Archives pour mai 2007

31-05-2007

41) Jules Supervielle (1884-1960): Solitude

waiting...
Homme égaré dans les siècles,
Ne trouveras-tu jamais un contemporain ?
Et celui-là qui s’avance derrière de hauts cactus
Il n’a pas l’âge de ton sang qui dévale de ses montagnes,
Il ne te connaît pas les rivières où se trempe ton regard
Et comment savoir le chiffre de sa tête recéleuse ?
Ah ! Tu aurais tant aimé les hommes de ton époque
Et tenir dans tes bras un enfant rieur de ce temps-là !
Mais sur ce versant de l’Espace
Tous les visages t’échappent comme l’eau et le sable,
Tu ignores ce que connaissent même les insectes, les gouttes d’eau,
Ils trouvent incontinent à qui parler ou murmurer,
Mais à défaut d’un visage
Les étoiles comprennent ta langue
Et d’instant en instant, familières des distances,
Elles secondent ta pensée, lui fournissent des paroles,
Il suffit de prêter l’oreille lorsque se ferment les yeux.
Oh ! Je sais, je sais bien que tu aurais préféré
Etre compris par le jour que l’on nomme aujourd’hui
A cause de sa franchise et de son air ressemblant
Et par ceux-là qui se disent sur la terre tes semblables
Parce qu’ils n’ont pour s’exprimer du fond de leurs années-lumière
Que le scintillement d’un cœur
Obscur pour les autres hommes.

(Les Amis inconnus)

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31-05-2007

31 mai, sinistre

calm

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31-05-2007

L’attrait de la solitude – François Guité

Les moments passés en compagnie de mes amis sont indispensables, et souvent mémorables. Mais pour créer ou apprendre, rien ne vaut la solitude. Évidemment, je me nourris du pactole cognitif de mes proches quand les circonstances nous réunissent. Mais seulement par bribes, car la relation théorétique ne sert qu’à accentuer le rapport affectif, comme le souffle avive la flamme. Ces échanges sont un tel feu roulant que je n’en capte que quelques étincelles. Là où je suis le plus productif, c’est dans l’isolement, quand tout mon environnement immédiat m’appartient et que je peux, à ma guise, meubler le temps de lectures, de recherches et de réflexion. La raison, il me semble, préfère la solitude, tandis que le cœur brigue la compagnie. …

À propos de solitude, Jason Fried a écrit un merveilleux billet, dans lequel il fait allusion à une zone d’isolement (alone zone). Le retranchement dans cette bulle est nécessaire pour une productivité individuelle optimale. En éliminant les interruptions et le multitasking, l’esprit peut s’absorber tout entier dans les ramifications d’une tâche.

Getting in the zone takes time which is why interruption is your enemy. It’s like REM sleep — you don’t just go to REM sleep, you go to sleep first and you make you way towards REM. Any interruptions force you to start over. REM is where the real sleep magic happens. The alone time zone is where the real productivity happens.

François Guité

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31-05-2007

Le principe de solitude – Heddy Maalem

  • Un solo après un autre

Des perles de danse, déposées au creux du plateau. Autant d’attentions murmurées, de secrets confiés au creux des yeux, autant de complicités exemplaires entre chorégraphe et interprètes. Le solo considéré tel un immense champ de réconciliation heureuse.

Un solo après un autre, une façon de faire pivoter la statue de la figure humaine, d’en contempler les facettes, de la mettre en mouvement, de constater chaque fois le mystère, son épaississement. Et, comme pour le peintre, la chance des “repentirs!

Me viennent à l’esprit les dessins d’Alberto Giacometti, cet “entêtement” à reproduire sans cesse la représentation des visages jusqu’à atteindre à quelque vérité. On voit là un homme, dangereusement penché au-dessus du chaos, au risque que le réel l’engouffre. La danse opère parfois la bascule. Elle se tient devant Méduse et elle fait mouvement..

Heddy Maalem

image film

  • Programme

1/ Une rose est une rose est une rose…
Interprète: Simone Gomis
Musique: Fritz Hauser, Der pendler

2/ La Formule des hanches
Interprète : Aline Azcoaga
Musique : Karlheinz Stockhausen Klavierstück IX

3/ Un Petit Moment de faiblesse
Interprète : Aline Azcoaga
Musique : Henryk Gorecki, Symphonie n°3

4/ La Pratique de l’ombre
Interprètes: Serge Anagonou et Shush Tenin
Musique: Marin Marais , La réveuse / Le badinage

5/ Reconstruction de Vénus
Interprète: Laia Llorca Lezcano
Musique: Antonio Vivaldi, L’Inquietudine concerto en Ré
majeur / Giacinto Scelsi, Tre pezzi per saxophone soprano.


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29-05-2007

40) La Solitude – Sabine Sicaud – (1913-1928)

Solitude… Pour vous cela veut dire seul,elle est malade...
Pour moi – qui saura me comprendre ?
Cela veut dire : vert, vert dru, vivace tendre,
Vert platane, vert calycanthe, vert tilleul.

Mot vert. Silence vert. Mains vertes
De grands arbres penchés, d’arbustes fous ;
Doigts mêlés de rosiers, de lauriers, de bambous,
Pieds de cèdres âgés où se concertent
Les bêtes à Bon Dieu ; rondes alertes
De libellules sur l’eau verte…

Dans l’eau, reflets de marronniers,
D’ifs bruns, de vimes blonds, de longues menthes
Et de jeune cresson ; flaques dormantes
Et courants vifs où rament les  » meuniers  » ;
Rainettes à ressort et carpes vénérables ;
Martin-pêcheur… En mars, étoiles de pruniers,
De poiriers, de pommiers ; grappes d’érables.
En mai, la fête des ciguës,
Celle des boutons d’or : splendeur des prés.
Clochers blancs des yuccas, lances aiguës
Et tiges douces, chèvrefeuille aux brins serrés,
Vigne-vierge aux bras lourds chargés de palmes,
Et toujours, et partout, fraîche, luisante, calme,
L’invasion du lierre à petits flots lustrés
Gagnant le mur des cours, les carreaux des fenêtres,
Les toits des pavillons vainement retondus…
Lierre nouant au front du chêne, au cou du hêtre,
Ses bouquets de grains noirs comme un piège tendu
A la grive hésitante ; vert royaume
Des merles en habit – royaume qui s’étend
Ainsi que dans un parc de Florence ou de Rome
En nappes d’émeraude et cordages flottants…
Lierre de cette allée au porche de lumière
Dont les platanes séculaires, chaque été,
Font une longue cathédrale verte – lierre
De la grotte en rocaille où dorment abrités
Chaque hiver, les callas et les cactus fragiles ;
Housse, que la poussière blanche de la ville
Givre à peine les soirs de très grand vent – pour moi,
Vert obligé des vieilles pierres,
Des arbres vieux, des toits qui penchent, des vieux toits -

Un château ? Non, Madame, une gentilhommière,
Un ermitage vert qui sent les bois, le foin,
Où les bruits dé la route arrivent d’assez loin
Pour n’être plus qu’une musique en demi-teintes.
Un train sur le talus se hâte avec des plaintes,
Mais l’horizon tout rose et mauve qu’il rejoint
Transpose le voyage en couleurs de légende.
On regarde un instant vers ces trains qui s’en vont
Traînant leur barbe grise – et c’est vrai qu’ils répandent
Un peu de nostalgie au fil de l’été blond…

Mais le jazz des moineaux fait rage dans les feuilles,
Les pigeons blancs s’exaltent, le cyprès
Est la tour enchantée où des notes s’effeuillent
Autour du rossignol. Du pré,
Monte la fièvre des grillons, des sauterelles,
Toutes les herbes ont des pattes, ont des ailes -
Et l’Ane et le Cheval de la Fable sont là
Et Chantecler se joue en grand gala
Jour et nuit dans la cour où des plumes voltigent.

Au clair de l’eau, c’est l’éternel prodige
Du têtard de velours devenu crapaud d’or,
De la voix de cristal parmi les râpes neuves
D’innombrables grenouilles. Le chat dort.
Dickette-chien s’affaire – et sur leur tête pleuvent
Des pastilles de lune ou de soleil brûlant.
S’il pleut vraiment, la pluie à pleins seaux ruisselants
S’éparpille de même aux doigts verts qui l’arrêtent.

Un tilleul, des bambous. L’abri vert du poète,
Du vert, comprenez-vous ? Pour qu’aux vieilles maisons
Rien ne blesse les yeux sous leurs paupières lasses.
Douceur de l’arbre, de la mousse, du gazon…
Vous dites : Solitude ? Ah ! dans l’heure qui passe,
Est-il rien de vivant plus vivant qu’un jardin,
De plus mystérieux, parfumé, dru, tenace,
Et peuplé – si peuplé qu’il arrive soudain
Qu’on y discourt avec mille petits génies
Sortis l’on ne sait d’où, comme chez Aladin.

Un mot vert… Qui dira la fraîcheur infinie
D’un mot couleur de sève et de source et de l’air
Qui baigne une maison depuis toujours la vôtre,
Un mot désert peut-être et desséché pour d’autres,
Mais pour soi, familier, si proche, tendre, vert
Comme un îlot, un cher îlot dans l’univers

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29-05-2007

La Pluie jaune, de Julio Llamazares

Dans la rue, le brouillard s’accrochait aux murs et l’humidité glacée du givre rendait invisible toute empreinte récente. Un silence immense occupait le village entier, il introduisait sa grande langue sale dans la pénombre des maisons, fourrageant dans la rouille de l’oubli et la poussière accumulée par les ans. Je fermai sans bruit la porte derrière moi. Je cherchai dans la poche de mon pantalon le contact familier du couteau et, contrôlant ma respiration et les battements de mon cœur pour que de loin ils ne puissent pas me trahir, je me mis à marcher sur le chemin que Sabina suivait chaque nuit en solitaire. Lentement, mes sens se portant au-delà du brouillard et m’enfonçant dans la neige à chaque pas, je parcourus peu à peu tout le village sans trouver trace de son passage. Je regardai sous chaque porche, au détour de chaque rue, derrière chaque mur. Je fouillai Ainielle partout, rue après rue et maison après maison. En vain. On aurait dit que la neige et le silence l’avaient ensevelie, que sa figure émaciée s’était diluée à jamais dans le brouillard. Je jetai encore, malgré tout, un dernier coup d’œil aux ruines de l’église et j’étais sur le point de rentrer quand brusquement je me rendis compte qu’il y avait encore un endroit où je ne l’avais pas cherchée.
     
     De loin, ombre parmi les ombres que dessinait le brouillard, j’aperçus d’abord la chienne couchée sur le chemin. Lovée dans la neige, sous la protection douteuse des peupliers sans feuilles, elle ressemblait à un animal noyé et abandonné là par la fureur de la rivière. Je traversai le pont et pressai le pas, je l’appelai à voix basse en m’approchant. Mais, quand elle me vit, au lieu de courir vers moi comme d’habitude, elle se releva sur place et recula lentement vers la porte du moulin sans cesser de me regarder un seul instant. Je me demandai si, par là, elle essayait de me guider ou si, au contraire, elle voulait me barrer le passage. Mais à ses yeux – et à l’étrange attitude menaçante que d’emblée elle avait adoptée (et qui me rappela sa solitude remplie de crainte tandis qu’elle surveillait le sanglier dans la nuit et la neige) – , je compris immédiatement ce qui m’attendait derrière elle et derrière la porte du moulin. Sans réfléchir un instant, je courus l’ouvrir d’un coup de pied : Sabina était là, elle se balançait, pendue comme un sac dans la vieille machinerie, les yeux immensément ouverts, et le cou brisé par la corde avec laquelle, quelques nuits auparavant, j’avais pendu le sanglier sous le porche de la maison.

L’histoire : Cet homme, le narrateur, est le dernier habitant d’un village isolé des Pyrénées, Ainielle, près de Huesca, en Aragon. Village déserté, mort déjà ; ultime respiration humaine qui, elle aussi, va bientôt s’éteindre. À la faible lumière de ses derniers moments, il se remémore l’agonie du village déserté, qui se confond avec sa propre agonie, son propre abandon. Il se souvient de la disparition ou de la mort de ses proches : celle de sa femme d’abord, Sabina, dernière compagne humaine de sa solitude, qui s’est pendue. Puis il remonte le temps : le départ d’Andrés, le deuxième fils ; la mort du premier, Camilo, jamais revenu de la guerre, et celle de Sara, sa fille, en « ce jour lointain où sa respiration fébrile et douloureuse s’arrêta pour toujours ».

Construit exclusivement autour de la conscience et de la voix d’un seul personnage, La Pluie jaune est d’abord le roman de la solitude, du délaissement humain. Solitude et délaissement dont les causes, d’ailleurs, ne sont nullement mystérieuses, sont même repérables, historiquement et géographiquement.

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28-05-2007

De l’ami, de Friedrich Nietzsch

Un seul est toujours de trop autour de moi, » – ainsi pense le solitaire. « Toujours une fois un – cela finit par faire deux! »

Je et Moi sont toujours en conversation trop assidue : comment supporterait-on cela s’il n’y avait pas un ami?

Pour le solitaire, l’ami est toujours le troisième: le troisième est le liège qui empêche le colloque des deux autres de s’abîmer dans les profondeurs.

Hélas! il y a trop de profondeurs pour tous les solitaires. C’est pourquoi ils aspirent à un ami et à la hauteur d’un ami.

Notre foi en les autres découvre l’objet de notre foi en nous-mêmes. Notre désir d’un ami révèle notre pensée.

L’amour ne sert souvent qu’à passer sur l’envie. Souvent l’on attaque et l’on se fait des ennemis pour cacher que l’on est soi-même attaquable.

« Sois au moins mon ennemi! » – ainsi parle le respect véritable, celui qui n’ose pas solliciter l’amitié.

Si l’on veut avoir un ami il faut aussi vouloir faire la guerre pour lui: et pour la guerre, il faut pouvoir être ennemi.

Il faut honorer l’ennemi dans l’ami. Peux-tu t’approcher de ton ami, sans passer à son bord?

En son ami on doit voir son meilleur ennemi. C’est quand tu luttes contre lui que tu dois être le plus près de son coeur.

Tu ne veux pas dissimuler devant ton ami? Tu veux faire honneur à ton ami en te donnant tel que tu es? Mais c’est pourquoi il t’envoie au diable!

Qui ne sait se dissimuler révolte: voilà pourquoi il faut craindre la nudité! Certes, si vous étiez des dieux vous pourriez avoir honte de vos vêtements!

Tu ne saurais assez bien t’habiller pour ton ami: car tu dois lui être une flèche et un désir du Surhumain.

As-tu déjà vu dormir ton ami, – pour que tu apprennes à connaître son aspect? Quel est donc le visage de ton ami? C’est ton propre visage dans un miroir grossier et imparfait.

As-tu déjà vu dormir ton ami? Ne t’es-tu pas effrayé de l’air qu’il avait? Oh! mon ami, l’homme est quelque chose qui doit être surmonté.

L’ami doit être passé maître dans la divination et dans le silence: tu ne dois pas vouloir tout voir. Ton rêve doit te révéler ce que fait ton ami quand il est éveillé.

Il faut que ta pitiié soit une divination: afin que tu saches d’abord si ton ami veut de la pitié. Peut-être aime-t-il en toi le visage fier et le regard de l’éternité.

Il faut que la compassion avec l’ami se cache sous une rude enveloppe, et que tu y laisses une dent. Ainsi ta compassion sera pleine de finesses et de douceurs.

Es-tu pour ton ami air pur et solitude, pain et médicament? Il y en a qui ne peuvent pas se libérer de leur propre chaîne, et pourtant, pour leurs amis, ils sont des sauveurs.

Si tu es un esclave tu ne peux pas être un ami. Si tu es un tyran tu ne peux pas avoir d’amis.

Pendant trop longtemps un esclave et un tyran étaient cachés dans la femme. C’est pourquoi la femme n’est pas encore capable d’amitié: elle ne connaît que l’amour.

Dans l’amour de la femme il y a de l’injustice et de l’aveuglement à l’égard de tout ce qu’elle n’aime pas. Et même dans l’amour conscient de la femme il y a toujours, à côté de la lumière, la surprise, l’éclair et la nuit.

La femme n’est pas encore capable d’amitié. Des chattes, voilà ce que sont toujours les femmes, des chattes et des oiseaux. Ou, quand cela va bien, des vaches.

La femme n’est pas encore capable d’amitié. Mais, dites-moi, vous autres hommes, lequel d’entre vous est donc capable d’amitié?

Malédiction sur votre pauvreté et votre avarice de l’âme, ô hommes! Ce que vous donnez à vos amis, je veux le donner même à mes ennemis, sans en devenir plus pauvre.

Il y a de la camaraderie: qu’il y ait de l’amitié!

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28-05-2007

La solitude de Christine.

Lorsque vendredi son fils rentre à la maison il trouve un petit mot :  » Je suis parti avec un ami. «  Intrigué, parce qu’il sait que sa mère est seule il la cherche. Elle est dans son lit.

Cédric appelle sa copine, Julie,  ma collègue. Elle arrive et il s’avère que Christine a fait une tentative de suicide. Veuve depuis trois ans, elle a laissé un autre mot à sa fille : « Je n’en peux plus !« . Elle a cinquante ans.

Le plus triste dans tout cela c’est que ses enfants ne savent pas gérer la situation, encore moins aider cette femme et qu’ils culpabilisent. Son fils ayant l’air d’avoir trouvé la femme de sa vie,  elle a mit à exécution un projet décidé de longue date. Mais eux pensent qu’elle jalousait Julie. 

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27-05-2007

27 mai, travail de nuit.

Le sommeil à nouveau m’a abandonné. 

Mais pour me rassurer je me répète cette pensée de Henri IV : Les grands mangeurs et les grands dormeurs sont incapables de quelques chose de grand.

Comme c’est utile un blog dans ces moments-là. On peut y travailler.  

Et oui j’ai changé le thème. Mais l’expérience venant celui-ci me convient mieux parce que je peux le personnaliser.

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27-05-2007

39) Se pourrait-il ? – Valérie Catty

Se pourrait-ilcatty.jpg
que de ton regard
Jaillisse l’étincelle
Ce petit bout de toi
Qui m’offrirait l’envie ?
Je voudrais tant renaître
Dans ton miroir
Même aride, même flou
Juste un reflet, une lueur
Où déverser mes pleurs
Mais je ne suis que désert.

Se pourrait-il que de tes mains
Jaillisse l’écho même lointain ?
Une oasis,
Une ligne de vie enfin
Où déposer mon chagrin ?
Mais tu m’as donné le glaive
Et je ne suis que douleur.
Donne-moi la main
Et cheminons ensemble
Pour y trouver l’espoir
Même fragile, même fugace.
Me rassurerait.
Offre-moi la caresse
Celle qui saura taire mes angoisses
Et mon silence
Nimbé de solitude.
Offre moi les promesses
Pour que je puisse devenir.
Je ne suis que ton ombre
Et je meurs tout bas.
Je voudrais tant
Que tu éteignes les ombres
Si bleues, qu’elles me font mal.
J’entends gémir la poussière
Dans le creux de la vague.
J’espère et j’implore
En vain
Pour que tu m’offres l’espace
Ta chaleur, et le souffle qui me manque.
Manque, solitude, désir, absence :
Polyphonies de maux,
Gémissement vers les profondeurs
Et l’abîme.
Laisse-moi vivre au creux de ton âme
Juste un creux où me reposer,
Où vivre enfin.
Offre-moi ton amour,
Donne moi l’espérance
Du jour à naître.
Je m’épuise à rechercher
Un souffle qui n’existe pas,
Je voudrais me noyer
A l’aube de tes lèvres
Pour y puiser l’eau salée,
Ou juste une trêve
Même infime, même latente.
Berce-moi de tendresse,
Etreins-moi de baisers.
Laisse moi simplement t’aimer.

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27-05-2007

27 mai

 la nuit violette

Questions :

Est-ce que l’on doit écrire dans son blog uniquement pour ceux qui laissent des commentaires ?

Ou est-ce que l’on doit adapter ses écrits jusqu’à ce que de nouveaux lecteurs répondent de façon à avoir le maximum d’échange d’idées ?

L’objectif est-il d’établir le contact avec un maximum de gens ou bien de dire ce qui nous plait sans tenir compte de rien ?

 

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26-05-2007

26 mai : mes commentaires.

*       *       * 

Petit bonjour…. pasdevelours…

Comment vas-tu ?

Tu crois vraiment que l’amour s’étiole quand on connait bien l’autre ? On peut aussi découvrir de vrais trésors !

Qu’est-ce que tu écris la nuit, puisque finalement tu mets très peu de chose dans ton blog ? Où va toute cette production ?

J’ai l’impression que ton blog est caché…

Tu ne mets jamais de photos pourquoi ?

*       *       *

Benoit Je ne savais pas que tu faisais partie du Mouvement de Libération des Nains de Jardin et que tu allais jusqu’à assister à leur congrès ? De quoi débattiez-vous ? Ils ont l’air très intéréssés ! Du danger des tondeuses à gazon ou des débroussailleuses ?

*       *       *

Conseil….. ptibout

Les disputes dans un couple laissent d’infimes petites failles qui grandissent, grandissent, grandissent… Ne jamais se disputer ! Jamais ! Parler !

26 mai : mes commentaires. dans Ce blog ! Le_soleil_sur_tes_levres_by_daaram

Jalousie… ptibout

Mais où trouves-tu ces photos ? T’as une caverne d’Ali Baba ?

*       *       *

Comment vas-tu Ly ?

*       *       *

Valérie. N’abandonne pas ! Organise toi differement mais n’abandonne pas.

J’ignore comme tu travailles mais moi j’ai en permanance un carnet dans une poche. Il est plié, usé, corné mais j’y note toute idée qui arrive immédiatement et n’importe où. Je ramène cette mane le soir et je l’utilse.

*       *       * 

 

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26-05-2007

?

? dans Photos

Öl auf Leinwand (70 x 124 cm) 

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25-05-2007

Cri de solitude, de Véronique

La journée au bureau terminée, après de longues embrassades avec les collègues, elle préférera rentrer à pied, et profiter de la foule qui se presse, comme chaque soir… les uns ayant oubliés d’acheter du pain, d’autres s’offrant un dernier verre, ou d’autres encore se louant un film, achetant des cigarettes, des magazines, quelques courses de dernières minutes… Et malgré le froid hivernal, elle lézardera comme souvent chaque soir, absorbant ici et là les paroles, les rires, de ceux qu’elle croise, puisant dans chaque regard un peu de chaleur, de gaieté… Elle s’étonnera d’être arriver devant la porte de l’immeuble, encore une fois beaucoup trop vite. Elle ne prendra pas l’ascenseur, espérant par la même, croiser un voisin, dans les escaliers, ou les couloirs des étages. Un tour de clé, dans une porte au cinquième étage, et elle pénètre une fois de plus, dans un appartement en location, laissant la porte se refermer sur le silence, un silence installé depuis deux ans, maintenant… Un silence mortel…

Dehors la nuit est tombée, sur les retardataires, les foyers sont animés, elle peut deviner, en s’approchant de la baie vitrée de son salon, ce qui se passent dans les appartements voisins, tous éclairés… Un papa, jetant sa veste, et accueilli par des cris d’enfants, et des bisous… une jeune femme, élevant la voie sur un compagnon déjà installé devant la télé… un équipe de copains, bières à la main, criant devant un écran géant, sur lequel un match de foot est retransmis… une maman, intransigeante, s’activant en cuisine, tout en surveillant les devoirs de ses enfants, peu enclin à l’écouter, parce qu’ils tombent de fatigue… De l’autre côté de son appartement, elle peut deviner l’amour, la joie, les rires, les pleures… la vie… Elle flânera, n’allumera que l’écran de la télé, pour s’éclairer, fumera une cigarette, puis emmitouflée dans un peignoir, se jettera sur le sofa, avec un café, en guise de repas. Elle zappera d’une chaîne à l’autre… Elle se morfond, décidément, il n’y a rien à faire… Elle finira par s’attarder sur un film d’amour, la nostalgie l’envahira, elle versera même quelques larmes, qu’elle essuiera de ses mains. Ses mains, qu’elle regarde, et qui ne connaissent plus de frissons, assise sur le sofa, les souvenirs se raniment… Elle se souvient de la chaleur d’une caresse, de la douceur d’un baiser, du sexe, de l’amour… Alors d’autres larmes couleront, seule au milieu, d’un appartement désespérément vide, elle finira par aller se coucher, espérant que dans la nuit, sa tristesse s’évanouira…Pendant que d’autres derrière des fenêtres encore éclairées, font la fête, ou regardent enlacer tendrement la télé… que d’autres donnent un biberon au dernier né, ou cajolent racontent des histoires aux petits, ou que d’autres encore font l’amour… Elle… elle a peine à s’endormir, le cœur serré, elle ne fait que ressasser depuis des années, elle qui n’avait rien vu venir, elle essaie de comprendre pourquoi brutalement, il l’a abandonnée, pourquoi un soir, il n’est pas rentré…Les années de galères, partagée entre colère et rancœur, elle a élevé seul ses deux enfants, aujourd’hui, partis eux aussi… Depuis la monotonie a pris place dans sa vie, elle déteste ce silence, qu’elle trouve finalement horriblement assourdissant…

Si seulement, elle pouvait sans que sa bonne conscience ne vienne gérer sa vie, et ses envies, s’offrir, comme l’aurait fait un homme, un intermède chaleureux, un intermède pas forcement amoureux, mais bon pour la tête et l’esprit… Pour ne pas être seule, un soir, elle voudrait se vautrer sous les draps, aux côtés d’un homme, elle voudrait se délecter d’un moment de bonheur, en compagnie d’un amant, même d’un soir… Mais il y a des légèretés que les mœurs n’ont pas encore acceptées, alors cette nuit encore, elle refreinera ses envies, seule au fond de son lit… Il manque pourtant à sa peau, à ses seins, son ventre, la tendre caresse d’une main chaude… il manque à sa bouche, la saveur d’un baiser longuement langoureux… il manque à son sexe, la venue d’un ôte viril, avec qui elle partagerait en cadence et douceur, une nuit d’amour, d’extase, une nuit de plaisir…

Elle voudrait crever sa solitude, en s’offrant ce que certains appelleront, le premier venu, et alors… D’avoir attendue que les enfants grandissent, pour ne pas leur faire de peine, peut-être, ou tout simplement par peur, elle n’a plus connu le plaisir de rencontrer quelqu’un, de découvrir un corps, de se découvrir aussi…alors, elle ne sait plus, si elle peut encore séduire, ou sourire, elle a peur de ne plus savoir comment on fait, ce qui, elle l’avoue, lui manque le plus… l’amour…Il manque à sa tête cette complicité entre deux êtres qui se cherchent, qui se séduisent, et qui se donnent l’un à l’autre sans compter, juste pour le plaisir… Parce qu’elle n’était qu’une épouse, qu’une mère, pendant des années, elle a envi, aujourd’hui, de devenir une amante et dans les bras d’un autre homme, de laisser s’envoler par la fenêtre, un soir quand elle osera, sa solitude, dont elle veut tant se débarrasser…

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25-05-2007

9) Francine Raymond : Solitude

raymondfrancine.jpgS’il est vrai que la nuit pardonne et change l’avenir à force de désir
J’aurais dû rêver plus souvent
Enfant joue sous l’arbre qui penche sans crainte le vent ni compter le temps
J’aurais dû lui parler bien avant

Oh le vent du nord a soufflé sans espoir
Et je suis restée seule dans l’ombre

Oh la solitude
Une flamme qui danse dans un coin noir
Oh cette habitude
D’aimer sans jamais y croire

Si je sais le bonheur fragile comme la peau d’un fruit que la vie meurtrit
Je devrais y mordre bien plus souvent
Si malgré mes mots maladroits mon geste d’amour se rend jusqu’à toi
J’aurais dû t’écrire bien avant

Oh refusant de me voir dans le miroir
Je suis restée seule dans l’ombre

Oh la solitude
Une flamme qui danse dans un coin noir
Oh la certitude
D’aimer à m’aimer d’abord

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23-05-2007

Le Solitaire, de l’empereur Wou des Leang (464-569, Japon)

070523detresse.jpg

Vois les arbres qui poussent sur la butte :
Ils ont chacun leur cœur particulier.
Vois les oiseaux qui chantent dans le bois :
Ils ont chacun leur propre mélodie.
Vois les poissons qui nagent dans le fleuve :
Celui-ci flotte et l’autre plonge.
Vertigineuse est la hauteur des monts,
Insondable la profondeur des eaux !
L’apparence des choses est facile à voir ;
Mais leur principe est d’une quête ardue.

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21-05-2007

21 mai

Le sondage n’interesse personne. Il totalise 15 réponses pour 22 000 visites. A moins que je n’aie pas posé les bonnes questions.

Ce matin, j’ai mis en place un petit moteur de recherche. Il ne va qu’a l’article, pas à la ligne.

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21-05-2007

Yamaguchi Sodô (1642-1716)

 

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Sous la lune brillante
Je rentre chez moi en compagnie,
De mon ombre.

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20-05-2007

15 mai 1969, de Gabrielle Russier (1937-1969)

15 mai 1969, de Gabrielle Russier (1937-1969) dans Paroles de solitaires h_9_ill_795984_app1999122362143

Albert,

Je t’écris sans même savoir si tu recevras mes lettres. Depuis hier je suis seule en cellule, tu ne peux pas savoir comme je suis mieux. La fille qui est partie, que je remplace, a laissé des petits objets, sans savoir qui viendrait, des riens, des boites de couleurs, un bouquet de buis, un peu de lessive dans un pot. Des riens, mais c’est la première fois que je vois une solidarité vraie entre détenues – vraie et gratuite. Et puis rien = tout, ici. Depuis que je suis en bas je vois moins le ciel, mais je suis tellement plus libre, que le petit morceau de nuage qui passe a une densité merveilleuse. Le soir toutes, dehors, elle se parlent, je suis seule avec vous tous, et je suis sûre que Mozart n’est pas triste, que tu l’écoutes pour moi et qu’il n’est pas triste.

Christian Rossi :

« Les (deux ans) de souvenirs qu’elle m’a laissés, elle me les a laissés à moi, je n’ai pas à les raconter. Je les sens. Je les ai vécus, moi seul. Le reste, les gens le savent : c’est une femme qui s’appelait Gabrielle Russier. On s’aimait, on l’a mise en prison, elle s’est tuée. C’est simple. »

 

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19-05-2007

38) El Desdichado – Gérard de Nerval – 1853

Je suis le Ténébreux, – le Veuf, – l’Inconsolé,
Le Prince d’Aquitaine à la Tour abolie :
Ma seule Etoile est morte, – et mon luth constellé

Porte le Soleil noir de la Mélancolie.

Dans la nuit du Tombeau, Toi qui m’as consolé,
Rends-moi le Pausilippe et la mer d’Italie,

La fleur qui plaisait tant à mon cœur désolé,
Et la treille où le Pampre à la Rose s’allie.

Suis-je Amour ou Phébus ?… Lusignan ou Biron ?
Mon front est rouge encor du baiser de la Reine ;
J’ai rêvé dans la Grotte où nage la sirène…

Et j’ai deux fois vainqueur traversé l’Achéron :
Modulant tour à tour sur la lyre d’Orphée

Les soupirs de la Sainte et les cris de la Fée

Pour moi, le plus beau poème de la langue française.

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18-05-2007

8) Jean-Louis Aubert : Solitude

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On est né on a grandi ensemble
Dans les jardins d’une sous-préfecture
Et c’est toi que j’allais voir
Quand les grands racontaient des histoires

Combien de fois je t’ai quitté
Sans compter te retrouver
Petite prison bien ajustée
Gant idéal au goût fatal

Oh ma chère solitude
Faut pas qu’tu d’viennes une habitude
J’ai besoin d’ ta sollicitude

Condition de la prison
Condition de la liberté
Et plus intime des intimes
Rocher persan, tapis volant

Ma schizophrène faut que j’te freine
J’aime trop les autres
et j’aime quelqu’un
J’ai peur de t’perdre peur de t’garder
Peur de ne pas être celui qui va décider

Oh ma chère solitude
Faut pas qu’tu d’viennes une habitude
Je ne te cache pas mon inquiétude
Oh amère solitude
A qui la faute si tu éludes
Les problèmes de la multitude

Ma lumière noire, t’es un peu rude
Ma lumière noire, t’es un peu rude
Yeah yeah
Ouh ouh ouh
Yeah t’es un peu rude

Je sais qu’ lors du dernier voyage
Tu seras la seule à côté de moi
J’t'aurais aimé comme j’aime la vie
J’n'aurais aimé qu’en compagnie

De ma chère solitude
A qui la faute si tu éludes
Le problème de la multitude
Des solitudes

Le Jean-Louis Aubert que tu connais moins bien, c’est celui de « Solitude » ?

- Disons que ce morceau n’est pas une description de moi, mais davantage celle d’un chemin intérieur qui se perpétue. Ce n’est certainement pas l’ultime regard sur mon monde interne, il y a probablement encore quelque chose de plus profond. Au moins, il y a un grand écart entre l’enfance, l’adolescence et le monde adulte, et j’ai déjà ce signe de quelque chose qui dure et qui continue dans ma vie. C’est sûrement incomplet.

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17-05-2007

Fujimara no Ariie (1153-1216)

Je ne t’oublierai pas !
M’avait-elle assuré
En me disant adieu, pourtant
Depuis cette année-là, seule la lune
suivant son cours, est revenue.

(Shin Kok)

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17-05-2007

37) Forteresse – Brice Homs

L’amour est une forteresse
Dont les murs sont faits de promesses
C’est là que dorment les amants
Cachés de tout, cachés du temps

Et quand leurs lèvres se rejoignent
C’est tout l’univers qui s’éloigne
Autour le silence est parfait
Comme un instant d’éternité

Tourne le… Tourne le… Tourne le temps
Tout autour des amants

L’amour est une forteresse
Dont les murs sont faits de tendresse
Aussi fin qu’un papier de soie
Mais qui ne se déchire pas

La peau et la peau qui se touche
Les mots qui naissent sur la bouche
Disent tout bas comme un secret
Qu’on peut tout prendre et tout donner

Tourne le… Tourne le… Tourne le temps
Tout autour des amants

L’amour est une forteresse
Qu’il faut réinventer sans cesse
Pour qui oublie de la rêver
Elle disparaît à tout jamais

Si devant vous des amants passent
Quoi qu’ils se disent ou quoi qu’ils fassent
Ne vous posez pas de questions
L’amour a toujours ses raisons

Tourne le temps
Tout autour des amant

 

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16-05-2007

36) André Chénier – (1762-1794)

Fernando Gualtieri

Ah ! portons dans les bois ma triste inquiétude.
Ô Camille ! l’amour aime la solitude.
Ce qui n’est point Camille est un ennui pour moi.
Là, seul, celui qui t’aime est encore avec toi.
Que dis-je ? Ah ! seul et loin d’une ingrate chérie,
Mon cœur sait se tromper. L’espoir, la rêverie,
La belle illusion la rendent à mes feux,
Mais sensible, mais tendre, et comme je la veux
De ses refus d’apprêt oubliant l’artifice,
Indulgente à l’amour, sans fierté, sans caprice,
De son sexe cruel n’ayant que les appas.
Je la feins quelquefois attachée à mes pas ;
Je l’égare et l’entraîne en des routes secrètes ;
Absente, je la tiens en des grottes muettes…
Mais présente, à ses pieds m’attendent les rigueurs,
Et, pour des songes vains, de réelles douleurs.
Camille est un besoin dont rien ne me soulage ;
Rien à mes yeux n’est beau que de sa seule image.
Près d’elle, tout, comme elle, est touchant, gracieux ;
Tout est aimable et doux, et moins doux que ses yeux ;
Sur l’herbe, sur la soie, au village, à la ville,
Partout, reine ou bergère, elle est toujours
Camille, Et moi toujours l’amant trop prompt à s’enflammer,
Qu’elle outrage, qui l’aime, et veut toujours l’aimer.

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16-05-2007

Sexe, amitié… et questions philosophiques !, par Françoise

Avec un ami grec, nous parlions un jour de la différence entre amitié, intimité, sexualité, complicité, connivence. Souvent, je suis davantage comblée par l’intimité que par le plaisir (par intimité, j’entends cette impression, avec de très rares personnes, d’être là où je dois être, comme une éblouissante évidence qui n’a pas besoin de mots pour se définir). Le désir me transporte mais peut aussi être douloureux. Les amis sont indispensables, mais la solitude, si décriée, donne aussi une grande sérénité (notamment en regardant la mer dans une odeur d’Hélichryse italienne, cette fleur si odorante des rivages méditerranéens). Dans l’écriture aussi, je trouve la plénitude.

Je crois de plus en plus que ce n’est pas une personne ou un modèle de vie qui peuvent combler, mais plusieurs, vu la diversité et la complexité de nos personnalités, de nos existences. Les schémas affectifs sont là pour rassurer, mais la réalité de l’affectif, elle, n’est pas rassurante pour deux sous : c’est d’ailleurs ce qui en fait la richesse, la souffrance et aussi les joies.

Blog : Blog de Françoise Simpère

Mon avis : Là il y a matière à débat. J’aimerais bien que François me fasse un texte sur la solitude.

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14-05-2007

Françoise Dolto : Solitude

Françoise Dolto : Solitude dans Textes

Qui dira la solitude des amants emmurés dans l’incommunicabilité de leurs corps opaques après l’étreinte qui les apaise et leur donne l’éphémère certitude d’être totalement accordés à eux-mêmes et au monde.
Qui dira la solitude d’une mère devant le sommeil de son enfant dont le jeune destin réserve son inconnu, le corps, le regard, le parler, les jeux, le mystère d’un penser qui s’incarne et qui lui reste impénétrable ; la solitude du père face à la confiance aveugle de l’enfant dans la femme, des parents regardant leurs enfants, autrefois promesses qui au jour le jour font place à des réalités imprévues, et la réponse toujours autre qu’attendue aux questions que les géniteurs posent, pour trouver des réponses qui les sécuriseraient, à leur descendance distraite, confiante en son avenir ou n’y pensant pas, ignorant ce qu’il en est de leurs parents qui vieillissent, la solitude des jours sans nouvelles de ceux qui ont quitté leur toit.

Qui dira dans les plus joyeuses fêtes, la solitude de ceux qui aiment sans être aimés, de celles que désirent ceux qu’elles ne désirent pas.
Qui dira la solitude des compagnons de tous les jours au travail, dans les villes, inconnus de leurs voisins, où rien de la douleur secrète éprouvée au foyer ne peut se dire, la solitude du riche, du possédant toujours envié, la solitude du pauvre honteux de désirer sans n’avoir rien à offrir, la solitude de l’enfant qu’on prend pour un jouet, de celui dont les parents ne se désirent pas, ne s’aiment pas ou se haïssent, la solitude de l’infirme, la solitude du malade en guerre impuissante avec son corps qui le trahit, la solitude des vieux de qui plus personne n’a besoin, la solitude où l’homme perd confiance en lui-même et dans tous les autres, qui ôte jusqu’à l’espoir, jusqu’au sentiment même de la solitude – le dément. Le Livre de Poche p. 427

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14-05-2007

Françoise Dolto : Solitude

070514dolto.jpgLa solitude m’a toujours accompagnée, de près ou de loin, comme elle accompagne tous ceux qui, seuls, tentent de voir et d’entendre, là où d’aucuns ne font que regarder et écouter. Amie inestimable, ennemie mortelle – solitude qui ressource, solitude qui détruit, elle nous pousse à atteindre et à dépasser nos limites. » Placé sous le signe de l’Adagio du Quintette opus 163 de Schubert, Solitude est une variation sur ce thème majeur de l’œuvre de Françoise Dolto. Deux fils tressent, en se croisant, ce texte : d’une part, des monologues de l’auteur sur la solitude datant de 1975 ; d’autre part, une conversation libre à plusieurs voix concertantes avec son entourage, alors qu’en 1985 elle s’est retirée à La Soledad, la maison familiale d’Antibes, après la disparition de Boris Dolto. La solitude caractérise le petit humain dès la naissance et le place dès lors dans une dépendance radicale à Autrui. Se référant constamment à ses rencontres cliniques et aux faits de sa vie privée, Françoise Dolto déploie une grande fresque de l’histoire du sujet, de l’origine à la fin. La plupart des grands thèmes de sonœuvre y sont présents, avec des variations sensibles de ton et de temps, car ce livre polyphonique traverse plus de vingt ans de sa recherche. Edition présentée par Gérard Guillerault, Elisabeth Kouki, Colette Manier et Alain Vanier, et augmentée de trois textes inédits : « Introduction à la conférence« , « Une soirée avec Françoise Dolto sur la solitude« , « Kaspar Hauser, le séquestré au cœur pur« .

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14-05-2007

35) Louis Aragon – Les mains d’Elsa

Donne-moi tes mains pour l’inquiétude
Donne-moi tes mains dont j’ai tant rêvé
Dont j’ai tant rêvé dans ma solitude
Donne-moi te mains que je sois sauvé

Lorsque je les prends à mon pauvre piège
De paume et de peur de hâte et d’émoi
Lorsque je les prends comme une eau de neige
Qui fond de partout dans mes main à moi

Sauras-tu jamais ce qui me traverse
Ce qui me bouleverse et qui m’envahit
Sauras-tu jamais ce qui me transperce
Ce que j’ai trahi quand j’ai tresailli

Ce que dit ainsi le profond langage
Ce parler muet de sens animaux
Sans bouche et sans yeux miroir sans image
Ce frémir d’aimer qui n’a pas de mots

Sauras-tu jamais ce que les doigts pensent
D’une proie entre eux un instant tenue
Sauras-tu jamais ce que leur silence
Un éclair aura connu d’inconnu

Donne-moi tes mains que mon cœur s’y forme
S’y taise le monde au moins un moment
Donne-moi tes mains que mon âme y dorme
Que mon âme y dorme éternellement.

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14-05-2007

Elsa Triolet (1896-1970)

58162triolet.jpgJ’ai l’habitude d’être seule, je ne suis pas plus seule sous la terre que je ne l’ai été sur la terre. J’ai connu toutes les variétés de la solitude : la solitude choisie, et la solitude forcée, celle d’entre les quatre murs, et celle dans la foule, celle de l’abandon et celle de la fuite. Et ce n’est pas tout : solitude de la pensée, de la foi, par cécité et par surdité des autres, ou de moi-même. La solitude de la clairvoyance, de l’exception, la solitude de l’amour… » (dont l’écho revient en 1965, dans une lettre à Aragon, d’une sévérité amère qui va déclencher l’écriture de « Blanche ou l’oubli » comme une immense réponse désespérée… « La solitude n’est pas le grand thème de mes livres, elle l’est, de ma vie »)

(Le Cheval Roux)

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14-05-2007

Philippe Seguy / Sylvie Devilette : Solitude

S’y faire certes, puisque le choix n’existe pratiquement pas !!

A l’heure lucide et dangereuse des constats, des interrogations et des doutes, à l’heure où la lumière crue se tamise progressivement, où l’ombre s’épaissit comme un brouillard, on prend doucement conscience qu’un fantôme est entré dans la pièce, il a monté l’escalier, caressé le lit froissé, frôlé le cendrier plein, fixé longuement le téléphone muet et pris finalement possession du miroir.

Il ne nous offre pas grand chose, si ce n’est une certitude, la certitude que l’on est seule et pour longtemps.

Peut-être pour toujours, délire vague, sentiments poisseux, où l’on va jusqu’à faire l’exacte mesure de l’écho de ses propres pas. On reconnait alors tous ces sons secrets-apprivoisés par la très longue pratique qu’ils supposent, que la petite musique de la solitude nous procure, dont l’oreille est assez fine pour les recueillir avec déférence. C’est avant tout de cela que nous nourrissons notre esprit, que nous bâtissons peu à peu une œuvre qui prend des allures de sanctuaire.

070927sol01.jpgNous la traitons (la solitude) en compagne fidèle, en amie exigeante, un peu sévère. Comme le petit serpent dont les anneaux noueux serrent la gorge et blessent le ventre, comme le brin d’herbe, qui se tord sous la force du ruisseau, un sentiment doux amer emplit la bouche. Il glisse le long des veines, s’insinue dans les tempes et procure le frisson, prémices à la fièvre qui fait que l’on recherche le plaid ou la couverture de l’enfance, celle à grands carreaux qui tenait si chaud…

Le refuge enfin où pelotonnée en chat, la pointe des genoux au menton, on attend l’aube, le regard grand ouvert, l’esprit en éveil, sensible au moindre bruit, au moindre frémissement de la nature complice.

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14-05-2007

Philippe Seguy / Sylvie Devilette : Solitude

La solitude sait aussi être une alliée. Elle procure le nécessaire recul, la force pour analyser sa vie avec clairvoyance. On fait grâce à sa mesure, l’exacte part des choses.
Même si l’on regarde s’éloigner parfois le visage des gens aimés dont les traits et la voix s’estompent peu à peu dans le souvenir pour ne plus être que le battement murmuré d’un cœur.
Si la solitude est divine, c’est parce que son exigence est terrible ; son culte suppose une force que lui dicte le plus pur des silences loin du tumulte et des bruits. Certains portent la solitude comme d’autres portent malheur.
Car bien connaitre la solitude est un privilège…la solitude s’installe à demeure, fait sienne l’odeur de son parfum, revendique le droit de ne l’avoir qu’à elle.
La solitude raffermit la main qui écrit, force en un combat sans merci, souvent violent, l’esprit à coucher sur le papier les mots qui délivrent, et l’écriture devient alors pour nous l’héritage de ce que la solitude nous dicte.
(Solitude, Ed. J.P Tallandier)
Ecrire c’est s’avouer des choses. »

 

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13-05-2007

Bienvenue, calligraphie d’Yves Harrand

Je ne suis ni dieu ni démon,
Et tu m’as nommé par mon nom
Quand tu m’as appelé ton frère;
Où tu vas, j’y serai toujours,
Jusques au dernier de tes jours,
Où j’irai m’asseoir sur ta pierre.
Le ciel m’a confié ton cœur.
Quand tu seras dans la douleur,
Viens à moi sans inquiétude.
Je te suivrai sur le chemin;
Mais je ne puis toucher ta main,
Ami, je suis la Solitude.

Alfred de Musset – La Nuit de décembre

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13-05-2007

Solitude, de Benoit.

Personne autour de moi. Ancien refrain tant seriné. Mais cette après midi, c’est particulièrement vrai.
Personne dans le bureau, le silence d’un été doux, une légère brise, la pénombre des murs, dehors le chant des oiseaux, étouffé.
La solitude construit de douces variations, ce week-end, perdu au milieu de médecins que je ne connais pas, sur une île excentrée, je rêvasserai à plus tard en serrant des mains anonymes.
Cette solitude est celle de l’insouciance, comme si rien n’arrivait à parvenir à moi, elle baigne dans l’oubli.
Il est des moments extrêmement légers, où rien ne vient heurter la conversation de soi à soi-même. Les blocs et aspérités de la vie sont toujours présents, mais inoffensifs, lointains, amollis par la douceur de l’air.
Personne dans la ville. Il n’y a à Hambourg personne à qui je tienne vraiment ou sois attaché, j’ai toujours l’impression de me déplacer dans un désert, parfois pesant, parfois incroyablement libre. Libre d’aller n’importe où, de parler à n’importe qui, d’être juste là, pour un instant, en attendant la suite, que je ne connais pas.
La solitude agréable, car purifiante, reposante aussi, rend les gens différents, empêche les importuns, chasse les angoisses, et distend le sens jusqu’à lui retirer toute signification.
Nulle part des ordres ou des contraintes, nulle part non plus de douceur et d’agrément. Juste un grand vide en face de moi, sans aucune qualité.
L’occasion, sans doute, d’appliquer la règle de St Benoît, ora et labora, la prière et le travail. Et de penser à ceux qui sont partis, peut être pour faire la même chose, même sans le savoir, à l’autre bout du monde (ou pas).
Blog : litanies

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13-05-2007

Liu Zongyuong

Des milliers de sommets, mais point de vol d’oiseau,
Sentiers à l’infini, mais pas âme qui vive,
Une barque isolée, un vieux sous son chapeau
Pêche seul, dans le froid ; la neige sur la rive

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12-05-2007

12 mai

Ma maitrise du blog augmente chaque jour. Aujourd’hui j’ai modifié les titres dans la marge et j’ai ajouté le nombre d’articles par catégorie.

J’ai ajouté une nouvelle page réservée aux blogs (ou sites) qui comptent pour moi.

Le dictionnaire de citations se reconstitue lentement.

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12-05-2007

34) Isolement – Petrus Borel – (1809-1859)

Sous le soleil torride au beau pays créole,
Où l’Africain se courbe au bambou de l’Anglais,
Encontre l’ouragan, le palmier qui s’étiole
Aux bras d’une liane unit son bois épais.

En nos antiques bois, le gui, saint parasite,
Au giron d’une yeuse et s’assied et s’endort ;
Mêlant sa fragile herbe, et subissant le sort
Du tronc religieux qui des autans l’abrite.

Gui ! liane ! palmier ! mon âme vous envie !
Mon cœur voudrait un lierre et s’enlacer à lui.
Pour passer mollement le gué de cette vie,
Je demande une femme, une amie, un appui !

- Un ange d’ici-bas ?… une fleur, une femme ?…
Barde, viens, et choisis dans ce folâtre essaim
Tournoyant au rondeau d’un preste clavecin. -
Non; mon cœur veut un cœur qui comprenne son âme.

Ce n’est point au théâtre, aux fêtes, qu’est la fille
Qui pourrait sur ma vie épancher le bonheur :
C’est aux champs, vers le soir, groupée en sa mantille,
Un Verther à la main sous le saule pleureur.

Ce n’est point une brune aux cils noirs, l’air moresque ;
C’est un cygne indolent; une Ondine aux yeux bleus
Aussi grands qu’une amande, et mourans, soucieux ;
Ainsi qu’en réfléchit le rivage tudesque.

Quand viendra cette fée ? – En vain ma voix l’appelle !
Apporter ses printemps à mon cœur isolé.
Pourtant jusqu’aux cyprès je lui serais fidèle !
Sur la plage toujours resterai-je esseulé ?

Sur mon toit le moineau dort avec sa compagne ;
Ma cavale au coursier a donné ses amours.
Seul, moi, dans cet esquif, que nul être accompagne,
Sur le torrent fougueux je vois passer mes jours

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11-05-2007

7) S. Balasko – D. Faure : Pour ne pas vivre seule – 1972

youngwomanbytheseaatdusk.jpgPour ne pas vivre seul
On vit avec un chien
On vie avec des roses
ou avec une croix
Pour ne pas vivre seul
On’s fait du cinéma
On aime un souvenir
une ombre, n’importe quoi
Pour ne pas vivre seul
On vit pour le printemps
et quand le printemps meurt
pour le prochain printemps
Pour ne pas vivre seule
Je t’aime et je t’attends
pour avoir l’illusion
de ne pas vivre seule
de ne pas vivre seule
Pour ne pas vivre seul
des filles aiment des filles
et l’on voit des garçons
épouser des garçons
Pour ne pas vivre seul
D’autres font des enfants
des enfants qui sont seuls
comme tous les enfants
Pour ne pas vivre seul
On fait des cathédrales
où tous ceux qui sont seuls
s’accrochent à une étoile
Pour ne pas vivre seul
Je t’aime et je t’attends
pour avoir l’illusion
de ne pas vivre seul
Pour ne pas vivre seul
On se fait des amis
et on les réunit
quand vient les soirs d’ennui
On vit pour son argent
ses rêves, ses palaces
mais on a jamais fait
un cercueil à deux places
Pour ne pas vivre seul
Moi je vis avec toi
je suis seule avec toi
tu es seul avec moi
Pour ne pas vivre seul
On vit comme ceux qui veulent
se donner l’illusion
de ne pas vivre seul

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11-05-2007

Les enfants sauvages

Justin Arnault

En cette première moitié de XIXe siècle, les enfants sauvages constituent un thème fort prisé, non seulement des écrivains romantiques mais aussi du grand public. Les histoires d’enfants abandonnés à eux-mêmes, à leur naissance, ou élevés par des animaux, soulevaient des questions d’ordre philosophique sur la nature humaine, la différence qui existe entre l’animal et l’homme. Les savants, eux, se sont mis à les prendre comme des objets d’études, non seulement médicales mais aussi sociales, morales, linguistiques, suscitant des polémiques sur l’acquisition du langage, de la connaissance, des valeurs sociales ou morales.

En fait, dès l’antiquité déjà, on se posait ce genre de question. Au IIIe siècle de l’ère chrétienne, Arnobe, né en Numidie, a développé l’idée selon laquelle, l’être humain n’est pas aussi différent qu’on ne le croie de l’animal : c’est seulement l’apprentissage, à la fois lent et pénible, qui en fait un homme. Un enfant isolé, à la naissance, des autres hommes, continuerait donc à vivre comme un animal, sans langage ni sens moral. Les idées d’Arnobe seront reprises, dans une perspective matérialiste, au XVIIIe siècle par un auteur comme La Mettrie, pour montrer que l’âme dépend du corps: l’esprit ne vient pas à ceux qui ne connaissant pas le développement physique, qui sont maintenus dans un état sauvage. La Mettrie cite des cas connus à son époque : les enfants-ours, découverts en 1669 et en 1694 en Lituanie, qui grognaient et n’avaient aucun sens religieux ou moral. Mais parallèlement à ces idées, le thème de l’enfant sauvage a été également pris comme argument pour prouver le caractère inné de la foi et du sens moral : même isolé de ses congénères, même élevé sans langage ni aucun apprentissage, l’homme acquiert de lui-même, par le libre exercice de ses sens, le sentiment spirituel. Ces idées développées par Ibn toyal, dans son fameux roman philosophique, Hayy Ibn Yaqdhan, ont été reprises par les auteurs européens, dont l’anglais Daniel Defoe et l’Espagnol Baltasar Gracian. L’ouvrage de ce dernier, El Criticon ou l’homme détrompé, raconte l’histoire d’un naufragé, Critile, philosophe, donc homme de raison, sauvé par un jeune homme vivant à l’état de nature sur une île déserte. Les deux hommes vont vivre ensemble et engager de longs débats, confrontant, le jeune sauvage, son expérience matérialiste, le philosophe, sa critique de la raison pratique.
A la fin du XVIIIe siècle, quelques romans mettant en scène des enfants sauvages, ont été publiés. C’est le cas de Victor ou l’enfant de la forêt, de Ducray-Duminil, publié avant la découverte de Victor de l’Aveyron ou encore Victorine, publié en 1789, et s’inspirant de la découverte de la jeune fille sauvage de Champagne. Il s’agit d’enfants abandonnés à la naissance, vivant dans un isolement total et récupérés, au cours de chasses ou de battues : c’est alors, pour ces enfants, un long apprentissage, avec ses réussites et ses échecs, pour les intégrer dans la société des hommes.
Au moment de la découverte de Kaspar, on connaissait plusieurs cas d’enfants sauvages, certains remontant au Moyen-Age. Beaucoup d’histoires semblent inventées ou en tout cas enjolivées, de manière à servir d’enseignement. C’est le cas de l’histoire la plus ancienne, l’enfant sauvage de Hesse. Cette région du centre de l’Allemagne est célèbre par ses forêts touffues, jadis, pleines de loups. C’est là que les frères Grimm ont recueilli une partie de leurs contes, dont le fameux Blanche-Neige.
Selon la chronique dite de Hesse, les évènements se seraient produits en 1304. Des chasseurs s’étaient rendus dans la forêt pour chasser les loups qui faisaient des ravages dans les troupeaux. C’est alors qu’ils découvrent, courant parmi les bêtes, une étrange créature : elle court comme les loups, avec la même rapidité, mais son corps n’est pas velu et son visage ressemble à celui des hommes. On découvre que c’est un être humain ! On parvient à le capturer et à le ramener parmi les hommes.
C’est un jeune garçon dont on ne parvient pas à déterminer l’âge exact. Mais on sait qu’il a été enlevé par une meute de loups alors qu’il avait trois ans et on avait cru, à l’époque, que les bêtes l’avaient dévoré. On avait organisé des battues pour le retrouver mais il avait disparu, sans laisser de traces. Il faut dire que les enlèvements d’enfants par les loups, notamment en période hivernale où les bêtes, chassées par le froid, faisaient des incursions dans les villages, étaient courants à l’époque.
La chronique nous apprend que non seulement l’enfant n’avait pas été dévoré par la meute mais que les loups l’avaient pris en charge, comme s’il s’agissait d’un de leurs petits. Ils l’avaient emmené dans une tanière, bien protégée des vents et du froid, l’avaient recouvert d’herbes et de feuilles et s’étaient blottis contre lui pour le réchauffer. Une louve qui avait mis bas l’avait allaité, plus tard, quand il a été en mesure de manger, les loups l’avaient nourri, en lui réservant les meilleurs morceaux de leur chasse. Ils avaient fait son éducation, en lui apprenant à courir, à sauter et à chasser comme eux. Il avait perdu la marche bipède et, comme les loups, courait à quatre pattes. Son corps s’était progressivement adapté à cette nouvelle façon de se déplacer : il faisait exactement tout comme les loups, courant, chassant et hurlant comme eux ! Ces loups, très «humains», contredisent, bien sûr, l’image que l’on se faisait alors du loup, en Europe : un animal cruel et sanguinaire, dévoreur d’hommes, image que les contes et la littérature populaire allaient répandre, pratiquement jusqu’au XXe siècle !
Il fallait refaire l’éducation de l’enfant sauvage de Hesse. On a mis beaucoup de temps pour l’habituer à manger de la viande et d’autres aliments cuits, on l’a forcé à marcher sur ses pieds, en lui faisant porter des attelles, on lui a fait porter des vêtements alors qu’auparavant, il allait tout nu… il a également appris à parler, on lui a enseigné les bases de la morale et de la religion et on n’a pas cessé de lui dire : «Tu n’es pas un loup mais un homme, tu dois te comporter désormais en homme !»
Mais un jour, alors qu’on lui répétait ces propos, l’enfant s’est écrié : «Comme je voudrais retourner parmi les loups ! Leur compagnie est bien meilleure que celle des hommes !» Une sentence inattendue dans cette Europe chrétienne du Moyen Age…
En 1341, soit près de quarante ans après la découverte de l’enfant sauvage d’Hesse, un autre enfant-loup était découvert. Comme le premier, il courait au milieu d’une meute de loups, à quatre pattes et tout nu, sautant et hurlant comme eux. On est parvenu, au prix de mille difficultés, à le capturer. Contrairement à l’enfant de Hesse, il a montré une forte résistance aux hommes, et, trompant la vigilance de ses gardiens, il s’est échappé, et s’est réfugié sous un banc. En dépit de tous les efforts, on n’a pas réussi à le faire sortir de son abri. Il a refusé également de prendre la nourriture qu’on a placé devant lui et, il est mort de faim. Comme dans le cas précédent, la socialisation tentée est un échec. Ces cas anciens, ont été l’occasion, pour les philosophes, de poser le problème de la relation de l’homme à la culture et à la nature, et souvent, ils vont servir d’argument pour une critique de la société, une récusation de la supériorité de l’homme sur l’animal.
Un cas célèbre, parce qu’il a suscité en Angleterre des polémiques est celui de Peter. Il a été découvert dans la campagne de Hamelin, en Hanovre, en 1724. lui aussi avait vécu parmi les loups et il se comportait comme eux. Comme le Hanovre dépendait alors de l’Angleterre, on l’avait offert à son roi, George 1er, un homme qui aimait les curiosités. Peter est exhibé à la cour et on venait le voir comme un animal. Les célébrités de l’époque, comme Swift, Pope et Defoe l’avaient rencontré et parlé de lui dans leurs œuvres.
Après avoir amusé un temps le roi et sa cour, Peter est confié à un médecin, un certain docteur Arbuthnot, pour faire son éducation. Le docteur, qui n’est pas un homme délicat, a des méthodes plutôt sévères. Il jugeait, en effet, que Peter n’était qu’un sauvage et qu’il fallait user, avec lui, de force pour lui inculquer les principes de la morale et de la vie en société. Ainsi, quand le jeune homme manifestait de la résistance et refusait de faire ce qu’on lui disait, il le frappait, aux jambes, avec une lanière de cuir. Comme on le ferait avec un animal pour le dresser.
Contrairement aux autres enfants sauvages, Peter n’a pas appris à parler. Selon le document anonyme qui traite de son cas, le Enquiry How the Wild Youth, il souffrait d’une anomalie, un filet latéral fixant sa langue au palais. Un médecin l’avait examiné et avait envisagé de couper le filet mais il avait renoncé, à la dernière minute, à pratiquer l’opération. Peter semblait avoir posé des problèmes au docteur Arbutnot qui, au bout d’une année, a fini par le retourner au roi. Le roi Georges et sa belle-fille Caroline vont se disputer à son propos. Finalement, on l’envoie dans une ferme où il va passer toute sa vie : une vie longue et heureuse, selon la chronique.
Peter est l’occasion pour des écrivains, comme Swift ou Defoe, pour faire une critique de la société, de se railler des hommes et de leur prétention à être supérieurs à la bête. On oppose la liberté et l’innocence de l’état naturel à l’hypocrisie de la société. On s’interroge aussi sur les capacités de l’être humain à s’adapter à son milieu et à se suffire à soi-même : Peter, comme les autres enfants sauvages, a pu survivre, avec ses faibles capacités physiques, dans un environnement très défavorable.
Au cours du mois de septembre 1731, une fillette, âgée de neuf ou dix ans, fait son apparition dans le village de Songy ou, selon d’autres sources, de Soigny : la confusion vient du fait que ces deux localités, qui se trouvent dans le département de la Marne, en France, sont voisines.
La fillette était vêtue de loques, elle avait les cheveux ébouriffés, le dos légèrement courbé, et ses mains puissantes avaient les pouces anormalement longs.
Elle a brusquement surgi de la forêt, tenant un gros bâton à la main. Un chien s’est précipité vers elle, elle lui assène aussitôt un coup et l’animal tombe, tué sur le coup. Puis, elle brandit son arme, en direction des hommes que cette vision effraye.
— Le Diable ! Le Diable !
On la poursuit mais elle court si vite qu’on ne parvient pas à la rattraper. Ses jambes semblent, malgré son âge, plus solides que celles d’un coureur expérimenté. On doit donc user de ruse pour la capturer.
On a alors découvert qu’il ne s’agit pas d’un démon mais d’un être humain et on a formulé l’hypothèse qu’il s’agit d’un enfant abandonné par sa famille dans la forêt. On n’a pas parlé, comme pour les autres cas, de loups ou d’un tout autre animal qui l’aurait élevée. Qu’elle ait survécu, seule dans la nature, sans aucune aide, relève du miracle. Il est difficile, en effet, d’imaginer un bébé subvenant lui-même à ses propres besoins, se protégeant des intempéries… Il y a aussi l’hypothèse que la fillette ait été abandonnée à un âge un peu plus avancé – trois ou quatre ans : mais là aussi, on ne peut concevoir qu’elle ait vécu seule, dans la nature.
On ignore d’où lui venaient les haillons qu’elle portait et on a supposé qu’ils lui avaient été donnés. On a parlé de vêtements de cuir, voire d’une fourrure : la fillette n’était pas vêtue mais avait le corps recouvert de poils !
Elle ne parlait pas, elle mangeait ses aliments crus. Peu à peu, la petite sauvage —qu’on a prénommée Marie-Angélique — s’est adaptée à la société des hommes. Elle a appris à parler, et elle est entrée en religion, finissant ses jours dans un couvent. Elle a gardé, toute sa vie, une souplesse physique extraordinaire, courant plus vite qu’aucun homme et nageant comme un poisson !
Selon certains auteurs modernes, Marie-Angélique appartient à une race humaine disparue, le Néanderthalien. On a trouvé dans le portrait que les témoignages de l’époque ont fait d’elle, des traits de cette espèce : face allongée, stature légèrement recourbée et surtout pouce anormalement allongé. Elle avait également une solide carrure, des bras puissants et une mâchoire très forte. On a aussi discuté de ces fameux haillons, vestiges d’un vêtement qu’une femme lui aurait donné, et on a conclu qu’il ne s’agissait pas de vêtement mais d’une fourrure naturelle : le corps de la fillette aurait été recouvert de poils ! Mais ce fait n’est pas établi et Angélique a été présentée, par la suite, comme une fillette tout à fait normale. En tout cas, elle est devenue une religieuse !
Celui qu’on a appelé «le garçon de Kronstadt» a été capturé, à la fin du 18e siècle, en Valachie, région de Roumanie, connue pour ses épaisses forêts… et ses vampires. Mais contrairement aux vampires, ce garçon ne fait pas partie des mythes mais a bel et bien existé. Boris Porchnev et Bernard Heuvelmans le citent dans leur ouvrage, L’homme de Néandertal est toujours vivant comme exemple d’homme primitif, appartenant à l’espèce dite du Néandertal et que l’on croyait disparue, remplacée par l’espèce actuelle, l’homo Sapiens. D’après les portraits qui ont été faits de lui, il avait le corps recouvert de poils, le front fuyant, les orbites enfoncées, le cou noueux, comme s’il était gonflé, les membres assez développés, les muscles saillants… Selon les deux auteurs cités, il ne s’agissait pas seulement de caractères néandertaliens, mais encore d’un néandertalien d’un type très archaïque.
Si ce portrait est conforme à la réalité, on se demande comment un tel homme ait pu servir alors que son espèce s’est éteinte depuis des milliers d’années. On a supposé que le garçon de Kronstadt appartenant à un groupe d’hominidés que l’isolement dans les forêts et les montagnes a réussi à sauvegarder. Cependant aucun autre membre de ce groupe n’a été retrouvé, en Valachie.
Autre trait du garçon de Kronstadt : il ne s’est jamais adapté à la vie des hommes. Selon Boris Porchnev et Bernard Heuvelmans, il souffrait d’autisme : «Il n’exprimait jamais le moindre sentiment. Quand on éclatait de rire ou simulait la colère, il ne semblait pas saisir ce qui se passait… Il regardait avec stupéfaction tout ce qu’on lui montrait, mais il détournait bientôt le regard, avec la même absence de concentration, sur d’autres objets. Quand on lui présentait un miroir, il regardait celui-ci, mais restait tout à fait indifférent de n’y point trouver son image.» L’autisme de ce garçon aurait été provoqué par un isolement prolongé : on a supposé, dans la foulée, que tous les membres de son groupe ont été autistes. Hypothèse difficile à envisager pour un groupe humanoïde !
Toujours à la fin du 18e siècle, un autre homme sauvage, appelé Jean de Liège, de la région de Belgique où il a été trouvé, présente des caractères de Néandertalien, notamment un corps velu, mais comme il a réussi à parler, on ne l’a pas classé, comme le garçon de Kronstadt, dans la catégorie des Néandertaliens.
Jean de Liège a quand même le corps massif, des traits archaïques, comme les orbites enfoncées, mais il a réussi à s’adapter peu à peu à la vie des hommes, en acceptant de porter des vêtements, de vivre en compagnie des hommes.
On a beaucoup parlé de la façon de parler de Jean : il s’exprimait mal, hachant les mots, avalant des consonnes. Mais selon les témoignages, s’il parlait mal, ce n’était pas à cause d’une déficience mentale mais plutôt d’une anomalie de son larynx. Comme on ne précise pas de quel type d’anomalie il s’agit, on reste perplexe : en quoi le larynx de cet homme était-il différent du nôtre ? Malheureusement aucune étude n’a été faite, ce qui laisse planer le doute sur les origines de Jean de Liège.
Le cas le plus célèbre d’enfant sauvage, avant l’apparition de Kaspar Hauser, est Victor de l’Aveyron. Il s’agit d’un enfant de sexe masculin, âgé d’une dizaine d’années, apparu à la fin du 18e siècle, dans la région de Saint-Sernin, en France. Il a déjà été aperçu dans les bois, quelques années auparavant, et on l’avait pris pour un loup. Trois chasseurs l’ont capturé et l’ont ramené dans leur village mais il a réussi à s’enfuir et à reprendre la vie sauvage. Ce n’est que quelques temps après qu’il a été de nouveau capturé et cette fois-ci on ne l’a pas laissé s’échapper. Il ne portait aucun vêtement, il était incroyablement sale et se montrait agressif quand on s’approchait de lui.
Ce cas suscite la curiosité et un ministre le fait venir à Paris. On tente de lui apprendre à parler et à lui enseigner les bonnes manières mais on s’y prend mal : l’enfant, non seulement ne parle pas mais aussi refuse de se soumettre aux règles qu’on veut lui imposer. Un médecin l’examine et déclare qu’il est atteint d’idiotisme et qu’on ne pouvait le récupérer. Ne sachant quoi faire de lui, on le place dans l’Institut des sourds-muets où le docteur Jean Itard le prend en charge.
Dans le premier rapport qu’il a publié en 1801, le docteur Itard expose l’état de Victor ainsi que l’a décrit Pinal.
«Procédant d’abord par l’exposition des fonctions sensorielles du jeune sauvage, le citoyen Pinal nous présenta ses sens réduits à un tel état d’inertie que cet infortuné se trouvait, sous ce rapport, bien inférieur à quelques uns de nos animaux domestiques ; ses yeux sans fixité, son expression, errant vaguement d’un objet à l’autre, sans jamais s’arrêter à aucun, si peu instruit d’ailleurs, et si peu exercé par le toucher, qu’ils ne distinguaient pas un objet en relief d’avec un corps en peinture ; l’organe de l’ouïe insensible aux bruits plus forts comme à la musique la plus touchante ; celui de la voix réduite à un état complet de mutité et ne laissant échapper qu’un son guttural et uniforme ; l’odorat si peu cultivé qu’il recevait avec la même indifférence l’odeur des parfums et l’exhalaison fétide des ordures dans sa couche était pleine. enfin, l’organe du toucher restreint aux fonctions mécaniques de la préhension des corps. Passant ensuite à l’état des fonctions intellectuelles de cet enfant, l’auteur du rapport nous le présente incapable d’attention, si ce n’est pour les objets de ses besoins, et conséquemment de toutes les opérations de l’esprit qu’entraîne cette première, dépourvu de mémoire, de jugement, d’aptitude à l’imitation, et tellement borné dans les idées même relatives à ses besoins, qu’il n’était point encore parvenu à ouvrir une porte ni à monter sur une chaise pour atteindre les aliments qu’on élevait hors de la portée de sa main… Il passait avec rapidité et sans aucun motif présumable, d’une tristesse apathique aux éclats de rire les plus immodérés ; insensible à toute espèce d’affections morales ; son discernement n’était qu’un calcul de gloutonnerie, son plaisir une sensation agréable des organes du goût, son intelligence la susceptibilité de produire quelques idées incohérentes, relatives à ses besoins ; toute son existence, en un mot, une vie purement animale.»
Le docteur Itard, s’il est d’accord avec la description que Pinel fait de Victor, ne partage pas son verdict : l’enfant n’est pas atteint, comme il l’écrit, d’idiotisme irrécupérable. Pour lui, si Victor présente un déficit mental, ce n’est pas par débilité mais par isolement, par manque d’entourage humain. Il suffit de refaire son éducation pour qu’il se comporte comme un être humain.
Le docteur Itard se fixe tout un programme. Il s’agira d’abord d’attacher Victor à la vie sociale, mais sans le brusquer : on lui montrera une vie plus douce que celle qu’il a quittée, mais également proche de celle qu’il a quittée. Il s’agira ensuite de «réveiller sa sensibilité nerveuse» par des stimulants énergiques, de multiplier ses rapports avec les autres, de lui apprendre à parler, enfin de le faire réfléchir sur les objets qu’il utilise pour apprendre à réfléchir.
Pour ce qui est de la langue, Itard commence par familiariser Victor aux sons de la langue, dans lesquels Victor ne voyait que des sonorités indistinctes. Il faut près de cinq mois pour que Victor apprenne à reconnaître un son, le son O, et à détourner la tête quand il l’entend. «Cette préférence pour le O, écrit le docteur Itard, m’engagea à lui donner un nom qui se termine par cette voyelle. Je fis le choix de celui de Victor. Ce nom lui est resté et quand on le prononce à haute voix, il manque rarement de tourner la tête ou d’accourir». Il va acquérir progressivement d’autres sons, mais l’apprentissage sera lent et difficile, Victor ne parvenant pas à reconnaître les mots ni à les associer aux référents qu’ils désignent. Victor se limitera à ce que Itard appelle «le langage à pantomimes», c’est-à-dire à l’expression par les gestes. Ainsi, pour l’envoyer chercher de l’eau, on doit lui montrer une cruche et pour lui faire comprendre qu’elle est vide, la mettre dans une position renversée.
Itard met au point plusieurs tests pour faire parler Victor mais il échouera à chaque fois. «tout ce que je pus obtenir de cette longue série de soins, écrit-il, se réduisit à l’émission de quelques monosyllabes informes, tantôt aigus, tantôt graves, et beaucoup moins nets encore que ceux que j’avais obtenus dans mes premiers essais.»
En fait, Victor ne parlera jamais, mais s’il refuse de faire usage du langage oral, il ne développe pas moins d’autres facultés langagières. C’est ainsi qu’Itard parvient à lui faire reconnaître visuellement des mots. Ainsi, il parvient à apparier sans difficulté des listes de mots répétés, il peut aussi reconnaître un rapport entre un graphisme et l’objet auquel il est lié. Mais Itard n’est pas dupe : Victor ne reconnaît pas des mots, des signes linguistiques, porteurs d’une signification, mais des mots qui accompagnent des choses. Un mot n’est valable que pour un objet précis, jamais pour une classe d’objet : le mot «ciseaux» désigne les ciseaux qu’il connaît, il ne le reconnaît pas quand on lui montre d’autres ciseaux. La faculté d’abstraction est absente chez lui.
Quand le docteur Itard se séparera de lui, Victor mènera, à Paris, une vie de reclus.

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11-05-2007

Minamato no Muneyuki. (+ 940)

Dans le village de montagne
La solitude de l’hiver
Semble encore plus triste
Quand on songe que ce sont évanouies, fanées,
Les figures humaines comme les plantes.

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11-05-2007

José Saramago (1922-

La solitude, ce n’est pas vivre seul, c’est être incapable de tenir compagnie à quelqu’un ou à quelque chose qui est au fond de nous, la solitude ce n’est pas l’arbre isolé au milieu de la plaine, c’est la distance entre la sève profonde et l’écorce, entre la feuille et la racine. (L’Année de la Mort de Ricardo Reis)

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11-05-2007

Izumi Shikibu (XIe siècle)

Sur les feuilles des bambous
La grêle qui tombe dans la nuit
Crépite
Je n’ai point le sentiment
Que je pourrai dormir seule.

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11-05-2007

L’Esprit de solitude (3)

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La solitude est un cadeau royal que nous repoussons
parce qu’en cet état nous nous découvrons infiniment libres
et que la liberté est ce à quoi nous sommes le moins prêts. Solitaire je suis.
Depuis toujours et plus que jamais. La solitude est ce qui me fait tenir debout, avancer, créer ;
C’est une terre sans limites et ensoleillée,
une citadelle, offerte à tous les vents mais inexpugnable.
C’est la seule part d’héritage que je défends âprement,
part d’ermitage qui est tout et qui est moi. Solitaire, donc, quoique bien entourée et riche d’amitiés.
Solitaire comme un défi à la banalité, comme un refus de se résigner.
Solitaire pour continuer à m’aventurer, pour honorer la précarité humaine
et ne pas démériter de l’Esprit. Sauvage, émerveillée ou poignardée,
je me tiens en solitude comme au seuil de l’immensité.
La souffrance n’en est point absente,
elle creuse même davantage
puisque tout dans ce climat reprend intensité. Mais justement, si dans cet état je me sens bien plus vivante qu’en la compagnie des autres,
c’est parce que toute sensation, toute soif, toute pensée s’y trouvent avivées,
aiguisées jusqu’à un point extrême. J’aime ce danger, cette radicalité :
le véritable artiste évolue sans filet, au péril de son existence
et sans attendre d’applaudissements. La voie solitaire n’apporte ni gloire ni consolation,
aussi vaut-elle plus qu’une autre d’être tentée.
C’est la voie fulgurante de tout être impatient d’absolu
dont l’apparent orgueil s’avoue si proche de l’anéantissement suprême
L’esprit de solitude suprême ;
ou la « voie sèche » de l’alchimie : brève, au creuset, mais infiniment risquée. Ils sont seuls, les grands passants de la Terre et les grandes amoureux,
seuls comme Jésus au mont des Oliviers,
comme Hallâj se proclamant la Vérité dans une ivresse de soir d’été,
comme Don Quichotte incendiant de rêves et de poésie la lugubre plaine de la Manche,
comme Juliette confiante et ensommeillée dans son tombeau.
Non pas tant incompris ou rejetés par leurs contemporains
que singuliers et entiers dans leur aventure. Mais voici : les grandes âmes font peur et chacun semble craindre pour soi un destin d’exception.
De tout temps, les petits hommes ont tourné le dos à qui leur révélait leur nature immense
et ils ont brillé ou crucifié les prophètes de la liberté et du pur amour,
de la béguine Marguerite Porete au savant Giordano Bruno… Que faisaient les Hébreux, libérés par Moïse du joug de Pharaon ?
Ils pleuraient, ils regrettaient leur terre de servitude, les oignons qu’ils mangeaient à satiété.
Et que firent, juste après le Calvaire, les disciples qui fréquentèrent jésus ?
Ils retournèrent, tête basse, à leur activité de pêche, à leur tâche administrative.
Comme si rien ne s’était passé. Bien à tort, je m’étonne et je m’irrite encore
de cet entêtement de la société à vouloir nier ou combattre la solitude
- ce fléau, ce malheur -
afin d’entretenir l’illusion d’un partage total et transparent entre humains,
d’une communication étendue à la planète entière,
allant de pair avec une solidarité sans faille. La société ne tient qu’en bouchant toutes les issues vers le haut
et en empêchant les conduites singulières.
Aussi la lutte contre l’exclusion, la solitude et le chômage lui parait-elle forcément prioritaire. Dans la solitude je ne m’enferme pas ;
je prends du recul, de la hauteur aussi ;
je rassemble mes forces et j’ouvre grand les fenêtres
celles qui donnent sur les choses, sur l’ailleurs et sur l’intérieur. Vivre solitaire demeure la seule façon de ne pas se compromettre,
de sauvegarder son irréductible étrangeté et d’accéder à ce qui ne périt pas. « Souffrir de la solitude, mauvais signe ;
je n’ai jamais souffert que de la multitude »… disait Nietzsche Le célibat désigne un état civil.
La solitude est un état d’esprit.
On veut la faire passer pour une malédiction alors qu’elle est le sceau de notre nature humaine,
sa chance d’accomplissement. Lorsqu’on parle de la solitude des personnes âgées,
des malades, des prisonniers, de tous les inadaptés à la vie de société,
on évoque un abandon, un oubli, une mise à l’écart.
C’est une solitude triste, souffrante, qui tremble ou crie.
Plus exactement c’est un isolement. Mais notre époque, friande de grand public et de rassemblements,
parle très peu de cette conduite de vie solitaire
qui favorise la réflexion et affermit l’indépendance,
de cette solitude belle et courageuse, riche et rayonnante,
que pratiquèrent tant de sages, d’artistes, de saints et de philosophes. Comme si cette voie était réservée à quelques originaux ou tempéraments forts,
comme si elle constituait l’ultime bastion de résistance face à la bêtise, au conformisme et à la vulgarité.
Aussi ne m’intéresserai-je ici qu’à cette démarche rare et grave,
à la solitude magnifique dans le sens où Poussin en peinture employait la « manière magnifique ». Et d’abord, je poserai la question :
quel grand feu couve donc sous ce bloc de solitude,
cet état de parfaite densité pour qu’on s’ingénie à le combattre
et à le confondre avec l’isolement et la difficulté de vivre ? Lorsqu’on va seul dans la vie,
ce n’est pas qu’on soit méchant ou délaissé :
c’est que le monde entier vous sourit et offre du sens.
Lorsqu’on vit seul,
ce n’est pas manque de chance ni absence d’amour :
c’est que justement jamais on ne se sent seul,
que chaque instant déborde de possibles floraisons. Pour devenir soi et devenir quelque peu libre,
il faut lacher le recours permanent à l’autre, au regard de l’autre. Marcher seul. Refuser l’aide autant que l’apitoiement et la flatterie.
La voie solitaire n’engage pas nécessairement à un combat héroïque,
elle invite d’abord à la rencontre avec soi-même,
à la découverte de cet être qui n’est pas seulement un produit de la société,
de la famille, de l’histoire ou de la génétique. Et ici, le précepte du temple de Delphes,
invoqué par Socrate, prend toute son ampleur :
« Connais-toi toi-même, et tu connaîtras l’univers et les dieux ». Son équivalent se trouve dans la mystique de l’islam, avec ce hadith :
« Celui qui se connaît, connaît son Seigneur ». Car il ne s’agit pas d’une introspection, d’une analyse psychologique,
mais d’un éveil au Moi,
au Moi transcendant qui échappe à toute contingence, à tout conditionnement,
à la mort même, et se rencontre dans la solitude,
le silence, tout au fond ou plutôt au sommet de la profondeur. Par la puissance et l’intensité qu’elle recèle,
la solitude tient à la fois de l’insolence et de l’insolation.
Elle peut faire office de détonateur au sein d’un monde tiède et mou et ouvrir de grandes perspectives.
C’est pourquoi tout humain pourvu de quelque conscience et dignité devrait apprendre à bàtir sa solitude,
à l’habiter avec agrément,
et aussi à la défendre contre tous les niveleurs de citadelle et rongeurs de liberté. Cette solitude peut paraître dure, intransigeante.
Certes, elle est haute, même élancée, mais elle n’a rien de désolé :
c’est comme un amandier qui, même seul et même en temps de guerre, persiste à fleurir ;
c’est comme une nef partant sur l’océan ;
c’est comme une flèche légère se perdant dans l’azur. La solitude comme je l’entends
Ne signifie point condition misérable
Mais plutôt royauté secrète
Incommunicabilité profonde
Mais connaissance plus ou moins
Obscure d’une inattaquable singularité
(J. Genet) Il y aura toujours de la solitude
Pour ceux qui en sont dignes…

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11-05-2007

Jacqueline Kelen : L’Esprit de solitude (2)

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4e de couverture : Pour la plupart des contemporains, la solitude est ressentie de façon négative : on la confond avec l’isolement, le manque, l’abandon. Et la société veille à empêcher que l’être humain ne se retrouve seul, face à lui-même. Or la solitude choisie est loin d’être un enfermement, une pauvreté : c’est un état d’heureuse plénitude. Non seulement parce qu’elle offre la clef de la vie intérieure et créative, mais parce qu’elle est disponibilité et chemin d’apprentissage de l’amour. Il n’est pas de liberté de l’individu sans ce recueillement de la pensée, sans cet ermitage du coeur. Pourquoi tant de philosophes, d’artistes, de saints et de mystiques furent-ils de grands solitaires ? Quelle force, quelle inspiration puisèrent-ils dans une vie d’austère apparence ? Et pourquoi notre monde lutte-t-il avec tant d’ardeur contre un état propice à la connaissance de soi ? Jacqueline Kelen invite ici chacun à découvrir son immense liberté.

Jacqueline Kelen

Ed. La Renaissance du livre, 2000
 
    Pourquoi faire l’éloge de la solitude ?  
 

J. Kelen : La solitude est un thème éminemment humain et dans un même temps, terriblement repoussé. Car on associe le plus souvent la solitude à l’isolement, à la séparation, au deuil, à l’abandon et donc à une grande forme de détresse. La solitude ressemble donc à un épouvantail monstrueux qu’il faut fuir à tout prix. Dans notre société, il n’est pas “normal” de rester seul(e), d’en être heureux, tout comme cela paraît suspect de ne pas vouloir d’enfant. Car beaucoup ne réalisent pas que choisir la voie solitaire, ce n’est pas vivre comme une âme en peine, abandonnée de tous.

De mon point de vue, c’est la solitude qui nous fait passer du statut d’homme mortel à celui d’être humain. Car elle nous met en contact direct avec nous-mêmes et nous offre un accès privilégié à notre richesse intérieure. Elle nous offre l’opportunité de nous découvrir, de rendre chacun d’entre nous unique et de nous ouvrir pleinement aux autres. Elle nous délivre de l’isolement, en nous faisant passer du “moi”, conditionné et dépendant car toujours en rapport aux autres, au “je” libre et responsable.
La solitude est notre maturité.

 
    Comment apprendre à “positiver” sa solitude ?  
 

La solitude est souvent perçue comme une épreuve quand on l’expérimente après une rupture, un abandon, un deuil. Alors plutôt que de tenter de la fuir, il faut faire face et traverser cette épreuve. En se disant que c’est l’occasion d’une rencontre avec soi et une ouverture sur tous les possibles. Au lieu de penser que l’on ne peut plus rien faire, que l’on devient inutile parce que l’on est seul, il faut au contraire plonger au plus profond de soi pour découvrir toutes les richesses que l’on possède.

Pour ce faire, je conseille souvent d’écrire. D’écrire dans un carnet ou un cahier, toutes les choses que l’on aimerait faire ou vivre, tous les rêves qui nous habitent sans laisser s’installer le barrage du rationnel.
Et interrogez-vous sur ce qui vous en empêche. C’est bien souvent le regard des autres. Prenez alors conscience que c’est vous qui créez votre vie, qui en êtes responsable, et non les autres. La solitude nous offre cette belle leçon : il faut d’abord attendre de soi et non des autres. Il faut d’abord savoir compter sur soi et s’aider soi-même. Et les autres viendront vers vous car ils ne seront pas là pour, en premier lieu, combler vos manques ou animer votre vie.

 
    Est-il important de se ménager des moments de solitude quand on vit en couple ou en famille ?  
 

Oui, car il est toujours important de garder le contact avec soi-même. Quand on vit en couple ou en famille, on finit trop souvent par croire que l’on n’existe plus sans l’autre. Il est donc important de cultiver son jardin secret, de prendre du temps pour soi sans culpabiliser (ce n’est pas un acte égoïste ! ), voire de se ménager un petit territoire bien à soi dans l’espace géographique familial.

Une autre façon de se retrouver avec soi-même peut passer par la méditation. Le simple fait de rester chaque jour, assis un quart d’heure sans bouger, les yeux clos, dans le silence, est un formidable moyen de s’enraciner au plus profond de soi-même, et donc dans sa vie. Sans qu’il y ait pour autant d’implication religieuse ou spirituelle. Ce sont juste des retrouvailles intimes, un moment que l’on s’offre pour s’écouter, se comprendre, se recentrer. Et d’une certaine manière, se respecter.

 

Posté par Jean dans Livres | 7 Commentaires »

10-05-2007

10 mai : mes commentaires

slim

Ne serait-ce pas ça être un humain à part entière : avoir conscience de tout ce qu’on ignore ? La culture finalement n’est peut-être que ça : avoir une idée de l’étendue de son ignorance ?

Merci pour vos visites.

Blog de Françoise Simpère

Beaucoup de vrais solitaires disent que la solitude leur apportent la sérénité.

Votre texte m’a amené à penser que dans la sexualité même c’était l’intimité le plus important et non pas le plaisir : cette proximité de notre opposée ! Qu’en pensez-vous ?

J’aimerais reproduire ce texte sur mon blog avec un lien bien sur.

Posté par Jean dans Ce blog ! | Pas encore de commentaires »

10-05-2007

La solitude et l’amour, par Lucie.

Lien : lucie0552

Dans la solitude il y a ce vers quoi on va fatalement, soi. Mais ce n’est pas une fatalité. On naît seul, il y a tout au long de sa vie des interactions, des rencontres, des affinités, des amours. Dans la solitude, celle que je vis chaque jour m’a toujours mis à l’abri du mensonge, du faux semblant. Je n’ai plus peur de la solitude. Dans cette solitude je ne me sens pas seule, abandonnée, j’ai mis des années à le comprendre, j’ai rencontré quelqu’un, moi. Je sais qui je suis, je sais où je vais, ce que je veux, et surtout j’ai appris à croire en moi. J’ai appris que chaque mot, que chaque acte devait être en harmonie avec ce que je suis. Dans cette solitude il n’y a de place pour personne. Aimer pour moi, c’est une évidence. L’évidence aussi c’est que l’amour ne touchera jamais à cette solitude. Je n’ai jamais comblé des vides, des manques. C’est un leurre de croire que l’amour peut combler des vides. L’amour détient en lui un secret universel que tout le monde détient en soi, et que chacun garde bien précieusement. L’amour se donne, se reçoit. L’amour c’est un échange. Je suis allée loin dans la solitude pendant de longues années, non pas pour m’éloigner des autres, mais pour aller vers l’autre en sachant qui je suis.

Mon commentaire :

Ton texte m’interesse beaucoup, Lucie.

Si tu le permets je vais le reproduire sur mon blog.

Il va certainement y entrainer des discussions.

Deux  » écoles  » en effets s’affrontent. Un couple est-ce deux solitudes qui se rencontrent et vivent en parallèle ou est-ce la fusion de deux solitudes pour n’en faire plus qu’une?

Tu sais toi ? Pourquoi y-a-t-il tant de solitude à notre époque ?

Je vais bien sur faire un lien et je reviendrai te saluer.

Mon avis : Chacune des phrases de Lucie est une pensée qui peut être prise seule et méditer. ça a été un plaisir de lire ces lignes ce soir.

Posté par Jean dans Paroles de solitaires | 15 Commentaires »

10-05-2007

Protégé : Mes commentaires

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08-05-2007

Jacqueline Kelen : L’Esprit de Solitude (1)

« Mieux vaut être seul que mal accompagné« , disait au XVe siècle Pierre Gringoire. Cette parole devenue proverbiale est loin d’être suivie et le monde moderne, empli de technologies et vide de chaleur humaine, pousse plutôt à rechercher un nid de tendresse ou l’appui d’un groupe. « Tout plutôt que d’être seul » serait la devise actuelle. C’est le début de la lâcheté, de la compromission. Le principal défaut de toute vie collective tient à la considérable déperdition d’énergie qu’elle induit, avec le gâchis de temps qui s’ensuit. Chaque individu perd en intensité ce qu’il acquiert en sécurité. Et cela vaut pour l’habituelle vie de famille, réconfortante et épuisante.

Pour les personnes qui ont choisi de vivre en couple, il semble indispensable que chacun ait un lieu, des moments rien qu’à lui; une pièce réservée où nul autre ne pénètre; des amis qu’il continue de voir en particulier. Afin d’éviter toute confusion. Le défi que propose toute vie conjugale consiste précisément à vivre à deux, à être deux personnes différentes et distinctes, non pas une seule, non pas deux moitiés. C’est, au fil des jours et en toute occasion, un rappel permanent à l’altérité et à ce qui en découle: le respect de la solitude de l’autre. Voilà ce que murmurait Mélusine en instaurant une journée de retrait, d’absence, dans la trame de son mariage heureux. Elle ne se confondrait jamais avec Raymondin, lui échapperait toujours; et lui, le Seigneur de Lusignan, si épris, ne serait jamais l’ombre ni le possesseur de l’étrange femme. L’éloignement de la journée du samedi où Mélusine demeure en ses appartements rappelle la distance qui résiste entre deux êtres amoureux, entre deux époux, précieuse distance qui permet le mystère et le désir. Du reste, lorsque Raymondin succombe à la jalousie et va épier Mélusine dans sa cachette, il découvre une créature qu’il ne connaissait pas, une femme qu’il n’avait jamais vue, même dans l’intimité amoureuse. Cette incroyable apparition le trouble et l’effare – moins parce que la jeune femme est dotée d’une queue de serpent ou de poisson que par l’image inconnue qu’elle présente. Celle qu’il appelait son épouse, qu’il croyait familière, se révèle insaisissable – robe de sirène qui glisse dans l’eau, vapeur du bain qui voile et brouille la scène… Merveille et stupeur s’emparent du seigneur bien établi sur ses terres: le désir est inquiet, l’amour perturbe et dépayse, là où une vie en commun tend à banaliser, à rassurer. D’où ce léger flottement qui envahit le cerveau et les yeux du mari trop curieux.

La plupart des mariages échouent ou se déchirent en raison de cette insupportable altérité. lls voulaient ne faire qu’un, tout se dire, partager les mêmes goûts, mettre en commun leurs amis; ils croyaient penser la même chose, ils disaient toujours « nous », ils arrivaient à se ressembler physiquement et ne se quittaient presque jamais. Et puis un jour, au détour d’une phrase, sur un battement de cils, l’autre se révèle tel qu’il a toujours été: vivant. imprévisible, différent. Dans d’autres couples, l’un des deux conjoints a absorbé l’autre et imposé son individualité: la complicité est devenue ligotage, l’intimité s’est confondue avec une permanente intrusion et l’injonction de transparence a scellé la prise de possession.

Lisons une fois encore Rilke: « L’amour ne sera plus le commerce d’un homme et d’une femme, mais celui d’une humanité avec une autre. [...] Il sera cet amour que nous préparons, en luttant durement: deux solitudes se protégeant, se complétant, se limitant, et s’inclinant l’une devant l’autre.« 

Loin de ce que rêvait le poète autrichien, la société actuelle vit sous le régime du semblable et non du différent. Le clivage en est l’aboutissement terrifiant. Dans la vie sentimentale, chacun cherche son « alter ego », à savoir son reflet, son double, et s’enferme irrémédiablement. Le dialogue, la découverte, l’aventure et l’altruisme ne peuvent exister que s’il y a l’autre, précisément. Comme l’éprouve Rilke, un homme et une femme sont deux planètes entières et distinctes; et ces deux planètes peuvent s’entendre et se rejoindre dans la mesure où elles se reconnaissent tout à fait différentes. La personne que j’aime ne sera jamais un « alter ego », un « autre moi-même »: ou elle est un « alter », ou elle est un « ego ».

Les mythes d’Occident sont sur ce point très clairs, même si la plupart concernent l’amour plus que la vie de couple. Avant l’émergence de la légende celtique de la fée Mélusine, Ovide nous avait raconté l’histoire belle et touchante de Philémon et Baucis, deux personnes âgées, mariées depuis longtemps. Le mari et la femme sont généreux et pieux. Un jour, ils accueillent des étrangers qui frappent à la porte de leur humble maison et ils leur offrent à manger et à boire tout ce qu’ils possèdent. Le lendemain matin, ces visiteurs se révèlent être des dieux et ils remercient leurs hôtes en leur accordant de réaliser un vœu. Philémon et Baucis demandent alors de pouvoir mourir le même jour. Les années passent puis la mort survient, emmenant les deux époux au même moment. Ces êtres nobles et aimants sont métamorphosés en arbres, selon la fable d’Ovide: non pas un seul arbre mais bien deux, un chêne pour l’homme et un tilleul pour la femme; tout proches et non confondus. Souvenons-nous aussi du Banquet de Platon qui expose les points de vue des différents convives au sujet de l’Amour. Ce sont des hommes qui parlent entre eux, puis vient le tour de Socrate. Et que fait cet illustre ami de la sagesse ? Il annonce qu’il va rapporter les propos entendus jadis « de la bouche d’une femme de Mantinée, Diotime ». Cette femme est sans nul doute prêtresse ou pythagoricienne et son autorité est révérée. Or, Socrate qualifie Diotime d’étrangère, ce qui au sens strict peut sembler étonnant puisque la ville d’Arcadie se trouve à une centaine de kilomètres d’Athènes. Le philosophe nous donne donc à entendre une distance symbolique, une figure l’altérité. Au beau milieu d’un banquet entre hommes – le discours de Diotime se trouve exactement au centre de l’écrit platonicien – surgit une femme: un autre monde et une parole tout autre. Une femme qui parle d’un sujet que tous croient connaître et qui se révèle si peu familier, si peu accessible: l’Amour. Et c’est par sa qualité d’altérité que l’Amour peut se laisser approcher des mortels.

En suivant les enseignements donnés par ces mythes, on pourra éviter dans le domaine amoureux les habituelles récriminations (« tu ne me rends pas heureuse », « donne-moi des raisons de vivre ») les chantages ridicules ou odieux (« je n’existe pas sans elle », « si tu pars, je me tue ») ainsi que les suspicions auxquelles Raymondin a hélas succombé: si elle veut être seule, c’est qu’elle ne m’aime plus, ou qu’elle m’aime moins; si elle recherche la solitude, c’est qu’elle en aime un autre… La relation d’amitié qui respecte la distance et fête l’altérité ne connaît pas ces griefs. Faite de partage et aussi de silence, elle ne contraint pas et se maintient malgré l’éloignement. En un mot, ce n’est pas une relation possessive mais un lien, une alliance plutôt, de liberté. Or, pour bon nombre de gens, la solitude paraît incompatible avec l’amour parce qu’ils ont dans la tête des images de couples préfabriqués et d’amants enlacés comme boas.

Aimer quelqu’un, c’est honorer sa solitude et s’en émerveiller.

En fait, il s’agit de choisir entre devenir un et demeurer unique. Entre l’union (amoureuse, conjugale) et la singularité (forcément solitaire).

L’amour que je ressens pour un être ne met pas fin à ma solitude mais il l’enrichit, l’enchante et la fait rayonner. L’élu, l’être aimé serait paradoxalement celui avec qui j’ai envie d’être seule.

Extrait de « L’Esprit de Solitude » de Jacqueline Kelen, éd. La Renaissance Du Livre

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08-05-2007

33) Les poètes de sept ans – Arthur Rimbaud

33) Les poètes de sept ans - Arthur Rimbaud dans Poésies

A Paul Demeny

Et la Mère, fermant le livre du devoir,
S’en allait satisfaite et très fière, sans voir,
Dans les yeux bleus et sous le front plein d’éminences,
L’âme de son enfant livrée aux répugnances.

Tout le jour il suait d’obéissance ; très
Intelligent ; pourtant des tics noirs, quelques traits
Semblaient prouver en lui d’âcres hypocrisies.
Dans l’ombre des couloirs aux tentures moisies,
En passant il tirait la langue, les deux poings
A l’aine, et dans ses yeux fermés voyait des points.
Une porte s’ouvrait sur le soir : à la lampe
On le voyait, là-haut, qui râlait sur la rampe,
Sous un golfe de jour pendant du toit. L’été
Surtout, vaincu, stupide, il était entêté

A se renfermer dans la fraîcheur des latrines :
Il pensait là, tranquille et livrant ses narines.
Quand, lavé des odeurs du jour, le jardinet
Derrière la maison, en hiver, s’illunait,
Gisant au pied d’un mur, enterré dans la marne
Et pour des visions écrasant son œil darne,
Il écoutait grouiller les galeux espaliers.
Pitié ! Ces enfants seuls étaient ses familiers
Qui, chétifs, fronts nus, œil déteignant sur la joue,
Cachant de maigres doigts jaunes et noirs de boue
Sous des habits puant la foire et tout vieillots,
Conversaient avec la douceur des idiots !
Et si, l’ayant surpris à des pitiés immondes,
Sa mère s’effrayait; les tendresses, profondes,
De l’enfant se jetaient sur cet étonnement.
C’était bon. Elle avait le bleu regard, – qui ment !

A sept ans, il faisait des romans, sur la vie
Du grand désert, où luit la Liberté ravie,.
Forêts, soleils, rives, savanes ! – Il s’aidait
De journaux illustrés où, rouge, il regardait
Des Espagnoles rire et des Italiennes.
Quand venait, l’œil brun, folle, en robes d’indiennes,
- Huit ans – la fille des ouvriers d’à côté,
La petite brutale, et qu’elle avait sauté,
Dans un coin, sur son dos en secouant ses tresses,
Et qu’il était sous elle, il lui mordait les fesses,
Car elle ne portait jamais de pantalons;
- Et, par elle meurtri des poings et des talons,
Remportait les saveurs de sa peau dans sa chambre.

Il craignait les blafards dimanches de décembre,
Où, pommadé, sur un guéridon d’acajou,
Il lisait une Bible à la tranche vert-chou ;
Des rêves l’oppressaient chaque nuit dans l’alcôve.
Il n’aimait pas Dieu ; mais les hommes, qu’au soir fauve,
Noirs, en blouse, il voyait rentrer dans le faubourg
Où les crieurs, en trois roulements de tambour,
Font autour des édits rire et gronder les foules.
- Il rêvait la prairie amoureuse, où des houles
Lumineuses, parfums sains, pubescences d’or,
Font leur remuement calme et prennent leur essor !

Et comme il savourait surtout les sombres choses,
Quand, dans la chambre nue aux persiennes closes,
Haute et bleue, âcrement prise d’humidité,
Il lisait son roman sans cesse médité,
Plein de lourds ciels ocreux et de forêts noyées,
De fleurs de chair aux bois sidérals déployées,
Vertige, écroulements, déroutes et pitié !
- Tandis que se faisait la rumeur du quartier,
En bas, – seul, et couché sur des pièces de toile
Ecrue, et pressentant violemment la voile
!

Posté par Jean dans Poésies | 3 Commentaires »

07-05-2007

2)

cristinamelottisolitude.jpg

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07-05-2007

32) Kaspar Hauser chante – Paul Verlaine

070507kasparhauser.jpg

Je suis venu, calme orphelin
Riche de mes seuls yeux tranquilles,
Vers les hommes des grandes villes :
Ils ne m’ont pas trouvé malin.

A vingt ans un trouble nouveau,
Sous le nom d’amoureuses flammes,
M’a fait trouver belles les femmes :
Elles ne m’ont pas trouvé beau.

Bien que sans patrie et sans roi
Et très brave ne l’étant guère,
J’ai voulu mourir à la guerre :
La mort n’a pas voulu de moi.

Suis-je né trop tôt ou trop tard ?
Qu’est-ce que je fais en ce monde ?
Ô vous tous, ma peine est profonde :
Priez pour le pauvre Gaspard.

(Sagesse, IV)

Posté par Jean dans Poésies, Prisonniers de la solitude | Pas encore de commentaires »

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