03-11-2008

Jean-Marc Moutout : La Fabrique des sentiments

Femme, 36 ans, clerc de notaire, célibataire, souhaite rencontrer un homme pour… quoi au juste ? Eloïse ne sait pas très bien. Elle souffre de sa solitude mais reste farouchement attachée à sa liberté, cherche l’amour éternel et romantique mais hésite à s’engager, tient à s’offrir l’ivresse du désir soudain, à revivre l’excitation du premier rendez-vous, à frémir devant un inconnu. Elle s’inscrit à des speed datings, ces salons où des hommes et des femmes en quête d’âme sœur sont réunis artificiellement et se parlent à tour de rôle, au fil de présentations minutées, sur le schéma des chaises musicales. Eloïse assume le défilé de compagnons potentiels : le jouisseur baratineur, le séducteur sympa, le complexé désabusé… Se fait berner par l’un (marié, infidèle), attise le malentendu avec un autre (elle indécise et lui brutal). Mais ce n’est pas le portrait d’une Bridget Jones à la française que nous propose Jean-Marc Moutout, plutôt une satire de comportements contemporains, l’analyse de phénomènes de société.

L'image “http://medias.lemonde.fr/mmpub/edt/ill/2008/02/04/h_4_ill_1007428_fabrique-sentiments-bis.jpg” ne peut être affichée car elle contient des erreurs.Violence des échanges en milieu tempéré, son premier film, cinglant, peignait l’inhumanité d’un jeune cadre dynamique, obsédé de posture sociale, qui épurait les entreprises de ses employés les moins productifs, sans états d’âme. Ici, c’est une certaine posture féminine qu’il observe, celle de la jeune femme qui croit pouvoir gérer sa vie intime comme sa vie professionnelle, et qui en vient à vivre ses approches amoureuses comme des entretiens d’embauche. Une femme prisonnière de « l’ultramoderne solitude », de l’image qu’elle croit devoir offrir aux yeux du monde, jusqu’à se perdre, caricature de l’indépendante endurcie, sans identité.

Condamnée à l’insatisfaction, à une fuite perpétuelle, à des rêves illusoires et des conditionnements qui la font basculer dans un univers quasi fantasmagorique (ces scènes ne sont pas les plus convaincantes), Eloïse n’est plus elle-même, mais un petit robot obsédé par l’artifice, la promotion, la sociologie des sentiments auxquels elle croit de bon ton de se conformer. Avant de trouver son salut (?) en conjuguant une vie de couple pépère avec la navigation sur Internet, elle subit quelques épreuves. Jean-Marc Moutout a-t-il eu raison de faire basculer le mal-être de son héroïne en épreuve physique ? La pathologie médicale, avec vertiges symboliques, dont souffre alors Eloïse peut sembler un rien démonstrative, illustrant par une défaillance corporelle sa conscience de ne pas être au diapason de ce qu’elle s’était imposée. Convenons toutefois que ce type de panique au moindre pépin de santé est l’un des symptômes du désarroi contemporain. On trouvera aussi dans La Fabrique des sentiments une étude judicieuse de la manière dont se règle le sort du troisième âge. Jean-Marc Moutout a un regard acéré sur notre époque.

 

Publié par Jean dans Films | RSS 2.0

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