Archives pour septembre 2009

27-09-2009

La Solitude – Muriel Robin – Pierre Palmade – 1989

Ça, c’est sûr : quand on est tout seul, on est peinard. C’est peut être même le seul avantage d’ailleurs, parce que sinon… qu’est ce qu’on se fait chier, oui ! Moi, je vois, si je suis seule – à compter que je sois seule – j’ai compté : je suis seule – et bien si je suis seule, c’est un choix. Ah oui, on ne peut pas imposer ça à quelqu’un. Moi, on m’aurait dit : « tu vas vivre seule toute ta vie », je demande tout de suite où est le gaz. Enfin, là, c’est pas le cas, moi, j’ai choisi la solitude.Et quand je dis que j’ai choisi la solitude, je pourrais aussi bien dire que j’ai choisi la liberté… de choix… d’être seule ! Je fais comme je veux, je ne demande rien à personne. Et ? Personne ne me demande rien ? C’est pas faux non plus…Non, mais enfin, je préfère vivre seule que mal accompagnée, voilà… Comment? Bien accompagnée ? Oui, c’est autre chose… Mais franchement, si c’est pour sortir, rencontrer des gens qu’on ne connaît même pas, moi je préfère rester chez moi, devant ma télé, personne pour me dire « la 2″, « la 3″, « le foot »… De toutes façons, on se disputerait pas : je la regarde jamais la télévision, alors.J’aime pas ça. En revanche, j’aime bien écouter la radio… Et j’aime bien écouter la radio devant un petit plateau télé… beaucoup moins intéressant dans l’autre sens : je ne regarderais pas la télé devant un petit plateau radio, vous voyez !Non, et puis, être seul ou à deux, c’est pareil, ça ne change pas les choses, ça n’a pas de rapport, comment vous dire?… Un truc qui est beau, il est beau. C’est vrai, on ne regarde pas avec les yeux de l’autre. Moi, je vois, hier, je suis allée voir une exposition, toute seule, comme une grande, bon,…. Ben qu’est ce que je me suis fait chier. J’ai peut être pas pris le bon exemple !!! Bon, mais vivre seule, y a quand même des avantages. Lesquels ?… A deux aussi, y a des inconvénients ! Moi quoi qu’il en soit, je ne cours pas après la sexualité… Elle me le rend bien, faut dire ce qui est ! Non, mais c’est vrai, c’est pas mon truc ; chacun son truc, c’est pas mon truc. Je vais quand même pas me forcer… Non, moi, je mets mon énergie ailleurs : je fais du vélo camping. Et puis c’est très très sympa toute seule. L’été dernier, je m’étais fait un joli parcours :je suis passé par Vittel, puis j’ai fait une grande boucle, et je suis remonté par Mante, c’est ça, vittel-menthe, et vous qu’est ce que vous prenez ? Je plaisante… Ah, ça pour la rigolade, je suis pas la dernière… je suis pas dans le peloton de tête non plus, mais je suis pas la dernière. J’aime bien tout ce qui est comique… dans le sens humoristique. J’aime bien tout ce qui est blague, charade, rébus, calembours, même les puzzles, j’adore ça ! Je voudrais revenir sur une chose : quand je dis que je vis seule, ça ne veut pas dire que je ne vois personne. Ah, non, j’ai des amis, j’ai des amis… au bureau. Et puis c’est très très sympa. Je vois, hier Yvonne n’avait plus de papier, elle est venue m’en demander, je l’ai dépanné, c’était TRÈS sympa ! Mais en revanche, je ne les vois pas à l’extérieur, on ne se voit pas et je préfère. J’aime bien. J’aime bien parce qu’ils ont un vrai respect pour ma vie privée : ils me téléphonent jamais, ils me disent jamais quand ils sortent, bon je le sais toujours parce que le lendemain ils en parlent au bureau, mais vraiment ils respectent ma vie privée et j’aime ça. Oui, j’ai une vie privée… privée de tout, c’est vrai, mais privée quand même ! En ce moment, on rigole au bureau : c’est le jeu des surnoms. Ça n’arrête pas. Jean-Claude, c’est le distrait, il est toujours distrait ; Jacqueline, c’est la jacasse, elle parle, elle saoule tout le monde ; Y a « nez rouge » qui a toujours le nez rouge; et moi, comment ils m’ont appelée déjà… ah oui ! « Tronche de cake » ! Je sais pas où ils vont chercher tout ça, mais qu’est ce qu’on s’amuse!… Non, et puis,moi, je ne suis pas vraiment seule : j’ai maman. On se voit beaucoup avec maman. Cette année, je vais refaire mon anniversaire avec elle… enfin, j’espère,parce que l’année dernière on devait le faire ensemble, et pcore… J’arrive chez elle, elle avait tout préparé, les petits plats dans les grands, ça se présentait merveilleusement bien. Il faisait très chaud dans la maison, j’ouvre la fenêtre pour aérer. Y a un terrain de sport juste en dessous. Les gamins qui jouaient, l’amicale, je sais pas quoi, j’ai passé la tête à un moment, je me suis pris le ballon en pleine poire ! J’ai le nez qui a carrément éclaté, le menton accroché à la rambarde : une patate pendant trois semaines.Sa s’est mal goupillé, vraiment. Cette année, on crèvera tous sur place s’il faut,mais avant que j’ouvre la fenêtre, ils peuvent attendre. Ah, non, j’étais défigurée, j’avais bien besoin de ça…Pourquoi je vous dis ça ? Les anniversaires ! C’est vrai, y a les Noëls aussi. Ma mère, les Noëls, elle les fait pas. Elle dit que ça coûte trop cher. C’est vrai que ce n’est pas donné, mais on n’est pas obligé de manger du caviar non plus… Moi, je vois, l’année dernière, je m’étais fait une petite côte de porc, avec beaucoup de jus, j’adore ça. En légume, qu’est ce que j’avais mis ? Ah oui, du chou fleur, et en dessert, la bûche ! Une petite tranche de bûche pour la tronche de cake ! C’est vrai, ce qui compte pour Noël, c’est la bûche… La dinde ? La dinde d’accord, mais moi toute seule, je peux pas me la descendre ! Si c’est pour être malade, c’est pas la peine ! Moi, je dis « Noël, faut que ça reste une fête ! » J’ai une manie, tous les ans depuis très longtemps, j’enlève toujours le petit père noël, la petite hache, les petits trucs en plastique qui sont dessus, je grave l’année avec un couteau, je les range, et après dans l’année, quand je les ressors, je me rappelle… C’est chouette, hein ? J’ai regardé, cette année, Noël, ça tombe un mercredi. Mercredi, c’est bien, comme ça, y a pas de pont. La toussaint, elle tombe quand elle veut, de toutes façons, on s’en fou, y a pas de cadeaux ! Je dis ça parce que j’aime ça, les cadeaux. L’année dernière, comme j’adore la musique classique, je me suis offert l’intégrale de Cleyderman… Et puis alors des disques !… je m’y attendais pas du tout !On n’a pas sonné ? Ah, non, c’est au dessus ! Je crois toujours que c’est chez moi ; c’est ridicule : j’ai pas de sonnerie. Ben, non, j’en ai pas mis, j’en ai pas l’usage : je vais quand même pas sonner pour rentrer chez moi ! Au dessus,c’est une femme, comme moi. Elle vit seule, comme moi. Elle a l’air d’être très heureuse… »FIN.

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26-09-2009

Christophe Dejours – Florence Bègue

56270dejours.gifEntretien . Alors que les directions d’entreprise persistent à ne voir que des drames individuels, le psychiatre Christophe Dejours souligne le rôle délétère des organisations du travail qui ont déstructuré le « vivre ensemble ».

Comment en vient-on à tolérer l’intolérable, le sort des chômeurs, des nouveaux pauvres, mais aussi des conditions de travail qui mettent en danger notre santé mentale ? s’interrogeait déjà il y a dix ans Christophe Dejours dans un livre, Souffrance en France, qui fit événement. Aujourd’hui, le psychiatre, spécialiste du travail, creuse le sillon en publiant, avec Florence Bègue, un ouvrage consacré à la question du suicide et du travail. Analyse des causes, qui nous mène au coeur des transformations du travail, mises en oeuvre au nom d’une « doctrine de gestion » conçue pour accroître les profits, et qui ont « déstructuré le vivre ensemble ». Mais aussi, et surtout, proposition d’une approche, de principes d’action pour enrayer le fléau. Tant il est vrai, comme le clame Christophe Dejours dans l’entretien qu’il nous a accordé, qu’ « il n’y a pas de fatalité dans le suicide au travail ».

Les suicides au travail défrayent la chronique depuis quelques années. S’agit-il vraiment d’un phénomène nouveau ?

Christophe Dejours. C’est un phénomène qui n’existait pas, à ma connaissance, sauf dans un milieu particulier, l’agriculture, qui est à la fois lieu de travail et lieu de vie. Les salariés agricoles étaient la catégorie socioprofessionnelle la plus touchée par le suicide. C’est d’ailleurs intéressant parce que l’une des raisons pour lesquelles les salariés agricoles se suicidaient, c’était l’isolement. Or, c’est le même problème qu’on retrouve aujourd’hui dans les autres sphères de l’activité productive : la solitude.

Ces suicides au travail sont apparus à la fin des années 1990, et depuis ils sont en augmentation, semble-t-il, assez continue. Certes, le travail pouvait être en cause par le passé dans l’apparition d’un certain nombre de suicides. Mais ils ne se passaient jamais sur le lieu de travail. Quand quelqu’un va se pendre dans la forêt, commence une argumentation compliquée sur les raisons qui l’ont conduit au suicide. En revanche, quand quelqu’un va se suicider sur son lieu de travail, il n’y a plus de discussion possible : c’est évident que le travail est en cause. D’autre part, il y a des gens qui, comme le salarié de France Télécom qui s’est donné la mort à Marseille, laissent des lettres, disant clairement que ce n’est pas la peine d’aller chercher la moindre cause de leur geste ailleurs que dans le travail.

C’est d’autant plus véridique que c’est quelqu’un qui vient de bénéficier d’une augmentation. On voit bien qu’on n’est pas dans une configuration psychologique attendue quand on est psychiatre : quelqu’un qui présente depuis longtemps des symptômes annonçant une personnalité fragile, une vulnérabilité, une prédisposition à la dépression, qui serait déjà un bras cassé, qui ne marcherait pas bien dans son travail. On a des suicides chez des gens qui ne correspondent pas du tout à ce profil, sont très appréciés dans leur travail, et qui, par ailleurs, n’ont pas particulièrement de problèmes dans leur espace privé, des gens plutôt bien entourés socialement, avec une famille qui fonctionne bien. Mais si on analyse les choses plus en détail, on se rend compte qu’à chaque fois que ces choses arrivent, la personne qui se suicide est dans une relation de fondamentale solitude sur le lieu de travail.

On est frappé aujourd’hui par la vague de suicides chez France Télécom. Toutefois, pour vous, ce n’est pas le nombre qui compte, un seul suicide dans une entreprise révèle une situation alarmante.

Christophe Dejours. Une seule mort, c’est déjà une tragédie du point de vue du fonctionnement de l’entreprise. Les suicides ne survenaient pas autrefois sur le lieu de travail. Quand un suicide de ce type se produit, c’est que quelque chose a changé. Ce que cela révèle, c’est une déstructuration en profondeur de tout le tissu social du travail, tout le vivre ensemble dans le travail, sous la forme de l’attention à l’autre, le respect de l’autre, la camaraderie. Les gens sont très nombreux quelquefois, y compris sur un plateau clientèle, dans des open spaces, et en même temps, chacun est seul. Quand quelqu’un commence à présenter des signes de souffrance, de dépression, de tristesse, d’irritabilité, personne ne bouge. Autrefois, vous ne laissiez pas, dans un collectif de travail, un collègue s’enfoncer sans intervenir au bout de deux ou trois jours : « Qu’est-ce qui se passe ? » Il y avait des solidarités très fortes. Les gens se regardaient, se parlaient. La prévention du suicide était faite par tout le monde, les copains, les collègues. Le vivre ensemble, c’est une prévention du suicide. La solitude est un élément déterminant du suicide sur le lieu de travail.

Quand quelqu’un est pris tout à coup sous le feu d’un harcèlement, de quelqu’un qui commet contre lui des actes manifestement injustes, des discriminations, qui le place dans les postes les plus difficiles, cela n’a rien de nouveau dans le monde du travail. En revanche, ce qui est neuf, c’est que, lorsque vous êtes pris comme cible d’un tel comportement, personne ne bouge. À ce moment-là, vous faites l’expérience de la trahison du collectif. Ce n’est pas une simple solitude, c’est une trahison.

Vous insistez sur l’importance de ne pas laisser classer sans suite un suicide au travail.

Christophe Dejours. Si on ne fait rien à la suite d’un suicide, qu’on se contente de faire faire les constats nécessaires par la police, et qu’on reprend le travail sans pouvoir en faire quelque chose, on entérine le suicide comme un événement banal. Le message que laisse le mort, c’est que la mort fait maintenant partie des risques normaux du travail. Du coup, ça dégrade l’état psychique des gens, ils ont peur, ça aggrave le repli sur soi, la solitude, et donc le risque de suicide.

Le geste suicidaire est souvent perçu comme résultant d’un ensemble de facteurs mêlant vie privée, vie professionnelle. Les directions d’entreprise appuient en ce sens, en qualifiant les suicides de drames individuels. Pour vous, cependant, on peut affirmer que ce qui se passe dans la sphère du travail peut être déterminant ?

Christophe Dejours. Il y a une véritable difficulté, en général, à dire de façon pertinente, après investigation : il y a une cause unique au suicide. Mais dire que c’est plurifactoriel, c’est une manière de botter en touche. En fait, il y a un chemin causal. Une conjugaison d’éléments qui s’alignent les uns avec les autres selon une logique qui, finalement, conduit au suicide. C’est important de comprendre cette logique car c’est ce qui va nous permettre d’agir rationnellement. Il y a des cas où, indiscutablement, le rapport au travail est en cause. Mais il est vrai qu’en regardant ce qui se passe dans la vie privée, on va parfois voir que la situation familiale est en crise depuis un certain temps. Je peux alors vous montrer, pièces à l’appui, que c’est à cause du travail, des difficultés qu’a un agent à tenir les contraintes de travail, qui intoxiquent la sphère domestique, contaminent les relations avec le conjoint, les enfants.

Un rapport au travail détestable finit par dégrader la vie familiale. Votre fonctionnement psychique au travail, vous l’emportez chez vous. Il y a une colonisation de la vie privée, jusque dans l’intimité, par le travail. L’inverse est vrai : si, pour une raison ou une autre, vous avez de gros soucis familiaux, ça a souvent des retentissements sur le travail. Il n’y a pas d’indépendance psychologique entre travail et hors travail. C’est pourquoi l’idée de la multifactorialité, si elle est pratique, est fausse. Il s’agit donc de reconstituer le chemin causal. Et on peut alors dire qu’en modifiant le rapport au travail, on désamorce le risque de suicide. C’est ce que nous montrons dans le livre que nous publions avec Florence Bègue, à partir d’une intervention dans une entreprise après suicides : lorsqu’on modifie l’organisation du travail selon un certain nombre de principes, curieusement, les gens vont beaucoup mieux.

Les organisations du travail jouent, selon vous, un rôle essentiel dans la dégradation de la santé mentale. Vous mettez en cause tout particulièrement l’évaluation individuelle des salariés. En quoi est-ce dangereux ?

Christophe Dejours. L’élément principal dans les transformations de l’organisation, c’est l’introduction des méthodes d’évaluation individualisée, fondées prétendument sur des bases scientifiques, qui passeraient par une mesure quantitative et objective des performances. Ces méthodes mettent en concurrence les individus entre eux. Si, à l’évaluation, vous ajoutez des sanctions, ne serait-ce qu’une prime, en quelque temps, les gens commencent à avoir des conduites qui cassent le vivre ensemble : concurrence déloyale, coups bas, tuyaux pourris, dénonciation du voisin. Si, en plus, vous faites peser la menace sur l’emploi, en disant qu’en fonction de l’évaluation, à la prochaine charrette de licenciements, les moins bien notés partiront, là, c’est sans pitié. L’évaluation individualisée monte les gens les uns contre les autres, elle ne fait pas l’émulation. C’est en réalité un management par la menace. Du coup, les gens ont peur, la méfiance fait son entrée, la déloyauté remplace la loyauté… Le monde du travail est déstructuré en profondeur. En plus, cette méthode est fausse : on ne peut pas évaluer objectivement, quantitativement, le travail.

Une deuxième cause joue un rôle : la qualité totale. C’est aussi un concept faux. Les sciences du travail montrent que le travail ne se présente jamais comme prévu, il y a toujours des imprévus, des incidents, des anomalies, des pannes. La qualité totale, c’est un idéal, ça n’existe pas. Donc si vous décrétez la qualité totale, c’est un déni de la réalité. Le résultat : les gens sont obligés de mentir, de ne pas expliquer ce qui ne marche pas. Ils sont amenés à participer à des conduites que, moralement, ils réprouvent. Du coup, ils portent atteinte à l’idée qu’ils se font d’eux-mêmes. C’est ce que j’appelle la souffrance éthique. Cette souffrance éthique dans le travail est massive. Dans plein d’endroits, les gens font des choses qu’ils désapprouvent.

Comment jugez-vous les réactions des entreprises qui, face aux suicides, mettent en place des cellules d’écoute, des moyens de « gérer son stress », de relaxation ?

Christophe Dejours. C’est un traitement symptomatique. Elles essaient d’abraser ce qui est le plus visible, le moins décoratif pour l’entreprise. Alors qu’il s’agit d’aller au traitement étiologique : l’analyse du chemin causal, pour avoir une action rationnelle sur l’enchaînement conduisant les gens à se suicider.

Il est essentiel, après un suicide au travail, que les salariés prennent la parole, dites-vous. Pourquoi ?

Christophe Dejours. C’est à partir de l’expérience que les uns et les autres ont du travail qu’on va pouvoir comprendre quelque chose sur ce qui a conduit au geste suicidaire d’un collègue. Pour avoir accès à cette expérience, on ne peut faire autrement que passer par la parole. Mais il ne s’agit pas d’une espèce de catharsis, où les gens parlent, et voilà, ça va mieux. Il s’agit de mettre en place un espace de délibération sur la question du travail qui permet de comprendre ce qui ne va pas dans le travail et débouche sur la possibilité de le transformer. Le simple fait de s’engager dans ce processus modifie le rapport : on reprend la main sur les événements. C’est pour cela que c’est, de fait, non seulement efficace, mais thérapeutique. Il n’y a pas de fatalité dans le suicide au travail. Nous pouvons transformer le travail, ça dépend de nous, et aussi, évidemment, de la façon dont la direction de l’entreprise est partie prenante. Ça dépend également des politiques publiques. Or, aujourd’hui, elles ne soutiennent pas cette démarche-là, alors même qu’elle a été proposée, il y a plusieurs années, dans le rapport dont j’étais responsable, au chapitre « violences et santé ».

Précisément, que devraient apporter ces politiques publiques selon vous ?

Christophe Dejours. Il y a déjà un dispositif législatif non négligeable, en particulier sur les CHSCT, l’inspection du travail. Il est souvent violé. On pourrait redonner à l’inspecteur du travail l’autorité qui lui revient, et surtout, aider par des mesures incitatives la formation des délégués des CHSCT pour développer les compétences dans le domaine de la santé mentale. On n’était pas tellement porté, dans l’activité syndicale, à s’occuper de la santé mentale. La tradition, c’était la santé du corps.

Le droit du travail a été conçu essentiellement pour protéger la santé physique des salariés, contre les accidents, les maladies professionnelles. Il est clair qu’aujourd’hui, avec l’apparition massive des problèmes de psychopathologie, le droit doit évoluer. Il n’y a qu’une loi sur le harcèlement moral au travail, c’est très insuffisant.

Au-delà de l’action dans l’entreprise, du droit à faire évoluer, vous estimez que nous sommes devant un défi intellectuel : repenser le travail.

Christophe Dejours. On a bradé la question du travail, avec un volontarisme extrêmement puissant, depuis quinze-vingt ans, en disant que les sciences du travail, c’était fini ; le travail, une valeur en voie de disparition ;que ce qui compte, c’est la gestion. Ce tournant gestionnaire, qui a des effets sociaux, politiques, majeurs, a été porté par les politiques, mais pas seulement. Les penseurs, les chercheurs ont basculé en faveur de la thèse de la fin du travail. Le travail, en général, c’est le bas de gamme. Si vous faites de la médecine, alors la médecine cardiaque, la chirurgie, la génétique, c’est chic ; si vous faites de la médecine du travail, vous êtes en rez-de-chaussée. Si vous faites de la psychologie, ah ! psychologue de la sexualité, de l’enfance, c’est très bien ; mais le psychologue du travail est au rez-de-chaussée… Tout est comme ça. Il y a vraiment un mouvement social massif, ancien, de disqualification du travail. Le problème, c’est de le réhabiliter. Il y a eu une période après-guerre où le travail était vraiment en discussion, c’est le moment où on a introduit les CHSCT, la Sécurité sociale, la médecine du travail. Il faut rendre justice à cette époque-là. Aujourd’hui, il faut reprendre cette question-là.

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12-09-2009

255

Ce soir 23h 51 : 400 000 visites au compteur !

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11-09-2009

254

254sol.jpg

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10-09-2009

Solitude photographique

253photocopie.jpg

Je me devais de faire un lien vers un blog  » frère  » :

Solitude photographique

Appréciez !

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01-09-2009

Yosa Buson

Couchant d’automne –
la solitude aussi
est une joie
Anthologie du poème court japonais, p. 120

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