12-05-2008

L’exil d’Ovide (711-771 du calendrier romain)

Exilé : Ovide a tracé, dans la plus touchante de ses élégies, le tableau des moments qui précédèrent son départ : c’était la nuit du 19 novembre 763 de Rome ; sa maison retentissait des gémissements de ceux de ses amis restés fidèles à sa fortune ; sa fille était alors en Afrique avec son mari, qui y exerçait on ne sait quelle charge. Sa femme invoquait le ciel en sanglotant ; à genoux, les cheveux épars, elle se traînait aux pieds de ses dieux domestiques et baisait les foyers éteints. Ovide voulait se donner la mort ; sa femme, ses amis l’en détournèrent à force de prières et de larmes, et Celse, le pressant sur son cœur, lui fit espérer des temps plus heureux. Le poète, maudissant son génie, brûla avec plusieurs de ses ouvrages celui des Métamorphoses, qui n’était pas encore terminé, mais dont heureusement il s’était déjà répandu plusieurs copies dans Rome. Enfin le jour commençait à paraître ; un des gardes d’Auguste, chargé de l’accompagner, hâte le départ : sa femme veut le suivre dans son exil ; mais il la presse de rester à Rome pour tâcher de fléchir Auguste : elle cède, se jette éplorée dans ses bras, l’étreint une dernière fois et tombe bientôt évanouie, car déjà on avait emmené Ovide.

Ce n’était ni un arrêt du sénat ni la sentence d’un tribunal qui avait condamné Ovide, mais un simple édit de l’empereur ; il n’était ni exilé ni exporté, mais relégué à l’extrémité de l’empire, et cette dernière peine laissait à ceux qui la subissaient leur titre de citoyen et la jouissance de leurs biens. Toutefois un de ses amis, dans la crainte que l’empereur, achevant de violer les lois, ne dépouillât le condamné, lui fit l’offre généreuse de la moitié de sa fortune.

La proscription dont le poète fut l’objet s’étendit jusque sur ses ouvrages, qu’on enleva des trois bibliothèques publiques de Rome. Maxime, absent à l’époque de son départ, le rejoignit à Brindes et lui fit ses derniers adieux.

Ovide nous a laissé l’itinéraire de son voyage, qui ne fut pas sans périls. Le vaisseau qui le portait flotta longtemps sur l’Adriatique, battu par d’horribles tempêtes. Le poète mit pied à terre dans la Grèce, traversa l’isthme de Corinthe, et monta sur un second vaisseau an port de Cenchrée, dans le golfe Saronique. Il fit voile sur l’Hellespont et passa à pied par le pays des Bistoniens, peuple féroce de la Thrace, dont il éprouva la cruauté. Sur un troisième vaisseau, il traversa la Propontide et le Bosphore de Thrace ; et, après une longue navigation, il parvint, sur la rive gauche du Pont-Euxin, au lieu de soit exil, à la ville de Tomes, située vers les bouches du Danube, et sans cesse attaquée par les Daces, les Gètes, les Jazyges et les autres peuples armés contre la domination romaine, qui s’arrêtait là.

Tomes : On peut se figurer le désespoir d’Ovide lorsqu’il se vit enfin dans cette ville. Il n’entendait pas la langue de ce peuple sauvage, et, pour ne pas désapprendre la sienne, il en répétait tout bas les mots qu’il craignait le plus d’oublier. Des hommes à là voix rude, au regard féroce, aux habitudes sanguinaires, tels étaient désormais les concitoyens du poète galant de la Rome impériale. Sans cesse menacés, attaqués sans cesse par les hordes voisines, les Tomitains vivaient armés, ne quittaient jamais leurs traits empoisonnés du fiel des vipères. Les toits des maisons étaient hérissés de flèches lancées par les Barbares ; souvent les sentinelles jetaient le cri d’alarme, car des escadrons d’ennemis avaient paru dans la plaine, cherchant à surprendre et à piller la ville ; les habitants couraient tous aux remparts, et il fallut plus d’une fois qu’Ovide couvrît d’un casque sa tête blanchissante, et armât d’un glaive pesant son bras affaibli.

Le climat était digne des habitants ; le poète latin en fait des descriptions si affreuses que les Tomitains, blessés de ces invectives, l’en reprirent durement, et qu’Ovide fut obligé de leur faire des excuses et d’attester qu’il n’avait point voulu médire d’eux. Il ne voyait, eu effet que des campagnes sans verdure, des printemps sans fleurs, des neiges et, des glaces éternelles. Les Sarmates conduisaient sur le Danube et sur le Pont-Euxin des chariots attelés de boeufs. Les longs cheveux et la barbe qui cachaient leur visage retentissaient du cliquetis des glaçons Le vin, endurci par le froid, ne se versait pas, mais se coupait avec le fer.

http://remacle.org/bloodwolf/poetes/Ovide/intro.htm

Publié par Jean dans Prisonniers de la solitude | RSS 2.0

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