11-09-2007

La solitude absence

La solitude est intrinsèque à la condition humaine ; elle traverse chacun de l’instant de la naissance à celui de la mort ; tout être en fait une expérience différente sans doute selon les différents âges de la vie, mais aussi selon les chemins qu’il emprunte ou dans lesquels, parfois, il se fourvoie.
L’être humain est condamné à faire l’expérience de la solitude parce qu’il est condamné, pour vivre, à se séparer ; se séparer, d’abord, du corps maternel ; se séparer ensuite de l’environnement qui le soutenait mais dont il était dépendant ; se séparer, donc, pour trouver son autonomie et construire son identité : l’être humain, paradoxalement, ne peut se trouver et vivre que dans l’apprentissage de la séparation et donc de la solitude ; il ne peut être dans la continuité avec l’autre, cet autre qui pourtant, parfois, lui manque tant…
Or la solitude si nécessaire à la construction de l’humain a mille visages ; pour certains, état d’âme tout de pesanteur et de noirceur, elle évoque le rejet, l’abandon, voire l’exclusion ; elle est subie et il est possible de se perdre dans ses affres. Pour d’autres, plus lumineuse, la solitude est un choix ; elle est, alors, source de paix, moment de retrait réparateur et vivifiant, retrouvailles avec soi-même et même ouverture sur le monde.
070911seuls2.jpgPourquoi des vécus si opposés de la solitude ?
Pourquoi rentrer chez soi le soir, seul, est-il pour certains un moment si redouté ?
Pourquoi l’absence d’un être à qui parler, ou sur qui tout simplement, porter ses regards, est-il une telle souffrance ?
Pourquoi le besoin d’entendre une voix et la certitude du silence sont-ils si chargés d’angoisse ?
Pourquoi, enfin, ces moments-là engendrent-ils absence d’estime de soi, sentiments de dévalorisation, d’abandon, voire de nullité ?
Etre seul, c’est pour certains ne pas être digne d’être aimé ; c’est aussi, pour d’autres, la preuve du sentiment de nullité. Dans cette perspective, la solitude peut-être insoutenable, destructrice et paradoxalement, par une stratégie du pire, faire sombrer dans l’isolement ; isolement, fuite et piège à la fois, fait douter de tout et surtout de l’espoir en de nouvelles relations.
La solitude n’est jamais si destructrice que si elle réactive le souvenir d’une enfance trop solitaire, d’un entourage trop peu présent, trop silencieux et surtout d’une mère trop froide, trop distante, trop indifférente aux sentiments de son enfant, aux besoins qu’il a des manifestations de son amour. Il y a des mères parfois trop absentes d’elles mêmes – en raison de leur propre histoire ou de leur vécu de femme – qui ne peuvent réfléchir la vie, qui ne répondent pas aux sollicitations de leur enfant et qui malgré les tentatives de ces derniers pour les émouvoir, les « réanimer », demeurent lointaines et inaccessibles. L’adulte, dont les efforts d’enfant auront été vains, pourra éprouver dans la solitude un sentiment d’impuissance, de nullité et de vide.
Pour le psychanalyste D.W. Winnicott, l’être humain qui aurait pu, enfant, faire l’expérience « d’être seul… en présence de sa mère », « une mère suffisamment bonne », en gardera à jamais une sécurité intérieure. Il aura acquis, malgré le départ de l’objet primordial, malgré son absence, la certitude de son retour et une confiance stable en elle. La mère intériorisée, dans l’enfance, comme un support, permettra à l’adulte d’avoir une relation vivante avec lui-même, avec les autres et d’avoir foi en un avenir chargé de promesses. Habité par une image maternelle lumineuse, animé par les traces inconscientes de ses sourires et du sourire de son regard, il fera l’expérience d’une solitude vivifiante et non plus vide. Relié à lui-même et à ceux qu’il aime malgré l’absence, il recherchera la solitude pour des retrouvailles intimes, pour y éprouver ou ré éprouver la paix intérieure, pour se reconstruire ou ouvrir en lui de nouveaux espaces psychiques. De ce retour fécond vers lui-même, il pourra retourner aux autres plus vivant ; objectif final, par ailleurs d’un travail analytique.
De la qualité de la solitude procède la qualité de la vie, des relations et de l’amour. L’autre n’est aimé pour lui-même que s’il n’a pas pour fonction de combler un vide.
« L’Amour, la Solitude », est le titre d’un poème de Paul Eluard. Le poète, comme toujours, n’a pas manqué de saisir le lien intime qui unit étroitement ces deux sentiments.

Publié par Jean dans Textes | RSS 2.0

3 Réponses à “La solitude absence”

  1. Cathy - 412 dit :

    Bonsoir Jean

    ça va ! Tu n’as rien à regretter … Au contraire : on ne guérit bien le mal que par le mal donc, par logique, j’en déduis qu’un mal amène un mieux…
    Tu sais , parfois, les blessures, il vaut mieux les faire ressurgir pour mieux les combattre … -D)

  2. Juan - 1418 dit :

    Bonne nuit Cathy !

    Comment vas-tu ? Je regrète que ce texte ait ravivé des blessures chez toi !

    Moi aussi je t’embrasse !

    Dernière publication sur Iwazaru 言わざる : 64-143

  3. Cathy - 411 dit :

    Bonsoir Jean

    Comme TON texte est vrai ! Et comme parfois certains de tes textes me donnent envie de pleurer… mais je ne peux pas, je n’y arrive pas ! alors , je me dis que je ne suis pas humaine! Je ne suis qu’un bloc d’acier , un bloc d’acier à la place du coeur…

    Envie de pleurer parce qu’il me ressemble! Mais ce manque d’amour de la mère , c’est comme si l’on était ectopique ! Par contre , d’autres choses viennnent le remplaçer …

    Tu sais comme les aveugles qui acquièrent un autre sens…
    Bon , je te souhaite une bonne nuit
    merci pour ce beau texte
    Je t’embrasse
    Cathy

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