20-05-2007

15 mai 1969, de Gabrielle Russier (1937-1969)

15 mai 1969, de Gabrielle Russier (1937-1969) dans Paroles de solitaires h_9_ill_795984_app1999122362143

Albert,

Je t’écris sans même savoir si tu recevras mes lettres. Depuis hier je suis seule en cellule, tu ne peux pas savoir comme je suis mieux. La fille qui est partie, que je remplace, a laissé des petits objets, sans savoir qui viendrait, des riens, des boites de couleurs, un bouquet de buis, un peu de lessive dans un pot. Des riens, mais c’est la première fois que je vois une solidarité vraie entre détenues – vraie et gratuite. Et puis rien = tout, ici. Depuis que je suis en bas je vois moins le ciel, mais je suis tellement plus libre, que le petit morceau de nuage qui passe a une densité merveilleuse. Le soir toutes, dehors, elle se parlent, je suis seule avec vous tous, et je suis sûre que Mozart n’est pas triste, que tu l’écoutes pour moi et qu’il n’est pas triste.

Christian Rossi :

« Les (deux ans) de souvenirs qu’elle m’a laissés, elle me les a laissés à moi, je n’ai pas à les raconter. Je les sens. Je les ai vécus, moi seul. Le reste, les gens le savent : c’est une femme qui s’appelait Gabrielle Russier. On s’aimait, on l’a mise en prison, elle s’est tuée. C’est simple. »

 

Publié par Jean dans Paroles de solitaires | RSS 2.0

10 Réponses à “15 mai 1969, de Gabrielle Russier (1937-1969)”

  1. DEANNOY - 05 dit :

    Encore quelques notes en ce qui concerne Gabrielle.
    Gabrielle avait repris des études et était devenue une femme agrégée de lettres et de philosophie. Elle avait demandé un poste d’assistante en linguistique à la faculté d’Aix là où enseignaient les parents de Christian Rossi. Seulement, paraît-il, le recteur, Paul Franck, voyait Gabrielle d’un très mauvais oeil, non seulement pour son aventure avec Christian mais parce que Gabrielle était trop conviviale avec ses élèves ou ses étudiants. Un professeur doit conserver son autorité et il y a une frontière à ne pas franchir. Aussi Paul Franck aurait fait pression auprès du parquet afin que Gabrielle soit définitivement écartée de l’enseignement. Rappelons toutefois qu’au tout début des années 1960, son mari étant ingénieur, était en poste à Casablanca, Maroc. Gabrielle étant titulaire d’un propédeutique sollicita un poste d’enseignante.Ce qu’elle obtint. Elle fut nommée professeur au collège Abdallah Moulay. A cette époque Gabrielle ressemblait plus à une adolescente qu’à une femme mariée. Or, contraire à tout préjugé, elle fut respectée par les adolescents collégiens de l’école et adulée (aujourd’hui avec du recul on pourrait presque penser à un conte de fée : Blanche Neige et les sept nains).

    Sans trop revenir sur les détails, nous savons que Pompidou ordonna une enquête administrative.

    Maintenant voici les bons mots incontestables, irréfutables tenus par certains des protagonistes Ces paroles ont été prononcées quasiment sur la place publique. Nombreuses sont les oreilles qui ont réceptionnées et enregistrées.
    Marcel Caleb, procureur général :- Un professeur n’a pas à supplanter l’autorité parentale sinon où irions-nous!
    Paul Tirel, procureur :- Gabrielle Russier s’est suicidée pour ne pas se présenter en cour d’appel et puis je suis bien obligé d’obéir à mes chefs.
    Jean Testut, substitut :- Gabrielle n’est qu’une fleur maladive, elle a pourri d’amour !
    Maître Grisoli, avocat de l’accusation :- C’est une honte, c’est scandaleux, le procureur a outrepassé ses devoirs. Nous, nous ne souhaitions que le retour de Christian, nous ne voulions pas plus. C’était chose faite, l’affaire était conclue. En appel nous, nous plaiderons notre indignation.
    Raymond Guy,avocat de Gabrielle n’a pas de commentaire, il a perçu ses honoraires.
    Le ménage du juge d’instruction, Bernard Palanque, battit de l’aile, si bien qu’il divorça.

    Et puis pour clore, un bon mot que l’on pourrait attribuer au père de Gabrielle :- Dans ma carrière d’avocat, j’ai tellement vu défiler de faux témoignages qu’il n’y pas besoin de preuves pour condamner un innocent, mais on ne peut pas accuser des fonctionnaires de justice même avec des preuves à l’appui.

  2. DEANNOY - 04 dit :

    Petite histoire, fait divers, anecdote sans importance, détail de l’histoire.

    J’ai connu Gabrielle Russier au cours d’un séminaire pour enseignants à la faculté d’Aix en Provence au début du mois de juillet 1965 avec d’autres personnes : Adams inspecteur d’académie, Le Bras, ami que je perdrai de vue en juillet 1970 à Oran (Algérie).

    Après une conférence, en discussion Le Bras, deux autres dont j’ai oublié les noms et moi-même, un auditeur de la conférence s’avança vers nous et annonça : – la voie est libre Gabrielle Russier est une divorcée avec deux enfants. Sur le coup cela nous a refroidi. Ensuite j’ai enchaîné de quoi je me mêle.

    Nous avons pu voir à l’époque un film «  » Les pianos mécaniques ». Ce film est une comédie psycho-dramatique sur les aléas de la vie sentimentale. Divorce, homme qui tombe dans l’alcoolisme qui doit élever son fils parce sa mère ne veut pas de lui, jeune écrivain qui devient amoureux d’une femme de vingt ans son aînée, adolescents en crise d’amour, etc… au début ce film m’avait paru banal. Mais par la suite j’ai pu y voir en filigrane l’affaire Gabrielle. Aussi j’ai constamment voulu revoir ce film. Puis il est arrivé que je tombe sur une copie en 1975 à Paris, j’ai donc acheté la pellicule qui est en noir et blanc alors que l’original est en couleurs.

    Inutile de dire combien de fois je l’ai fait visionner à des amis !

    Qui maintenant adhère à ma thèse ?

  3. DEANNOY - 03 dit :

    Tout ce que je sais est que,Gabrielle étant fille d’avocat, voulait demandé un jugement en cour d’assises pour suspicion légitime et avait déclaré :- plutôt que de faire des procès avec acharnement et harcèlement, les magistrats devraient plutôt faire le procès du barbarisme perpétré en Algérie. Les autorités judiciaires ont vu rouge. D’autant qu’en 1960, lorsqu’elle était jeune professeur avec son propédeutique au collège Moulay à Casablanca elle était co-signataire d’une pétition adressée à De Gaulle pour arrêter le massacre en Algérie. Ensuite l’appartement n’a jamais été soufflé ; d’après certains, des co-locataires n’auraient pas décelé de fuite de gaz, d’autres, on aurait ouvert le gaz ensuite pour donner le change. D’autres encore, elle aurait donner son chat le matin à une voisine????? Or ce qui est sûr, Gabrielle se trouvait dans une maison de repos la Recouvrance dans les Pyrénées, comment aurait-elle pu s’occuper d’un chat. Le vendredi 29 août elle écrivait à son ex-mari : ma tante arrive le jeudi 04 septembre. Je serai là juste un peu avant. Le suicide supposée a eu lieu le lundi 1er septembre ? Drôles d’éléments et si l’on rajoute tous les autres détails….!!!!!!!!!
    Lorsque j’ai appris la nouvelle, je me trouvais à Oran (Algére) en coopération, je me suis effondré sur la chaise à côté de moi en hurlant : c’est impossible, c’est impossible, elle a été assassinée pour lui faire fermer sa gueule!!!! Un ami, à côté de moi, me dit : ne crie pas aussi fort tu vas alerter les voisins. Bien que ne l’ayant jamais rencontrée, il ajouta : ça ce pourrait bien.

  4. DEANNOY - 02 dit :

    J’étais un trés ami de GABRIELLE

  5. DEANNOY - 01 dit :

    Ayant été un trés grand ami de Gabrielle, j’ai pu apporter la preuve qu’elle a été assassinée pour lui faire fermer sa gueule, bie sûr je suis ouvert pour me demander des arguments.
    Bie cordialement

    Annie Girardot disait que l’on avait retrouvé deux verres sales chez elle après sa mort. Ce qui prouvait qu’elle avait eu une visite avant de se  » suicider « . Avez-vous plus d’info là-dessus ?

  6. garrido dit :

    Bien plus que le « premier pas sur la lune » qui eut lieu la même année, celle de mes 18 ans, j’en ai aujourd’hui 57, l’histoire de Gabrielle RUSSIER, m’a profondément marquée, c’est celle qui restera attachée l’idée que l’on se faisait « l’époque » de la liberté, mme celle d’être libre de mourir…

    Je ne l’oublierai pas, elle est aussi vivante dans mon esprit, bien plus vivante que tous ces héros « morts d’amour ».

    Son histoire est pour moi aussi très présente, par le film avec Annie Girardot, la chanson d’Aznavour mais aussi ses lettres. Je tenais à ce que l’une d’elle figure ici. Et je sais qu’elle est beaucoup visitée… et j’en suis heureux. J’aimerais néanmoins savoir où en sont dans leur tête tous ceux qui ont participé à ce lynchage…

  7. Juan dit :

    J’ai moi aussi beaucoup aimé Gabrielle !

    L’orage est arrivé ! Tant mieux !

    Dernière publication sur Iwazaru 言わざる : 64-143

  8. hanna - 02 dit :

    l’orage est arrivé
    et je ne suis qu’une Hanna sans H de fin
    car c’est sur le a que je commence mes rêves en finissant mon prénom
    De mon double troublant Gabrielle je découvre un autre univers
    je picore ici, je cherche à vous connaitre, je me perds, j’aime ça

  9. Juan - 1460 dit :

    Bonsoir hanna !

    Ecrivez Hanna, n’hésitez pas ! Ecrivez ici autant que vous le voulez sous chaque article si ça vous plait ou en utilisant la page : M’écrire !

    Merci de cette première visite ici et de ces compliments !

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  10. hanna - 01 dit :

    je suis touchée de voir un article sur un sujet qui me touche
    et de cette rencontre je rencontre un autre sujet qui me touche
    et ce thème m’interpelle
    marrante la vie tout de même
    je savoure, je me sens moins « toute seule ce soir du coup »
    je pourrais écrire des pages et des pages
    je lis, je découvre, je savoure
    j’attends que l’orage vienne

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