Qui parle de solitude !

Vendredi 30 décembre 2011

Andreï Kourkov : L’Ami du défunt

Classé dans : Mots d'auteurs — Jean @ 9.34

Le froid rétrécit les objets, j’ai appris ça à l’école. Apparemment, cette règle s’applique aussi à des phénomènes dépourvus de volume. L’hiver contracte les jours. Il rétrécit mon monde, me forçant à rester le plus souvent cloîtré entre quatre murs. La seule chose à se dilater au mépris des lois de la physique, c’est ma solitude.

Jeudi 29 décembre 2011

David Foenkinos : La délicatesse

Classé dans : Mots d'auteurs — Jean @ 12.45

Personne n’entend ceux qui disent vouloir être seuls. La volonté de solitude, c’est forcément une pulsion morbide. Nathalie avait beau tenter de rassurer tout le monde, on voulait passer la voir. Ce qui revenait à l’obliger à parler. Mais elle ne savait que dire. Elle avait l’impression qu’elle allait devoir tout reprendre de zéro, y compris l’apprentissage du langage.

Mercredi 28 décembre 2011

Barry Graham : Regarde les hommes mourir

Classé dans : Mots d'auteurs — Jean @ 21.31

La solitude peut vous mettre dans de drôles d’états, ou vous rendre plus fort. Elle peut également vous briser et ça, impossible de le savoir par avance. Personne ne la choisirait s’il pouvait l’éviter. Je ne l’avais pas choisie. Mais soudain, je n’avais plus nulle part où aller.

Samedi 17 septembre 2011

Imbert Galloix (1807-1828) : Les rêves du passé

Classé dans : Poésies — Jean @ 5.00

Alors les fleurs croissaient dans la verte prairie,
Dans un ciel glorieux triomphait le soleil.
Des songes printaniers erraient dans mon sommeil,
Le ciel n’était pas froid, l’eau n’était pas tarie.
Alors… Mais aujourd’hui tout est morne et glacé ;
Le cœur est desséché, la nature est flétrie !
Où sont les rêves du passé ?

Soleil, tu nous rendras tes splendeurs matinales ;
Astres, vaisseaux du ciel, vous voguerez encor,
Jours d’azur de juillet, verts coteaux, moissons d’or,
Horizon du Léman, vieux monts, Alpes natales,
Comme un aveugle errant, je voudrais vous revoir.
O mes jours de bonheur ! ô mes jeunes années !
Entre nous dès longtemps, l’adieu s’est prononcé.
J’aime à voir, triste et seul, pâlir mes destinées
Avec les rêves du passé.

Pressy, riant village, asile solitaire,
Le plus cher à mes vœux, le plus doux de la terre,
Sous tes arbres en fleurs n’irai-je plus rêver ?
Blancs rochers du Salève, où j’ai caché des larmes,
Genève si chérie et si pleine de charmes,
N’irai-je pas vous retrouver ?

Hélas, depuis longtemps je végète et je pleure ;
Depuis longtemps, hélas ! je redis d’heure en heure :
« Encore une heure de malheur ! »
Mais les cieux paternels abritaient mieux ma peine ;
Et l’étranger n’a pas aux rives de la Seine,
D’asile aux maux du cœur.

Aux rives de mon lac je croyais à la gloire ;
D’avenir et d’espoir l’amour m’avait bercé.
L’amour ! -- Je n’y crois plus. Mon cœur est délaissé ;
La gloire me dédaigne… Oublie, ô ma mémoire,
Les tristes rêves du passé.

Dimanche 21 août 2011

Antoine de Saint-Exupéry (1900-1944) : Citadelle

Classé dans : Note de lecture,Textes — Jean @ 18.33

Ayez pitié de moi, Seigneur, car me pèse ma solitude. il n’est rien que j’attende. Me voici dans cette chambre où rien ne me parle. Et cependant ce ne sont point des présences que je sollicite, me découvrant plus perdue encore si je m’enfonce dans la foule.Mais telle autre qui me ressemble, seule aussi dans une chambre semblable, voici cependant qu’elle se trouve comblée si ceux de sa tendresse vaquent ailleurs dans la maison. Elle ne les entend ni ne les voit. elle n’en reçoit rien dans l’instant. Mais il lui suffit pour être heureuse de connaître que sa maison est habitée.

Seigneur, je ne réclame rien non plus qui soit à voir ou à entendre. Vos miracles ne sont point pour les sens. Mais il Vous suffit pour me guérir de m’éclairer l’esprit sur ma demeure.

Le voyageur dans son désert, s’il est, Seigneur, d’une maison habitée, malgré qu’il la sache aux confins du monde, il s’en réjouit. Nulle distance ne l’empêche d’en être nourri, et s’il meurt il meurt dans l’amour… Je ne demande donc même pas, Seigneur, que ma demeure me soit prochaine.

Le promeneur qui dans la foule a été frappé par un visage, le voilà qui se transfigure, même si le visage n’est point pour lui. Ainsi de ce soldat amoureux de la reine. il devient soldat d’une reine. Je ne demande donc même pas, Seigneur, que cette demeure me soit promise.

Au large des mers il est des destinées brûlantes vouées à une île qui n’existe pas. Ils chantent, ceux du navire, le cantique de l’île et s’en trouvent heureux. Ce n’est point l’île qui les comble mais le cantique. Je ne demande donc même pas, Seigneur, que cette demeure soit quelque part…

La solitude, Seigneur, n’est fruit que de l’esprit s’il est infirme. Il n’habite qu’une patrie, laquelle est sens des choses. Ainsi le temple quand il est sens des pierres. Il n’a d’ailes que pour cet espace. Il ne se réjouit point des objets mais du seul visage qu’on lit au travers et qui les noue. Faites simplement que j’apprenne à lire.

Alors, Seigneur, s’en sera fini de ma solitude. Le Livre de Poche n° 1532 p. 350-351

Samedi 20 août 2011

Heinrich Heine (1797-1856)

Classé dans : Poésies — Jean @ 22.10

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Solitaire, un sapin se dresse
Sur un mont chauve, dans le Nord.
La glace et la neige le pressent
D’une blanche enveloppe ; il dort.

Il rêve d’un palmier qui penche,
Loin dans l’Orient, desséché,
Seul et muet, ses tristes branches,
Sur le flanc brulant d’un rocher.

Samedi 13 août 2011

Marceline Desbordes-Valmore (1786-1859) : L’Exilé

Classé dans : Poésies — Jean @ 5.00

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Oui, je le sais, voilà des fleurs,
Des vallons, des ruisseaux, des prés et des feuillages;
Mais une onde plus pure et de plus verts ombrages
Enchantent ma pensée, et me coûtent des pleurs.

Oui, je le voie, ces frais zéphyrs
Caressent en jouant de naïves bergères;
Mais d’un zéphyr plus doux les haleines légères
Attirent loin de moi mon âme et mes soupirs.

Ah ! je le sens, c’est que mon cœur,
Las d’envier ces bois, ces fleurs, cette prairie,
Demande, en gémissant, des fleurs à ma patrie :
Ici rien n’est à moi, si ce n’est ma douleur. »

Triste exilé, voilà ton sort :
La plainte de l’écho m’a révélé ta peine.
Comme un oiseau captif, tu chantes dans ta chaîne;
Comme un oiseau blessé, j’y joins un cri de mort.

Goûte l’espoir silencieux !
Tu reverras un jour le sol qui te rappelle;
Mais rien ne doit changer ma douleur éternelle :
Mon exil est le monde… et mon espoir aux cieux.

Dimanche 17 juillet 2011

Tonoharu

Classé dans : Bande dessinée — Jean @ 14.11

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Ce roman graphique américain, paru à l’origine en deux volumes, suit Daniel Wells à son arrivée dans une petite ville de la province japonaise au poste d’assistant scolaire. Loin du Japon qu’il espérait, il est bientôt confronté à un pays froid et terne, où le moindre contact social relève de l’exploit. Ce journal d’une solitude semi-autobiographique suit les difficiles tentatives du jeune homme pour s’intégrer à une société étrange et étrangère.

Les points forts de la série:

Lars Martinson propose une sorte de Stupeur et Tremblement ou de Lost in Translation subtil et feutré, où le Japon se dévoile dans un trait dur et dans le silence d’une province grise et monolithique. A l’opposée d’un pays souvent décrit comme excessif,
Tônoharu dresse le portrait d’un Japon très différent, source de désillusion pour l’Occidental plus habitué aux anime et aux frasques de la mégalopole tokyoïte.
La rigidité feinte du dessin, qui révèle l’influence de Chris Ware et de Seth, résonne avec l’immobilisme de la vie du personnage, empruntant parfois au registre des gravures qui ont fait les grands récits de voyage européens.

 

Samedi 16 juillet 2011

Félicité de La Mennais (1782-1854) : L’éxilé

Classé dans : Poésies — Jean @ 5.00

58261jmdelamennais.jpg Il s’en allait errant sur la terre. Que Dieu guide le pauvre exilé !
“J’ai passé à travers les peuples et ils m’ont regardé. Je les ai regardés et nous ne sommes point reconnus. L’exilé partout est seul !
Lorsque je voyais au déclin du jour s’élever du creux du vallon la fumée de quelque chaumière, je me disais : heureux celui qui retrouve le soir le foyer domestique et s’y assied au milieu des siens. L’exilé partout est seul !
Ces arbres sont beaux, ces fleurs sont belles, mais ce ne sont point les fleurs ni les arbres de mon pays. Ils ne me disent rien. L’exilé partout est seul !
Ces chants sont doux, mais les tristesses et les joies qu’ils réveillent ne sont ni mes tristesses ni mes joies. L’exilé partout est seul !
On m’a demandé : pourquoi pleurez-vous ? Et quand je l’ai dit, nul n’a pleuré, parce que nul ne me comprenait. L’exilé partout est seul !
J’ai vu des jeunes filles sourire, d’un sourire aussi pur que la brise du matin, à celui que leur amour avait choisi pour époux ; mais aucune ne m’a souri. L’exilé partout est seul !
J’ai vu des vieillards entourés d’enfants, comme l’olivier de ses rejetons, mais aucun de ces vieillards ne m’appelait son fils, aucun de ces enfants ne m’appelait son frère. L’exilé partout est seul !
J’ai vu des jeunes hommes, poitrine contre poitrine, s’étreindre comme s’ils avaient voulu de deux vies n’en faire qu’une ; mais aucun ne m’a serré la main. L’exilé partout est seul !”
Pauvre exilé, cesse de gémir ! Tous sont punis comme toi. Tous voient passer et s’évanouir pères, frères, épouses, amis.
La patrie n’est point ici-bas ; l’homme vainement l’y cherche ; ce qu’il prend pour elle n’est qu’un gîte d’une nuit.
Il s’en va errant sur la terre ! Que Dieu guide le pauvre exilé !

Samedi 9 juillet 2011

Sumitaku Kenshin (1961-1987)

Classé dans : Poésies — Jean @ 5.00

Bonne année !
seule la télévision
me la souhaite

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