30-01-2010

Nicolas-Germain Léonard (1744-1793) : L’Absence

Des hameaux éloignés retiennent ma compagne.
Hélas ! Dans ces forêts qui peut se plaire encor ?
Flore même à présent déserte la campagne
Et loin de nos bergers l’amour a pris l’essor.

Doris vers ce coteau précipitait sa fuite,
Lorsque de ses attraits je me suis séparé :
Doux zéphyr ! si tu sors du séjour qu’elle habite,
Viens ! que je sente au moins l’air qu’elle a respiré.

Quel arbre, en ce moment, lui prête son ombrage ?
Quel gazon s’embellit sous ses pieds caressants ?
Quelle onde fortunée a reçu son image ?
Quel bois mélodieux répète ses accents ?

Que ne suis-je la fleur qui lui sert de parure,
Ou le nœud de ruban qui lui presse le sein,
Ou sa robe légère, ou sa molle chaussure,
Ou l’oiseau qu’elle baise et nourrit de sa main !

Rossignols, qui volez où l’amour vous appelle,
Que vous êtes heureux ! que vos destins sont doux !
Que bientôt ma Doris me verrait auprès d’elle
Si j’avais le bonheur de voler comme vous !

Ah ! Doris, que me font ces tapis de verdure,
Ces gazons émaillés qui m’ont vu dans tes bras,
Ce printemps, ce beau ciel, et toute la nature,
Et tous les lieux enfin où je ne te vois pas ?

Mais toi, parmi les jeux et les bruyantes fêtes,
Ne va point oublier les plaisirs du hameau,
Les champêtres festons dont nous parions nos têtes,
Nos couplets ingénus, nos danses sous l’ormeau !

Ô ma chère Doris, que nos feux soient durables !
Il me faudrait mourir, si je perdais ta foi.
Ton séjour t’offrira des bergers plus aimables,
Mais tu n’en verras point de plus tendres que moi.

Que ton amant t’occupe au lever de l’aurore,
Et quand le jour t’éclaire, et quand il va finir ;
Dans tes songes légers, qu’il se retrace encore,
Et qu’il soit, au réveil, ton premier souvenir.

Si mes jaloux rivaux te parlaient de leur flamme,
Rappelle à ton esprit mes timides aveux :
Je rougis, je tremblai ; tu vis toute mon âme
Respirer sur ma bouche et passer dans mes yeux.

Et maintenant, grands dieux ! quelle est mon infortune !
De mes plus chers amis je méconnais la voix,
Tout ce qui me charmait m’afflige et m’importune ;
Je demande Doris à tout ce que je vois.

Tu reposais ici ; souvent dans ce bocage,
Penché sur tes genoux, je chantais mon amour :
Là, nos agneaux paissaient au même pâturage ;
Ici, nous nous quittions vers le déclin du jour.

Revenez, revenez, heures délicieuses,
Où Doris habitait ces tranquilles déserts,
L’écho répétera mes chansons amoureuses,
Et sur ma flûte encor je veux former des airs.

Publié par Jean dans Poésies | RSS 2.0

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