27-03-2008

Oscar Vladislas de Lubicz Milosz (1877-1939)

Solitude, ma mère, redites-moi ma vie ! Voici
Le mur sans crucifix et la table et le livre
Fermé ! Si l’impossible attendu si longtemps
Frappait à la fenêtre, comme le rouge-gorge au coeur gelé,

Qui donc se lèverait ici pour lui ouvrir ? Appel
Du chasseur attardé dans les marais livides
Le dernier cri de la jeunesse faiblit et meurt la chute d’une seule feuille
Remplit d’effroi le coeur muet de la forêt.

Qu’es-tu donc, triste coeur ? une chambre assoupie
Où, les coudes sur le livre fermé, le fils prodigue
Écoute sonner la vieille mouche bleue de l’enfance ?
Ou un miroir qui se souvient ? ou un tombeau que le voleur a réveillé ?

Lointains heureux portés par le soupir du soir, nuages d’or,
Beaux navires chargés de manne par les anges ! est-ce vrai
Que tous, tous vous avez cessé de m’aimer, que jamais,
Jamais je ne vous verrai plus à travers le cristal

De l’enfance ? que vos couleurs, vos voix et mon amour,
Que tout cela fut moins que l’éclair de la guêpe
Dans le vent, que le son de la larme tombée sur le cercueil,
Un pur mensonge, un battement de mon coeur entendu en rêve ?

Seul devant les glaciers muets de la vieillesse ! seul
Avec l’écho d’un nom ! et la peur du jour et la peur de la nuit
Comme deux soeurs réconciliées dans le malheur
Debout sur le pont du sommeil se font signe, se font signe !

Et comme au fond du lac obscur la pauvre pierre
Des mains d’un bel enfant cruel jadis tombée :
Ainsi repose au plus triste du coeur,
Dans le limon dormant du souvenir, le lourd amour.

Publié par Jean dans Poésies | RSS 2.0

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