07-06-2007

Kaspar Hauser, par K. Noubi (5e partie)

NürnbergLe cordonnier et son compagnon partis, le capitaine regarde attentivement l’adolescent. Il est plutôt grand de taille, très gauche, le dos légèrement courbé, comme le sont souvent les paysans, à force de se baisser, mais il y a quelque chose dans son allure qui indique qu’il n’est pas un paysan. Il regarde attentivement le capitaine, les yeux grand ouverts, un léger sourire aux lèvres
— Tu t’appelles réellement Kaspar ? demande le capitaine.
— Oui, dit le jeune homme.
— Aha, dit le capitaine, tu n’es donc pas muet ?
— Je veux être cavalier comme mon père…
Il parle d’une voix lente, comme s’il répète des mots qu’on lui a fait apprendre ou alors comme un enfant qui commence à parler.
— Tu ne peux pas me dire d’où tu viens ?
Le garçon fait non de la tête. Le capitaine se gratte la tête, embarrassé. Il n’est pas encore six heures. Que va-t-il faire de ce garçon, qui semble perdu ? Il ne va pas le renvoyer dans la rue, où, à coup sûr, il serait perdu ! il appelle un soldat :
— Emmenez-le à la tour, qu’on lui donne une cellule pour l’héberger, en attendant qu’on statue sur son cas.
Le capitaine a remarqué qu’en sortant, Kaspar a trébuché à plusieurs reprises, comme les enfants qui apprennent à marcher. On remarquera, plus tard, que ses jambes sont molles, comme s’il n’avait pas marché depuis longtemps.
La tour est un donjon du Moyen-Age qui tient lieu de prison. C’est le seul endroit où, en ce matin de la Pentecôte, jour férié, on peut loger le jeune homme.
Le gardien, un brave homme, s’étonne.
— Qu’a-t-il fait, ce garçon ? Il n’a pas l’air d’un délinquant !
— Donnez-lui une cellule, on verra ensuite ce qu’on fera de lui !
Kaspar, tenant toujours son chapeau à la main, le regard fixe, souriant tristement, entre dans la cellule que le gardien lui indique.
— Tu as sans doute faim, dit le gardien, je vais t’apporte à manger !
Il revient avec une terrine, du pain et une carafe d’eau. Kaspar se jette sur le pain, qu’il dévore, puis boit à longs traits dans la carafe.
— Mange ce qu’il y a dans l’assiette, dit le gardien, c’est bon !
Comme le jeune homme ne touche pas au contenu de l’assiette, il pense qu’il n’a pas compris ce qu’il lui a dit, et l’approche de lui.
— Allez, mange c’est ma femme qui l’a préparé…
Kaspar secoue la tête.
— Tu n’as pas faim ? comme tu veux… Tu as une couchette, tu peux dormir, si tu veux !
Mais, au lieu de s’étendre sur la couchette, le jeune homme se jette sur le sol, se recroqueville sur lui-même et bientôt se met à ronfler. (à suivre…)

Publié par Jean dans Feuilleton, Prisonniers de la solitude | RSS 2.0

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