15-07-2007

55) Pablo Neruda : Une chanson désespérée

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La canción desesperada

Emerge tu recuerdo de la noche en que estoy.
El río anuda al mar su lamento obstinado.

Abandonado como los muelles en el alba.
Es la hora de partir, oh abandonado!

Sobre mi corazón llueven frías corolas.
Oh sentina de escombros, feroz cueva de náufragos!

En ti se acumularon las guerras y los vuelos.
De ti alzaron las alas los pájaros del canto.

Todo te lo tragaste, como la lejanía.
Como el mar, como el tiempo. Todo en ti fue naufragio!

Era la alegre hora del asalto y el beso.
La hora del estupor que ardía como un faro.

Ansiedad de piloto, furia de buzo ciego,
turbia embriaguez de amor, todo en ti fue naufragio!

En la infancia de niebla mi alma alada y herida.
Descubridor perdido, todo en ti fue naufragio!

Te ceñiste al dolor, te agarraste al deseo.
Te tumbó la tristeza, todo en ti fue naufragio!

Hice retroceder la muralla de sombra,
anduve más allá del deseo y del acto.

Oh carne, carne mía, mujer que amé y perdí,
a ti en esta hora húmeda, evoco y hago canto.

Como un vaso albergaste la infinita ternura,
y el infinito olvido te trizó como a un vaso.

Era la negra, negra soledad de las islas,
y allí, mujer de amor, me acogieron tus brazos.

Era la sed y el hambre, y tú fuiste la fruta.
Era el duelo y las ruinas, y tú fuiste el milagro.

Ah mujer, no sé cómo pudiste contenerme
en la tierra de tu alma, y en la cruz de tus brazos!

Mi deseo de ti fue el más terrible y corto,
el más revuelto y ebrio, el más tirante y ávido.

Cementerio de besos, aún hay fuego en tus tumbas,
aún los racimos arden picoteados de pájaros.

Oh la boca mordida, oh los besados miembros,
oh los hambrientos dientes, oh los cuerpos trenzados.

Oh la cópula loca de esperanza y esfuerzo
en que nos anudamos y nos desesperamos.

Y la ternura, leve como el agua y la harina.
Y la palabra apenas comenzada en los labios.

Ese fue mi destino y en él viajó mi anhelo,
y en él cayó mi anhelo, todo en ti fue naufragio!

Oh, sentina de escombros, en ti todo caía,
qué dolor no exprimiste, qué olas no te ahogaron!

De tumbo en tumbo aún llameaste y cantaste.
De pie como un marino en la proa de un barco.

Aún floreciste en cantos, aún rompiste en corrientes.
Oh sentina de escombros, pozo abierto y amargo.

Pálido buzo ciego, desventurado hondero,
descubridor perdido, todo en ti fue naufragio!

Es la hora de partir, la dura y fría hora
que la noche sujeta a todo horario.

El cinturón ruidoso del mar ciñe la costa.
Surgen frías estrellas, emigran negros pájaros.

Abandonado como los muelles en el alba.
Sólo la sombra trémula se retuerce en mis manos.

Ah más allá de todo. Ah más allá de todo.
Es la hora de partir. Oh abandonado!

***

Ton souvenir surgit de la nuit où je suis.
La rivière à la mer noue sa plainte obstinée.

Abandonné comme les quais dans le matin.
C’est l’heure de partir, ô toi l’abandonné!

Des corolles tombant, pluie froide sur mon coeur.
Ô sentine de décombres, grotte féroce au naufragé!

En toi se sont accumulés avec les guerres les envols.
Les oiseaux de mon chant de toi prirent essor.

Tu as tout englouti, comme fait le lointain.
Comme la mer, comme le temps. Et tout en toi fut un naufrage!

De l’assaut, du baiser c’était l’heure joyeuse.
lueur de la stupeur qui brûlait comme un phare.

Anxiété de pilote et furie de plongeur aveugle,
trouble ivresse d’amour, tout en toi fut naufrage!

Mon âme ailée, blessée, dans l’enfance de brume.
Explorateur perdu, tout en toi fut naufrage!

Tu enlaças la douleur, tu t’accrochas au désir.
La tristesse te renversa et tout en toi fut un naufrage!

Mais j’ai fait reculer la muraille de l’ombre,
j’ai marché au-delà du désir et de l’acte.

Ô ma chair, chair de la femme aimée, de la femme perdue,
je t’évoque et je fais de toi un chant à l’heure humide.

Tu reçus l’infinie tendresse comme un vase,
et l’oubli infini te brisa comme un vase.

Dans la noire, la noire solitude des îles,
c’est là, femme d’amour, que tes bras m’accueillirent.

C’était la soif, la faim, et toi tu fus le fruit.
C’était le deuil, les ruines et tu fus le miracle.

Femme, femme, comment as-tu pu m’enfermer
dans la croix de tes bras, la terre de ton âme.

Mon désir de toi fut le plus terrible et le plus court,
le plus désordonné, ivre, tendu, avide.

Cimetière de baisers, dans tes tombes survit le feu,
et becquetée d’oiseaux la grappe brûle encore.

Ô la bouche mordue, ô les membres baisés,
ô les dents affamées, ô les corps enlacés.

Furieux accouplement de l’espoir et l’effort
qui nous noua tous deux et nous désespéra.

La tendresse, son eau, sa farine légère.
Et le mot commencé à peine sur les lèvres.

Ce fut là le destin où allait mon désir,
où mon désir tomba, tout en toi fut naufrage!

Ô sentine de décombres, tout est retombé sur toi,
toute la douleur tu l’as dite et toute la douleur t’étouffe.

De tombe en tombe encore tu brûlas et chantas.
Debout comme un marin à la proue d’un navire.

Et tu as fleuri dans des chants, tu t’es brisé dans des courants.
Ô sentine de décombres, puits ouvert de l’amertume.

Plongeur aveugle et pâle, infortuné frondeur,
explorateur perdu, tout en toi fut naufrage!

C’est l’heure de partir, c’est l’heure dure et froide
que la nuit toujours fixe à la suite des heures.

La mer fait aux rochers sa ceinture de bruit.
Froide l’étoile monte et noir l’oiseau émigre.

Abandonné comme les quais dans le matin.
Et seule dans mes mains se tord l’ombre tremblante.

Oui, bien plus loin que tout. Combien plus loin que tout.

C’est l’heure de partir. Ô toi l’abandonné

Publié par Jean dans Poésies | RSS 2.0

3 Réponses à “55) Pablo Neruda : Une chanson désespérée”

  1. Jean dit :

    Je n’ai pas de mérite, j’aime Neruda. Il est mort quelques jours après le coup d’état de Pinochet.

    Rien n’enrichit plus que de s’ouvir aux autres cultures.

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Jan_Neruda
    http://bohemica.free.fr/auteurs/neruda/tableaux/tableaux_2.htm

    Voici des adresses pour Jan Neruda.

    Mais comme toi je ne connais pas d’édition française actuelle des textes de Jan Neruda. Néanmoins je chercherai chez Orphée.

    Dernière publication sur Iwazaru 言わざる : 64-143

  2. L’auteur des contes de Mala Strana est Jan Neruda. Peut-être en sais-tu davantage que moi sur la bibliographie de cet auteur en français actuellement?

  3. Bonsoir Jean,

    Pablo Neruda est un auteur très apprécié en Espagne.J’ai lu qu’il avait pris son nom d’un poète tchèque. Malheureusement, je n’ai pas trouvé de version française de ses oeuvres. Je ne trouve pas « Les Contes de Mala Strana ». C’est bien dommage.
    Pour en revenir à pablo voici les paroles d’une chanson que tu dois sans doute connaître.

    La complainte de Pablo Neruda (Jean Ferrat)

    Je vais dire la légende
    De celui qui s’est enfui
    Et fait les oiseaux des Andes
    Se taire au c?ur de la nuit

    Le ciel était de velours
    Incompréhensiblement
    Le soir tombe et les beaux jours
    Meurent on ne sait comment

    Comment croire comment croire
    Au pas pesant des soldats
    Quand j’entends la chanson noire
    De Don Pablo Neruda

    Lorsque la musique est belle
    Tous les hommes sont égaux
    Et l’injustice rebelle
    Paris ou Santiago

    Nous parlons même langage
    Et le même chant nous lie
    Une cage est une cage
    En France comme au Chili

    Comment croire comment croire
    Au pas pesant des soldats
    Quand j’entends la chanson noire
    De Don Pablo Neruda

    Sous le fouet de la famine
    Terre terre des volcans
    Le gendarme te domine
    Mon vieux pays araucan

    Pays double où peuvent vivre
    Des lièvres et des pumas
    Triste et beau comme le cuivre
    Au désert d’Atacama

    Comment croire comment croire
    Au pas pesant des soldats
    Quand j’entends la chanson noire
    De Don Pablo Neruda

    Avec tes forêts de hêtres
    Tes myrtes méridionaux
    O mon pays de salpêtre
    D’arsenic et de guano

    Mon pays contradictoire
    Jamais libre ni conquis
    Verras-tu sur ton histoire
    Planer l’aigle des Yankees

    Comment croire comment croire
    Au pas pesant des soldats
    Quand j’entends la chanson noire
    De Don Pablo Neruda

    Absent et présent ensemble
    Invisible mais trahi
    Neruda que tu ressembles
    À ton malheureux pays

    Ta résidence est la terre
    Et le ciel en même temps
    Silencieux solitaire
    Et dans la foule chantant

    Comment croire comment croire
    Au pas pesant des soldats
    Quand j’entends la chanson noire
    De Don Pablo Neruda

    Je te remercie de partager des textes qui ne soient pas que français.

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