19-12-2008

Mme Woillez : Emma ou le Robinson des demoiselles – 1835

M. de Surville a perdu sa belle plantation à Saint-Domingue à cause de la révolte des nègres. Rapatrié, il ne trouve qu’une place de régisseur près de Blois. Sa femme meurt en couches et pendant un an il refuse de voir sa petite fille, qui est confiée aux soins d’une nourrice et du bon nègre Dominique. Finalement, Dominique raccommode le père avec sa progéniture en plaçant le berceau du bébé sur la tombe de l’épouse à l’heure où M. de Surville vient y faire ses dévotions.

M. de Surville donne une éducation très complète à la jeune Emma, dont le meilleur ami est un chien, Azor. Quand Emma atteint une douzaine d’années, un parent installé à Buenos-Aires propose à M. de Surville de l’y rejoindre. Une telle offre est providentielle pour l’ancien colon, qui s’embarque donc avec Emma, Dominique et Azor. Sur le bateau, les voyageurs font la connaissance d’une Mme Duval, qui voyage avec sa petite fille âgée de cinq ans.

Tempête et naufrage. Emma se retrouve sur une île déserte avec le chien Azor. Elle récupère quelques objets qui ont flotté jusqu’au rivage et s’installe dans une caverne où elle monte son ménage tant bien que mal. Elle se confectionne l’inévitable robe en peau. La petite fille vit essentiellement de la cueillette. Azor chasse des tortues, des cabiais et des vigognes, et les fournit tous deux en viande. La petite fille, qui a du papier et qui arrivera à se fabriquer de l’encre, tient une sorte de journal, qui est en fait une longue lettre au père absent, où elle fait son examen de conscience. Elle passe aussi un temps considérable en oraisons.

Un beau jour, Emma trouve une femme mourant de faim, à côté de sa petite fille. Il s’agit de la Mme Duval, rencontrée sur le bateau, qui a eu moins de chance qu’Emma, et n’a survécu qu’à grand peine. Mme Duval meurt, et Emma élève la petite Henriette, qui lui sert donc de Vendredi, et qu’elle commence à endoctriner dans une religiosité transie et larmoyante.

« Ne dis pas, je veux, chère Henriette ; car ce que tu demandes est impossible : nous ne pouvons rien sur la terre sans la volonté de Dieu, qui est notre père, notre bon père à tous. Si tu le pries, et te soumets toujours à lui, il exaucera tes prières ; il te rendra heureuse et ta mère aussi. »

Emma enterre le cadavre en putréfaction de Mme Duval. Les deux filles sont malades en même temps, Henriette de la rougeole, Emma d’une forte fièvre, mais elles guérissent et, en guise d’action de grâce, Emma élève un autel de gazon sous le baobab et arrive même à confectionner une statue de la Vierge.

Quelques temps après, arrivent sur l’île M. de Surville, le nègre Dominique, avec des amis, un capitaine de marine espagnol, un célèbre médecin et deux sauvages. Le naufrage a jeté M. de Surville sur les rivages de la Patagonie et il a vécu parmi les Patagons, jusqu’au moment de rencontrer ses amis.

Tout le monde se rend à Buenos-Aires, comme prévu initialement. Mais le parent de M. de Surville est mort et on rentre en France une fois en possession de l’héritage. Emma retrouve la propriété près de Blois, dont son père s’est porté acquéreur.

Le Robinson des demoiselles est une robinsonade minimaliste. La petite Emma ne fait pas grande chose sur son île, qu’elle n’explore pas complètement. (Il n’y a du reste pas d’animaux dangereux, à part un vague serpent ; le seul accident qui advienne à Azor provient du fait qu’un troupeau de vigognes l’a piétiné parce qu’il attaquait les petits.) Les péripéties dramatiques sont tout aussi réduites : une tempête, un ruisseau grossi par les pluies, une chute sont les périls les plus graves que rencontre la jeune fille. Emma ne cultive pas, n’apprivoise guère que quelques oiseaux et une antilope. En ce qui concerne l’industrie, son maximum est une poterie primitive, que l’auteur appelle ses « vaisseaux de terre », et le reste arrive en ready-made. (Par exemple la fillette peut éclairer sa caverne en allumant en guise de chandelles des filaments d’amiante qui tapissent les parois.)

D’un autre côté, le roman de Mme Woillez est si farci d’admonestations religieuses et la petite Emma vit dans de telles mortifications qu’on a l’impression qu’elle est plutôt une très jeune pénitente installée au désert qu’une petite robinsonne.

Du modèle de Defoe, Mme Woillez a retenu surtout l’enjeu religieux : la solitude comme épreuve envoyée par le ciel. Elle y ajoute une démonstration concernant l’éducation des jeunes filles (si Emma se débrouille si bien sur l’île, c’est à cause de l’excellente instruction, tant religieuse que scolaire, qu’elle a reçue). Il reste une description fade et gracieuse d’une robinsonne qui paraît ne pas avoir quitté son château campagnard, s’adonne au dessin et au chant, cueille des fleurs, s’occupe de sa volière et se livre à ses dévotions toutes imbibées de la spiritualité mièvre d’une Mme Cottin.

Harry Morgan

Source :

Publié par Jean dans Livres | RSS 2.0

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