05-06-2007

Kaspar Hauser, par N. Noubi (3e partie)

nürnbergLe chef de la police regarde avec curiosité le jeune homme qui continue à serrer contre lui son chapeau.
— Tu ne peux nous dire d’où tu viens, l’ami ?
— Il ne parle pas, dit le cordonnier.
— Il est sans doute muet, dit son compagnon, à moins qu’il ne s’agisse d’un idiot.
— Gardez vos remarques pour vous, dit le chef de police.
— Il a une lettre sur lui, dit Weissman. Elle est adressée au commandant en chef du 4e escadron de chevau-légers…
Le jeune homme tend la lettre. Le chef de police la prend : c’est, en effet, l’indication figurant sur la lettre. Weissman et Beck attendent qu’il l’ouvre mais le policier n’en fait rien.
On fouille le jeune homme et on trouve dans ses poches plusieurs objets: un mouchoir blanc et rouge avec des initiales brodées, K.H. des images… il y a aussi des textes religieux imprimés ainsi qu’un manuel d’éducation religieuse, au titre curieux : «Comment remplacer le temps perdu et les années mal passées.»
— Qu’allez-vous faire ? demande Weissman.
— Hé bien, dit le chef de police, on va l’envoyer chez le capitaine von Wessening, puisque c’est à lui qu’on l’a adressée !
— Et nous ? dit le cordonnier.
— Vous allez l’accompagner… puisque c’est vous qui l’avez trouvé !
Il les fait suivre de deux policiers.
Le capitaine Weissnich, commandant du 4e escadron de chevaux-légers les reçoit. C’est un homme plutôt sévère.
— Qu’est-ce qui se passe ? demande-t-il.
— Nous avons trouvé ce jeune homme dans la rue, dit Weissman, il semble abandonné, et on a beau l’interroger, il ne dit pas qui il est ni d’où il vient !
— Et en quoi cela me concerne ? bougonne le militaire.
— Il porte une lettre qui vous est adressée.
Le capitaine prend l’enveloppe et l’ouvre. La lettre lui est effectivement adressée. Elle est pleine de fautes d’orthographe.
«Très honoré capitaine,
Je vous envoie un garçon qui souhaite servir son roi dans l’armée. Il m’a été confié le 7 octobre 1812. Je me suis occupé de lui mais je suis moi-même un pauvre travailleur, avec plusieurs enfants à ma charge. Sa mère m’a demandé d’assurer son éducation et j’ai pensé l’élever comme mon propre fils. Je l’ai gardé enfermé à la maison, d’où il n’est jamais sorti, ainsi personne ne sait où il est, et lui-même ignore l’endroit où il a vécu. Vous pouvez l’interroger, honoré capitaine mais il ne saura vous dire qui je suis ni où j’habite. Je l’ai fait sortir la nuit de sorte qu’il ne reconnaisse pas le chemin. Il n’a pas un sou sur lui parce que moi-même je suis sans rien. Aujourd’hui, ma situation ne me permet pas de prendre soin de lui. Son père est mort. Si vous refusez de le garder, alors, pendez-le à la cheminée !». (à suivre…)

Publié par Jean dans Feuilleton, Prisonniers de la solitude | RSS 2.0

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