25-07-2007

62) La solitude – Oey-yng-voé (Wei Yingwu)

Encore un sectateur de la doctrine de Lao-tseu, mais dont la vie nous offre cette fois un curieux exemple du détachement des biens de ce monde, professé par un haut mandarin.
Oey-yng-voé était né vers l’an 730. Il passa de brillants examens, remplit successivement plusieurs charges importantes, et fut appelé notamment, en 785, au gouvernement de la ville et du territoire de Sou-tcheou. On ne mentionne point l’époque de sa mort.
« Il était, dit le biographe du siècle des Thang, d’un caractère juste et bon. Il mangeait peu, et avait peu de désirs. Dans sa maison, il brûlait des parfums, balayait le sol, et s’asseyait par terre. Ses vers circulaient au loin. Il fut lié d’amitié avec plusieurs poètes de son temps, mais de ceux dont le cœur était pur, et les sentiments conformes aux siens. »

La solitude

Nobles ou de condition obscure, les hommes, quel que soit leur rang,
Ne franchissent le seuil de leur porte que pour être assaillis de mille tracas.
Celui-là seul qui dégage son cœur de toute influence extérieure,
Se complaît dans la solitude, et sait en apprécier le bienfait.

La pluie vient le matin et s’arrête le soir, sans que j’en aie connaissance,
Et la verdure naît au printemps sans attirer mon attention.
Sortie des ombres de la nuit, la montagne a déjà repris les teintes brillantes de l’aurore ;
Sans les petits oiseaux qui chantent autour de ma demeure, je ne m’en serais pas même aperçu.

Parfois je m’entretiens, assis près d’un bonze tao-sse,
Parfois je chemine côte à côte avec un pauvre bûcheron.
C’est un instinct puissant qui m’attire ainsi vers les pauvres et les faibles,
Et non l’orgueilleuse pensée d’affecter le mépris des grandeurs.

1. Voici comment cette pièce est paraphrasée par un commentateur chinois :
« Le sujet de cette pièce est l’éloge de la solitude. Le poète établit d’abord que les hommes de tout rang et de toute condition sont généralement incapables de vivre dans l’isolement. Les grands, à la Cour, se tourmentent pour acquérir des honneurs et de la renommée ; les petits, au marché, se tourmentent pour acquérir des profits. Tous les hommes sont donc tourmentés d’une préoccupation quelconque, et par cela même ne sauraient demeurer enfermés chez eux. Tous sont influencés, entraînés par l’action des choses extérieures ; ils ne peuvent s’en dégager, et c’est pourquoi ils ne sauraient apprécier le bienfait de la solitude. Oey (l’auteur de la pièce) est un disciple du Tao. Comme
, intérieurement, il n’a rien qui le préoccupe, à l’extérieur il n’est rien non plus qui attire son attention, et lui seul peut apprécier le bienfait de la solitude. Que la pluie vienne, alors qu’il est dans sa cabane, elle passe sans qu’il s’en soit même aperçu. Les plantes naissent au printemps, mais comment s’en apercevrait-il, lui qui oublie sa propre existence ? Il repose son cœur et ne s’intéresse à rien. »

Publié par Jean dans Poésies | RSS 2.0

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