Archives pour août 2007

31-08-2007

Marceline Desbordes-Valmore (1786-1859) : Le Nid solitaire

58256desbordesvalmore.jpg
Va, mon âme, au-dessus de la foule qui passe,
Ainsi qu’un libre oiseau te baigner dans l’espace.
Va voir ! et ne reviens qu’après avoir touché
Le rêve… mon beau rêve à la terre caché.

Moi, je veux du silence, il y va de ma vie ;
Et je m’enferme où rien, plus rien ne m’a suivie ;
Et de son nid étroit d’où nul sanglot ne sort,
J’entends courir le siècle à côté de mon sort.

Le siècle qui s’enfuit grondant devant nos portes,
Entraînant dans son cours, comme des algues mortes,
Les noms ensanglantés, les vœux, les vains serments,
Les bouquets purs, noués de noms doux et charmants.

Va, mon âme, au-dessus de la foule qui passe,
Ainsi qu’un libre oiseau te baigner dans l’espace.
Va voir ! et ne reviens qu’après avoir touché
Le rêve… mon beau rêve à la terre caché !

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31-08-2007

23) Henri Tachan : Je suis une presqu’île

Je n’veux plus, dans ma tour d’ivoire,
Fair’e des grimaces à mon miroir.
Je n’veux plus, au fond de mon île,
Me r’garder pousser le nombril.
La solitude, c’est comm’e la mort :
Quand je suis plusieurs, je l’appelle
Mais quand j’suis seul, je rêv’e de ports,
De métros, de tours de Babel…
Des grandes tours cacophoniques
Avec de la foule, de la sueur,
Des étrangers, des claques, des cliques,
Et, autour de moi, la rumeur,
Et, autour de moi, la rumeur…
Je suis une presqu’île :
J’ai un bras vers la mer
Mais le cœur dans la ville
Et les pieds vers la terre.

Plus de Jersey, de Sainte Hélène,
Plus de manoir sans Frankenstein,
Plus d’idées noires sans personne,
Plus de nuits blanch’es sans téléphone.
La solitude, c’est comm’e la rage :
Quand j’suis plusieurs, j’me fais la paire,
Mais quand j’suis seul, je rêv’e de plages,
Corps contre corps, chairs contre chairs…
Des grandes plages polluées, même,
Avec de la foule, de la sueur,
Des goss’es qui braillent, des gens qui s’aiment,
Et, autour de moi, la rumeur,
Et, autour de moi, la rumeur…

Ce soir, dans le silence bête,
Je voudrais qu’un’e voiture s’arrête,
Assassin, vagabond, qu’importe,
Mais que quelqu’un cogne à ma porte.
La solitude, c’est comm’e nous deux :
Quand on est là, il n’y a personne.
Quand on est loin, on rêv’e d’être deux
À écouter le temps qui sonne…
Le temps qui pass’ra mieux quand même
Avec nos rires, avec nos pleurs,
Avec ton front sur mon front blême,
Et, autour de nous, la rumeur,
Et, autour de nous, la rumeur…
Je suis une presqu’île,
Les deux bras vers la mer,
Mais le cœur dans la ville
Et les pieds vers la terre.

Plus : Henri Tachan.

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31-08-2007

Maurice Chapelan

Lu : Il ne faut pas que solitude rime avec attitude, mais altitude. Maurice Chapelan.

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31-08-2007

79) Encore un soir sans….. par ficelle

070831femmecouche02.jpg

Encore un soir n’ayant pour toute couleur
Que le noir de l’oubli ;
N’ayant pour toute saveur
Que celle, amère, de l’ennui

Désirs inassouvis,
Rêves enfouis
Que cherche dans la nuit
Mon corps alangui

Encore un soir n’ayant pour toute odeur
Que celle, âpre, du désespoir
Qui se prolonge au fil des heures
De déboires en idées noires

Lassitude infinie
Solitude ennemie
Que de combat dans la nuit
Mon âme engourdie

Encore un soir sans tendresse
Insomnie sans caresse
Je cherche en vain le sommeil
Je guette en vain le soleil..

Ficelle

Voir aussi entre autre : http://www.ublog.com/ficelle/2007/06/07

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31-08-2007

Silence… Jacqueline Kelen

070831einsam.jpgPlus on est harcelé de bruits, matraqué d’images extérieures, et plus on se sent à l’intérieur dépeuplé, privé de toute imagination. Au contraire, à qui demeure dans le silence des voix intérieures font signe et des visages sourient. La solitude offre à chacun le recul et le rassemblement des forces indispensables pour œuvrer. Elle permet de se dégager des contingences et frivolités du quotidien et de faire l’inventaire de ses ressources personnelles. Dans la solitude on amasse des munitions. Si de ces provisions on ne crée rien, on ne parcourt qu’une partie du chemin. La solitude est un détachement qui mène à un débordement. Si elle ne fructifie pas, elle n’est qu’isolement.

L’Esprit de solitude

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30-08-2007

Blanche Monnier – La séquestrée de Poitiers

Cette histoire est un modèle du genre, un fait divers inimitable, avec son cortège de personnages aberrants et de comportements incroyables.

070830sequestration1.jpg23 mai 1901, rue de la Visitation à Poitiers, un commissaire de police perquisitionne un hôtel particulier. Agissant sur dénonciation par lettre anonyme, la police enfonce la porte d’une chambre aux volets cadenassés. Elle y découvre une femme, entièrement nue, squelettique, recouverte d’excréments, de cafards, de vers et rendue folle par sa détention.

Blanche Monnier est transportée à l’Hôtel-Dieu. Elle ne pèse que 25,4 kg. Ses cheveux atteignent ses cuisses. Ils seront coupés. A la suite des soins qu’elle va recevoir pendant un an elle se rétablira physiquement mais jamais mentalement.

Blanche, née en 1849 à Poitiers, est la fille de l’ancien doyen de la Faculté de lettres de Poitiers et la sœur du sous-préfet de Puget-Théniers (Alpes-Maritimes).

En fait, le terme même de « séquestrée », adopté par la presse au tout début de l’affaire, est impropre : la volonté soumise de Blanche a largement contribué à son destin inhumain. Et la thèse populaire selon laquelle la pauvre créature aurait conçu un enfant, qu’on aurait supprimé à la naissance avant d’enfermer la pécheresse au secret pour toujours, est réfutée. Dans cette histoire, rien ne s’explique vraiment ; les caractères échappent à toute description psychiatrique. Tout est singulier, unique, et monstrueux.
André Gide a publié en 1930 un rapport exemplaire mais incomplet sur Blanche, rebaptisée Mélanie, et Georges Simenon y a puisé les personnages de son Bourgmestre de Furnes. Quant au scénario que Jean Renoir en avait tiré, il est resté dans un tiroir. Les portraits, tels que nous les a laissé la réalité, sont trop peu crédibles pour être des personnages de cinéma.

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30-08-2007

78) L’autre… – Huguette Bertrand

070829parejao.jpg

miroir des solitudes
retourné à son désir
le désirable en l’autre
le plein désir en ce trop plein de vie

vie pleine vie
à même les déchirures
désir plein désir
à même chaque instant
instants inextinguibles
vertiges

une voix murmure l’amour
n’apaise pas
reprend son souffle
sur le chemin des impromptus
nous rappelle qu’il était une fois
ce fou désir en soi
sagement enrobe l’Être
l’autre
en son désir
au seuil de l’éclatement


« Ascension du désir » http://www.espacepoetique.com/

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29-08-2007

Soledad

070829soledad05.jpg

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29-08-2007

Soledad

070829soledad.bmpMe sorprende ver la cantidad de personas jóvenes, de buenas personas, que se sienten solas, y no me refiero a la soledad familiar o de amistades, me refiero a la soledad que se siente al ver pasar los años sin que aparezca ese “alguien especial” que nos haga alucinar y abandonarlo todo para empezar una vida juntos.

Creo que el individualismo y el exitismo en los que vivimos actualmente nos hacen, a muchos de nosotros, de alguna u otra forma, postergar el tema de pareja y enfocarnos en tener una carrera exitosa que nos permita cierta estabilidad y comodidad antes de pensar en formar una familia, y de pronto te das cuenta que los años han pasado y que tu corazoncito siente cada vez más el peso de la soledad.

Para mí los malditos cuentos infantiles tienen mucha responsabilidad en todo esto, los que dicho sea de paso… no pueden ser más tétricos y poco apropiados para las sanas mentes infantiles, pero eso es tema para otro post. Creces con historias de « pobres mujeres sacrificadas » que no logran encontrar la felicidad hasta que llega su “príncipe azul” a “salvarlas” y “viven felices para siempre”, convenciéndonos que en alguna parte del mundo cada una tiene SU príncipe que nos pertenece y que tarde o temprano llegará para hacernos felices, y con los años, obviamente vamos descubriendo que eso es una farsa, que el Sr. Perfecto no existe y que hay muchos que pasan por esta vida sin ni si quiera haber conocido el amor.

Por otra parte, la desilusión que sufren los hombres no es menor, ya que no sólo se dan cuenta que la princesa perfecta tampoco existe, sino que además, acostumbrados a ser el “príncipe valiente” o el “Superhéroe” que todo lo puede y que debe salvar al mundo o a su princesa, un día se dan cuenta que no siempre se la pueden solos y que de salvataje no tienen ni idea…

Al final la vida misma es la que se encarga de romperte los modelos creados y las ilusiones de los « happy ending » que no siempre los hay. El resultado? miles de personas solas y desesperanzadas, que buscan sin encontrar y que esperan sin llegar a alcanzar.

Un beso,

Solitaire

L’auteure de ce texte tient pour reponsable de la solitude d’une partie des gens, les contes de fée que l’on raconte aux enfants contenant des princesses et des prince-charmants, qui ce lon lui fairait que l’on attend l’être idéal qui ne vient jamais.

Lugar: Santiago, Chile

Psicóloga de profesión, mamá de corazón

DESDE EL DIVÁN http://cotevg.blogspot.com/

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29-08-2007

77) La Solitude (Slam) – Animal Dan

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La solitude c’est la meilleure ou la pire des compagnes
Ni conseilleurs ni payeurs quand ton esprit bat la campagne
Tu peux aller te faire voir ailleurs sans personne qui t’accompagne
Trop de liberté c’est parfois le bagne
La solitude elle te fait funambule sans filet
Sur son fil il file en effet et c’est pas rien à s’enfiler
Chut superchut car l’artiste va se faufiler
Chut car une chute et ce serait la plus sûre et brute des plaies
Dure serait la chute sur les couperets des rochers effilés
Et roussi-rôti il se découperait comme tranches de faux-filet
Chut le silence le plus complet est demandé recommandé
Chut public adoré même si tu adorerais le voir se viander

Et aussi

La solitude c’est tous derrière tous derrière et toi devant
En avant toujours de l’avant à te sentir si vivant
C’est court et c’est tout c’est ni plus con ni plus savant
La bouche sèche et le souffle du vent
Qu’est-ce que tu crois mon vieux dans les mèches échevelées
On achève bien les cheveux un peu mon neveu un peu que je veux
On achève bien d’achever de prolonger les vieux
On achève bien des travaux on achète bien les travelos
Et tout ça c’est du kif-kif et tout ça c’est le même blot
Chut le silence est demandé dans les hostos dans les clandés
Chut public vie privée dans le silence des complets
Le silence des complots pas complètement démodé silence les agnelets

Et bien sûr

La solitude-cadeau cascades saccadées sac à idées et sac à dos
La solitude chouette choisie loin des banderoles et des badauds
Dans le voyage en solitaire coulée la barque pour Cythère
Et le solitaire seul y terre et pour s’entendre s’y taire
Seul il littère-rature et cherche les mots qui assurent
Que tu l’aies choisie pour femme et tu vis avec bien rangé
Ou que dès ta naissance et même bien avant, le mariage soit arrangé
Et qu’à ta connaissance t’aies pas une chance de rien pouvoir y changer
Parce qu’attention : prise de conscience = attention danger
Parce qu’attention : prise de distance = manger vache enragée engrangée
Qu’on vomit sur les jolis murs les commissures enjouées en grands jets
Chut cher public ordre public pas troubler pas déranger

Et c’est vrai la plus cool des détresses la plus full des maîtresses
Et alors et bien sûr et aussi la traîtresse et c’est tout

 

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29-08-2007

Protégé : 29 août : pluvieux

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28-08-2007

Le silence, un moment avec soi, un moment pour soi.. de Michèle Freud

07082903.jpgS’étourdissant dans des activités multiples, certains remplissent compulsivement leurs journées et leur agendas afin d’éliminer la moindre minute de battement, le moindre vide.

A force de se noyer dans un activisme incessant, ils courent à en perdre le souffle.

Dans cette agitation ambiante, ils se laissent envahir par toutes sortes de tourments qui, à la longue, finissent par les rendre malades, car à ce rythme, le corps s’épuise, les pensées se bousculent, s’embrouillent et se diluent.

Pour renforcer notre équilibre intérieur, nous ressourcer et écouter les messages que le corps nous envoie, nous aurions pourtant besoin de calme, de détente et de silence.

Or, précisément, nous redoutons le silence, il nous renvoie à toutes nos peurs archaïques : celle de l’absence, de l’insécurité, du vide, du manque d’amour, d’où notre besoin de combler et de se remplir de l’Autre, de possessions, de travail, de nourriture, d’alcool et de substances diverses.

Revenons à l’enfance, à l’origine de nos peurs.

Durant ses premiers mois de vie, le bébé est entièrement soumis au « principe de plaisir » énoncé par S. Freud .

Il vit en pleine fusion avec celle qui le nourrit et lui procure des soins, en l’occurrence sa mère.

N’ayant pas clairement conscience d’une réalité extérieure, ses demandes étant satisfaites par la mère, il se trouve dans l’illusion de la toute-puissance.

Peu à peu, au cours de sa maturation, l’enfant se confronte au « principe de réalité », aux premières frustrations, à l’attente, à l’absence.

La mère « suffisamment bonne » est sensée jouer un rôle de régulateur interne, mais aussi externe.

Tout en continuant à l’accompagner et à lui prodiguer amour et soins, elle lui apprend à se confronter à la séparation, à l’attente et à la frustration qui en découle.

Pour supporter l’absence, l’enfant va devoir imaginer l’Objet affectif, le fantasmer, il utilisera « l’objet transitionnel » : doudou, ours en peluche, tétine etc..

Cette capacité fantasmatique lui offre en même temps la possibilité d’explorer son imaginaire.

Dans son processus d’individuation, pour se construire un moi autonome, l’enfant a besoin d’expérimenter cette force interne.

Elle lui permet aussi de pallier le manque.

A défaut d’un accompagnement satisfaisant, (mère trop comblantes devançant toute demande et empêchant ainsi cette capacité d’exploration de vie intérieure, ou mère absente, peu affectueuse,) il sera dans une éternelle attente, souffrant de carences, cherchant à l’extérieur ce qui pourrait le satisfaire.

Ainsi, pour certains, le silence renvoie à l’angoisse, au vide, au manque et surtout à l’incapacité d’y faire face.

Il nous faut nous rendre à l’évidence : nous ne parviendrons jamais à colmater cette béance toujours en nous et devons admettre que l’Autre ne comblera jamais tous nos besoins.

Faute de s’en convaincre, notre vie risque d’être une quête insatiable et illusoire.

07082904.jpgNous ne pouvons échapper en effet à l’expérience de la solitude inhérente à notre condition.

La capacité d’être seul nous apprend aussi à grandir, elle nous confronte certes à l’absence, mais aussi à la présence.

Elle éveille en nous la possibilité de se nourrir d’une vie intérieure plus intense, d’explorer de nouvelles ressources et de se relier à soi.

 

Nous pouvons parvenir à transformer notre peur de la solitude en l’apprivoisant, en acceptant de se retrouver seul pour accueillir ses peurs, les comprendre et les dépasser.

On y puise une grande force et on apprend alors à être bien avec soi, on acquiert une nouvelle liberté, celle qui permet de choisir d’être tranquillement avec soi-même.

1 Pour Carl Jung, la quête du « connais-toi toi-même » passe par le retrait en soi.

Cette étape est bénéfique pour soi, mais aussi pour notre environnement car elle agit sur nos relations interpersonnelles et rejaillit sur toute notre existence.

De grands philosophes existentialistes et spiritualistes de Pascal, à Kierkegaard en passant par Rousseau et Vigny insistent sur l’importance de l’expérience de cet isolement.

Jean-Jacques Rousseau* préconise la rêverie qui lui assure d’avoir un moment à soi : «Je ressens un sentiment précieux de plénitude, de contentement et de paix dans ce calme. Chaque jour de ma vie me rappelle avec plaisir celui de la veille et je n’en désire point d’autre pour le lendemain. »

L’expérience du silence est trop souvent négligée dans ce monde qui sans cesse nous agresse.

Dans cet environnement grouillant, elle apparaît de plus en plus comme une nécessité pour se recentrer.

Faire silence est une anti-dote pour mieux résister aux méfaits du stress.

Alors commençons quotidiennement à nous octroyer quelques minutes afin d’offrir à notre corps et à notre mental un moment salvateur.

Pour éviter de se laisser habiter par un déferlement de pensées parasites, habituons-nous par exemple dans la journée à être vigilant à un état intérieur, simplement percevoir la présence attentive de son souffle, avec la sensation agréable de bénéficier d’un peu de temps pour être avec soi, attentif aux mouvements que l’on effectue comme le pas que l’on pose dans le sol, ou savourer un met en mangeant dans la pleine conscience des cinq sens que l’on éveille.

Attentif à soi, mais aussi à la vie, à son environnement : regarder le ciel, les étoiles, le soleil, la couleur et pureté d’une fleur, écouter le tic tac d’une pendule, entendre le son des oiseaux, communiquer avec la nature être présent à la musique, à ses vibrations… autant de techniques à la portée de chacun…

Après une épreuve douloureuse, une étape de vie importante, nous avons besoin de conforter notre relation avec nous-mêmes.

Trop souvent, après une séparation, un divorce, une rupture, on se précipite dans une nouvelle relation pour ne pas avoir à affronter la solitude.

Si nous voulons créer des nouveaux liens, il nous faut quelquefois vaincre nos ennemis intimes, comprendre et intégrer ce que notre relation aux autres a éveillé comme pensées, comme comportements.

Cela suppose un temps de retrait, un espace pour la réflexion, entendre ce que l’on n’a pas pris soin d’écouter, accepter de grandir et de mûrir.

C’est un moment où l’on approfondit la relation à soi et cela nous procure une plus grande liberté intérieure pour nous investir dans de nouveaux choix de vie.

Ce temps d’isolement est aussi un moment sacré, d’une grande intensité où l’on vit avec soi une expérience privilégiée d’une grande fécondité qui nous ouvre à une vraie présence à nousmême.

Lorsque l’on ressent cette présence en soi, on n’a plus peur du silence, de la solitude… on ne se sent plus seul.

Eprouver une liberté intérieure, c’est s’affranchir de toute attente et de toutes nos peurs dit Matthieu Ricard* Dans la vie quotidienne, cette liberté nouvelle nous offre la possibilité d’une plus grande ouverture à l’autre, celle aussi de savourer la simplicité du moment présent, libre du passé, affranchi du futur et de ses peurs, celle de pouvoir alors partager simplement l’intimité d’un rire avec les êtres que l’on apprécie, sans y être émotionnellement accroché.

Ainsi régénérés et libérés, il nous est plus aisé de nous investir dans nos activités en développant davantage notre créativité et nos aspirations pour le plaisir et la solide nourriture de la vie.

La vie est riche de tout ce qui est nécessaire pour nous éclairer, mais nous ne prenons pas le temps d’allumer la lumière nous enseignent les sages.

2 Sachons reconnaître notre besoin de silence, de solitude mais aussi ceux de notre entourage et accordons-nous ces moments où chacun respecte le silence, l’espace et le jardin secret de l’autre afin de mieux se retrouver.

* Les rêveries du promeneur solitaire…Gallimard

* Plaidoyer pour le bonheur Nil Editions

*La solitude Nicole Fabre Albin Michel

Psychanalyse Magazine juin 2004

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28-08-2007

Ce que veulent les femmes, de Elizabeth Berg

07082905.jpgPour tout vous avouer, je suis sensible à toutes les marques d’amour entre les gens. Je sais bien que certains s’épanouissent dans la solitude, mais je me demande comment ils font. ça ne les gêne pas de savoir que la boîte de céréales ne sera vide que le jour où ils l’auront finie ? De rentrer dans la maison qui, au lieu des traces entre mêlées de la vie en commun, porte l’empreinte tranquille d’une existence solitaire ? J’ai les cheveux chatains, je suis droitière, et j’arrive à vriller ma langue. J’ai besoin de quelqu’un à qui donner de l’amour.

Il semble que la plupart des jeunes d’aujourd’hui sont tellement obnubilés par l’avenir qu’ils en oublient le présent. Et je crois qu’ils ont aussi peur du bonheur que la souffrance. Peur de dire qu’ils aiment, peur de prendre des risques, d’avouer qu’ils sont aussi sentimentaux et aussi assoiffés d’affection que tous ceux qui les ont précédés ou qui viendront après eux.

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27-08-2007

Rochom P’ngieng

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Article paru le 25 janvier 2007

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26-08-2007

76) Solitude – Philippe Haudebourg

070826solitudea.jpg

La solitude est la pire maîtresse d’une vie.
Sa faim démesurée, tant elle vous suce la moelle,
Vous laisse pantelant dans la misère sexuelle.
Puis rassasiée, elle vous abandonne à l’envie.

Le soir, elle se tapit dans l’ombre, soit en sur !
Tu sais rarement de quoi elle est capable.
Elle surgit quand tu dînes, s’invite à ta table
Mais elle ne dit pas un mot et tu parles au mur.

La journée, Solitude est pleine de délicatesses.
Elle part certain que tu ne la verras pas revenir,
Dès que tu rentres à la maison, elle montre ses fesses,
De grosses fesses que tu ne parviens jamais à saisir !

C’est un monstre étonnant qui prend toutes les formes,
Soit la taille d’une souris, soit celle d’un éléphant,
Elle a toujours de grands bras et ses doigts énormes
Serrent si fort la gorge que tu pleures comme un enfant !

Croyez-vous que l’Ancien dans sa bienveillance,
Envoie une mauvaise fée chez certain d’entre nous
Pour leur jeter un sort en toute malveillance ? :
« De sa grande sœur, la Mort, tu auras un avant-goût ! »

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26-08-2007

Delphine Le Vigan : No et moi

Delphine Le Vigan : No et moi dans Livres 59-317-le-vigan--95x150Lou Bertignac a 13 ans, un QI de 160 et des questions plein la tête. Les yeux grand ouverts, elle observe les gens, collectionne les mots, se livre à des expériences domestiques et dévore les encyclopédies.

Enfant unique d’une famille en déséquilibre, entre une mère brisée et un père champion de la bonne humeur feinte, dans l’obscurité d’un appartement dont les rideaux restent tirés, Lou invente des théories pour apprivoiser le monde. A la gare d’Austerlitz, elle rencontre No, une jeune fille SDF à peine plus âgée qu’elle.

No, son visage fatigué, ses vêtements sales, son silence. No, privée d’amour, rebelle, sauvage.
No dont l’errance et la solitude questionnent le monde.

Des hommes et des femmes dorment dans la rue, font la queue pour un repas chaud, marchent pour ne pas mourir de froid. « Les choses sont ce qu’elles sont ». Voilà ce dont il faudrait se contenter pour expliquer la violence qui nous entoure. Ce qu’il faudrait admettre. Mais Lou voudrait que les choses soient autrement. Que la terre change de sens, que la réalité ressemble aux affiches du métro, que chacun trouve sa place. Alors elle décide de sauver No, de lui donner un toit, une famille, se lance dans une expérience de grande envergure menée contre le destin. Envers et contre tous.

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24-08-2007

22) Nuit

La nuit t’habille dans mes bras
Pâles rumeurs et bruits de soie
Conquérante immobile
Reine du sang des villes
Je la supposais, la voilà

Tout n’est plus qu’ombre, rien ne ment
Le temps demeure et meurt pourtant
Tombent les apparences
Nos longs, si longs silences
Les amants se perdent en s’aimant

Solitaire à un souffle de toi
Si près tu m’échappes déjà
Mon intime étrangère
Se trouver c’est se défaire
A qui dit-on ces choses-là ?

As down lights up another day
Visions I once had fade away
All of those words unspoken
My wildest dreams off broken
It wasn’t supposed to be that way

Should I leave why should I stay
Solitaire à un souffle de toi
Leavin’behind me yesterday
Si près tu m’echappes déjà
Am I free or forsaken
Mon intime étrangère
Cheated or awakened
Se trouver, se défaire
Does it matter anyway ?

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24-08-2007

Anja, par C. Vrayenne

070824momentdesolitude.jpgÀ 8 ans, Anja découvre le monde. Jusque-là, elle n’en connaissait que quatre murs, l’obscurité et quelques vaches. La fillette vivait depuis sa naissance à côté de l’étable de la ferme de sa mère. Sans parler, rire ni jouer. À manger des bouillies.

Un “ enfant-placard ” au XXIe siècle, ça dépasse l’entendement. Pourtant, un nouveau cas vient d’être mis au jour dans la Bavière profonde (Allemagne). Elle se passe près de chez nous. Personne n’a rien remarqué. Jusqu’au 17 juin 2007 : sur le chemin de l’école, deux enfants ont vu un petit visage à la fenêtre d’une étable. Ils ont alerté la police. Deux jours plus tard, Anja, qui a connu son premier vrai anniversaire le 18 juillet dernier, pour ses 8 ans, avait un prénom. Choisi par sa maman, au terme d’aveux dramatiques.

Par peur de la perdre

Bayersried, dans la périphérie d’Ursberg. 640 habitants à tout casser. Autant de vaches laitières. Dont celles dont a hérité Angela W., 46 ans, avec la ferme familiale, à la mort de ses parents. Huit ans plus tôt, cette mère célibataire a eu un enfant. Grossesse cachée, naissance passée inaperçue de tous. Une fillette qu’elle va “ parquer ” dans une petite pièce obscure, à l’insu de tous.

Pour cacher son existence. Personne n’a jamais entendu le prénom de l’enfant : elle n’en avait pas. Elle était seulement “ mon trésor, ma chérie ” pour sa maman.

Car Angela l’aimait. Mal, mais à sa façon: complètement dépassée par son boulot d’agricultrice, elle a toujours vécu dans l’angoisse que les services sociaux ne lui retirent la garde de sa fille. D’où le “ placard ”. Ce n’est pas vraiment de la “ maltraitance ”, c’est de la “ négligence ”. De l’inconscience pure.

Comme soulagée

Démasquée il y a deux mois et arrêtée par la police, Angela W. lâche très vite le morceau. Comme soulagée. “ Très calme ”, selon le maire de la bourgade, elle souffle que “ la petite est plus en sécurité maintenant qu’avant ”. Que “ ça devait finir comme ça un jour ou l’autre ”.

Il y avait bien un père, un homme de 51 ans, qui passait de temps en temps à la ferme. Il aurait voulu les aider. Il n’y est jamais arrivé.

Anja n’avait aucune blessure physique. Elle vivait de bouillies. Parfois, elle se glissait parmi le bétail. Elle ne savait dire que quatre mots: “ mama ”, “ hallo ” (salut), “ Muh ” (meuh) et “ miezi ” (minou). La gamine ne marchait quasi pas, faute d’os suffisamment solides. En fait, les vaches sortaient plus que la fillette. Elle ne connaissait même pas l’existence d’un arbre, d’un brin d’herbe. Aujourd’hui, Anja sort dans le jardin de l’hôpital pour enfants où elle est placée. Avec son petit sac à dos, toujours. Elle ramasse tout: fleurs, feuilles, pommes de pin, qu’elle ramène dans sa chambre. Anja a une moitié d’enfance à rattraper.

Anja apprend à jouer et à faire des phrases

Placée dans une clinique spécialisée, Anja à tout à apprendre, avec l’aide de thérapeutes. Ses premiers jours de liberté, la fillette ne voulait pas quitter sa chambre, n’osant surtout pas approcher des escaliers, ces inconnus. Mais bonne nouvelle, selon une proche, elle “ très curieuse de tout ”.

Jusqu’où pourra-t-elle réparer ses traumatismes? “ À 8 ans, il y a une possibilité de récupérer. Mais il n’y a pas de règle absolue ”, explique Lucienne Strivay, de l’université de Liège. Auteur d’un livre sur les “ enfants sauvages ”, cette anthropologue rappelle le cas de Genie, une enfant américaine séquestrée jusqu’à 13 ans, découverte juste après le succès du film de Truffaut sur ce thème. “ Genie a récupéré une partie de linguistique, mais pas la syntaxe. Mais elle savait se faire comprendre autrement, à sa façon, unique! N’ayant eu pour rare contact qu’un imper en plastique, elle a gardé une fascination pour cette matière. ”

La guérison passe par une approche pluridisciplinaire (logopède, psychologue). Mais attention au forcing de l’institutionnalisation: il ne faut pas passer de rien à… tout! “ Il faut une immense patience, un bon bain social, sans exigence de résultats ”, précise Mme Strivay. “ Il faut laisser l’enfant prendre les choses à son rythme, ne pas trop se retourner. ” Sinon, on risque de le “ casser ”. Et avoir un résultat finalement aussi catastrophique que la situation de séquestration.

Elle ne sait pas bien marcher, ni parler

Faute de lumière, d’air frais, de nourriture équilibrée, Anja, 8 ans, souffre de nombreux retards. La fillette, qui a grandi quasi parmi les vaches, ne savait prononcer que quelques mots, comme un bambin, quand son existence a été découverte à la mi-juin. Aucune phrase cohérente, là où toutes les fillettes de son âge composent déjà des rédactions.

Un retard de langage, mais aussi de croissance. Rachitique, victime de terribles carences alimentaires, Anja a passé huit années en confinement, ses quatre murs ne lui permettant que d’effectuer des mouvements restreints. Conséquences: ses os et ses articulations sont déformés, pas assez solides pour la porter. Ses jambes en “ O ” (l’inverse du “ X ”) rendent sa marche difficile, pour ne pas dire complètement anarchique. Elle ne connaît absolument pas les aliments solides et n’accepte donc que les liquides.

La petite fille ne présentait aucune blessure physique volontaire. Sa maman ne la maltraitait pas “ corporellement ”. Mais l’absence de stimulations sensorielles (comme la lumière du jour) et sociales (contacts humains), l’isolement, mènent à un syndrome appelé “ nanisme psychosocial ” ou encore syndrome de “ Kaspar-Hauser ”. Du nom du plus connu des “ enfants-placard ”, découvert en 1828 à Nuremberg, portant juste un bout de papier disant qu’il avait 16 ans. Le gamin aurait grandi dans un réduit sombre, alimenté par un inconnu, avec juste un cheval à bascule pour compagnon.

Cette pathologie typique des enfants abusés de cette façon, regroupe différents symptômes, comme ceux d’Anja: retard psychomoteur, intellectuel et hormonal, trop faibles poids et taille, troubles du sommeil, insensibilité à la douleur, appétit et soif sans limites et misère affective. Certaines victimes peuvent mourir précocement, parfois juste à cause du changement de nourriture.

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23-08-2007

Anja

A Bayersried une petite bourgade de Bavière, une fillette a été découverte le 17 juin 2007, par deux scouts qui étaient sur le chemin de l’école. Elle vivait dans l’obscurité, se nourrissait de bouillies et ne connaissait que quatre mots: « mama », « hallo » (salut), « muh » (meuh) et « miezi » (minou).

Sa mère, Angela W., avait caché sa grossesse et était parvenue à faire passer la naissance inaperçue. Arrêtée par la police, elle est vite passée aux aveux. Elle a déclaré aux enquêteurs qu’elle aimait sa fille mais qu’elle était complètement dépassée par son travail d’agricultrice et qu’elle a toujours redouté que les services sociaux ne lui retirent la garde de sa fille. Elle est apparue comme soulagée: « la petite est plus en sécurité maintenant qu’avant. Ça devait finir comme ça un jour ou l’autre », aurait confié la mère indigne.

Anja, qui n’a ce prénom que depuis sa « libération » (avant elle n’avait tout simplement pas de prénom!), séjourne aujourd’hui dans un hôpital spécialisé pour enfants.

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23-08-2007

Natascha Kampusch

070823kampusch.jpgNatascha Kampusch est née le 17 février 1988 à Vienne.Elle a seulement dix ans quand elle est enlevée à Strasshof, petite ville Autrichienne à 20 km de Vienne le 2 mars 1998. Sur le chemin de l’école, elle est obligée de monter dans une fourgonnette blanche, par Wolfgang P., alors âgé de 36 ans au moment des faits. Son enlèvement suscite un énorme mouvement de solidarité pour sa recherche dans toute l’Autriche. En vain. L’homme la séquestrera, au sous-sol de son pavillon, dans une cachette de trois mètres sur quatre. La pièce est équipée d’un W.C. et d’une salle d’eau. Elle est insonorisée et fermée par une porte blindée. De temps en temps, Wolfgang la fait sortir ; ils se promène dehors, sans que les voisins ne se doutent de quoi que ce soit. Mais le plus dur pour la jeune fille, c’est de savoir qu’elle se situe qu’à seulement quelques kilomètres de sa maison ! Durant huit années, sa vie se limitera à son ravisseur ; toute son adolescence ne sera que séquestration et frustration. Elle admet même, du bout des lèvres, avoir eu des rapports sexuels avec son ravisseur… Mais la jeune adolescente sera incroyablement forte : elle tiendra tête à Wolfgang plus d’une fois et ne se laissera pas abattre.

Le 23 août 2006, profitant d’un moment d’inattention de Wolfgang, la jeune femme, réussira à s’échapper. A l’arrivée de la police chez lui, son ravisseur s’échappe et va se jeter sous un train. Natascha est alors bouleversée et décide de porter son deuil. Le syndrome de Stockholm ? Peut-être pas : elle avait réussi à « nouer » une relation avec son ravisseur. Huit années ne s’oublient pas d’un trait.
Extrait de sa première déclaration :

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22-08-2007

Protégé : 22 août

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22-08-2007

La solitude

070829lonesomecypress.jpgDepuis plus d’une dizaine d’années, la solitude revient en un thème récurrent et sous toutes ses formes, pourtant nous vivons au XXIe siècle, l’âge du cyber, des moyens de transport qui décoiffent, des endroits de rencontre de plus en plus nombreux.
Pourquoi sommes-nous seuls ? Par méfiance ou par égoïsme. Avons-nous peur de partager, de donner, d’offrir, de construire ? Est-ce la peur qui fait que la solitude devient un moyen de se protéger ? De la tromperie, du divorce, du partage des biens, de la souffrance d’un amour perdu, du chaos de la séparation, de l’abus financier à sens unique, de se retrouver seul encore. Pourquoi avons-nous perdu confiance en l’autre ? Qu’a fait naître cette société de consommation ? L’être humain “kleenex”…
N’y a-t-il plus de place pour l’être humain sincère ? Pourtant, à côté de tout cela, nous sommes bien conscients que dans la vie, la plus belle chose que nous pouvons ressentir, c’est l’amour, l’amour que l’on offre, celui que l’on reçoit et ces autres sentiments tout aussi essentiels comme l’amitié, l’honnêteté, la satisfaction d’aider.
N’y aurait-il plus de place en 2004 pour la sincérité ? Où en sommes-nous ? Que devient l’être humain ?

Article paru dans Exclusif. (28-04-2004)

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21-08-2007

Ma solitude, de Colette

Ma solitude, cette neige de décembre, ce seuil d’une autre année ne me rendront pas le frisson d’autrefois, alors que dans la nuit longue je guettais le frémissement lointain, mêlé aux battements de mon cour, du tambour municipal, donnant au petit matin du 1er janvier, l’aubade au village endormi… Ce tambour dans la nuit glacée, vers six heures, je le redoutais, je l’appelais du fond de mon lit d’enfant, avec une angoisse nerveuse proche des pleurs, les mâchoires serrées, le ventre contracté… Ce tambour seul, et non les douze coups de minuit, sonnait pour moi l’ouverture éclatante de la nouvelle année, l’avènement mystérieux après quoi haletait le monde entier, suspendu au premier rrran du vieux tapin de mon village.
Il passait, invisible dans le matin fermé, jetant aux murs son alerte et funèbre petite aubade, et derrière lui une vie recommençait, neuve et bondissante vers douze mois nouveaux… Délivrée, je sautais de mon lit à la chandelle, je courais vers les souhaits, les baisers, les bonbons, les livres à tranche d’or… j’ouvrais la porte aux boulangers portant les cent livres de pain et jusqu’à midi, grave, pénétrée d’une importance commerciale, je tendais à tous les pauvres, les vrais et les faux, le chanteau de pain et le décime qu’ils recevaient sans humilité et sans gratitude…
Matins d’hiver, lampe rouge dans la nuit, air immobile et âpre d’avant le lever du jour, jardin deviné dans l’aube obscure, rapetissé, étouffé de neige, sapins accablés qui laissiez, d’heure en heure, glisser en avalanches le fardeau de vos bras noirs, coups d’éventails des passereaux effarés, et leurs jeux inquiets dans une poudre de cristal plus ténue, plus pailletée que la brume irisée d’un jet d’eau… O tous les hivers de mon enfance, une journée d’hiver vient de vous rendre à moi ! C’est mon visage d’autrefois que je cherche, dans ce miroir ovale saisi d’une main distraite, et non mon visage de femme, de femme jeune que sa jeunesse va bientôt quitter…
(Les Vrilles de la vigne, 1908)

1. « aubade » : concert donné à l’aube sous les fenêtres de quelqu’un.
2. « avènement» : arrivée, venue.
3. « tapin » : celui qui bat du tambour.
4. « pénétrée d’une importance commerciale» : convaincue de jouer un rôle commercial important
5. « le chanteau de pain » : morceau d’un grand pain ; « décime» : dix centimes. Termes rares et régionaux.
6. « passereaux » : oiseaux de petite taille.

Quel bonheur d’avoir découvert ce texte de Colette, sur la solitude.

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21-08-2007

Lettre à la solitude, de Michèle Assante

Je reviens d’un voyage au cœur d’une contrée emmitouflée dans la lenteur du rythme. Qui est contraint d’y séjourner, dessaisi de la liberté de fuir, qui prend le temps d’accueillir cette lenteur en lui touche alors l’incroyable puissance souterraine de l’immobilité apparente, la force irradiante d’une énergie close sur elle-même. L’extrême lenteur pétrit imperceptiblement mais efficacement la pâte d’où se remodèlera le geste.

Je reviens d’un voyage au centre d’une terre fertile, un quelque part réfractaire à une quelconque localisation, où s’enracine le mouvement – une aire tout entière repliée sur son mystère, inabordable par la parole –, point de rencontre entre le corporel, le psychique, l’affectif, le spirituel… et tant d’autres réalités innommables… (point de rencontre ou point d’émergence ?).

Au retour d’un voyage aussi étrange des quelques mots qui racontent s’échappe l’essentiel.

L’essentiel ? Une métamorphose en soi ?

Ce voyage instruit sur la facticité d’une certaine question du sens. Lorsque ce qui charpente votre espace familier fond brutalement, lorsque vous perdez la maîtrise de votre corps comme de votre réflexion, lorsque le quotidien se dérobe, la simple certitude d’être là, et que les autres soient là – c’est-à-dire en vie –, la prise de conscience de posséder l’essentiel, rendent caduque et malvenue toute interrogation sur le sens de la vie.

Vous êtes là, inactif, immobile, inutile, et vous accueillez chaque instant avec une infinie reconnaissance. Vous découvrez que ce rien, cette immobilité, c’est la vie.

Vous êtes là, passif, et vous sentez la sève vitale qui flue et reflue, sans discontinuité, qui nourrit d’une même substance les faits les plus spectaculaires comme les détails les plus insignifiants ; vous savourez votre sensation ; vous êtes fondamentalement heureux.

Maintenant le plus difficile reste à faire. Comment ne pas trahir ? Parfois un sentiment de nostalgie s’éveille en moi : la nostalgie du passé inconscient, de l’avant, du temps de l’immortalité ; la nostalgie du passé proche aussi, protecteur en dépit d’une impossibilité à être. La nostalgie du passé me guette face à l’effroi du temps à venir : serai-je capable de donner forme à l’enseignement dont cette épreuve est porteuse ?

Maintenant la question du sens surgit différemment.

Souvent mes périples nocturnes me déversent dans l’écheveau embrouillé des couloirs de métro. Je tourne à droite, bifurque à gauche, reviens sur mes pas, traverse un quai, cherche en vain un repère. Les multiples flèches affichées en tout sens me donnent le tournis. Je suis au point de départ, mais après ? Comment trouver la bonne direction ?

Je ne sais.

Je sais seulement qu’il me faut avancer. La marche arrière pétrifierait. Tenter de retourner vers là d’où je viens, tenter de retenir ce qui se refuse à être retenu, anéantiraient la valeur de sa traversée.

Je reviens d’un voyage dans un lieu étrange. Maintenant ici tout est à redécouvrir, y compris moi-même.

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21-08-2007

P’tit-Caillou : Le prix de la solitude

070821timothyjclark.jpgPas toujours facile de faire comprendre aux proches, amis, connaissances, que le seul remède au mal que l’on a c’est la solitude. Pourtant c’est une  » thérapie  » reconnue, et même fortement conseillée.

Mais comment faire comprendre, ou du moins accepter, aux  » autres  » qu’on a besoin de cette solitude pour se concentrer sur soi-même, pour trouver l’énergie d’un renouveau ? On essaye d’arrêter d’être accaparée par l’attention des autres, leurs efforts à nous sortir de cette solitude pour nous  » forcer  » à avoir une vie familiale ou sociale. Mais le choix de la solitude n’est pas compris comme une nécessité, comme un besoin vital de temps pour soi-même, pour réfléchir au calme.

Goûter au calme et au silence pour réfléchir, pour arriver à quitter certains chemins que l’on connaît, pour en prendre d’autres, sans vraiment savoir ce qui nous attend.

Tout, chez tout le monde, part d’un bon sentiment, d’un élan de solidarité. Aider l’autre. Mais à un certain moment, si aider l’autre c’est de le laisser à sa solitude, on se heurte à l’incompréhension. Qui parfois peut aller au rejet. On veut aider, mais de la façon dont on a décidé d’aider, pas de la façon dont l’autre a besoin d’être aidé.

Tout cela pour en venir à la constatation que je suis en train de perdre certaines personnes, rien que parce que mon besoin de solitude n’est pas accepté. On veut prendre soin de moi, alors que le parcours actuel est d’apprendre à prendre soin de moi par moi-même. J’ai beau dire et répéter que je prends soin de moi, que je suis en thérapie, que la seule personne avec qui je suis capable d’échanger quoi que ce soit pour le moment c’est ma psy, rien n’y fait.

J’ai traversé deux mois de grand désespoir où la seule chose qui me faisait du bien était de pleurer sur mon triste sort. J’ai passé des jours et des jours à pleurer que parfois je me suis demandé comment il était possible qu’un corps  » fabrique  » tant de larmes…… Et puis un jour, de façon assez soudaine, les larmes se sont arrêtées. Je m’en souviens très bien, j’ai pleuré tout un samedi, et le dimanche matin, c’est comme si j’avais réalisé que c’était fini. Les larmes avaient été évacuées. C’était la fin du désespoir.

Puis commence la période de chagrin. De tristesse. Il n’y a plus de larmes, juste un état de tristesse, une sorte d’acceptation du chagrin. C’est à nouveau une période propice à la solitude, au retrait, pour un face-à-face avec soi-même. Ce besoin d’intimité, d’espace, de temps pour soi et soi seul.

Je suis en plein dans cette période. Je ne peux sortir de la solitude qu’à certains moments, qui ne peuvent pas être décidé par les autres. Je suis incapable de forcer quoi que ce soit, c’est trop difficile. Je  » craque  » encore trop souvent. Je suis encore trop à apprendre à me prendre en charge.

Je suis mon propre rythme de vie. J’essaye de m’exprimer du mieux que je peux. Mais souvent les gens ne me  » reconnaissent  » pas, ne retrouvent pas la personne que j’étais avant. Celles dont ils étaient l’amie, la sœur, le frère, le mari.

Mais moi, je suis toujours moi. Je suis simplement arrivée à cette croisée des chemins où le passé ne me convient plus, et où je suis dans une sorte de période de transition. J’ai tout arrêté pour me  » retirer « , me recentrer sur moi.

Je découvre des choses formidables sur moi, certains coins de voile qui se lèvent, des prises de conscience bénéfiques.

Tout cela a un prix : la perte de certaines personnes, qui pour une raison ou une autre, n’acceptent pas.

J’ai écrit tout cela pour elles. Je suppose que leur abandon, leur rejet, est quelque part dû au mal que je leur fais par ce besoin de solitude et de repli sur moi.

Mais ce mal m’est nécessaire, et je leur en demande pardon.

Et puis, il y a les autres. Ceux qui comprennent. Qui sont là, quoi que je fasse, quoi que je décide. Ils restent dans l’ombre et attendent. Ils savent. Prennent de temps en temps de mes nouvelles.

Je sais qu’ils sont là. Parfois, plutôt que d’attendre qu’ils prennent de mes nouvelles, je leur en donne, spontanément. Ils savent, que de temps en temps, je sors de cette solitude, et que j’irai vers eux. Tout cela m’est nécessaire et bénéfique, je le sais.

Dimanche passé, la main de ma mère qui serre la mienne, était l’ultime confirmation que, si le choix de cette solitude à un prix, il vaut très largement la peine d’être payé.

http://lesjoursapres.skynetblogs.be/post/3953871/le-prix-de-la-solitude

 

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21-08-2007

75) Le futur antérieur – Jean Tardieu.

070821montagnesnuages.jpg

Très jeune, je me suis installé dans mon passé. Non dans un passé réel que je ne pouvais encore posséder mais dans une vision anticipée de mon destin, comme si ma vie s’était déjà déroulée jusqu’au bout, comme si je la contemplais du haut de ma mort, dans la mélancolie du souvenir.

Peu à peu, le vrai passé recouvre cette sorte d’image antérieure, à la façon d’une ombre de nuage épousant les contours et les volumes d’une montagne. Le passé prévu et le passé vécu se rejoignent lentement : la zone encore claire, pressentie, reconnue, acceptée, diminue chaque jour. Elle n’est qu’une illusion de liberté et de découverte.

Ainsi, quand viendra la mort, elle ne trouvera personne : il y a longtemps que j’ai cessé de vivre et que je me contemple avec une infinie tristesse dans la paix des temps accomplis.

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20-08-2007

Du lien social, de Leslie Kaplan.

070820dsoltation.jpgJ’ai pensé qu’il serait intéressant de s’arrêter sur ce titre, le lien social. Je veux dire : ne pas gommer le paradoxe. Il peut en effet sembler paradoxal qu’à des écrivains on demande d’intervenir dans ce sens. Je ne parle pas bien sûr des préjugés, ou de la vision romantique, l’écrivain comme individualiste, etc. Ni de l’oeuvre même, qui a évidemment sa place dans la société et le monde, comme lien, comme rupture de lien, et création de nouvelles formes de liens. Mais le travail d’écriture est un travail solitaire, alors en quoi ce travail peut-il être sollicité par rapport à la question du lien social? Comment penser l’expérience de l’écrivain en ce qu’elle aurait quelque chose à voir avec le lien social ? partager, transmettre quoi ?

D’autre part, s’il s’agit de tisser ou de renouer des liens au sein de la population, qu’est-ce à dire sinon que l’on constate à quel point ce tissu est défait, détruit.

Hannah Arendt, dans Les origines du totalitarisme : « Ce qui, dans le monde non totalitaire, prépare les hommes à la domination totalitaire, c’est le fait que la désolation qui jadis constituait une expérience limite, subie dans certaines conditions sociales marginales, telles que la vieillesse, est devenue l’expérience quotidienne de masses toujours croissante de notre siècle. »

La désolation, d’après Arendt, le terme anglais est loneliness, c’est l’isolement, la solitude non pas choisie mais subie. Il me semble qu’on peut développer : c’est l’accablement devant la lourdeur du monde, l’impression d’être dépassé par le monde, d’être complètement incapable de lui faire face. C’est le malheur, le sentiment d’avoir été abandonné, petit et abandonné, sentiment tellement fort qu’il peut engendrer la perte des repères, la perte de l’identité, et finalement l’aliénation totale, avec la capture par des idéologies de ressentiment. Pour Arendt c’est ce qu’elle analyse comme la société industrielle de masse qui produit la désolation, personnellement je suis d’accord avec elle. Mais ici n’est pas le lieu de la recherche des causes, mais du constat, et de se demander : et alors, quoi, et quoi de l’écrivain par rapport à cette situation.

Les situations sont les plus variées, tous les lieux du monde actuel, ville, hôpital, prison, maison de retraite, écoles…

Or, ce qu’il faut remarquer : chaque fois que le lien social est attaqué, c’est le lien avec le langage qui est aussi attaqué. Dans la désolation, ce qui est atteint, c’est aussi le langage, le lien fondamental humain du langage, la confiance dans les mots, dans la parole de l’autre. La parole de l’autre, de n’importe quel autre, est mise en cause, mise en doute, on n’y croit plus, quel intérêt, c’est pas la peine, à quoi servent les mots, c’est du baratin, du bla bla bla. On laisse tomber, comme on a été laissé tombé.

D’où une violence en miroir à la violence qui a été faite, d’où l’adhésion à n’importe quoi, religion, superstition, délire politique, drogue…

Je pense donc que pour que le tissu social soit reconstruit, il faut aussi prendre en considération la question du langage.

Ce qui ne veut évidemment pas dire que c’est la seule dimension impliquée. Le réel excède toujours les mots.

Il suffit de penser un instant par exemple à une maison d’arrêt, où les détenus sont huit dans une cellule, cellule où il y a par ailleurs les sanitaires, ou à un collège de banlieue où les élèves sont parqués, trop nombreux, presque réduits à l’anonymat, des enfants presque anonymes, ou à une maison de retraite qui à quatre de l’après-midi sent déjà, ou encore, le poisson…

Désolation soft , désolation quand même.

Le réel excède les mots, mais c’est dialectique, s’il n’y a pas confiance dans les mots, rien ne peut se faire de durable, aucun changement important, qui tienne.

Un lien social, humain, passe par un rapport au langage où le langage vit, peut vivre, dans ses deux dimensions fondamentales : comme parole adressée, lieu d’accueil pour l’autre, et comme matière polysémique, moyen d’expérimentation et de jeu avec le monde et les autres.

Le langage permet le je, le sujet, parce qu’il permet le jeu avec le monde, les autres. Mais cela est possible seulement si le monde, les autres, ont déjà permis ce rapport-là au langage.

La confiance dans le langage, dans la parole adressée, avec ce qu’elle comporte de promesse, que chacun sente qu’il existe pour l’autre, et, l’affirmation, qu’elle soit formulée ou non, du caractère polysémique du langage, de sa dimension fondamentale de jeu et d’expérimentation, c’est la moindre des choses pour un écrivain, parce que c’est ce qui le constitue comme écrivain.

Pour moi il est évident que les écrivains qui s’intéressent au lien social peuvent trouver un sens dans des expériences de terrain souvent éprouvantes parce que ces expériences sont aussi la réaffirmation de ce qui fonde leur travail à eux, écrivains.

Conséquences : ce n’est pas sur tel ou tel artiste-écrivain que se porte le transfert, le désir de travail, mais sur la fonction écrivain.

Donc ce n’est pas comme un écrivain particulier porteur d’une oeuvre particulière que l’on intervient, mais comme « l’écrivain », transmetteur de la fonction même du langage.

Modestie si on veut mais surtout responsabilité par rapport à cette transmission là.

Cela ne veut nullement dire que l’écrivain qui fait des rencontres, des ateliers d’écriture, etc, ne doit pas parler de son oeuvre, au contraire. Mais en tant que son oeuvre, ou l’oeuvre de ses contemporains, ou de ses écrivains préférés, etc, sont des moyen de passer ces qualités fondamentales du langage.

Il s’agit d’inventer par rapport à ce qui est au coeur de la demande, même si ce n’est pas formulé : le langage comme construction du sujet dans son rapport au monde, remise en circulation de ce qui est isolé, figé dans la désolation.

Orienter le travail en ce sens.

Pas tant aider les gens à « s’exprimer », ce que pour le moment ici et maintenant en France ils peuvent faire à peu près, mais à PENSER, avec les mots, là où ils sont, leur rapport au monde, aux autres.

Mettre en relation, faire des rapprochements, des ponts, des liens.

Et penser c’est aussi jouer, mettre de la légèreté là où il y a de la lourdeur, de l’inertie…

C’est quitter la solitude inhumaine, la désolation, pour tenter d’instaurer un bon rapport à la solitude, c’est-à-dire un bon rapport à soi-même et aux autres.

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20-08-2007

Protégé : 20 août

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18-08-2007

Eric Orsenna.

Lu : Il ne faut pas confondre amitié et confidences…

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18-08-2007

Lycantropie

070818loupgarou.jpgDans l’ancien temps les gens croyaient que les bébés étant nés avec des cheveux ou avec une tache de vin étaient des loups-garous.Mais qu’en est-il du présent?

À notre époque la lycantropie ne fait plus l’objet de superstitions religieuses et est entrée dans le domaine de la pathologie.Il y avait beaucoup de gens qui souffraient et souffrent de lycantropie.C’est à dire des gens qui croiyaient (ou voulaient) tellement qu’ils étaient des loups-garoups qu’ils se voyaient comme tel.

Le mot vient du mot grec qui signifie et qui signifie .

Cette maladie mentale existait bien avant le moyen-âge les premiers cas sont apparus au temps des Grecs et Romains lors de crises de famines. Des hommes et femmes qui se sentaient transformés en loups-garous allaient se jetter sur des toupeaux d’animaux ou carrément sur des hommes.Ils ne sortaient plus que durant la nuit et se tiennaient dans des cimetières.

Lycantrope :

Dans les pays d’Asie on racontaient que les lycantropes étaient des renards-garoups ou des lynx-garoups. Puisqu’il n’y avait pas de loups en Asie.

Il existe une vielle légende venant d’Haïtie sur eux. Il s’agirait de femmes fesant partit de la secte rouge (secte voodou) qui auraient le pouvoir de se transformer en bête, de jeter des sorts et de voler durant la nuit. La légende haïtienne veut que les loups-garous laissent des trainées lumineuses dans le ciel, car ils volent, ainsi qu’une forte odeur de soufre dans leur sillage. Ils se nourissent du sang des enfants, ce qui leurs donne des pouvoirs surnaturels.

Une autre légende, européenne, dit c’est le diable lui-même qui se cache sous l’illusion pour commetre ses méfaits, celui-ci restant coupable puisqu’il ne fait que suivre ses désirs. Soit, l’ultime possibilitée, le diable joue sur deux niveaux : sur le sujet atteint pour faire qu’il se sente tel qu’il n’est pas, mais aussi et surtout sur autrui pour qu’il le voie tel qu’il n’existe pas. Malheureusement pour lui le diable ne peut contrefaire la perfection divine, l’illusion  » loup  » toujours, à un détail près alors souvent il y a un élément en qui diffère queue trop petite, patte humaine, peau trop grande etc.

Sinon il y a une croyance qui raconterait que c’est seulement un humain ou groupe d’humains qui pratiquerait le cannibalisme.

Peut importe la croyance ce mythe a fait plus d’un mort en effet entre1500 et 1700 il y a eu environ 100 000 personnes qui sont mortes au bûcher. Cette croyance fut enterré avec les affreux souvenir d’un membre de sa famille brûlé vif. Mais bizarrement aujourd’hui encore beaucoup prétendent en avoir vus.

Mais ce n’était pas toujours mal vu de devenir loup-garoup. En effet au temps des Grecs et Romains il était considéré comme divin d’en être un. Un loup-garoup était sencé avoir la faveur des dieux. Mais plus tard toujours dans le même peuple on disait au contaire qu’il sagissait d’un châtiment divin que les mortels recevaient quand ils fesaient des sacrifices humains.

Comment arrêter un loup-garou.

La légende dit qu’il faut d’abord attendre la pleine lune afin qu’il se transforme. Puis le tuer avec une balle d’argent ou l’asperger avec de l’eau bénite.

Lycantropie (Folie humaine ou maladie?)

1.Le phénomène des enfants sauvages a beaucoup contribué au mythe de l’homme-loup.

2.L’hypertrichose, un développement anormal de la pilosité du corps. La personne se couvrait d’une fourrure qui ne contribuait pas à lui donner l’air innocent.

3.Un délire, appelé lycanthropie, se rapporte au malade qui se prend souvent un loup. Il hurle à la lune, mord, griffe et se déplace à quatre pattes.

4.La légende est soutenue par des pratiques rituelles. L’absorption de poisons et d’extraits de plantes pousse l’individu à un comportement anormal. Il est possible que le « sorcier » ait halluciné jusqu’à se croire devenu loup.

5.La rage a sans doute aussi contribué à répandre la croyance en le loup-garou.

6.Il existe une anomalie génétique héréditaire qui se manifeste par une sensibilité à la lumière et une coloration anormale du corps, souvent accompagnée d’un comportement psychotique.

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18-08-2007

Solitude

070815solitude.jpg

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17-08-2007

21) Pascal Obispo : Soledad – 1999

Solidão 2Faire de sa solitude une prison
Où juste les pensées s’évadent
En faire son enfer et sa raison
Pour seul laisser passer

{Refrain:}

En mi soledad
En mi soledad {chœurs}
Laisser passer…
En mi soledad
En mi soledad {chœurs}
Laisser glisser…
En mi soledad
En mi soledad {chœurs}
Laisser faire
En mi soledad
N’avoir pas vu le cours des saisons
A rester les volets fermés
Ni lever les yeux vers l’horizon
Pour juste laisser entrer

{au Refrain}

Trouver trop longue l’éternité
Et pouvoir un jour à son tour
Laisser entrer…
En mi soledad

(Luz Casal)
En mi soledad eres como el sol
En mi soledad,
Tu eres para mi
En mi soledad, lo mejor…
En mi soledad
En mi soledad… laisser passer
En mi soledad… laisser glisser
Y en mi soledad… laisser faire
… En mi soledad… laisser passer
En mi soledad… laisser passer
En mi soledad… laisser glisser
En mi soledad… En mi soledad…
Laisser passer…
En mi soledad… Laisser faire
Humm… laisser faire…
Laisser glisser
En mi soledad… En mi soledad…
Laisser passer
Laisser passer
En mi soledad… En mi soledad…
Laisser faire…
Humm… laisser faire

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17-08-2007

William et Thomas Green

L’ouest canadien se passionne depuis plusieurs semaines pour l’étrange histoire de deux « enfants sauvages » affamés revenus récemment à la civilisation. Ils sont sans papiers et affirment avoir passé presque toute leur vie dans les vastes forêts de Colombie-Britannique. Les frères William et Thomas Green, âgés respectivement de 16 et 22 ans, ont été découverts par des marcheurs tombés par hasard sur leur campement de fortune installé en forêt non loin de la ville de Vernon, à 280 km à l’est de Vancouver. Ils sont depuis hébergés et nourris par ces gens qui leur ont aussi fourni de nouveaux vêtements.

Les jeunes hommes affirment être nés et avoir été élevés en forêt par leurs parents, des Américains, qui se prénomment eux-mêmes Mary et Joseph, mais qui n’ont aucune preuve d’identité. Encore plus inhabituel, ils affirment n’être jamais allés à l’école ni chez un médecin, n’avoir jamais regardé la télévision ni eu des amis d’enfance, raconte Rhelda Evans, une conseillère du député fédéral Darrel Stinson. Ils vivaient de la chasse, de la pêche et de la cueillette et leurs contacts avec le monde extérieur se limitaient à de rares sorties en famille dans la ville de Revelstoke pour des achats et à la visite qu’ils recevaient parfois d’un ami de leurs parents.

L’aîné a affirmé à Mme Evans qu’il avait quitté il y a quelques mois la cabane en rondins reculée de ses parents parce que sa mère n’acceptait pas qu’il décide de devenir végétarien. « Elle lui a dit qu’il se laissait corrompre par le monde extérieur. En fait, elle craignait peut-être seulement que, comme végétarien, il ne puisse pas survivre aux hivers de Revelstoke, et lui a donc demandé de partir », a indiqué Mme Evans. Son jeune frère l’a suivi et ils ont fini par se retrouver à Vernon. « Ils venaient ici presque tous les jours mais ils ne parlaient pas beaucoup. Ils étaient timides et évitaient de me regarder, même quand venait le temps de payer », raconte Chandace Chase, la caissière d’une épicerie locale. A la différence d’autres adolescents, ils n’ont jamais acheté de friandises ou autres sucreries, a-t-elle dit.

Les personnes qui les ont pris en charge ont refusé que la presse les rencontre ou les photographie mais, selon Mme Chase, ils sont très grands, très maigres et très pâles. La police fédérale canadienne corrobore le fond de leur histoire, tout en la nuançant. « Il n’y a aucun doute qu’ils vivaient dans un endroit très isolé mais ils avaient un poste de télévision, une radio et un appareil vidéo. Leur cabane était munie de panneaux solaires qui faisaient fonctionner une génératrice. Leurs parents sont éduqués et leur ont appris à lire et à écrire et à se servir des commodités d’aujourd’hui », a affirmé un porte-parole de la police, Henry Proce.

La police cherche maintenant à entrer en contact avec leurs parents ou leurs grands-parents. Plusieurs agences du gouvernement de la province tentent de leur venir en aide mais leurs efforts sont compliqués par le fait qu’ils n’ont pas de certificat de naissance ni d’autre document établissant leur citoyenneté canadienne, ce qui leur donnerait droit à l’aide gouvernementale ou de travailler. (8-11-2003)

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17-08-2007

Cyril Payen : Les enfants sauvages de l’Angkar

Terrés dans la jungle

Mao ignore quel jour il est né. Il pourrait tout au plus mentionner une saison, mais il ne parle pas. On lui donne 12 ans. Son père corrige: «Il en a 16.» Le corps dépigmenté, marron et blanc, couvert de cicatrices, il reste prostré du matin au soir au pied de sa cabane sur pilotis, ou il joue, comme maintenant, avec l’élastique qui retient ses cheveux.

Il s’entend bien avec les petits enfants de ce village sans électricité situé au bout d’une piste cabossée à 20 kilomètres de la frontière vietnamienne, dans la province du Ratanakiri. Ils sont à peine plus âgés que le propre fils de Mao, né il y a deux ans quelque part dans l’épais maquis de l’extrême nord du Cambodge.
Le mariage de ses parents, sa naissance, son propre mariage avec une menuh prey, une fille de la forêt, la paternité: le destin de toute la famille de Mao est lié à la jungle depuis ce jour de 1979, il y a vingt-cinq ans, où quatre familles khmères rouges ont choisi de déserter, puis de s’évanouir dans les bois, alors que les tanks vietnamiens entraient dans leur village. Partis à douze personnes, ils ont réapparu à trente-trois en novembre dernier, au Laos, très loin du village. Une génération de cavale, de marches forcées, sans aucun contact humain extérieur. Les armes ont été jetées le premier jour. Les souliers ont tenu une semaine. Les pantalons, dix ans. Ensuite, il a fallu faire avec les moyens du bord. La communauté s’est vêtue d’écorces d’arbres. Les enfants ont appris à jouer sans bruit, dans la terreur d’une capture par les Khmers rouges ou les Vietnamiens. Obsédés par leur survie, ils ont peu varié leur quotidien. La chasse pour les hommes, la cuisine pour les femmes, un changement incessant de camp, le froid la nuit, les longues pluies de mousson et l’espoir qu’un jour ils reviendraient au village.


«Nous nous sommes égarés au bout de quelques jours, explique le père de Mao, ensuite, nous nous sommes enfoncés toujours plus profondément. Après, j’ai perdu les mots et l’écriture.» Il a aussi oublié les mois et les semaines. Aujourd’hui, cet homme de 40 ans ressemble à un vieillard. Ses enfants, qui caressent des pneus de voiture, font cinq ans de moins que leur âge. C’est l’arithmétique de l’exil dans la jungle. Ils n’ont guère parlé pendant toutes ces années. Mao ignorait ce qu’était un village. Il n’avait jamais vu de canard, ni d’homme blanc, ni de chemise ou encore cette Mobylette dont il rêve maintenant, quatre mois après son arrivée dans la civilisation.
Personne n’explique pourquoi le groupe a décidé, un jour, de quitter le maquis. «Je me suis résigné à me faire tuer par les Vietnamiens plutôt que de continuer dans ces conditions», avance le père. Renvoyés au Cambodge par la police d’immigration laotienne, ignorants de la marche du monde pendant vingt-cinq ans, ils apprennent la mort de Pol Pot et la fin de la guerre.

En souriant, il reconnaît: «On aurait pu rentrer plus tôt!» Mao crache du sang depuis deux semaines. Comme sa mère, morte au début de l’année. Une violente toux secoue toute la communauté, rattrapée par un cortège de maladies, paludisme, bronchite, tuberculose
Sous l’oeil du chef du village, lui-même un ancien cadre khmer rouge, une femme un peu ronde s’avance. Son groupe de 250 personnes a quitté la jungle en 1999, après vingt-deux ans d’errance. Il y avait des dizaines de groupes, des milliers de fuyards en 1979. Tout le monde serait rentré. «Et ces trente-trois-là seraient bien les derniers.» Alors, n’y a-t-il plus personne dans la jungle? Beaucoup, y compris le gouverneur du Ratanakiri, n’en sont toujours pas si sûrs.

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15-08-2007

De la solitude, par Montaigne (chap.39)

07081502.jpgDe la Solitude

Laissons à part cette longue comparaison de la vie solitaire à l’active; et quant à ce beau mot dequoy se couvre l’ambition et l’avarice: Que nous ne sommes pas nez pour nostre particulier, ains pour le publicq, rapportons nous en hardiment à ceux qui sont en la danse; et qu’ils se battent la conscience, si, au rebours, les estats, les charges, et cette tracasserie du monde ne se recherche plutost pour tirer du publicq son profit particulier. Les mauvais moyens par où on s’y pousse en nostre siecle, montrent bien que la fin n’en vaut gueres. Respondons à l’ambition que c’est elle mesme qui nous donne goust de la solitude: car que fuit elle tant que la societé? que cherche elle tant que ses coudées franches? Il y a dequoy bien et mal faire par tout: toutefois, si le mot de Bias est vray, que la pire part c’est la plus grande, ou ce que dit l’Ecclesiastique, que de mille il n’en est pas un bon,

Rari quippe boni: numero vix sunt totidem, quot
Thebarum portae, vel divitis ostia Nili,

la contagion est tres-dangereuse en la presse. Il faut ou imiter les vitieux, ou les haïr. Tous les deux sont dangereux, et de leur ressembler, par ce qu’ils sont beaucoup; et d’en hair beaucoup, parce qu’ils sont dissemblables. Et les marchands qui vont en mer, ont raison de regarder que ceux qui se mettent en mesme vaisseau, ne soyent dissolus, blasphemateurs, meschans: estimant telle société infortunée. Parquoy Bias, plaisamment, à ceux qui passoient aveq luy le danger d’une grande tourmente, et appelloient le secours des dieux: Taisez-vous, feit-il, qu’ils ne sentent point que vous soyez icy avec moy. Et, d’un plus pressant exemple, Albuquerque, Vice-Roy en l’Inde pour le Roy Emanuel de Portugal, en un extreme peril de fortune de mer, print sur ses espaules un jeune garçon, pour cette seule fin, qu’en la societé de leur fortune son innocence luy servist de garant et de recommandation envers la faveur divine, pour le mettre à sauveté. Ce n’est pas que le sage ne puisse par tout vivre content, voire et seul en la foule d’un palais; mais, s’il est à choisir, il en fuira, dit-il, mesmes la veue. Il portera, s’il est besoing, cela; mais, s’il est en luy, il eslira cecy. Il ne luy semble point suffisamment s’estre desfait des vices, s’il faut encores qu’il conteste avec ceux d’autruy.
Charondas chastioit pour mauvais ceux qui estoient convaincus de hanter mauvaise compaignie. Il n’est rien si dissociable et sociable que l’homme: l’un par son vice, l’autre par sa nature. Et Antisthenes ne me semble avoir satisfait à celuy qui luy reprochoit sa conversation avec les meschans, en disant que les medecins vivoient bien entre les malades, car, s’ils servent à la santé des malades, ils deteriorent la leur par la contagion, la veue continuelle et pratique des maladies. Or la fin, ce crois-je, en est tout’une, d’en vivre plus à loisir et à son aise. Mais on n’en cherche pas tousjours bien le chemin. Souvent on pense avoir quitté les affaires, on ne les a que changez. Il n’y a guiere moins de tourment au gouvernement d’une famille que d’un estat entier : où que l’ame soit empeschée, elle y est toute; et, pour estre les occupations domestiques moins importantes, elles n’en sont pas moins importunes. D’avantage, pour nous estre deffaits de la Cour et du marché, nous ne sommes pas deffaits des principaux tourmens de nostre vie,

ratio et prudentia curas,
Non locus effusi latè maris arbiter, aufert.

L’ambition, l’avarice, l’irresolution, la peur et les concupiscences ne nous abandonnent point pour changer de contrée,

Et post equitem sedet atra cura.

Elles nous suivent souvent jusques dans les cloistres et dans les escoles de philosophie. Ny les desers, ny les rochers creusez, ny la here, ny les jeunes ne nous en démeslent :

haeret lateri letalis arundo.

On disoit à Socrates que quelqu’un ne s’estoit aucunement amendé en son voyage: Je croy bien, dit-il, il s’estoit emporté avecques soy.

Quid terras alio calentes
Sole mutamus? patria quis exul
Se quoque fugit?

Si on ne se descharge premierement et son ame, du fais qui la presse, le remuement la fera fouler davantage: comme en un navire les charges empeschent moins, quand elles sont rassises. Vous faictes plus de mal que de bien au malade, de luy faire changer de place. Vous ensachez le mal en le remuant, comme les pals s’enfoncent plus avant et s’affermissent en les branlant et secouant. Parquoy ce n’est pas assez de s’estre escarté du peuple; ce n’est pas assez de changer de place, il se faut escarter des conditions populaires qui sont en nous: il se faut sequestrer et r’avoir de soy.

Rupi jam vincula dicas:
Nam luctata canis nodum arripit; attamen illi,
Cum fugit, à collo trahitur pars longa catenae.

Nous emportons nos fers quand et nous: ce n’est pas une entiere liberté, nous tournons encore la veue vers ce que nous avons laissé, nous en avons la fantasie plaine.

Nisi purgatum est pectus, quae praelia nobis
Atque pericula tunc ingratis insinuandum?
Quantae conscindunt hominem cuppedinis acres
Sollicitum curae, quantique perinde timores?
Quidve superbia, spurcitia, ac petulantia, quantas
Efficiunt clades? quid luxus desidiésque?

Nostre mal nous tient en l’ame: or elle ne se peut échaper à elle mesme,

In culpa est animus qui se non effugit unquam.

Ainsin il la faut ramener et retirer en soy: c’est la vraie solitude, et qui se peut jouïr au milieu des villes et des cours des Roys ; mais elle se jouyt plus commodément à part. Or, puis que nous entreprenons de vivre seuls et de nous passer de compagnie, faisons que nostre contentement despende de nous; desprenons nous de toutes les liaisons qui nous attachent à autruy, gaignons sur nous de pouvoir à bon escient vivre seuls et y vivre à nostr’aise.
Stilpon, estant eschappé de l’embrasement de sa ville, où il avoit perdu femme, enfans et chevance, Démetrius Poliorcetes, le voyant en une si grande ruine de sa patrie le visage non effrayé, luy demanda s’il n’avoit pas eu du dommage. Il respondit que non, et qu’il n’y avoit, Dieu mercy, rien perdu de sien. C’est ce que le philosophe Antisthenes disoit plaisamment: que l’homme se devoit pourveoir de munitions qui flottassent sur l’eau et peussent à nage eschapper avec luy du naufrage. Certes l’homme d’entendement n’a rien perdu, s’il a soy mesme. Quand la ville de Nole fut ruinée par les Barbares, Paulinus, qui en estoit Evésque, y ayant tout perdu, et leur prisonnier, prioit ainsi Dieu :
Seigneur, garde moy de sentir cette perte, car tu sçais qu’ils n’ont encore rien touché de ce qui est à moy.

Les richesses qui le faisoyent riche, et les biens qui le faisoient bon, estoyent encore en leur entier. Voylà que c’est de bien choisir les thresors qui se puissent affranchir de l’injure, et de les cacher en lieu où personne n’aille, et lequel ne puisse estre trahi que par nous mesmes. Il faut avoir femmes, enfans, biens, et sur tout de la santé, qui peut; mais non pas s’y attacher en maniere que nostre heur en despende. Il se faut reserver une arriereboutique toute nostre, toute franche, en laquelle nous establissons nostre vraye liberté et principale retraicte et solitude. En cette-cy faut-il prendre nostre ordinaire entretien de nous à nous mesmes, et si privé que nulle acointance ou communication estrangiere y trouve place; discourir et y rire comme sans femme, sans enfans et sans biens, sans train et sans valetz, afin que, quand l’occasion adviendra de leur perte, il ne nous soit pas nouveau de nous en passer. Nous avons une ame contournable en soy mesme; elle se peut faire compagnie; elle a dequoy assaillir et dequoy defendre, dequoy recevoir et dequoy donner: ne craignons pas en cette solitude nous croupir d’oisiveté ennuyeuse,

in solis sis tibi turba locis.

La vertu, dict Antisthenes, se contente de soy: sans disciplines, sans paroles, sans effects. En nos actions accoustumées, de mille il n’en est pas une qui nous regarde. Celuy que tu vois grimpant contremont les ruines de ce mur, furieux et hors de soy, en bute de tant de harquebuzades ; et cet autre, tout cicatricé, transi et pasle de faim, deliberé de crever plutost que de luy ouvrir la porte, pense tu qu’ils y soyent pour eux? Pour tel, à l’adventure, qu’ils ne virent onques, et qui ne se donne aucune peine de leur faict, plongé cependant en l’oysiveté et aux delices. Cettuy-ci, tout pituiteux, chassieux et crasseux, que tu vois sortir apres minuit d’un estude, penses tu qu’il cherche parmy les livres comme il se rendra plus homme de bien, plus content et plus sage? Nulles nouvelles. Il y mourra, ou il apprendra à la posterité la mesure des vers de Plaute et la vraye orthographe d’un mot Latin. Qui ne contre-change volontiers la santé, le repos et la vie à la reputation et à la gloire, la plus inutile, vaine et fauce monnoye qui soit en nostre usage? Nostre mort ne nous faisoit pas assez de peur, chargeons nous encores de celle de nos femmes, de nos enfans et de nos gens. Nos affaires ne nous donnoyent pas assez de peine, prenons encores à nous tourmenter et rompre la teste de ceux de nos voisins et amis.

Vah’quemquamne hominem in animum instituere, aut
Parare, quod sit charius quam ipse est sibi?

La solitude me semble avoir plus d’apparence et de raison à ceux qui ont donné au monde leur age plus actif et fleurissant, suivant l’exemple de Thales. C’est assez vescu pour autruy, vivons pour nous au moins ce bout de vie. Ramenons à nous et à nostre aise nos pensées et nos intentions. Ce n’est pas une legiere partie que de faire seurement sa retraicte; elle nous empesche assez sans y mesler d’autres entreprinses. Puis que Dieu nous donne loisir de disposer de nostre deslogement, preparons nous y; plions bagage; prenons de bon’heure congé de la compaignie; despetrons nous de ces violentes prinses qui nous engagent ailleurs et esloignent de nous. Il faut desnouer ces obligations si fortes, et meshuy aymer ce-cy et cela, mais n’espouser rien que soy. C’est à dire: le reste soit à nous, mais non pas joint et colé en façon qu’on ne le puisse desprendre sans nous escorcher et arracher ensemble quelque piece du nostre. La plus grande chose du monde, c’est de sçavoir estre à soy. Il est temps de nous desnouer de la societé, puis que nous n’y pouvons rien apporter. Et, qui ne peut prester, qu’il se defende d’emprunter. Noz forces nous faillent; retirons les et resserrons en nous. Qui peut renverser et confondre en soy les offices de l’amitié et de la compagnie, qu’il le face. En cette cheute, qui le rend inutile, poisant et importun aux autres, qu’il se garde d’estre importun à soy mesme, et poisant, et inutile. Qu’il se flatte et caresse, et surtout se regente ; respectant et craignant sa raison et sa conscience, si qu’il ne puisse sans honte broncher en leur presence.

Rarum est enim ut satis se quisque vereatur.


Socrates dict que les jeunes se doivent faire instruire, les hommes s’exercer à bien faire, les vieils se retirer de toute occupation civile et militaire, vivants à leur discretion, sans obligation à nul certain office.
Il y a des complexions plus propres à ces preceptes de la retraite les unes que les autres. Celles qui ont l’apprehension molle et làche, et un’affection et volonté delicate, et qui ne s’asservit ny s’employe pas aysément, desquels je suis et par naturelle condition et par discours, ils se plieront mieux à ce conseil que les ames actives et occupées qui embrassent tout et s’engagent par tout, qui se passionnent de toutes choses, qui s’offrent, qui se presentent et qui se donnent à toutes occasions.
Il se faut servir de ces commoditez accidentales et hors de nous, en tant qu’elles nous sont plaisantes, mais sans en faire nostre principal fondement: ce ne l’est pas; ny la raison ny la nature ne le veulent. Pourquoy contre ses loix asservirons nous nostre contentement à la puissance d’autruy? D’anticiper aussi les accidens de fortune, se priver des commoditez qui nous sont en main, comme plusieurs ont faict par devotion et quelques philosophes par discours, se servir soy-mesmes, coucher sur la dure, se crever les yeux, jetter ses richesses emmy la riviere, rechercher la douleur (ceux là pour, par le tourment de cette vie, en acquerir la beatitude d’un’autre; ceux-cy pour, s’estant logez en la plus basse marche, se mettre en seurté de nouvelle cheute), c’est l’action d’une vertu excessive. Les natures plus roides et plus fortes facent leur cachete mesmes glorieuse et exemplaire:

tuta et parvula laudo,
Cum res deficiunt, satis inter vilia fortis:
Verùm ubi quid melius contingit et unctius, idem
Hos sapere, et solos aio benè vivere, quorum
Conspicitur nitidis fundata pecunia villis.

Il y a pour moy assez affaire sans aller si avant. Il me suffit, sous la faveur de la fortune, me preparer à sa défaveur, et me representer, estant à mon aise, le mal advenir, autant que l’imagination y peut attaindre: tout ainsi que nous nous accoustumons aux joutes et tournois, et contrefaisons la guerre en pleine paix. Je n’estime point Arcesilaus le philosophe moins reformé, pour le sçavoir avoir usé d’ustensiles d’or et d’argent, selon que la condition de sa fortune le luy permettoit; et l’estime mieux que s’il s’en fust demis, de ce qu’il en usoit modereement et liberalement. Je voy jusques à quels limites va la necessité naturelle; et, considerant le pauvre mendiant à ma porte souvent plus enjoué et plus sain que moy, je me plante en sa place, j’essaye de chausser mon ame à son biaiz. Et, courant ainsi par les autres exemples, quoy que je pense la mort, la pauvreté, le mespris et la maladie à mes talons, je me resous aisément de n’entrer en effroy de ce qu’un moindre que moy prend avec telle patience. Et ne puis croire que la bassesse de l’entendement puisse plus que la vigueur; ou que les effects du discours ne puissent arriver aux effects de l’accoustumance. Et, connoissant combien ces commoditez accessoires tiennent à peu, je ne laisse pas, en pleine jouyssance, de supplier Dieu, pour ma souveraine requeste, qu’il me rende content de moy-mesme et des biens qui naissent de moy. Je voy des jeunes hommes gaillards, qui ne laissent pas de porter dans leurs coffres une masse de pillules pour s’en servir quand le rheume les pressera, lequel ils craignent d’autant moins qu’ils en pensent avoir le remede en main. Ainsi faut il faire: et encore, si on se sent subject à quelque maladie plus forte, se garnir de ces medicamens qui assopissent et endorment la partie. L’occupation qu’il faut choisir à une telle vie, ce doit estre une occupation non penible ny ennuyeuse; autrement pour neant ferions nous estat d’y estre venuz chercher le sejour. Cela depend du goust particulier d’un chacun: le mien ne s’accommode aucunement au ménage. Ceux qui l’aiment, ils s’y doivent adonner avec moderation,

Conentur sibi res, non se submittere rebus.

C’est autrement un office servile que la mesnagerie, comme le nomme
Saluste. Ell’a des parties plus excusables, comme le soing des jardinages, que Xenophon attribue à Cyrus ; et se peut trouver un moyen entre ce bas et vile soing, tandu et plein de solicitude, qu’on voit aux hommes qui s’y plongent du tout, et cette profonde et extreme nonchalance laissant tout aller à l’abandon, qu’on voit en d’autres,


Democriti pecus edit agellos
Cultaque, dum peregre est animus sine corpore velox.

Mais oyons le conseil que donne le jeune Pline à Cornelius Rufus, son amy, sur ce propos de la solitude: Je te conseille, en cette pleine et grasse retraicte, où tu es, de quiter à tes gens ce bas et abject soing du mesnage, et t’adonner à l’estude des lettres, pour en tirer quelque chose qui soit toute tienne. Il entend la reputation: d’une pareille humeur à celle de Cicero, qui dict vouloir employer sa solitude et sejour des affaires publiques à s’en acquerir par ses escris une vie immortelle:

usque adeo ne
Scire tuum nihil est, nisi te scire hoc sciat alter?


Il semble que ce soit raison, puis qu’on parle de se retirer du monde, qu’on regarde hors de luy: ceux-cy ne le font qu’à demy. Ils dressent bien leur partie, pour quand ils n’y seront plus: mais le fruit de leur dessein, ils pretendent le tirer encore lors du monde, absens, par une ridicule contradiction. L’imagination de ceux qui, par devotion, recherchent la solitude, remplissant leur courage de la certitude des promesses divines en l’autre vie, est bien plus sainement assortie. Ils se proposent Dieu, object infini et en bonté et en puissance : l’ame a dequoy y ressasier ses desirs en toute liberté. Les afflictions, les douleurs leur viennent à profit, employées à l’acquest d’une santé et resjouyssance eternelle: la mort, à souhait, passage à un si parfait estat. L’aspreté de leurs regles est incontinent applanie par l’accoustumance; et les appetits charnels, rebutez et endormis par leur refus, car rien ne les entretient que l’usage et exercice. Cette seule fin d’une autre vie heureusement immortelle, merite loyalement que nous abandonnons les commoditez et douceurs de cette vie nostre. Et qui peut embraser son ame de l’ardeur de cette vive foy et esperance, reellement et constamment, il se bastit en la solitude une vie voluptueuse et delicate au delà de toute autre forme de vie.
Ny la fin donc, ny le moyen de ce conseil ne me contente: nous retombons tous-jours de fievre en chaud mal. Cette occupation des livres est aussi penible que toute autre, et autant ennemie de la santé, qui doit estre principalement considerée. Et ne se faut point laisser endormir au plaisir qu’on y prend: c’est ce mesme plaisir qui perd le mesnagier, l’avaricieux, le voluptueux et l’ambitieux. Les sages nous apprennent assez à nous garder de la trahison de nos appetits, et à discerner les vrays plaisirs, et entiers, des plaisirs meslez et bigarrez de plus de peine. Car la pluspart des plaisirs, disent ils, nous chatouillent et embrassent pour nous estrangler, comme faisoyent les larrons que les
Aegyptiens appelloient Philistas. Et, si la douleur de teste nous venoit avant l’yvresse, nous nous garderions de trop boire. Mais la volupté, pour nous tromper, marche devant et nous cache sa suite. Les livres sont plaisans; mais, si de leur frequentation nous en perdons en fin la gayeté et la santé, nos meilleures pieces, quittons les. Je suis de ceux qui pensent leur fruict ne pouvoir contrepoiser cette perte. Comme les hommes qui se sentent de long temps affoiblis par quelque indisposition, se rengent à la fin à la mercy de la medecine, et se font desseigner par art certaines regles de vivre pour ne les plus outrepasser: aussi celuy qui se retire, ennuié et dégousté de la vie commune, doit former cette-cy aux regles de la raison l’ordonner et renger par
premeditation et discours. Il doit avoir prins congé de toute espece de travail, quelque visage qu’il porte; et fuïr en general les passions qui empeschent la tranquillité du corps et de l’ame, et choisir la route qui est plus selon son humeur,

Unusquisque sua noverit ire via.

Au menage, à l’estude, à la chasse et tout autre exercice, il faut donner jusques aux derniers limites du plaisir, et garder de s’engager plus avant, où la peine commence à se mesler parmy. Il faut reserver d’embesoignement et d’occupation autant seulement qu’il en est besoing pour nous tenir en haleine, et pour nous garantir des incommoditez que tire apres soy l’autre extremité d’une lache oysiveté et assopie. Il y a des sciences steriles et épineuses, et la plus part forgées pour la presse: il les faut laisser à ceux qui sont au service du monde. Je n’ayme, pour moy, que des livres ou plaisans et faciles, qui me chatouillent, ou ceux qui me consolent et conseillent à regler ma vie et ma mort:

tacitum sylvas inter reptare salubres,
Curantem quidquid dignum sapiente bonoque est.

Les gens plus sages peuvent se forger un repos tout spirituel, ayant l’ame forte et vigoureuse. Moy qui l’ay commune, il faut que j’ayde à me soutenir par les commoditez corporelles; et, l’aage m’ayant tantost desrobé celles qui estoyent plus à ma fantasie, j’instruis et aiguise mon appetit à celles qui restent plus sortables à cette autre saison. Il faut retenir à tout nos dents et nos griffes l’usage des plaisirs de la vie, que nos ans nous arrachent des poingts, les uns apres les autres :

carpamus dulcia; nostrum est
Quod vivis: cinis et manes et fabula fies.

Or, quant à la fin que Pline et Cicero nous proposent, de la gloire, c’est bien loing de mon compte. La plus contraire humeur à la retraicte, c’est l’ambition. La gloire et le repos sont choses qui ne peuvent loge en mesme giste. A ce que je voy, ceux-cy n’ont que les bras et les jambes hors de la presse; leur ame, leur intention y demeure engagée plus que jamais :

Tun’, vetule, auriculis alienis colligis escas?

Ils se sont seulement reculez pour mieux sauter, et pour, d’un plus fort mouvement, faire une plus vive faucée dans la trouppe. Vous plaist-il voir comme ils tirent court? d’un grain? Mettons au contrepois l’advis de deux philosophes, et de deux sectes tres differentes, escrivans, l’un à Idomeneus, l’autre à Lucilius, leurs amis, pour, du maniement des affaires et des grandeurs, les retirer à la solitude. Vous avez (disent-ils) vescu nageant et flotant jusques à present, venez vous en mourir au port. Vous avez donné le reste de vostre vie à la lumiere, donnez cecy à l’ombre. Il est impossible de quitter les occupations, si vous n’en quittez le fruit: à cette cause, défaites vous de tout soing de nom et de gloire. Il est dangier que la lueur de vos actions passées ne vous esclaire que trop, et vous suive jusques dans vostre taniere. Quitez avecq les autres voluptez celle qui vient de l’approbation d’autruy; et, quant à vostre science et suffisance, ne vous chaille, elle ne perdra pas son effect, si vous en valez mieux vous mesme. Souvienne vous de celuy à qui, comme on demandast à quoy faire il se pénoit si fort en un art qui ne pouvoit venir à la cognoissance de guiere de gens: J’en ay assez de peu, respondit-il, j’en ay assez d’un, j’en ay assez de pas un. Il disoit vray: vous et un compagnon estes assez suffisant theatre l’un à l’autre, ou vous à vous-mesmes. Que le peuple vous soit un, et un vous soit tout le peuple. C’est une lasche ambition de vouloir tirer gloire de son oysiveté et de sa cachette. Il faut faire comme les animaux qui effacent la trace, à la porte de leur taniere. Ce n’est plus ce qu’il vous faut chercher, que le monde parle de vous, mais comme il faut que vous parliez à vous mesmes. Retirez vous en vous, mais preparez vous premierement de vous y recevoir: ce seroit folie de vous fier à vous mesmes, si vous ne vous sçavez gouverner. Il y a moyen de faillir en la solitude comme en la compagnie. Jusques à ce que vous vous soiez rendu tel, devant qui vous n’osiez clocher, et jusques à ce que vous ayez honte et respect de vous mesmes, observentur species honestae animo, presentez vous tousjours en l’imagination Caton, Phocion et Aristides, en la presence desquels les fols mesmes cacheroient leurs fautes, et establissez les contrerolleurs de toutes vos intentions : si elles se detraquent, leur reverence les remettra en train. Ils vous contiendront en cette voie de vous contenter de vous mesmes, de n’emprunter rien que de vous, d’arrester et fermir vostre ame en certaines et limitées cogitations où elle se puisse plaire; et ayant entendu les vrays biens, desquels on jouit à mesure qu’on les entend, s’en contenter, sans desir de prolongement de vie ny de nom. Voylà le conseil de la vraye et naifve philosophie, non d’une philosophie ostentatrice et parliere, comme est celle des deux premiers.

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15-08-2007

Le goût de la solitude, de Edgar Blaustein

070815dardekdominique.jpg

Solitude, de Dominique Dardek 

Il y a deux ans, j’ai vécu la rupture d’une relation. Involontaire de ma part — ma copine avait décidé de partir. Je n’étais pas habitué à ce genre de situation, car j’avais passé toute ma vie adulte autour de deux relations, presque sans intervalle entre les deux. A l’age avancé de trente-deux ans, je me trouvais seul pour la première fois de ma vie. Et j’étais obligé de mesurer à quel point ma vie avait été fondée sur une relation avec une autre personne. Ma situation a remis en cause tout ce que je faisais travail, amitié, activité politique, loisirs, même la nourriture.

J’ai passé quelques mois comme dans le brouillard. Rien ne me semblait solide. Je me sentais de nouveau adolescent. D’abord j’ai essayé de continuer ma vie comme si de rien n’était passé. Impossible. Enfin, j’ai compris la nécessité d’apprendre à vivre seul, ou au moins de supporter la solitude. J’ai retrouvé quelques petits plaisirs des choses que j’avais oubliées dans ma vie de couple, remplie d’engagements, de choses à faire et de conversations animées. J’ai recommencé le jogging. C’était au moins une : activité solide, concrète, corporelle. Je montais sur la colline derrière ma maison et, au bout de vingt minutes, je me trouvais dans la forêt de séquoias, au sommet, tout essoufflé. L’effort, même la fatigue, était agréable. Ça me tirait hors de moi-même, de mon état renfermé.

Les vacances approchaient. D’habitude, j’allais en montagne. Avec ma copine, bien entendu. Mais plus de copine. Quoi faire ? Pendant trente ans, j’avais marché dans les montagnes, mais jamais seul. J’ai décidé que j’étais adulte, et que j’irais seul. Ma décision fut favorisée par manque de choix : impossible de rester en ville toutes les vacances. Et me voilà, sur le franc ouest de la Sierra Nevada à la fin de l’après-midi. Avec quelqu’un, j’aurais attendu le jour suivant avant de commencer la marche. Mais seul, je suis pris par une peur de rester inactif, donc je commence tout de suite. Je marche vite, comme un animal poursuivi. Au crépuscule je m’arrête et je monte ma tente. Je mange rapidement, un bout de fromage et du pain. Pas la peine de cuisiner. Je dors, mal. Je me lève tôt le matin. Pas question de rester seul dans «  l’intimité  » de ma tente. En fait, il n’y a pas d’intimité. Je suis frappé, voire bouleversé, par l’incomparable majesté des montagnes. Je me sens tout à fait incapable d’accepter seul toute cette beauté. Je veux crier à quelqu’un «  Oh wow ! Regarde ça !  » Mais il n’y a personne. Le crier à moi-même ? Ça n’a pas de sens.

Je marche et je marche. Progressivement j’apprends à apprécier, pour moi seul, la marche, mon loisir préféré, mais que j’ai aimée jusqu’ici en relation avec une autre personne. Je marche où je veux, mange quand j’en ai envie, dors quand je suis fatigué. C’est moi qui décide. Pas de discussion, donc pas de disputes ; mais j’ai du mal à accepter cette liberté. Je pense à la chanson de Janis Joplin «  Bobby McGee  » : «  Freedoms just another word for nothing left to lose…  » (La liberté ce n’est qu’un autre mot pour « rien à perdre »). Eh bien, me voilà libre.

J’aime tellement marcher. Pour la première fois de ma vie, je peux marcher sans arrêt, et je le fais. Mon côté macho n’est pas limité par la présence d’une autre. Un grand plaisir de me lever le matin, de regarder une montagne au loin, de marcher toute la journée et d’y arriver le soir. Je peux aller jusqu’au bout, marcher jusqu’au point d’être crevé. Je ne peux plus dire que c’est «  elle  » qui m’empêche de faire ce que je veux. Donc, je suis obligé de décider si vraiment je veux le faire.

Je fais les courses. Un plaisir, de voir tous les légumes, les fruits : une vraie richesse. C’est la fin de la saison, et les fraises sont très belles, et pas chères. J’en achète deux barquettes. Le lendemain, un samedi, je me rends compte que les deux amis avec qui je partage mon appartement sont partis pour le week-end. Je n’ai pas pensé à inviter quelqu’un pour dîner. Qui va manger les fraises ? Elles vont pourrir. Tout d’un coup, je me rends compte que MOI, je peux les manger, tout seul. Révélation. Moi, j’ai mes propres envies. Je mange les fraises. Je me sens coupable. Ce n’est pas correct de consommer tout ça, seul. Mais je m’excuse. Après tout, je n’ai pas le choix. On ne peut pas laisser pourrir de la nourriture.

La deuxième fois que je fais les courses, j’ose me poser la question «  Que veux-tu manger ?  » Une nouvelle façon de penser. Moi, la première personne du singulier du verbe vouloir. J’ai toujours aimé la nourriture en fonction des avis des autres. J’achetais pour faire plaisir à ma copine, à des invités, à des mecs avec qui j’habitais. Maintenant j’apprends à me faire plaisir à moi-même. Et à penser que c’est une raison suffisante pour faire quelque chose. Ce n’est pas facile. Souvent je me sens paresseux. Il faut un grand effort pour faire la cuisine quand on est seul. Souvent je grignote, sans manger un vrai repas de toute la journée. Je me sens infantile est-ce que je ne suis pas assez adulte, assez responsable pour m’occuper de moi, pour manger correctement ? J’arrive à un compromis je fais des «  burritos  » (haricots rouges avec fromage, frits dans une galette). C’est vite fait, mais c’est tout de même chaud, et je peux dire que je me suis fait à manger.

Être seul. Pourquoi est-ce si difficile ? Je pense à des ermites, à des écrivains qui ont passé plusieurs années beaucoup plus seuls que moi. Après tout, je voyais mes collègues chaque jour. Et même si j’avais perdu une amie privilégiée, il me restait d’autres amitiés en fait, des amitiés aussi importantes. En quoi consistait cette «  solitude  » ? Je n’étais pas si seul. Et en tous cas, d’où venait la difficulté ? Être seul, c’est être avec soi-même. Est-ce que je me trouve si ennuyeux que ça soit si pénible de me trouver sans une autre présence pour diluer ma propre présence ?

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14-08-2007

Friedrich Nietzsche (1878-1879). Ainsi parlait Zarathoustra (3e partie) Le retour

O solitude ! Toi ma patrie, solitude ! Trop longtemps j’ai vécu sauvage en de sauvages pays étrangers, pour ne pas retourner à toi avec des larmes !

Maintenant menace-moi du doigt, ainsi qu’une mère menace, et souris-moi comme sourit une mère, dis-moi seulement : « Qui était-il celui qui jadis s’est échappé loin de moi comme un tourbillon ? — celui qui, en s’en allant, s’est écrié : trop longtemps j’ai tenu compagnie à la solitude, alors j’ai désappris le silence ! C’est cela — que tu as sans doute appris maintenant ?

« O Zarathoustra, je sais tout : et que tu te sentais plus abandonné dans la multitude, toi l’unique, que jamais tu ne l’as été avec moi !

« Autre chose est l’abandon, autre chose la solitude : C’est cela — que tu as appris maintenant ! Et que parmi les hommes tu seras toujours sauvage et étranger :

 » — sauvage et étranger, même quand ils t’aiment, car avant tout ils veulent être ménagés !

« Mais ici tu es chez toi et dans ta demeure ; ici tu peux tout dire et t’épancher tout entier, ici nul n’a honte des sentiments cachés et tenaces.

« Ici toutes choses s’approchent à ta parole, elles te cajolent et te prodiguent leurs caresses : car elles veulent monter sur ton dos. Monté sur tous les symboles tu chevauches ici vers toutes les vérités.

« Avec droiture et franchise, tu peux parler ici à toutes choses : et, en vérité, elles croient recevoir des louanges, lorsqu’on parle à toutes choses — avec droiture.

« Autre chose, cependant, est l’abandon. Car te souviens-tu, ô Zarathoustra ? Lorsque ton oiseau se mit à crier au-dessus de toi, lorsque tu étais dans la forêt, sans savoir où aller, incertain, tout près d’un cadavre : — lorsque tu disais : que mes animaux me conduisent ! J’ai trouvé plus de danger parmi les hommes que parmi les animaux : — c’était là de l’abandon !

« Et te souviens-tu, ô Zarathoustra ? Lorsque tu étais assis sur ton île, fontaine de vin parmi les seaux vides, donnant à ceux qui ont soif et le répandant sans compter : — jusqu’à ce que tu fus enfin seul altéré parmi les hommes ivres et que tu te plaignis nuitamment : « N’y a-t-il pas plus de bonheur à prendre qu’à donner ? Et n’y a-t-il pas plus de bonheur encore à voler qu’à prendre ? » — C’était là de l’abandon !

« Et te souviens-tu, ô Zarathoustra ? Lorsque vint ton heure la plus silencieuse qui te chassa de toi-même, lorsqu’elle te dit avec de méchants chuchotements : « Parle et détruis ! » — lorsqu’elle te dégoûta de ton attente et de ton silence et qu’elle découragea ton humble courage : c’était là de l’abandon ! « -

O solitude ! Toi ma patrie, solitude ! Comme ta voix me parle, bienheureuse tendre !

Nous ne nous questionnons point, nous ne nous plaignons point l’un à l’autre, ouvertement nous passons ensemble les portes ouvertes.

Car tout est ouvert chez toi et il fait clair ; et les heures, elles aussi, s’écoulent ici plus légères. Car dans l’obscurité, te temps vous paraît plus lourd à porter qu’à la lumière.

Ici se révèle à moi l’essence et l’expression de tout ce qui est : tout ce qui est veut s’exprimer ici, et tout ce qui devient veut apprendre de moi à parler.

Là-bas cependant — tout discours est vain ! La meilleure sagesse c’est d’oublier et de passer : — c’est là ce que j’ai appris !

Celui qui voudrait tout comprendre chez les hommes devrait tout prendre. Mais pour cela j’ai les mains trop propres.

Je suis dégoûté rien qu’à respirer leur haleine ; hélas ! pourquoi ai-je vécu si longtemps parmi leur bruit et leur mauvaise haleine !

O bienheureuse solitude qui m’enveloppe ! O pures odeurs autour de moi ! O comme ce silence fait aspirer l’air pur à pleins poumons ! O comme il écoute, ce silence bienheureux !

070815edithmesmer.jpgEdith Messmer

Là-bas cependant — tout parle et rien n’est entendu. Si l’on annonce sa sagesse à sons de cloches : les épiciers sur la place publique en couvriront le son par le bruit des gros sous !

Chez eux tout parle, personne ne sait plus comprendre. Tout tombe à l’eau, rien ne tombe plus dans de profondes fontaines.

Chez eux tout parle, rien ne réussit et ne s’achève plus. Tout caquette, mais qui veut encore rester au nid à couver ses œufs ?

Chez eux tout parle, tout est dilué. Et ce qui hier était encore trop dur, pour le temps lui-même et pour les dents du temps, pend aujourd’hui, déchiqueté et rongé, à la bouche des hommes d’aujourd’hui.

Chez eux tout parle, tout est divulgué. Et ce qui jadis était appelé mystère et secret des âmes profondes appartient aujourd’hui aux trompettes des rues et à d’autres tapageurs.

O nature humaine ! chose singulière ! bruit dans les rues obscures ! Te voilà derrière moi : — mon plus grand danger est resté derrière moi !

Les ménagements et la pitié furent toujours mon plus grand danger, et tous les êtres humains veulent être ménagés et pris en pitié.

Gardant mes vérités au fond du cœur, les mains agitées comme celles d’un fou et le cœur affolé en petits mensonges de la pitié : — ainsi j’ai toujours vécu parmi les hommes.

J’étais assis parmi eux, déguisé, prêt à me méconnaître pour les supporter, aimant à me dire pour me persuader : « Fou que tu es, tu ne connais pas les hommes ! »

On désapprend ce que l’on sait des hommes quand on vit parmi les hommes. Il y a trop de premiers plans chez les hommes, — que peuvent faire là les vues lointaines et perçantes !

Et s’ils me méconnaissaient : dans ma folie, je les ménageais plus que moi-même à cause de cela : habitué que j’étais à la dureté envers

moi-même, et me vengeant souvent sur moi-même de ce ménagement.

Piqué de mouches venimeuses, et rongé comme la pierre, par les nombreuses gouttes de la méchanceté, ainsi j’étais parmi eux et je me disais encore : « Tout ce qui est petit est innocent de sa petitesse ! »

C’est surtout ceux qui s’appelaient « les bons » que j’ai trouvés être les mouches les plus venimeuses : ils piquent en toute innocence ; ils mentent en toute innocence ; comment sauraient-ils être — justes envers moi !

La pitié enseigne à mentir à ceux qui vivent parmi les bons. La pitié rend l’air lourd à toutes les âmes libres. Car la bêtise des bons est insondable.

Me cacher moi-même et ma richesse — voilà ce que j’ai appris à faire là-bas : car j’ai trouvé chacun riche pauvre d’esprit. Ce fut là le mensonge de ma pitié de savoir chez chacun, de voir et de sentir chez chacun ce qui était pour lui assez d’esprit, ce qui était trop d’esprit pour lui !

Leurs sages rigides, je les ai appelés sages, non rigides, — c’est ainsi que j’ai appris à avaler les mots. Leurs fossoyeurs : je les ai appelés chercheurs et savants, — c’est ainsi que j’ai appris à changer les mots.

Les fossoyeurs prennent les maladies à force de creuser des fosses. Sous de vieux décombres dorment des exhalaisons malsaines. Il ne faut pas remuer le marais. Il faut vivre sur les montagnes.

C’est avec des narines heureuses que je respire de nouveau la liberté des montagnes ! mon nez est enfin délivré de l’odeur de tous les être humains !

Chatouillée par l’air vif, comme par des vins mousseux, mon âme éternue, — et s’acclame en criant : « A ta santé ! »

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13-08-2007

Le coeur de Vincent

070813vangogh.jpgNu de Sien, une ancienne prostituée devenue la compagne de Vincent au grand dam de sa famille :  » Cet hiver, j’ai rencontré une femme enceinte, abandonnée par l’homme dont elle portait l’enfant dans son corps. [...] J’ai pris cette femme comme modèle et j’ai travaillé avec elle tout l’hiver. J’ai pu la sauver, grâce à Dieu, elle et son enfant, de faim et de froid, en partageant mon propre pain avec elle, écrit-il à son frère Théo. La vie a meurtri Sien, la souffrance et l’adversité l’ont marquée. [...] Quand la terre n’a pas été labourée, on ne peut rien en obtenir. Elle, elle a été labourée ; dès lors, je trouve en elle davantage que dans tout un lot de femmes qui n’ont pas été labourées « , écrit-il encore à l’artiste hollandais Anton Van Rappard. Le vocabulaire graphique de Vincent s’enrichit. Le modèle, objectivement une  » femme laide, fanée « , pose davantage pour son attitude que pour ses traits. Son compagnon, qui la juge pourtant belle à sa façon, trouve en elle  » exactement ce qu’il lui faut « , dit-il. Les dessins réalisés à La Haye possèdent ainsi des rendus francs et descriptifs, travail technique grâce auquel Van Gogh parvient à faire ressentir affliction et désespoir.

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13-08-2007

74) Solitude – Colibri

070813seule.jpg
On se dit, elle est cool celle-là
Toujours riante, un charmant minois
Un humour qui fait des dégâts
Mais chez moi il fait froid…

Je sors, je fais la nouba
Une soirée ici, une autre au cinéma
Quitte à me prendre pour une diva
Mais chez moi il fait froid…

Je ne veux pas qu’on me traite de rabat-joie
Mais c’est vraiment difficile le célibat
C’est pour ça que je le dis à mi-voix
Mais chez moi il fait froid …

Je me demande pourquoi
Le bonheur ne pense pas à moi
Pourquoi à mon cœur il a mis un cadenas
Mais chez moi il fait froid …

Rien qu’un peu plus d’éclat
Un même corps tous les soirs dans mes draps
Me sentir vivante pendant nos ébats
Mais chez moi il fait froid …

Il y a bien une présence quelquefois
Des êtres chers qui me donnent de la joie
Des gens aimés qui me serrent dans leurs bras
Mais chez moi il fait froid …

La solitude est un repli sur soi
Peut-être causera-t-elle mon trépas
Seul l’amour me réchauffera
Mais chez moi ….. mon cœur a toujours froid …

Un petit poème sans prétention ? Mais, à l’inverse de ces textes obscures, que je vois souvent, dans lequel l’écrivain cherche plus à épater qu’à faire passer un sentiment. Qui sait ce que donnera  » cette  » poète dans quelques années…

http://desirs-de-colibri.over-blog.com

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13-08-2007

Protégé : 13 août

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13-08-2007

Khalil Gibran : Le Prophéte.

Certains m’ont tenu pour orgueilleux, grisé de ma propre solitude.
Et vous avez dit :  » Il s’entretient avec les arbres de la forêt, mais pas avec les hommes.
Il siège seul sur les cimes des collines et méprise notre ville. « 
Il est exact que j’ai grimpé les collines et arpenté des endroits écartés.
Comment vous découvrir sinon d’une grande hauteur et d’une vaste distance ?
Du reste, comment être vraiment proche, à moins d’être loin.

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12-08-2007

Khalil Gibran : De la vie

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La Vie est comme une île perdue dans l’océan de la solitude, une île dont les rochers seraient nos espérances, et les arbres nos rêves, dont les fleurs seraient notre solitude et les ruisseaux nos aspirations.
Votre Vie, ami, est une île séparée de toutes les autres îles et régions. Quel que soit le nombre de bateaux qui quittent vos rivages pour d’autres pays, quel que soit le nombre de flottes qui y accostent, vous serez à jamais une île séparée, souffrant les affres de la solitude et aspirant au bonheur. Les autres hommes ne vous connaissent point et ils sont loin de compatir à votre solitude ou de vous comprendre.
Je t’ai aperçu mon frère quand, assis sur ton monticule d’or, tu te réjouissais de tes richesses.
Tu étais fier de tes trésors et ancré dans la conviction que chaque poignée d’or amassée tisserait un lien invisible entre les désirs et les pensées d’autrui et les tiens propres.
Dans mon imagination tu apparaissais en grand conquérant, conduisant ses troupes à l’assaut des forteresses de l’ennemi.
Mais quand à nouveau je regardai, je ne vis plus qu’un cœur solitaire se languissant derrière ses coffres d’or, qu’un oiseau affamé dans une cage dorée à la mangeoire vide.
Mon frère, je t’ai vu alors que tu étais assis sur le trône de la gloire.
Tout autour, le peuple t’acclamait comme sa majesté.
Il chantait les louanges de tes actes et magnifiait ta sagesse.
Les yeux étaient fixés sur toi comme sur un prophète et les chants des esprits réjouis montaient jusqu’à la voûte céleste.
Lorsque tu regardais tes sujets, je distinguais dans ton regard les signes du bonheur, de la puissance et du triomphe, tu paraissais être l’âme de leur corps.
Mais, quand à nouveau je regardai, tu étais seul dans ta solitude.
Debout près de ton trône, tu te tournais dans toutes les directions, les bras tendus, comme un exilé qui demanderait grâce et miséricorde à d’invisibles fantômes ou qui mendierait un abri, ne serait-ce que celui pouvant offrir chaleur et amitié.
Mon frère, je t’ai vu aimer une femme merveilleusement belle et poser ton cœur sur l’autel de sa beauté.
Quand je la vis te regarder, les yeux empreints de tendresse et d’amour maternel, je me dis: « Puisse vivre longtemps l’amour qui a chassé la solitude du cœur de cet homme et l’a uni à un autre coeur. »
Hélas, quand à nouveau je regardai, dans ton cœur aimant la solitude était enclose !
Il révélait tout haut ses secrets à la femme aimée, en vain.
Car, derrière ton âme pleine d’amour, je distinguai une autre âme solitaire.
Elle ressemblait à un nuage errant que tu eusses voulu transformer en larmes coulant dans les yeux de ta bien-aimée…
Mon frère, ta vie est comme une maison isolée, loin de toute demeure humaine.
Une maison où aucun regard étranger ne peut pénétrer.
Si elle était privée de lumière, la lampe e ton voisin ne pourrait l’éclairer.
Si elle était sans vivres, les garde-manger de tes voisins ne pourraient lui en procurer.
Si elle s’élevait dans le désert, tu ne pourrais la transporter dans le jardin d’autres hommes, labouré et cultivé par d’autres mains.
Si elle était construite au sommet d’une montagne, tu ne pourrais la descendre dans la vallée, parcourue par le pas d’autres hommes.
Mon frère, la vie de l’esprit s’écoule dans la solitude, et n’y aurait-il cette solitude et cet isolement, tu ne serais point ce que tu es, ni moi ce que je suis.
Sans cet isolement et cette solitude, j’arriverais à croire en entendant ta voix que c’est ma voix qui parle, ou en voyant ton visage que c’est le reflet de moi-même dans un miroir.

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12-08-2007

Marie Angélique Le Blanc – La fille sauvage de Songy

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  1. 1712 : naissance dans la tribu indienne des Renards entre le lac Michigan et le Mississipi.

  2. 1718 : Elle est offerte comme butin de guerre à une française du Canada, Marie-Chalotte Charest, épouse de Augustin le Gardeur de Courtemanches. Ce dernier étant mort le 29 juin 1717. 

  3. 12 septembre 1720 : Elle embarque pour la France avec Mme Courtemanche et une petite esclave noire sur l’Aventurier, un morutier.

  4. 20 octobre 1720 : elle débarque à Marseille en pleine épidémie de peste.

  5. novembre 1721 : elle prend la fuite avec la petite noire. Elles vont vivre en forêt durant une décennie.

  6. septembre 1731 : à Songy (51 240 Marne) , elle est aperçue dans un pommier à manger des fruits. Le petite noire est abattue par un chasseur.

  7. Elle est capturée est amenée chez M. d’Epinoy le noble du village. Elle y est nettoyée.

  8. 30 octobre 1731 : elle est placée à l’hôpital municipale de Saint-Maur.

  9. décembre 1731 : Le Mercure de France lui consacre deux articles, faisant connaitre son histoire à Paris puis à l’Europe.

  10. 16 juin 1732 : elle est baptisée et reçoit les prénoms de Marie-Angélique Memmie et le patronyme Leblanc. on lui atribue alors entre 19 et 20 ans. 

  11. Elle est ensuite pensionnaire de couvents à Châlons où elle reçoit une éducation de jeune fille de l’époque et elle retrouve la parole.

  12. 1737 : Marie Opalinska, mère de Marie Leszcynska, l’épouse de Louis XV, écrit à sa fille en faveur de Marie-Angélique.

  13. 1744 : Louis (1703-4-2-1752) duc d’Orléans, fis du Régent, la visite et la prend sous sa protection. Il lui accorde une pension de 600 livres par an. C’est à cette époque qu’elle prend le voile à Paris.

  14. septembre 1747 : Elle rencontre le naturaliste Charles-Marie de La Condamnine.

  15. 1750 : elle est mentionnée dans le Journal des nouvelles catholiques appartenant aux Nouvelles Catholiques de la rue Saint-Anne à Paris.

  16. 1751-1752 : elle vit au couvent de Sainte-Perrine à Chaillot, jusqu’à la mort du duc d’Orléans.

  17. septembre 1755 : Elle rencontre chez Mme de Luynes, la reine de France.

  18. 1761 : Parution de L’Histoire d’une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l’âge de dix ans, par Mme Hecquet (peut-être La Condamnine)
  19. 15 décembre 1775 : Elle meurt. (d’autres sources donnent 1788)

  20. 28 janvier 2015 : parution chez Delourt d’une bande dessinée: Sauvage, inspirée de sa vie. 

Je remercie Anonyme qui m’a signalé un article paru dans un mensuel d’histoire. Une rapide recherche m’a permit de trouver qu’il était  » inspiré  » en partie des travaux de M. Jean-Paul Denise de Châlons qui n’y est pas cité en plus. Donc pour plus de détails voyez : http://www.feralchildren.com/en/pager.php?df=denise

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11-08-2007

73) Solitude – Philippe Vallet

070811horloge.jpgPiégé entre les deux aiguilles d’une même horloge,
le temps veut passer !

Je sombre engloutissant ma langue,
grise, mon existence s’efface petit à petit.
Les rayons du soleil n’éclatent plus sur mes amis.

Je tourne autour de mes pieds,
brouillant les heurts en soupe immangeable.
Un poids, gravats d’on ne sait quelle carrière,
ose battre le rappel d’un passé glacé.
J’ai perdu les mots pour pleurer les nuages.

Dans l’arène de mes draps,
je tourne, fuyant lentement
le drapeau agité, par la voisine, sur le palier.
J’ai fermé les volets de mes fenêtres,
je ne regarde plus les moineaux
partager leur nid,
prendre leur bain dans la flaque.

Doucement sans comprendre,
une marée fade m’inonde,
je disparais dans la chape accueillante d’un trottoir printanier.

Seul, les pieds enchaînés aux gouffres des étoiles,
je me livre au désert d’une kermesse muette.

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10-08-2007

20) Fréhel: Où sont tous mes amants ? – 1935


Dans la tristesse et la nuit qui revientà l'amour comme à la guerre
Je reste seule, isolée sans soutien
Sans nulle entrave, mais sans amour
Comme une épave mon cœur est lourd
Moi qui jadis ai connu le bonheur
Les soirs de fête et les adorateurs
Je suis esclave des souvenirs
Et cela me fait souffrir.

Où sont tous mes amants
Tous ceux qui m’aimaient tant
Jadis quand j’étais belle?
Adieu les infidèles
Ils sont je ne sais où
A d’autres rendez-vous

Moi mon cœur n’a pas vieilli pourtant
Où sont tous mes amants

La nuit s’achève et quand vient le matin
La rosée pleure avec tous mes chagrins
Tous ceux que j’aime qui m’ont aimée
Dans le jour blême sont effacés
Je sens passer du brouillard sur mes yeux
Et ces pantins que je vois, ce sont eux
Luttant quand même, suprême effort,
Je crois les étreindre encore.

Où sont tous mes amants
Tous ceux qui m’aimaient tant
Jadis quand j’étais belle?
Adieu les infidèles
Ils sont je ne sais où
A d’autres rendez-vous
Moi mon cœur n’a pas vieilli pourtant
Où sont tous mes amants

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10-08-2007

72) Milarepa (1040 – 1123)

Ma joie ignorée de mes parents,
ma douleur ignorée de mes ennemis -
si je meurs ainsi, dans la solitude,
heureux serai-je, moi le mystique.

Ma mort ignorée de tout être humain,
mon corps pourri ignoré des oiseaux -
si je meurs ainsi, dans la solitude,
heureux serai-je, moi le mystique.

Ma chair putréfiée sucée par les mouches,
mes muscles dissous mangés par les vers -
si je meurs ainsi, dans la solitude,
heureux serai-je, moi le mystique.

Sans aucun pas d’homme sur mon seuil,
sans trace de sang dans ma caverne -
si je meurs ainsi, dans la solitude,
heureux serai-je, moi le mystique.

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09-08-2007

Le sens de la vie : Elisabeth Berthou

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Tant bien que mal, chacun d’entre nous s’efforce de donner du sens à ses actes et à ses pensées tout au long de son existence. Un psychologue hongrois donne des pistes pour y parvenir. « Une fois assuré le minimum, le confort matériel a très peu d’incidence sur le bonheur ou la satisfaction personnelle », assure d’entrée Mihaly Csikszentmihalyi dans une interview donnée à L’Actualité de Montréal. « S’il est en sécurité et mange à sa faim, un habitant du tiers-monde a grosso modo le même niveau de contentement qu’un Japonais ou un Canadien. Et les gagnants du loto, après un sursaut de satisfaction qui dure un an ou deux, ne sont pas plus heureux qu’ils ne l’étaient avant. » Ainsi parle Mihaly Csikszentmihalyi qui a inventé le concept du « flot » (« flow », en anglais), cet état mental dans lequel nous nous trouvons lorsque nous sommes absorbés par une tâche de telle façon que nous ne sentons plus le temps passer et que nous sommes envahis par une intense satisfaction.

Depuis une trentaine d’années, ce psychologue, ainsi que son confrère Martin Seligman, ont interrogé des milliers de personnes d’une centaine de pays sur leur niveau de satisfaction personnelle. Conclusion : « Ce n’est pas devant la télé, en mangeant du gâteau ou en se prélassant à bord d’un paquebot de luxe qu’on est le plus heureux. C’est quand on est occupé à une tâche qui sollicite au maximum nos forces et nos talents. » C’est donc lorsque l’on se trouve dans cet état de « flot » où nous oublions nos problèmes, le temps qui passe et qui nous entoure. Mais comment provoquer le « flot » ? « En s’assignant une tâche juste assez difficile pour qu’elle requière toutes nos capacités et toute notre attention », répond Mihaly Csikszentmihalyi. De plus, le profond sentiment de satisfaction qui en résulte crée vite une dépendance : on se sent si bien qu’on essaie de retrouver cet état le plus souvent possible. « D’une fois à l’autre, on finit par apprendre, par développer son domaine de compétence. On progresse ainsi d’un but à l’autre, dans une complexité grandissante, comme le tennisman ou le joueur d’échecs qui, à mesure qu’ils perfectionnent leur jeu, ont besoin de défis de plus en plus grands. »

Pour autant, un haut niveau de satisfaction ne peut être le seul ingrédient d’une vie réussie. Mihaly Csikszentmihalyi rappelle que, dans ses recherches sur ce qui rend les gens heureux, Martin Seligman en est venu à distinguer ce qu’il appelle « la vie agréable » (qui procure autant d’émotions plaisantes que possible) et « la bonne vie », celle dont la personne retire beaucoup de satisfaction en utilisant au mieux ses forces et ses talents. Mais il parle également de « la vie qui a un sens ». « Celle-là consiste à mettre ses compétences au service d’une cause plus grande que ses seuls intérêts personnels », affirme le psychologue. Les études de Seligman et les siennes en arrivent à la même conclusion : « La meilleure façon d’être durablement heureux reste de développer ses forces et ses talents au maximum, tout en se sentant lié à son milieu et responsable du monde dans lequel on vit. »

Cette dernière affirmation fait allusion à tout un champ de recherche actuel dans le domaine des sciences qui intéresse particulièrement Mihaly Csikszentmihalyi. « Des biologistes évolutionnistes étudient la génétique de la coopération, les avantages évolutifs que récolte une espèce dont les membres apprennent à collaborer entre eux. Ces scientifiques revoient Darwin. Pour simplifier, disons que dans un groupe où les gens ne se préoccupent que de la survie de leurs propres gènes, c’est le plus compétitif qui l’emportera. Dans un groupe qui pratique la coopération, c’est encore le plus compétitif qui sera dominant, mais l’ensemble de la communauté prospérera également. » D’après le chercheur, cette idée, en fait assez simple, a été perdue de vue en raison de notre façon très individualiste de comprendre l’évolution et la survie. Mais, dit-il, « je crois profondément que les gens qui échappent à la solitude de leur destin individuel sont ceux qui développent au maximum leur originalité et leur identité intrinsèque, mais qui, en même temps, se sentent profondément liés au destin de l’univers et de l’humanité ».

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08-08-2007

71) Solitude – N. Sellier

Par ce long soir d’hiver, seul avec ma pensée
J’écoute la chanson de la bise glacée
Qui lance dans la nuit son triste chant de mort…
Sur mon bonheur aussi, cette bise est passée
Et je suis un blessé que terrassa le sort.

J’ai crié de douleur au temps de ma souffrance,
J’ai maudit cette vie et son trop lourd fardeau –
Lorsque j’eus tout perdu jusques à l’espérance
De trouver le repos ailleurs qu’en un tombeau
J’ai désiré la mort comme une délivrance !

Souffle, bise du Nord sur la ville engourdie !
Que la mort avec toi vole de tous côtés !
Hurle donc de plaisir car les déshérités
Comme un feuillage mort sont partout emportés
Souffle, ainsi que jadis tu soufflas sur ma vie !

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08-08-2007

70) Solitude

Seul face au monde, seul devant soi,
D’autant plus seul que je n’y sois pas…
Que reste-il alors ?
Ne reste que la pure présence silencieuse du réel,
Cet arbre qui ondule au vent,
Cette eau qui s’écoule,
Ce Soleil qui échauffe mon visage,
Ne reste que l’éternité, présent perpétuel de l’impermanence,
La vérité, l’éternité, la présence, le silence, le réel… cette table,
Y trouver quelque bonheur ? pourquoi pas…
Allez jusqu’au bout de soi, effacement de soi devant le vrai,
Oh quel silence ! quelle paix ! quelle plénitude ! quelle béatitude !
Aurais-je besoin d’un autre monde ? d’une autre vie ?
D’ailleurs, que reste-il de moi sinon un souvenir ?

Mai 2000

Brève explication : La solitude serait un des maux de notre siècle, une forme d’égocentrisme ou de contemplation morbide de soi. Et pourtant, dans sa radicalité et sa richesse, elle est la vérité-même de notre existence. Nous sommes seul à vivre notre vie, personne d’autre ne la vivra à notre place, pas même les dieux. La solitude dont je parle dans ce poème est surtout celle de l’homme seul face à lui-même et à la nature, de l’homme sans dieu(x)…

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07-08-2007

69) Le prince de solitude – Aegimios

Mon aimée, souviens toi de ce temps qui se conjugue au passé.
Vois-le ronger nos cœurs et étouffer de lierre rêche le présent.
Je marche le long de la Seine, dans l’air frais du printemps.
Ma main te cherche mais ne peut que saisir le vide trépassé.

As-tu encore en mémoire ces pépites de bonheur éperdu ?
Nous les ciselions ensemble, enlacés dans l’Eden de Cupidon.
A présent, je m’assois seul sur ce banc où naquit notre passion.
Des couples défilent devant moi ; requiem pour un amour perdu.

La fumée de ma cigarette s’envole en tourbillon dans le vent.
Depuis trop d’années maintenant, tu as volé mes sourires.
Le sang de mon cœur s’écoule en rigole dans ton souvenir.
Enlacé dans mon grand manteau de solitude, j’attends.

Parmi les promeneurs du dimanche, je suis peinture morte.
A mes pieds gisent ces larmes invisibles d’être trop retenues.
Je suis le prince d’un royaume en friche, de tous inconnu.
Il hurle pour le retour d’une reine mais trouvera-t-elle la porte ?

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