de la Marne, en France, sont voisines.
La fillette était vêtue de loques, elle avait les cheveux ébouriffés, le dos légèrement courbé, et ses mains puissantes avaient les pouces anormalement longs.
Elle a brusquement surgi de la forêt, tenant un gros bâton à la main. Un chien s’est précipité vers elle, elle lui assène aussitôt un coup et l’animal tombe, tué sur le coup. Puis, elle brandit son arme, en direction des hommes que cette vision effraye.
— Le Diable ! Le Diable !
On la poursuit mais elle court si vite qu’on ne parvient pas à la rattraper. Ses jambes semblent, malgré son âge, plus solides que celles d’un coureur expérimenté. On doit donc user de ruse pour la capturer.
On a alors découvert qu’il ne s’agit pas d’un démon mais d’un être humain et on a formulé l’hypothèse qu’il s’agit d’un enfant abandonné par sa famille dans la forêt. On n’a pas parlé, comme pour les autres cas, de loups ou d’un tout autre animal qui l’aurait élevée. Qu’elle ait survécu, seule dans la nature, sans aucune aide, relève du miracle. Il est difficile, en effet, d’imaginer un bébé subvenant lui-même à ses propres besoins, se protégeant des intempéries… Il y a aussi l’hypothèse que la fillette ait été abandonnée à un âge un peu plus avancé – trois ou quatre ans : mais là aussi, on ne peut concevoir qu’elle ait vécu seule, dans la nature.
On ignore d’où lui venaient les haillons qu’elle portait et on a supposé qu’ils lui avaient été donnés. On a parlé de vêtements de cuir, voire d’une fourrure : la fillette n’était pas vêtue mais avait le corps recouvert de poils !
Elle ne parlait pas, elle mangeait ses aliments crus. Peu à peu, la petite sauvage —qu’on a prénommée Marie-Angélique — s’est adaptée à la société des hommes. Elle a appris à parler, et elle est entrée en religion, finissant ses jours dans un couvent. Elle a gardé, toute sa vie, une souplesse physique extraordinaire, courant plus vite qu’aucun homme et nageant comme un poisson !
Selon certains auteurs modernes, Marie-Angélique appartient à une race humaine disparue, le Néanderthalien. On a trouvé dans le portrait que les témoignages de l’époque ont fait d’elle, des traits de cette espèce : face allongée, stature légèrement recourbée et surtout pouce anormalement allongé. Elle avait également une solide carrure, des bras puissants et une mâchoire très forte. On a aussi discuté de ces fameux haillons, vestiges d’un vêtement qu’une femme lui aurait donné, et on a conclu qu’il ne s’agissait pas de vêtement mais d’une fourrure naturelle : le corps de la fillette aurait été recouvert de poils ! Mais ce fait n’est pas établi et angélique a été présentée, par la suite, comme une fillette tout à fait normale. En tout cas, elle est devenue une religieuse !

(à suivre…)

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13-06-2007

Kaspar Hauser, par K. Noubi (12e partie)

En 1341, soit près de quarante ans après la découverte de l’enfant sauvage d’Hesse, un autre enfant-loup était découvert. Comme le premier, il courait au milieu d’une meute de loups, à quatre pattes et tout nu, sautant et hurlant comme eux. On est parvenu, au prix de mille difficultés, à le capturer. Contrairement à l’enfant de Hesse, il a montré une forte résistance aux hommes, et, trompant la vigilance de ses gardiens, il s’est échappé, et s’est réfugié sous un banc. En dépit de tous les efforts, on n’a pas réussi à le faire sortir de son abri. Il a refusé également de prendre la nourriture qu’on a placé devant lui et, il est mort de faim. Comme dans le cas précédent, la socialisation tentée est un échec. Ces cas anciens, ont été l’occasion, pour les philosophes, de poser le problème de la relation de l’homme à la culture et à la nature, et souvent, ils vont servir d’argument pour une critique de la société, une récusation de la supériorité de l’homme sur l’animal.
Un cas célèbre, parce qu’il a suscité en Angleterre des polémiques est celui de Peter. Il a été découvert dans la campagne de Hamelin, en Hanovre, en 1724. lui aussi avait vécu parmi les loups et il se comportait comme eux. Comme le Hanovre dépendait alors de l’Angleterre, on l’avait offert à son roi, George 1er, un homme qui aimait les curiosités. Peter est exhibé à la cour et on venait le voir comme un animal. Les célébrités de l’époque, comme Swift, Pope et Defoe l’avaient rencontré et parlé de lui dans leurs œuvres.
Après avoir amusé un temps le roi et sa cour, Peter est confié à un médecin, un certain docteur Arbuthnot, pour faire son éducation. Le docteur, qui n’est pas un homme délicat, a des méthodes plutôt sévères. Il jugeait, en effet, que Peter n’était qu’un sauvage et qu’il fallait user, avec lui, de force pour lui inculquer les principes de la morale et de la vie en société. Ainsi, quand le jeune homme manifestait de la résistance et refusait de faire ce qu’on lui disait, il le frappait, aux jambes, avec une lanière de cuir. Comme on le ferait avec un animal pour le dresser.
Contrairement aux autres enfants sauvages, Peter n’a pas appris à parler. Selon le document anonyme qui traite de son cas, le Enquiry How the Wild Youth, il souffrait d’une anomalie, un filet latéral fixant sa langue au palais. Un médecin l’avait examiné et avait envisagé de couper le filet mais il avait renoncé, à la dernière minute, à pratiquer l’opération. Peter semblait avoir posé des problèmes au docteur Arbutnot qui, au bout d’une année, a fini par le retourner au roi. Le roi Georges et sa belle-fille Caroline vont se disputer à son propos. Finalement, on l’envoie dans une ferme où il va passer toute sa vie : une vie longue et heureuse, selon la chronique.
Peter est l’occasion pour des écrivains, comme Swift ou Defoe, pour faire une critique de la société, de se railler des hommes et de leur prétention à être supérieurs à la bête. On oppose la liberté et l’innocence de l’état naturel à l’hypocrisie de la société. On s’interroge aussi sur les capacités de l’être humain à s’adapter à son milieu et à se suffire à soi-même : Peter, comme les autres enfants sauvages, a pu survivre, avec ses faibles capacités physiques, dans un environnement très défavorable. (à suivre…)

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12-06-2007

Les enfants sauvages

Mowgli, le héros du Livre de la Jungle du grand écrivain anglais Rudyard Kipling, a popularisé le thème des enfants sauvages. Les enfants-loups existent-ils ? Cette énigme a préoccupé les hommes depuis les temps les plus lointains. Le débat est essentiel : quelle est la frontière entre l’état animal et l’état humain ?

L’historien grec Hérodote nous rapporte, dès le 5ème siècle avant notre ère, qu’un pharaon, désirant découvrir le langage que les enfants parleraient spontanément, avait tenté une étrange expérience. Il s’agissait en réalité de connaître quelle était la  » langue première  » de l’humanité. On prit donc deux nouveau-nés à leurs parents et on les confia à un berger pour qu’il les élevât avec ses chèvres. Le pharaon avait ordonné que personne ne leur dise un mot et qu’ils vivent dans une cabane isolée du monde extérieur. Au moment voulu, ils devaient être allaités par les chèvres et ils devaient recevoir tous les soins dont ils auraient besoin. Malheureusement, Hérodote ne nous dit rien sur les résultats de cette curieuse expérience.

Il est d’ailleurs plus que probable que les enfants soient restés complètement muets : l’enfant apprend sa langue en entendant parler ses parents.

 Au Moyen Age, l’empereur allemand Frédéric II de Hohenstaufen chercha lui aussi à savoir quelle sorte de langage et quelle façon de parler adopteraient des enfants élevés sans jamais parler à qui que ce fût.  » Aussi nous dit, dans sa chronique, le moine franciscain Salimbene – demanda-t-il à des nourrices d’élever les enfants, de les baigner, de les laver, mais en aucune façon de babil1er avec eux ou de leur parler, car il voulait savoir s’ils parleraient l’hébreu, le plus ancien des langages (c’ est tout au moins ce que l’on croyait à cette époque) ou le grec, ou le latin, ou l’arabe, ou peut-être encore le langage des parents dont ils étaient issus.

 » Mais il œuvra pour rien, car tous les enfants moururent… En effet, ils ne pouvaient pas survivre sans les visages souriants, les caresses et les paroles pleines d’amour de leurs nourrices. « 

Le XVIIIème siècle reprendra ce thème de l’enfant sauvage et, dans une pièce de théâtre, La Dispute, Marivaux mettra en scène un prince qui tente de renouveler l’expérience de Frédéric II : il décide que deux enfants mâles et deux enfants femelles soient élevés seuls à la campagne, gardés seulement par leurs parents nourriciers : deux personnes de race noire, le frère et la sœur :

 » Il y a dix-huit ou dix-neuf ans – explique-t-il à sa confidente lorsque commence la pièce – que mon père, naturellement philosophe, résolut de savoir à quoi s’en tenir par une épreuve qui ne laissait rien à désirer. Quatre enfants au berceau, deux de votre sexe et deux du nôtre, furent portés dans la forêt, où il avait fait bâtir cette maison exprès pour eux, où chacun d’eux fut logé à part, et où, actuellement même, il occupe un terrain dont il n’est jamais sorti, de sorte qu’ils ne se sont jamais vus.

 » Ils ne connaissaient encore que Mesrou et sa sœur qui les ont élevés et ont toujours eu soin d’eux, et qui furent choisis de la couleur dont ils sont afin que leurs élèves en fussent étonnés quand ils verraient d’autres hommes. On va donc pour la première fois leur laisser la liberté de sortir et de se connaître, on peut regarder le commerce qu’ils vont avoir ensemble comme le premier âge du monde. « 

Tous ces auteurs ne faisaient d’ailleurs que reprendre le mythe des anciens peuples, où l’on voit Remus et Romulus téter la louve et le jeune Jupiter boire le lait de la chèvre Amalthée. A l’époque historique, c’est par dizaines que l’on dénombre les enfants élevés par des animaux, loups ou autres mammifères. Au point que les philosophes des Lumières s’intéressent fort à ces cas étranges, Buffon et Condillac parlent d’eux, et Jean-Jacques Rousseau écrit :

 » Les enfants commencent à marcher à quatre pattes et ont besoin de notre exemple et de nos leçons pour apprendre à se tenir debout. L’enfant de Hesse avait été sauvé par des loups. Il avait tellement pris l’habitude de marcher comme les animaux qu’il fallut lui attacher des pièces de bois qui le forçaient à se tenir en équilibre sur ses deux pieds. « 

 » Il en était de même de l’enfant qu’on trouva dans les forêts de Lituanie et qui vivait parmi les ours. Il ne donnait, dit M. de Condillac, aucune marque de raison, marchait sur ses pieds et sur ses mains, n’avait aucun langage et formait des sons qui ne ressemblaient en rien à ceux d’un homme. Le petit sauvage d’Hanovre, qu’on mena il y a plusieurs années à la cour d’Angleterre, avait toutes les peines du monde à s’assujettir à marcher sur deux pieds ; et l’on trouve deux autres sauvages dans les Pyrénées qui couraient par la montagne à la manière des quadrupèdes. « 

L’enfant-loup de Wetteravie, trouvé en 1544 près d’Echzel, dans la forêt de Hardt, en Bavière, fut l’un des premiers dont l’histoire ait retenu le nom. Il avait environ douze ans lorsqu’il fut capturé par des hommes. Cette même année, un autre enfant était découvert, en Hesse, parmi des loups. L’historien Philippe Camerarius rapporte que ce garçon avait été enlevé à l’âge de trois ans par ces animaux et qu’il marchait à quatre pattes. Les loups, dit-il, s’étaient pris de tant d’affection pour lui qu’ils le nourrirent des meilleurs morceaux de leur proie, et l’exercèrent à la course jusqu’à ce qu’il fût en état de les suivre au trot et de faire les plus grands sauts.

Ils prenaient grand soin de son bien-être, puisqu’ils avaient creusé une fosse pour l’abriter pendant la nuit et l’avaient garnie de feuilles. Ils se couchaient tous autour de lui pour le protéger du froid. Le naïf chroniqueur s’écrie :  » Si c’ est vrai, cela est digne d’admiration.  » Faut-il s’étonner si, hébergé à la cour du Landgrave, Henri de Hesse, l’enfant-loup, avait dit qu’il préférait encore retourner avec les loups plutôt que de vivre parmi les hommes ?

Un beau jour de 1661, un enfant bien proportionné, à la peau très blanche, les cheveux blonds et les traits du visage agréables, fut trouvé par des chasseurs dans la forêt de Lituanie. Il vivait au milieu des ours, et se défendit avec les ongles et les dents contre ceux qui voulaient l’attraper. Il avait avec lui un compagnon de son âge, mais qui eut le temps de s’enfuir avant d’être capturé.

A la fin du siècle, et toujours en Lituanie, on prit un autre enfant parmi des ours : il avait une dizaine d’années, était couvert de poils et ne donnait, raconte-t-on, aucune marque de raison. Il n’articulait aucun langage humain. On parvint cependant à lui apprendre à se tenir debout, à se nourrir normalement et à prononcer quelques mots, mais, lorsqu’il fut en mesure de s’exprimer, il ne put se souvenir de son passé.

L’enfant-mouton, trouvé dans une forêt d’Irlande, en l672, mangeait de l’herbe et du foin qu’il choisissait à l’odorat. Il courait très vite et était fort agile. On le connaît bien, car il fut décrit par le célèbre professeur Nicola

Tulp, qui servit de modèle à Rembrandt lorsque celui-ci peignit sa Leçon d’anatomie, œuvre qui fait toujours la gloire du musée d’Amsterdam. D’après lui, il avait le front plat, l’arrière de la tête allongé, la langue épaisse et le ventre enfoncé, particularité due, d’après le professeur, à son habitude de marcher à quatre pattes. Enfin il bêlait au lieu de parler.

Un cas semblable existait à la fin du XVIème siècle à Bamberg, en Allemagne. Il s’agissait cette fois d’un enfant qui avait été élevé parmi les bœufs et qui se battait à coups de dents avec les plus grands chiens, qu’il parvenait ainsi à mettre en fuite.

Vient ensuite l’affaire tout aussi curieuse d’une  » fille sauvage  » …

En 1717, on découvre la première  » fille sauvage « , dans la province hollandaise d’Overyssel. Elle avait été enlevée à seize mois à ses parents et avait dix-neuf ans lorsqu’on la captura. On ignorait cependant le temps qu’elle avait passé dans les forêts. Sa peau était basanée et couverte de poils, et ses cheveux, très longs, flottaient sur ses épaules. Elle ne parlait pas et se nourrissait d’herbes et de feuillages. On ne parle pas d’animaux à son propos. Elle ne sut jamais parler, mais communiquait par signes. On lui apprit à filer la laine, et elle exerça cette occupation jusqu’à sa mort.

Deux ans plus tard, deux enfants trouvés dans les Pyrénées, courant et sautant dans les montagnes à la manière des isards, firent beaucoup parler d’eux, et Jean-Jacques Rousseau les mentionna; mais on sait finalement bien peu de choses sur leur compte.

Un enfant sauvage mieux connu fut celui de Hameln, dans le Hanovre. Le jeune Peter avait été abandonné dans la forêt par ses parents et ne fut retrouvé qu’en 1724, à l’âge de treize ans. Il préférait les fruits et l’écorce des jeunes arbres au pain qu’on lui présentait. Il était fort sale, et son corps était marqué de plusieurs cicatrices. Son caractère était farouche et agressif au début, mais il devint plus tard beaucoup plus traitable. Ce jeune garçon marchait sur ses deux pieds, il courait très vite et ne grimpait pas aux arbres.

Très vorace, il ne put jamais que prononcer quelques mots pour demander de la nourriture. Le roi d’Angleterre, George Ier, qui était également électeur du Hanovre, s’intéressa à lui et l’emmena en Grande-Bretagne où il essaya de le faire éduquer. L’enfant de Hameln apprit peu à peu à supporter les vêtements et manifestait un grand plaisir en écoutant de la musique.

Un autre de ces enfants, Jean de Liège, perdu par ses parents à l’âge de cinq ans et retrouvé seize ans après, retint l’attention du naturaliste Linné, qui en parle dans ses ouvrages. Il se nourrissait surtout des légumes qu’il trouvait dans la terre.

La fille sauvage de Karpfen, capturée en 1767 en Basse Hongrie, était nue. Son corps était robuste, et il fallut la tirer de force de la tanière où elle s’était réfugiée. Conduite à l’hôpital de Karpfen, elle refusa de manger des aliments cuits, mais faisait ses délices de la viande crue et des écorces d’arbres. On ne sut jamais comment elle avait pu survivre dans ces forêts inaccessibles, où pullulaient des animaux féroces, ours et loups.

En 1831, on fit mention d’une fille-truie, découverte dans la région de Salzbourg, en Autriche, qui, ayant été élevée dans une porcherie, imitait le grognement des cochons. L’enfant-porc d’Overdyke, lui, avait une prédilection pour les salades, et un autre enfant sauvage de cette région, élevé parmi les loups, grimpait aux arbres, criait comme un oiseau et dénichait les œufs dont il se montrait très friand. Avec l’enfant-loup de Kronstadt, en Russie, décrit par l’Allemand August Rauber dans un ouvrage paru en l885, et qui était fort sensible aux sons du piano, s’achève la liste des enfants sauvages de l’Europe. Aux XIXe et XXe siècles, la plupart des cas semblables signalés concernent des individus nés en Asie méridionale ou en Afrique.

Tous les cas que nous avons relevés sont, il faut le reconnaître, entourés de beaucoup d’obscurité, et l’on peut se poser nombre de questions à leur égard. Il existe pourtant deux enfants européens dont l’histoire est bien connue et sur lesquels il faut revenir. Il s’agit de la fille-sauvage de Songy, en Champagne, et de l’enfant-loup de l’Aveyron, le petit Victor, qu’un film a, de nos jours, rendu célèbre.

Un soir du mois de septembre de l’année 1731, alors que Louis XV régnait sur la France, les habitants du petit village de Songy, en Champagne, au sud de Châlons-sur-Marne, éprouvèrent une grande frayeur. Ils virent une étrange créature, pieds nus, couverte de haillons, cheveux emmêlés, le visage et les mains noirs comme de la suie et tenant un bâton.  » Voilà le diable !  » s’ écrièrent-ils à cette apparition, et ils s’enfuirent au plus vite dans leurs maisons, s’y barricadèrent et lâchèrent leurs chiens contre elle. La  » sauvage  » les attendit de pied ferme et tua d’un coup de son gourdin le premier qui approcha, un terrible molosse armé d’un collier à pointes de fer. Elle s’éloigna ensuite dans la campagne, grimpa dans un arbre et s’y endormit.

Un noble du voisinage, le vicomte d’Épinoy, alerté par ses paysans, décida de s’en emparer. Il employa une ruse très simple : on mit un seau d’eau au pied de l’arbre en espérant la capturer lorsqu’elle descendrait se désaltérer. Mais cette créature remontait aussitôt qu’elle avait bu.

On imagina alors de la prendre par la faim. Une femme se tint près de son refuge avec des poissons à la main. La fille finit par descendre, et la femme s’éloigna tout doucement, l’entraînant sur ses pas juste pour laisser aux hommes postés près de là le temps d’accourir et de la capturer. Conduite aux cuisines du château, elle se jeta sur les aliments qu’on lui présenta et, en présence du vicomte, écorcha un lapin qu’on lui présentait et le mangea tout cru.

On tenta alors de la soumettre à un régime alimentaire normal, mais elle se mit à dépérir. On lui permit donc de consommer de la viande crue; on lui apportait un poulet ou un lapin vivant dont elle suçait le sang tout chaud, ce qui lui faisait, disait-elle,  » comme un baume qui s’insinuait partout et lui redonnait des forces « .

Le vicomte d’Épinoy la fit élever ensuite chez des religieuses, soit à Châlons, soit à Vitry-le-François ; après la mort du vicomte, ce fut l’évêque de Châlons, Choiseul, qui en prit soin. En l747, placée dans un autre couvent, les clarisses de Sainte-Menehould, elle reçut la visite du savant La Condamine, qui l’interrogea sur son passé.

Elle était alors la protégée du duc Louis d’Orléans, le fils du Régent, qui payait sa pension. Elle avait perdu son comportement sauvage et était devenue Mlle Leblanc. Le duc la fit entrer dans une autre maison de religieuses de Paris où elle fit sa première communion. Elle se disposait à devenir religieuse lorsqu’elle tomba gravement malade et perdit son protecteur. Les hospitalières qui l’hébergeaient la traitèrent durement, la croyant désormais sans ressources. Heureusement, alerté par Louis Racine et La Condamine, le nouveau duc d’Orléans continua à son égard les charités de son père. Elle put entrer au couvent de la Visitation de Chaillot, où elle mourut en 1788 à la veille de la Révolution.

Quelles pouvaient donc être les origines de la mystérieuse  » fille de Songy  » ? La Condamine, qui l’interrogea, a essayé d’élucider cette énigme en croyant pouvoir affirmer qu’elle était née chez les Esquimaux du nord de l’Amérique. Il s’appuyait sur certaines de ses confidences.

 » Je suppose, écrit La Condamine, qu’un capitaine de navire parti de la Hollande, de l’Ecosse ou de quelque port de Norvège ait enlevé des esclaves dans les terres arctiques, ou dans la terre du Labrador, et qu’il les ait transportés pour les vendre dans quelqu’une des colonies européennes des îles Antilles. Elle y aura vu et mangé des cannes à sucre et du manioc. Le même capitaine peut avoir ramené quelques-uns des ces esclaves en Europe, soit qu’il n’eût pas trouvé à s’en défaire avantageusement, soit par caprice ou curiosité, et la jeunesse de notre petite sauvage peut fort naturellement lui avoir valu cette préférence ; dans ce cas, il est probable qu’il l’aura vendue ou donnée en présent à son arrivée en Europe. « 

 » Il est encore assez vraisemblable que, par plaisanterie ou par fraude, on se soit avisé de la peindre en noir, c’était le moyen de la faire passer pour une esclave de Guinée et de n’avoir point de comptes à rendre. Il y a en Amérique une plante dont on tire une eau qui, appliquée sur la peau, la noircit parfaitement. « 

La Condamine pensait également que, vendue dans un port de Hollande, ses nouveaux maîtres pouvaient l’avoir transportée dans la région des Ardennes, d’où elle se serait échappée, ou bien, désespérant de l’apprivoiser, ils l’auraient abandonnée. C’est ainsi qu’elle aurait gagné la Champagne.

Le savant croyait-il à ce récit ? L’aventure de Mlle Leblanc comporte en effet bien des détails invraisemblables et qui relèvent plus de la fable que de l’analyse scientifique. Il faut d’ailleurs remarquer que La Condamine, qui revenait, à cette époque, du Pérou, où le gouvernement français l’avait chargé de mesurer le méridien terrestre, se garde bien de signer de son nom son Histoire d’une jeune fille sauvage, mais qu’il choisit comme pseudonyme, celui d’une certaine Mme Hecquet !

En fait, le mystère n’a jamais été éclairci ; à défaut de documents sûrs, on serait plutôt tenté d’admettre que sa naissance en France a été clandestine et que, reculant devant un crime, on a préféré la faire nourrir dans quelque retraite isolée avant de lui donner la liberté, lorsqu’on a supposé qu’elle pouvait subvenir seule à ses besoins, jusqu’au moment où elle serait recueillie. Peut-être s’est-elle enfuie d’elle-même de l’endroit où on la tenait cachée.

Quoi qu’il en soit, le mystère qui entoure les origines de cette malheureuse créature ne fut jamais parfaitement élucidé.

L’aventure du petit  » Victor de l’Aveyron  » est encore plus étrange …

L’aventure du petit Victor de l’Aveyron est une des affaires d’enfants sauvages les mieux connues.

Victor fut l’objet d’une extraordinaire curiosité et provoqua des discussions passionnées. Certains soutenaient qu’il appartenait à une race  » d’hommes des bois  » qui auraient vécu parallèlement aux civilisés. D’autres parlaient même de  » génération spontanée  » !

Son histoire commence en 1797 lorsqu’on aperçut pour la première fois, dans le bois de Lacaune (département du Tarn), un enfant entièrement nu qui fuyait l’approche des hommes.

Cette découverte excita la curiosité et on se mit à sa recherche. On l’aperçut qui cherchait des glands et des racines, et on le captura, mais il réussit à s’échapper presque aussitôt. Des chasseurs le reprirent en juin 1799 : il s’évada de nouveau.

Enfin, le 9 janvier 1800, il entrait dans le moulin du teinturier Vidal, à Saint-Sernin (Aveyron). Il avait la tête, les bras et les pieds nus, le reste du corps n’était couvert que des lambeaux d’une vieille chemise qu’on lui avait donnée à Lacaune six mois auparavant. Victor ne prononçait alors aucun mot et paraissait ne pas entendre. On le crut sourd et muet. Malgré les rigueurs de l’hiver, il ne pouvait souffrir le moindre vêtement, et on mit longtemps à l’habituer à coucher dans un lit. Lorsqu’il cherchait à s’enfuir, il marchait à quatre pattes.

Les journaux de la capitale ayant fait mention du  » sauvage de l’Aveyron « , tout Paris se mit à parler de lui.

Cet enfant d’une douzaine d’années mesurait 1,36 m, avait la peau blanche et fine, le visage rond, les yeux noirs et enfoncés, les cheveux châtains, le nez long et aquilin. Sa physionomie était gracieuse : il souriait volontiers, et son corps présentait la particularité d’être couvert de cicatrices, dont certaines paraissaient avoir été faites par un instrument tranchant. Quelques-uns en conclurent que les auteurs de ses jours avaient tenté de l’immoler avant de l’abandonner dans les bois.

A la fin de septembre 1800, le ministre de l’Intérieur demanda qu’il fût amené à Paris. Il devait y jouir d’une vogue extraordinaire : n’avait-il pas été découvert à la fin du XVIIIe siècle, au cours duquel les philosophes avaient discouru sur le  » bon sauvage  » et « l’ homme de la nature  » ?

Toutefois, les bons esprits comme les gens du monde furent déçus par cet enfant qui présentait tous les caractères de l’arriération mentale, qui était malpropre, muet, indifférent à tout ce qui l’entourait et qui se balançait sans cesse à la façon d’un idiot.

Les  » psychiatres  » de l’époque, Esquirol et Pinel, le jugèrent inguérissable. Telle ne fut pas heureusement l’opinion du nouveau directeur de l’Institut des sourds-muets, Jean-Marc Gaspard Itard. Aussi grand savant qu’homme au cœur admirable, Itard ne partageait pas l’avis de Pinel. Il se posa à son propos la question de savoir quels seraient le degré d’intelligence et la nature des idées d’un adolescent qui, privé dès son enfance de toute éducation, aurait vécu entièrement séparé des individus de son espèce. Il conclut justement que ce tableau moral correspondait à l’enfant confié à ses soins.

Itard voulut aussi répondre à tous ceux qui proclamaient que le petit Victor était un idiot irréductible abandonné pour cette raison par ses parents :  » Ceux qui se sont livrés à une pareille supposition, écrit-il, n’ont point observé cet enfant peu de temps après son arrivée à Paris. Ils auraient vu que toutes ses habitudes portaient l’empreinte d’une vie errante et solitaire : aversion insurmontable pour la société et pour ses usages, nos habillements, nos meubles, le séjour de nos appartements, la préparation de nos mets, indifférence profonde pour les objets de nos désirs et de nos besoins, goût passionné pour la liberté des champs, si vif encore dans son état actuel, malgré ses besoins nouveaux et ses affections naissantes ; que pendant un court séjour qu’il a fait à Montmorency, il se serait infailliblement évadé dans la forêt sans les précautions les plus sévères, et que, deux fois, il s’est échappé de la maison des sourds-muets, malgré la surveillance de sa gouvernante.

 » Il avait été vu, plus de cinq ans auparavant, entièrement nu et fuyant l’approche des hommes, ce qui suppose qu’il était déjà, lors de sa première apparition, habitué à ce genre de vie, habitude qui ne pouvait être le résultat que de deux ans au moins de séjour dans des lieux inhabités. Ainsi, cet enfant a passé dans une solitude absolue sept ans à peu près sur douze, qui composaient l’âge qu’il pouvait avoir quand il fut pris dans le bois de Lacaune.

 » Il est donc probable qu’il a été abandonné à l’âge de quatre ou cinq ans, et que s’il devait avoir déjà à cette époque quelques idées et quelque commencement d’éducation, tout cela se sera effacé de sa mémoire par suite de son isolement. Voilà quelle m’a paru être la cause de son état actuel. On voit pourquoi j’en augurais favorablement pour le succès de mes soins. En effet, sous le rapport du peu de temps qu’il était parmi les hommes, le sauvage de l’Aveyron était bien moins un adolescent imbécile qu’un enfant âgé de dix ou douze mois … »

Le diagnostic, d’une remarquable justesse, allait permettre au docteur Itard d’obtenir des succès dans sa tentative d’humaniser son patient. Au prix d’un effort d’une grande patience, poursuivi durant de longues années, et qui demanda au savant des trésors d’affection pour le petit déshérité, il parvint à le faire parler et lire ses lettres. Aidé par une femme admirable, Mme Guérin, la gouvernante de l’enfant, il développa également ses qualités de cœur, et Victor s’attacha à ceux que l’on peut appeler  » ses sauveurs « .

Itard, dans deux Mémoires publiés en 1801 et en 1806, et qui font aujourd’hui encore l’admiration des spécialistes, a raconté les étapes de cette éducation : dès 180l, le  » sauvage de l’Aveyron  » s’habille lui-même, sait mettre le couvert et se tenir convenablement à table ; il va puiser de l’eau et apporte à son bienfaiteur les affaires dont il a besoin. Il s’amuse à traîner une petite voiture et il commence aussi à lire. Cinq années plus tard, il a fait des progrès : il peut fabriquer de petits objets, coupe le bois de la maison et se rend utile en aidant Mme Guérin aux travaux ménagers.

La gloire d’Itard est alors à son apogée : plusieurs souverains étrangers, comme l’empereur de Russie, lui offrent dans leur pays de riches sinécures. Mais il préférera toujours l’éducation des sourds-muets et des enfants arriérés mentaux, auxquels il consacrera ainsi quarante années de sa vie.

En l807, ne pouvant plus guère améliorer l’état de Victor, Itard décida de le confier entièrement aux soins de la bonne Mme Guérin, et c’est à elle que le ministre de l’Intérieur continua de payer sa pension. Le jeune homme vivra désormais chez elle, dans une annexe de l’institution, où il mourra quadragénaire, au début de l’année 1828.

Son éducation resta cependant incomplète à cause de la nullité presque absolue des organes de l’ouïe et de ses difficultés d’élocution. Ses facultés intellectuelles et affectives ne se développèrent que lentement. Néanmoins, les changements survenus dans l’état du petit Victor furent considérables : Itard, dans le rapport qu’il dressa, fit justement remarquer que le perfectionnement de la vue et du toucher et les nouvelles jouissances du goût, en multipliant les sensations et les idées de notre sauvage, avaient puissamment contribué au développement des facultés intellectuelles.

Il nota aussi qu’on trouvait, entre autres changements, la connaissance des signes de la pensée, l’application de cette connaissance à la désignation et à l’énonciation de leurs qualités et de leurs actions, d’où l’étendue des relations de l’élève avec les personnes de son environnement, la faculté de leur exprimer ses besoins, d’en recevoir des ordres et de faire avec elles un continuel échange de pensées.

Enfin, il remarqua que, malgré son goût immodéré pour la liberté des champs et son indifférence pour la plupart des jouissances de la vie sociale, Victor s’était montré reconnaissant des soins,  » susceptible d’une amitié caressante, sensible au plaisir de bien faire, honteux de ses méprises et repentant de ses emportements « .

Grâce au docteur Itard, Victor, seul de tous les enfants sauvages qui l’ont précédé, aura eu la chance de pouvoir accéder à une forme appréciable d’humanité. L’humble enfant du bois de Lacaune aura aussi eu le mérite de faire progresser la science médicale dans le traitement des enfants arriérés. Itard sera alors considéré comme le promoteur de l’éducation des arriérés.

Chemin immense parcouru, depuis les mythologies de l’Antiquité et les bavardages du siècle des Lumières, dans une science qui a fait progresser finalement la connaissance de notre humanité dans ce qu’elle a de plus profond.

Posté par Jean dans Prisonniers de la solitude | 7 Commentaires »

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