13-11-2008

Paul Auster

http://images.easyart.com/i/prints/lg/1/6/165618.jpgJ’ai appris qu’il n’est rien de plus terrible que la confrontation avec les effets personnels d’un mort. Les choses sont inertes. Elles n’ont de signification qu’en fonction de celui qui les utilise. La disparition advenue, les objets, même s’ils demeurent sont différents. Ils sont là sans y être, fantômes tangibles, condamnés à survivre dans un monde où ils n’ont plus leur place. Que penser, par exemple, d’une pleine garde-robe attendant silencieusement d’habiller un homme qui jamais plus n’ouvrira la porte ? de préservatifs éparpillés dans des tiroirs bourrés de sous-vêtements et de chaussettes ? du rasoir électrique qui dans la salle de bain, porte encore les traces du dernier usage ? d’une douzaine de tubes de teinture pour cheveux cachés dans une trousse de toilette en cuir ? – révélation soudaine de choses qu’on n’a aucune envie de voir, aucune envie de savoir. C’est à la fois poignant et, dans un sens, horrible. Tels les ustensiles de cuisine de quelque civilisation disparue, les objets en eux-mêmes ne signifient rien. Pourtant ils nous parlent, ils sont là non en tant qu’objets mais comme les vestiges d’une pensée, d’une conscience, emblèmes de la solitude dans laquelle un homme prend les décisions qui le concernent : se teindre les cheveux, porter telle ou telle chemise, vivre, mourir. Et la futilité de tout ça, la mort venue. L’invention de la solitude, Le Livre de Poche 13503, p. 18

Publié par Jean dans Note de lecture | RSS 2.0

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