05-05-2008

Milène Leroy : solitude et célibat

De plus en plus de personnes vivent seules : qu’elles soient célibataires, veuves, divorcées, familles monoparentales : toutes ces catégories augmentent (+ 5% en 8 ans, de 90 à 98).
La caractéristique première de la solitude est le flou qui entoure cette notion. Non seulement le terme lui-même recouvre plusieurs sens, mais les victimes de la solitude sont difficilement quantifiables et identifiables.
. Le sens du terme solitude, tout d’abord : on peut y trouver trois significations différentes :
- le fait de vivre seul, qu’on soit célibataire, divorcé ou veuf /veuve
- le fait d’avoir peu de contacts sociaux
- le fait de se sentir seul.
Les trois sens n’ont pas forcément un lien de cause à effet. On peut vivre seul, mais avoir de nombreux amis et ne jamais souffrir de solitude. Autre cas de figure : même avec de nombreux contacts, il est possible d’éprouver un sentiment de solitude.
. Deuxième point important : il est extrêmement difficile de quantifier et d’identifier la population de  » solitaires  » souffrants. Aucun signe extérieur ne permet de la reconnaître. On peut tout au moins détecter des situations  » à risque « .
Une étude de l’institut national de la statistique (INSEE), datant d’octobre 1999, montre que les célibataires, les divorcés ou les veufs sont deux fois plus fréquemment sujet au sentiment de solitude que le reste de la population.
Par ailleurs, les femmes sont plus souvent candidates au sentiment de solitude que les hommes. Non qu’elles aient moins de relations ou d’amis. Mais elles semblent plus exigeantes dans la qualité des relations ou sont moins réticentes que les hommes à avouer ce qui est considéré comme une faiblesse.
La femme diplômée qui vit seule y sera particulièrement exposée. Dans cet ensemble, on retrouvera enfin plus fréquemment : les personnes à bas revenus, les chômeurs et les familles monoparentales.
Devant la difficulté de réellement quantifier ce phénomène, on peut avoir recours à des subterfuges significatifs : on peut repérer l’incidence et l’importance du sentiment de solitude dans notre société grâce au succès des agences matrimoniales, des clubs de rencontres ou des clubs de loisirs auprès des célibataires. et la consommation record d’anxiolytique, en France, afin de lutter contre l’angoisse due à cette souffrance (11 % de Français adultes prend au moins une fois par semaine depuis au moins six mois un médicament psychotrope – tranquillisants, hypnotiques, neuroleptiques ou antidépresseurs ; les Français consomment trois fois plus de psychotropes que leurs voisins Allemands ou Anglais et deux fois plus que les Italiens ; enfin, les chômeurs dépassent de 57 % le taux de consommation moyen).
Si on ne peut dégager de chiffres sur la solitude, on peut néanmoins repérer les situations qui favorisent l’apparition de ce sentiment. Il s’agit des situations de rupture en général, soit par rapport à une situation antérieure, soit par rapport à une norme dans la société concernée.
- précarisation de l’emploi (emploi à temps partiel ou enchaînement de petits contrats) et chômage de longue durée sont devenus des données nouvelles dans les pays développées, malgré le retour de la croissance. Une frange de personnes restent en dehors du circuit du travail, et tout un chacun peut se sentir menacé.
- le management a changé : on demande au salarié d’être performant, autonome, adaptable. On lui demande une mentalité de  » gagneur « , même si ses responsabilités effectives dans l’entreprises sont peu importantes. La peur de perdre son emploi met le salarié sous une pression continue.
Des ruptures professionnelles qui s’ajoutent aux ruptures affectives, déjà anciennes, mais qui contribuent au sentiment d’insécurité profonde : 2 nouveaux mariages sur 3 aboutiront à un divorce.
Chacun, en fonction de ses capacités créatrices ou de son ressort personnel, recourt à des astuces pour surmonter cette difficulté. Elles peuvent être bien vécues, et conduire à de nouvelles entreprises : loisir créatif – activité sportive, culturelle ou artistique, par exemple ou ouverture vers les autres (succès du bénévolat dans les associations), et création de nouvelles relations amicales. Ou elles peuvent être très mal vécues : on peut avoir recours à l’alcool, aux antidépresseurs ou au suicide. Sentiment de solitude d’autant plus difficile à vivre que nous sommes dans l’ère de la communication qui renvoie le solitaire d’autant plus durement à sa souffrance.
http://www.lacathode.org/ufpep2b/sol.htm

Publié par Jean dans Textes | RSS 2.0

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