09-07-2007

53) Poème de la solitude et de l’exil – Nicolas Kurtovitch 1988-1997

L’homme est seul irrémédiablement seul et libre totalement libre.

……..Seul il déambule dans le désert en espérant trouver une oasis et quand il la trouve il est incapable de l’habiter
………Dans sa marche le vent cingle sa figure, les pierres arrachent les semelles et le sable dans le vent met ses habits en lambeaux.
………L’homme marche ainsi seul sans oser regarder derrière lui
de peur de réduire la trop courte distance déjà parcourue
………Une distance nue et sans ombre sans que rien n’abrite sa peur, sans qu’il n’est pu trouver d’autres repos qu’à l’ombre des dunes sans d’autres réconforts que de pouvoir encore fixer ses pensées sur le sol.
………L’homme marche ainsi seul sans vraiment regarder sur les côtés de crainte de trop réaliser sa solitude, réaliser sa fatigue, d’être sans compagnon avec qui simplement savoir qu’une heure est passée
………Quoi ! pas même un autre marcheur un parent un ami dans l’épreuve, un inconnu pour lui tenir compagnie
………Serait-il seul à traverser l’espace à relier les bords du monde
………Cet espace serait-il vide
………Les jours s’étendent-ils comme une houle infinie
………L’homme marche ainsi seul regardant en de rares fois quand il en a le courage loin devant lui pour ne pas perdre de vue le but à atteindre
………Il se dit que le but est bien étrange de disparaître comme il le fait à chaque nuit
………Préoccupé par sa marche par ses pieds il baisse son regard et ne distingue plus rien quand il relève la tête. Ses pieds n’ont pas besoin de lui ils savent seuls ce qu’ils ont à faire dans l’étendue de sable et de cailloux d’oueds asséchés, l’étendue de sueur qui s’offrent sans retenue à leur appétits d’articulations mécaniques

………L’homme marche ainsi seul et s’endort encore plus seul
parce que la conscience choisit ce moment pour venir l’habiter
………La nuit n’est d’aucun repos elle n’est que l’imagination du lendemain
………Le matin le surprend à exister encore il s’étonne alors d’avoir
quelques forces vives peu nombreuses mais comme neuves comme nouvelles comme s’il était un autre comme s’il ne s’était pas assoupi la veille
………Aurait-il puisé ses forces dans la nuit dans le refus de répéter une fois de plus un jour identique
………Aurait-il puisé sa joie de repartir dans le silence de la nuit et du désert
………Ces nuits désertiques froides longues effrayantes quand elles s’annoncent avec volupté
………Ces nuits désertiques que j’ai souvent appelées de toutes mes forces croyant qu’elles m’apporteraient davantage de repos et de connaissance
………Ces nuits que j’attends d’un noir absolu ont le devoir d’être un véritable abandon de soi

………L’homme qui marche seul irrémédiablement seul sait pourtant que le silence n’existe pas même ici en plein dénuement et avec le peu d’eau qu’il emporte comme seul bagage
………Echange unique échange mystique du lieuMystère en absence de témoin
………Un échange nécessaire vital et joyeux
………Même si personne n’a jamais conscience de cette joie elle est là permettant le réveil d’un être humain
………Aux matin l’énergie nouvelle se manifeste elle fait que tout est encore possible la marche surtout est possible
………La marche en premier
………Simplement avancer en prenant garde de l’endroit
où je fais reposer le poids de mon corps pour ne pas rompre l’équilibre des dunes
………Les pierres coupent et blessent davantage le matin
………Marcher en attendant le soleil
………Marche en espérant le soleil comme s’il pouvait ne pas revenir
………En premier lieu l’homme seul irrémédiablement seul marche sans toujours savoir pourquoi ni où il se dirige se contentant de la simple action des gestes simples et évidents qui gardent tous leurs secrets

………Pourquoi l’esprit s’allège-t-il pourquoi les idées sont-elles plus claires et plus belles pourquoi les jours de travail sont-ils jours de plage
………Pourquoi l’homme qui avance sans se soucier du vide a-t-il des pensées joyeuses
………Je suis seul dans cette marche à me préoccuper des réponses
………Je suis celui qui regarde l’esprit poser des questions se demander s’il faut un tel regard et répondre que oui
………Oui en criant au ciel oui comme un si j’étais alpiniste et que du haut de la montagne je m’adressais à ce ciel muet
………Je suis celui qui marche avec l’autre qui le regarde qui l’aime d’un amour pur sans limite limpide et joyeux
……… Parce que celui qui marche celui qui semble libre a quitter un jour peut-être tôt le matin comme il se doit un endroit il a quitté je le sais une ville tentaculaire
………La ville est belle pourtant
………Mais il revoit seulement la laideur abandonnée et son cœur se gonfle de liberté
………Il revoit les rues sombres et dangereuses maisons surpeuplées et murs sales
………Il rêve aux journées passées dans la nuit du travail quand le travail est violence
………Il sait qu’une autre vie pouvait être vécue dans ces mêmes lieux
………Il sait cette autre vie d’apparence belle et joyeuse dans des murs blancs et propres
………Cette vie parallèle ne lui plaît pas davantage elle engendre l’autre et s’en nourrie
………Il s’en va sans faire de déclaration sans rien avoir écrit ni dit simplement il s’en va

………Dans le tumulte et l’aisance je discerne encore le silence surtout le silence aucun besoin de désert pour cela je respire et j’apprécie

………Quel est le mirage qui se dissimule ainsi
derrière le voile d’une marche à multiples directions
………Les vérités sont parfois pudiques et préfèrent s’effacer devant le grand nombre. Elles se gardent alors pour un seul homme une seule femme un seul cœur

………J’ai un jour rencontré un homme qui n’était pas seul
ici dans le désert il voyageait avec son troupeau
………Un de ces hommes qui ne se déplacent jamais sans ses bêtes ni sans ses femmes
………Chacune peuplant un moment de sa vie les unes le jour et le désert
………Les autres plus sauvages encore les nuits et les rêves de cet homme comblé
………Les unes sont fidèles et dociles toujours à l’écoute s’il parle un langage simple
………Les autres insaisissables et terribles ont chaque fois besoin de nouvelles promesses
………Mais toutes sur sa présence au monde lui apportent un regard serein le jour sur la terre et le sable la nuit sur les hommes qui s’agitent et la respiration cosmique
………A cet homme les bêtes parlent
elles lui racontent les histoires du désert
………Derrières les dunes et dans les grottes cachées sous les ergs de mystérieuses célébrations ont lieu
………Elles lui disent ce qu’il doit savoir pour continuer à vivre ainsi
………Elles se satisfont d’une herbe rare et maigre d’une eau sales à peine suffisante du moment qu’il reste là à les guider de son bâton
………Et lui n’est jamais seul
………Dieu fait que les rêves de cet hommes soient portés à tout le monde que ses femmes ne restent pas enfermées dans son sommeil qu’elles s’en échappent et deviennent comme le vent au-dessus de la houle
………Qu’elles soient les guides de chacun dans ce désert où nous somme entrés ignorants des règles de vie
………Qu’elles soient à la fois la rencontre de l’oasis et la parole pour y être admis
………Qu’elles soient nos pieds légers et résistants nos habits de cuir et notre regard perçant qu’elles soient la direction

………L’homme est libre irrémédiablement libre
de cette liberté souvent trop lourde à porter qu’il finit par déposer sa foi aux pieds des dieux et des prêtres oubliant son désir de marcher seul
………Malgré son troupeau malgré ses nuits et l’amour comblé la solitude et le désert restent tous deux de terribles exils
ils cachent d’autres exils encore plus effroyable plus tristes et plus durs mieux vaudrait en ce qui les concerne la mort
mille fois la mort plutôt que ces exils-là
………Voici à propos de ces exiles ce que pourrait dire une grande partie des hommes et des femmes qui traversent un sable et une pierraille jusque là inconnus
………Où sont nos terres où sont nos collines avons-nous quelque part des dunes des ergs et des oueds asséchés
avons nous ne serait-ce que du vent sur notre visage un vent venu jusqu’à nous après avoir traversé nos pelouses et nos prairies l’océan de nos pères
………Où pouvons-nous poser nos fardeaux et reposer nos femmes
………Où pouvons-nous nous asseoir et dire que l’espace alentour
a porté nos anciens qu’il portera notre futur
………Sur quel tertre poser ma tête m’endormir confiant fermer les yeux trouver le repos
………Combien d’appel sont retombés du ciel où je les avais jetés avec espoir qui ont roulé au bas de lits de pierres
………Combien de mots d’amour n’ont pas été entendus alors que j’y avais mis tout mon cœur
………Combien de gestes combien de dons combien combien de tout ce qui fait
que l’homme n’est pas seul se sont perdus dans l’exil
………L’homme n’est pas fait pour vivre en perpétuel étranger
Ignorant des lieux qu’il habite
………Pourtant l’homme s’est adapté et se plie aux exigences l’homme respire l’air nouveau et semble connaître les chemins obligés
………Comme quelqu’un rompus aux échanges et aux devoirs
il est dans la foule comme un fils du peuple
………Il a l’apparence de la mémoire et de la connaissance de l’amour et de la joie du pays où il s’installe
………Il a l’activité et l’allant de ses nouveaux amis il sait les gestes à faire les paroles à dire
………Il sait les choses nouvelles de sa vie
………Il sème récolte taille et sculpte le bois polie le métal
………Il est comme le peintre quelqu’un qui peindrait son propre visage par l’envers de la toile. Il est excellent peintre et personne ne réalise la supercherie
………Sous ce tableau d’autres hommes mangent et se parlent
………Cet homme en secret est comme un chef de clan et de tribu qui aurait perdu à la guerre toutes ses femmes il en rêve la nuit et en parle en dormant ses journées sont fades et tristes
………Il les revoit toutes
leur visage se détachent à leur tour devant ses yeux pour chacune il a une passion pour chacune il a un désir particulier
………Il les revoit comme l’autre revoit ses collines ou ses montagnes ses courtes rivières son fleuve majestueux ses plages ses falaises solides devant la mer
………Il ressent ses femmes et leur absence sur son âme comme on ressent par mémoire une caresse
le vent sur le visage et la fraîcheur des souvenirs sur la peau
………Où sont mes femmes se dit-il sont-elles libres et joyeuses sont-elles encore amoureuses de leurs enfants et du père
ont-elles un lieu où se retirer pour penser
………L’homme en exil est comme ce chef
triste et seul à jamais il n’a plus que le sommeil et le rêve en espérant que ces rêves au goût de fruit reviennent à chaque nuit
………Il vit sa solitude dans le désert
il s’invente une route qui le reconduirait chez lui qu’elle autre route
que la mort pourrait le conduire à sa maison
………Il meurt sans réaliser que cette route imaginée a été un espoir une force gigantesque qui l’a tenu en vie jusque maintenant qui a fait que son sang ne se glaçait pas sa vue ne se brouillait pas ses mains gardaient leur énergie
………Il pouvait encore entendre les chants et les poèmes de lointains compagnons d’exil il pouvait à son tour composer et réciter des chants de tristesse des poèmes connus de lui seul
………Mais De cet autre exil de l’exil de ceux qui n’ont jamais eu de terre ni de fleuve de ceux qui n’ont jamais eu de clan ni de tribu
de femmes ne de souvenirs qui n’ont été portés par aucun courant par aucun alizé
………De l’exil de ceux qui n’ont jamais rien perdu parce qu’ils n’avaient rien engendré des arbres déracinés n’ayant jamais eu de racines
………De cet exil qui en parle
qui trouve les mots les gestes les regards qui font aimer et vivre avec bonheur
……… Ces exilés ces désertiques
accumulent les biens matériel et autres objets sans usages
ils ont toute prête au fond de leur cœur la réponse si on leur en fait reproche
………Qu’une terre quelque part est plus chaude au cœur et à l’esprit
qu’un ramassis de plastique et de métal voué à la pourriture
………Quand viendra-t-il celui qui parlera de nous ?
Quelqu’un ayant la force de traverser les murs de chaire et d’os de trouer les silences de courir les rivières
………Il devra montrer son corps dire les paroles qui dévoileront son visage et son nom il fera un don et ensuite seulement il écrira notre histoire
………Mais pour l’heure où est-il ? Personne ! Ne sait sait-on seulement s’il existe déjà ? Sait-on si quelqu’un s’apprête à l’engendrer aujourd’hui ?
………Il n’aura besoin ni de pays ni de tertre il sera celui de partout l’homme de la terre il saura toute les souffrances
il retiendra les pleurs comme un seul et unique cri dans ce cri il distinguera le nôtre
………En échange de notre dénuement il aura des chants des poèmes des couleurs et des sons adressés à nos cœurs
………Aurons-nous la patience de l’attendre
………Aurons-nous le désir puissant et durable ? Il y a si longtemps que notre sang a quitté la terre pour l’exil que nous n’avons plus de mémoire.

………Que sont donc ces exils sans mémoire ces rocs pulvérisés qui créent les déserts
………Que sont ces hommes sans généalogies à offrir à leurs enfants pas même une série de dates une série de lieux une voie au pire un simple tracé sur le sol de terre battue
………Que sont ces faux tziganes qui parcourent le monde
sans avoir la terre entière comme patrie qui n’ont aucun chant aucune saga qui sont les peuples muets

………( s’il vient cet ombre de soi voici le poème qu’il aura dit d’une belle voix
………le poème qu’ils ont tous écrit
………qu’ils m’ont dicté que mon corps a retenu
……… quand la souffrance est dans chaque cellule dans l’esprit et le cœur )

Publié par Jean dans Poésies | RSS 2.0

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